‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 30 sur 230 · BOULEVARDS POISSONNIERE, BONNE-NOUVELLE ET SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

BOULEVARDS POISSONNIERE, BONNE-NOUVELLE ET SAINT-DENIS

J.a rue du Faubourg-Montmartre. — I,es tapis d’Auliusson. — Rue Rougemont. — La maison du Pont-de-Fer. — La galette du Gymnase. — Le théâtre du Gymnase Lent sous pour cinq lrancs cinquante. — Rue Hauteville et Saint-Vincent-de-Paul. — Bazar Bonne-Nouvelle. — Rue Mazagran,

ruedeCléry. — Rues et Portes Saint-Denis et Saint-Martin.

Nous arrivons au boulevard Poissonnière, et déjà nous voici presque en dehors du grand foyer aristocratique. L’astre du soleil italien, qui éclairait encore d'une assez vive lueur le boulevard Montmartre, pâlit à chaque pas fait en avant. Ce n’est déjà plus une

contrée purement patricienne, et ce n’est pas encore un quartier démocratique ; c’est un terrain vague et constitutionnel. Les magasins éblouissants qui s’adressent a des regards et à des bourses millionnaires sont remplacés par des boutiques coquettes, il est vrai,

roule v u:n poissonnière ( côté sud).

mais d’une coquetterie sans orgueil. Aux restaurants fréquentés par les Apicius et les Lucullus du temps succède la cuisine modeste. Salut aux Velours des commis de magasin, des hommes d’affaires et des auteurs dramatiques ! Voici des cafés brillants sans

Rue du Sentier.

doute, mais où l’on peut se présenter le soir en négligé du matin. Voici des boutiques de cor* donniers d’où n’est point exilée la chaussure vernie, mais oii l’on trouve aussi les souliers à semelles épaisses. En un mot, nous rencontrons de moins en

BOULEVARD POISSONNIÈRE (côté 1101x1)

Rue Saint-Fiacre.

moins les superfluités de la vie, et cependant l’agréable se mêle encore à l’utile.

A droite, en entrant, nous trouvons tout d’abord le bazar de l’industrie française, qui a deux issues, l’une sur le boulevard Poissonnière, et l’autre sur la

Fabrique de tapis d’Aubusson.

rue Montmartre. Il contient deux étages de boutiques d autant plus séduisantes qu’elles exposent à l’œil toutes leurs richesses variées. Au rez-de-chaussée se trouvent les industries les moins luxueuses, la quincaillerie, la chaudronnerie et les ustensiles de ménage.

BOULEVARD DONNE-NOUVELLE (côté nord).

Rue Rougemont.

Maison du Pont-de-Fer.

Rue du Faubourg-Poissonnière.

Galette.

Théâtre du Gymnase.

Au premier étage sont les marchands d’objets élégants, la papeterie, les pendules, les porcelaines, la parfumerie; au-dessus, d'immenses magasins de meubles. Nous aurions bien à critiquer dans ce bazar, fréquenté surtout par le provincial , les légendes qui accom¬

pagnent les peintures de la voûte. Jamais peut-être tant de niaiseries n’ont été inscrites dans un si petit espace. L’auteur de ces inscriptions doit être, à coup sûr, le poète rébusien des confiseurs de la rue des Lombards. Si vous daignez parcourir d’un œil distrait

ce recueil de banalités, vous apprendrez comme quoi le marbre et l’airain sont les archives du temps, comme quoi la paresse esl la mère de tous les vices, etc., etc. Parmi les peintures, il en est quelques-unes qui ne sont pas sans mérite pour des peintures de bazar

industriel. On remarque, en entrant par la grande porte du boulevard, la dalle oii est gravée la maxime sacramentelle : Prix fixe, mots solennels empruntés à nos voisins les commerçants d’outre-Manche, fixed /irice, et qui ferment d’avance la bouche aux récalcitrants. Ces deux mots sont, sans contredit, une des plus adroites inventions du génie commercial de notre époque.

De la rue Montmartre à la rue Saint-Fiacre, nous voyons deux ou trois grands magasins de tapissiers dans lesquels brillent comme des miroirs les bois de l lnde, les bois du Brésil, les bois de ces belles contrées inondées de soleil, oii chaque été ajoute aux arbres quelque veine éclatante. Nous sommes en face de l’hôtel Lagrange, où s’étalent les tapis d’Aubusson. C’est cet hôtel qui a eu le plus à souffrir dans la jour¬

née du 4 décembre 1851 . Trois boulets l’ont percé à jour. Le propriétaire a réparé ce désastre, et le maçon a effacé le stigmate de la guerre civile. Ce boulevard a encore quelques vieux arbres qui ont été épargnés dans les révolutions. Pauvres arbres parisiens! qu'on plante au nom de la liberté, et qu’on déracine également au nom de la liberté !

Cette rue Saint-Fiacre, qui donne sur le boulevard

BOU!,K\ \nn POISSONNIÈRE (côté sud).

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Km1 Poissonnière

Poissonnière, cette rue si calme, si honnête, habitée en grande partie, comme sa soeur des Jeûneurs, par des drapiers et des marchands de soieries de l’Alsace, cette rue gorgée d’étoffes, de calicots, de madapolam et de toiles de Hollande, eut jadis un assez vilain renom. Un dispositif des trésoreries de France, en date de 1669, prescrivait la fermeture des grilles de cette ruelle, remplie, dit le texte, d’immondices, de filous et de vagabonds.

Au milieu de ce boulevard, et tout en face de la rue Saint-Fiacre, se fait remarquer la maison monumentale, dite du Pont de fer. Une sorte de phalanstère assez inélégant, qui contient des cafés, des restaurants, des salons de lecture, de coiffure, et le célèbre bazar du voyage, diminutif de la maison Mosès, de Londres. Entrez dans ce bazar, et en quelques secondes vous trouverez tout ce qu’il faut pour voyager dans les cinq parties du monde. Voulez-vous un tomakaw pour

combattre les sauvages? une maison portative? une cage de fer pour chasser tranquillement les tigres et les hyènes? vous êtes servi. Un peu plus loin on vient d’élever, sur l’emplacement d’un vaste jardin qui fut l’oasis de ce quartier, une rue nouvelle, la rue de Rougemont. Cette rue est fort estimable, sans doute, et garnie de chaque côté de belles maisons en pierre de. taille, mais il y a à Paris quelque chose de plus rare et de plus précieux que le moellon sculpté, ce

noiiLF.v oin BONNK-NOWF.LI.K (côté nordi.

Kiip Haiifpi illp ; au fond, église

Saint-Vincont-dp-Paul.

sont les vertes pelouses, les bosquets touffus et l’ombre des grands arbres, et nous regrettons que la rue ait envahi le jardin. A la limite de ce boulevard est un magasin de bonneterie qui s’intitule Maison des anciennes limites fie Paris. On lit encore sur l’enseigne : Aux limites de Paris en 1660. La ville a grandi depuis cette époque. Il n y a que Dieu qui puisse dire aux < apitales ( omme au Ilot ; l u n iras pas plus loin.

Bazar Bonne-Nouvelle. Hue Maz

Nous voici maintenant sur le boulevard Bonne- Nouvelle, le boulevard des cafés et des estaminets ; cette partie du boulevard, oii la ville a cependant fait exécuter de grands travaux, est la plus irrégulière de toutes. Elle brise l’alignement et détruit l’harmonie de l’effet général. Quand on est parvenu à la hauteur de la rue de Cléry, on se trouve comme dépisté , et on se demande si on ne s’est pas trompé de chemin.

igran.

Avec de nouveaux efforts , on parviendra peut-être a modifier un jour ou l’autre cette partie de la grande promenade. Que le conseil municipal réfléchisse, et qu'il extirpe au plus tôt cette bosse du boulevard.

A gauche s’élève le théâtre du Gymnase, une bonbonnière dramatique, fondée par M. Poirson, qui l’avait dédiée, sous la Restauration, à madame la duchesse de Berry. C’est sur cette scène que s’est révélée

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