‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 223 sur 230 · PSI · texte numérisé non relu

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Salle des Uas-rerâus.

Aujourd’hui la salle des Pas- Perdus s’est évanouie comme un songe : elle a disparu en même temps que sa voisine la salle de carton, l’Assemblée nationale. Elle avait cependant de beaux souvenirs à rappeler : lorsqu’elle était sillonnée de provinciaux venant voir leur élu, lorsque les garçons de salle, en habit bleu, à collet et à parements rouges, la parcouraient au cri cent fois répété de : « Qui demande monsieur tel? » Le public de nouvellistes et d’habitués qui s’y pressait naguère est fort désappointé : plus de ces caquets et de ces commérages parlementaires, plus de ces on dit s’embellissant et s’accroissant de minute en minute, de bouche en bouche, et formant

le riche magasin d’indiscrétions politiques dont s’enrichissaient les chroniques des journaux de Paris et les correspondances de l’étranger. L’énumération des diverses variétés de l’espèce parisienne, qui vivaient dans ce centre aujourd’hui désert, constitue à elle seule un chapitre de l’histoire naturelle de l’homme. Les non-députés, ceux qui avaient failli l’être, ceux qui le furent , ceux que l’on appelait les candidats perpétuels, les quêteurs de nouvelles, les solliciteurs, race façonnée à attendre, debout et de pied ferme pendant six heures, le passage d’un ministre ou d’un député influent, que sont-ils devenus? Cette dernière espèce gîte encore dans les antichambres des divers

ministères : on peut l’y voir, avec sa ténacité accoutumée, tendant la main pendant des trimestres entiers, et consumant sa vie à guetter une recette particulière ou un bureau de tabac. Mais qui nous rendra le provincial naïf, qui, à force d intrigues, avait été admis à contempler de près le héros législateur dans son demi-déshabillé du salon de la Paix , et le cicerone officieux qui se constituait le montreur de personnages curieux, et qui présentait à ses clients M. Thiers sous les traits de M. Antony Thouret et M. de Lamartine sous les apparences du prince Murat?

Nous regretterons encore longtemps tes amis du grand homme, qui l'attendaient à la sortie de la tri-

lnine pour lui offrir, les premiers, le grain d’encens de leur enthousiasme, et lui conférer, pour la centième fois, le diplôme d’orateur inimitable. Et les journalistes, donnant ou recevant le mot d’ordre; et les représentants indiscrets, qui venaient révéler les mystères du travail des bureaux, et qui informaient le public des amendements occultes, de l’éloquence à huis clos de l'honorable monsieur tel ou tel, trop modeste pour se risquer en public! Où sont-ils? Ils ont vécu ce que vivent les roses et... les républiques. Pour en finir avec ces grandeurs déchues, ajoutons que la salle des Pas-Perdus a pour succursales deux longs vestibules latéraux, dont l’un vit luire longemps le lampion démocratique , cette précieuse

conquête du 24 février. Jusqu’en 18-48, il avait été interdit de fumer dans l’intérieur du Palais-Bourbon : mais cette prohibition rigoureuse tomba en même temps que le gouvernement de Juillet. Pendant la durée des deux législatures de la République, la liberté du cigare a été consacrée, et le droit de combustion proclamé dans ce vestibule qui conduit au jardin de la Présidence. Longtemps un nuage de latakié , de maryland et même de tabac national a parfumé cette atmosphère conquise par la révolution : je ne sais si aujourd’hui messieurs les députés au Corps législatif se donnent de pareilles licences.

Le salon de la Paix, ouvert sans trop de précautions à une foule de visiteurs, était peu propre aux

délibérations particulières des représentants; ils ne s’y trouvaient pas chez eux. L’intérieur du palais est bien vaste , il est vrai , et on y rencontre un assez grand nombre de recoins, de salles inutiles, de couloirs obscurs pour pouvoir se réunir en petit comité , et discuter de choses qu’on ne veut pas rendre publiques. C’est aussi ce qui avait lieu jadis; et aujourd’hui sans doute , quoique une obscurité profonde couvre les actes du dernier héritier des assemblées parlementaires. Partout, dans le salon du roi, dans la salle de marbre , à la bibliothèque , au vestiaire , à la buvette même, on entendait retentir la politique : il n’était coin si reculé où l’on pût trouver un abri contre l’éloquence des ministres et de leurs agents, empressés

La salle de; conférences.

auprès des membres douteux de la majorité et de l’opposition. Entre tous ces diminutifs de la salle des séances , le plus remarquable était et est encore la salle des conférences, où non-seulement chacun était libre de conférer, mais encore de se promener, de se chauffer, de lire les journaux et de faire sa correspondance. Cette salle, assez vaste et de forme carrée, est éclairée par le haut au moyen d’un vitrage; dans le fond se trouve une vaste cheminée vert de mer, surmontée de deux statuettes accroupies , œuvre de M. Moine. Tout à l’entour régnent des divans; au milieu se trouve une table immense avec un grand tapis, toujours couverte de journaux et de papiers de toute sorte, La décoration, dont M, Heim est l’auteur,

quoique exécutée avec goût, ne peut se comparer aux splendeurs du salon delà Paix. Deux grands tableaux, ni mieux ni plus mal que tous les tableaux de commande , en font le principal ornement : l’un représente Louis le Gros et l’abbé Suger, entourés de ministres et d hommes de loi, qui sont en train de rédiger les ordonnances relatives à l’affranchissement des communes; l’autre montre Louis XII présidant une des premières séances de la chambre des comptes. Ces deux pages , plus ou moins conformes à la vérité historique, ont l’intention de personnifier l’établissement de la liberté civile et l’ordre établi dans les finances. Une autre peinture représente Charlemagne faisant lire devant ses hommes d’armes et ses

évêques le recueil des Capitulaires ; un quatrième rappelle la publication des ordonnances de saint Louis, au milieu des applaudissements du peuple. Le roi se trouve à un balcon de son palais , voisin de la Sainte-Chapelle. En outre , les inévitables allégories de la Prudence, de la Justice, de la Vigilance et de la Force , peintes sur fond d’or , servent à donner conseil aux députés qui les regardent; l’artiste a mis encore sous leurs yeux , comme modèles, des médaillons offrant le portrait de l’Hospital, de Montesquieu, de Suger, de Sully, de Colbert, etc. Enfin nommons les huit figures qui sont aux angles : V Agricullurc, les Arts, les Sciences, V Industrie, le Corn.” mercc, la Marine , la Peux cl la Guerre.

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