LES COLLÈGES
En conseil do Boileau. — Los collèges royaux on lycées nationaux. — Henri IV (Napoléon).
— Louis-le-Grand. — Charlemagne -- Bonaparte (Boni-bon j. — Saint-Louis. — Montnipu.— Notre- Dame des Dix-Huit. — La rue Coupe-C.ueuste et Sorbon. — I/hfttel do Savoisy. — Ruridan. — Le Pré aux Clercs — La Basoche. — Le Bé jaune et le l’aranymphe , — Organisation impériale des lycées. — L’Université d’autrefois et l’Université d’aujourd’hui. — Le proviseur. — Le censeur.— Le professeur de troisième. — Le professeur de mathématiques. — Le maître d'études. — Une figure de rhétorique. — Le dortoir —Le réfectoire. — La salle d’études. — Louis XIV au collège de Clermont. — Le chef d’institution. — Les vacances. — La rentrée. — Le déluge au parloir. — La toilette hebdomadaire. — Un pantalon neuf. — La mère Angot. — Les billes. — Saute-mouton.
— La balle cavalière. — La Saint-Charlemagne. — Le grand concours. — Types au concours. — Un ci-devant et un futur prix d’honneur. — Mon fils. - Comme on entre ail collège. — Comme on en sort.
Celui que nous appelions au collège le législateur du Parnasse, Nicolas Boileau Despréaux, nous avertit doctoralement qu’il faut mêler le grave au doux, le plaisant au sévère. Or, sortant à peine des folies et des orgies carnavalesques, il nous semble à propos, par un retour naturel à la sagesse , de revenir vers des sujets moins échevelés. Et, puisque le mot de collège s’est trouvé sous notre plume, parlons de cette base essentielle, selon les uns, ruineuse , d’après les autres ; de cette atmosphère où nous avons passé tous, afin de nous imprégner plus ou moins d’encre et de latin.
Indépendamment des établissements particuliers ouverts à l’instruction secondaire (tel est le nom consacré pour les études d’après les anciennes traditions), établissements dont un bon nombre affectent de fort raisonnables proportions et présentent d’assez beaux effectifs de maîtres et d’élèves, la ville de Paris compte cinq collèges royaux ou lycées nationaux , suivant les variations du baromètre politique, et deux collèges de libre exercice : en tout vingtneuf de moins que le Paris d’autrefois. Hâtons-nous d’ajouter, afin de rassurer les partisans quand même du progrès des lumières , que cette diminution énorme n’est qu’apparente : sur trente-six collèges dirigés, les uns par l’ancienne Université. , les autres par des corporations religieuses, il ne s’en trouvait guère d’égal au lycée Charlemagne ou au lycée Napoléon (ci-devant Henri IV). Le collège de Montaigu, fameux par les jeûnes ultra- cénobitiques infligés aux jeunes élèves; ou celui de Notre-Dame des Dix-Huit, qui ne comptait que dix-huit pensionnaires, ne brillent pas plus, en présence de leurs radieux successeurs, qu’une lampe allumée en face du soleil de midi : que le lecteur veuille bien excuser cette comparaison fort présentable d’ailleurs dans le pays oii nous allons l’introduire.
L’Université parisienne, plus privilégiée que bien des peuples, a son histoire, et une histoire com- | plète, avec ses légendes, sa mythologie, compagne inséparable du berceau des antiques nations; ses guerres, ses époques de grandeur et de décadence. L’archéologie y joue un rôle important, et tel savant qui se livrerait à une flânerie paléologique dans le dédale des rues qui serpentent autour de la classique i montagne Sainte-Geneviève , retrouverait mille traces du temps passé dans la rue du Fouare, dans les labyrinthes infects et nébuleux de la place Maubert. Ici fut la rue Coupe-Gueule ( vicus dictas Coupe-G ueusle ), où demeurait cet estimable Sorbon, parrain de la Sorj bonne, restaurée, après quelque quatre ou cinq siè- ! clés, par le cardinal de Richelieu. Là s’élevait jadis
15 Cent. LA LIVRAISON, — 21e Livr.
l’hôtel de Savoisy, démoli par la main du bourreau pour venger le meurtre d’un écolier. Partout des souvenirs :
. On découvre avec joie
Le faible Simoïs et les champs où fut Troie;
l'emplacement du fameux Pré aux Clercs , envahi par les aristocratiques hôtels du faubourg Saint-Germain, et la maison oii étudia Buridan, qui aima une reine et la fit tuer pour la punir d’avoir été mal tué par elle , ainsi que nous le raconte le très-véridique drame de la Tour de Nesle. En ce lieu passait la grande montre de la Basoche, cette procession d’étudiants que François Ier eut un jour la fantaisie de passer en revue; en cet autre , on élisait le recteur, en ayant soin que la durée du conclave ne dépassât pas celle d’un bout de chandelle destiné à éclairer les électeurs eu servant de limite à leurs incertitudes. Il semble que ces murs répètent encore les plaintes du héjaune , trop pauvre ou trop riche pour payer sa bienvenue en autre monnaie que de la patience et de la résignation : on croirait entendre les railleries et les sarcasmes du paranymphe , ce fonctionnaire chargé d’instruire la virginité du nouveau qu’on venait de fiancer à l'École. Cet heureux temps n’est plus : les vieilles coutumes, dont il est question sous Philippe-Auguste et sous saint Louis, ont disparu; le héjaune paye sa bienvenue en consommations dans quelque café au rabais; et le partant, comme l’atteste l’Odyssée inédite du pays latin, est réduit à prendre seul, comme coup de l’étrier, sa prune solitaire sur l’historique comptoir de la mère Moreaux.
On a bien des fois déjà redit tous ces détails d’une histoire d’ailleurs pleine d’intérêt et de péripéties. On a raconté souvent les transformations de ce corps antique, depuis les écoles de Charlemagne, où l’on enseignait le trivium et le quadrivium, jusqu'à la réorganisation profondément administrative qu’imposa au corps enseignant Napoléon, (pii avait pris l'habitude d’enrégimenter les idées comme des soldats et de tailler au génie, au talent, à la littérature, aux beaux-arts, des uniformes coupés sur le patron de ceux de l’armée. Le niveau ministériel aligna toute cette exubérance de sève, qui s’était égarée en rejetons inégaux : à la place d’un arbre chargé de bois et de feuilles croissant, se ramifiant un peu au hasard, l’empereur créa un de ces végétaux douteux dont la régularité fait honte aux colonnades renaissance et aux pyramides égyptiennes; ou, s’il faut abandonner la métaphore, nous dirons simplement que, par les décrets de 1804 et de 1800, Napoléon supprima l’élection, pour ainsi dire, à tous les degrés, ne laissant que
Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60.
des simulacres de concours pour obtenir des simulacres de titres, et respectant à grand’peine le droit de présentation, unique débris des anciens privilèges. On eut, et l’on a encore, un grand maître, se confondant depuis avec le ministre; un conseil supérieur, des conseils d’académie; puis une nuée, non plus de vrais professeurs, indépendants et électeurs éligibles à toutes dignités, mais d’employés, de bureaucrates de l’enseignement, recteurs, inspecteurs généraux, secondaires, primaires; facultés, classées par ordre de sciences ou de lettres et d’arts, à peu près sur la base des classifications de fossiles; collèges royaux, communaux, écoles primaires : en un mot, une hiérarchie savante, mais inflexible; une équation algébrique en chair et en os, une administration s’organisant, mais se désorganisant aussi par un décret, au lieu de ce corps puissant qu’on appelait jadis du même nom d’Université, corps qui avait ses accès de fièvre et ses époques de langueur, mais qui était fort et vivace, comme le prouvent même ses excès. Dans ce système, les études ont peut-être regagné en surface et en variété ce qu’elles ont certainement perdu de leur profondeur et en quelque sorte de leur personnalité. On sort aujourd’hui du lycée bachelier, c’est-à-dire officiellement apte à tout, et en réalité ayant tout à refaire. Jadis on quittait les écoles, sinon mathématicien, du moins fort latiniste ; sinon hérissé de physique et d’histoire naturelle, du moins imbu des auteurs classiques, ce qui, après tout, est toujours de la bonne littérature.
Comme on voit, entre l’université d’autrefois et l’université de nos jours, il n’existe guère d’analogie que celle du nom. Jadis les étudiants, divisés par nations, formaient une corporation distincte du reste des habitants; ils avaient leurs quartiers, leurs lieux de réunion, leurs chefs électifs ; les collèges, de même que l’université proprement dite, donnait l’instruction gratuite, et de nombreux boursiers, vivant sur la munificence des fondateurs ou des protecteurs, parvenaient, malgré leur pauvreté, à cette instruction supérieure qui est devenue aujourd’hui un luxe et presque un privilège. En effet, sans vouloir attaquer le système moderne qui attribue la plupart des bourses aux enfants dont les parents ont rendu des services à l’État, on peut regretter que la part ne soit pas faite plus large, dans leur distribution, au mérite personnel et à l’indigence, ou encore à l’insuffisance de fortune.
Arrivant à l’organisation actuelle de l’enseignement, nous dirons d’abord en peu de mots que l’instruction publique présente trois degrés: l’enseignement élémentaire, qui est destiné à se répandre sur tous les points et qui embrasse les connaissances fon-
PARIS. TYP. DE FIRMIN DIDOT, 56, RUE JACOB. C. par la poste.
daraentales dont la somme devient chaque jour de plus en plus nécessaire à chaque citoyen; l’enseigne-
Le maître d’études.
ment secondaire, comprenant le cours d’études qui doit initier les élèves à la connaissance générale des langues anciennes, de l'histoire, et leur donner une
La salle d’étude.
notion suffisante des sciences exactes et naturelles ; enfin l'enseignement supérieur, oii chaque esprit doit choisir une spécialité, et diriger ses travaux, jusqu’alors un peu encyclopédiques, vers une direction
Le professeur de troisièmes
unique. Les écoles primaires, échelonnées sur toute la France, répandent le premier enseignement; on puise le second dans les lycées, les collèges et les
institutions particulières; les facultés et les écoles spéciales sont chargées de l’enseignement, supérieur.
Lé proviseur.
Ne parlant de l’instruction publique seulement que pour ce qui concerne Paris, nous nous occuperons d’abord des collèges et lycées.
L’Université, disions-nous, ouvre à la jeunesse studieuse de Paris cinq lycées, appelés collèges royaux
sous les gouvernements précédents , et deux collèges particuliers, qui, avec le lycée de Versailles, complètent le nombre des huit établissements privilégiés admis à l’épreu ve annuelledu concours général. Louis-le- Grand, Napoléon (ci-devant Henri IV), Charlemagne, Bonaparte (ci-devant Bourbon), Saint-Louis : tels sont les cinq lycées. Il faut y joindre les deux collèges Stanislas et Rollin, anciennes institutions Nicole et Liotard, érigées en collèges par ordonnance royale. Les lycées , qui d’ailleurs ont changé plus d’une fois de patron depuis la réorganisation de l’Université , remontent aux temps orageux de la Convention et du Consulat, à l’exception de l’ancien collège d'Harcourt, fameux pour avoir eu Rollin pour élève et pour principal. Ils ont été en général installés soit dans le local occupé par les anciens collèges , dispersés et balayés par la tourmente révolutionnaire , soit dans les couvents et autres édifices religieux confisqués par l’État. Ainsi Charlemagne a planté ses drapeaux dans l’an- ■ienne maison professe des Jésuites, rue Saint-An-
Une figure de rhétorique.
toine; Bonaparte, ou Bourbon, selon les temps, a succédé aux révérends pères capucins de la Chaussée-d’Antin, qui avaient eu la malencontreuse idée de
faire élever un couvent superbe en 1782, juste huit ans avant le grand naufrage. Louis-le-Grand, fondé
Professeur de mathématiques.
en 1560 par l’évêque de Clermont, et acheté trois ans après parles jésuites, porta jusqu’en 1681 le nom de Collège de Clermont., de la société de Jésus. Mais, à cette époque, Louis XIV, ayant assisté aux examens,
Le dortoir.
publics dirigés par les Pères, s’écria, pour encourager les élèves : «Vos succès ne sont pas étonnants, vous êtes mon collège ! » La nuit suivante, le principal, jaloux de conserver un si beau patronage, fit disparaître l’ancienne inscription, et on lut à la place : Collège
Le censeur.
de Louis-lc-G rond . Louis-le-Grand s’est néanmoins appelé, en 1792, Collège de l' Égalité ; en 1802, Lgcée impérial ; en 1818, Lycée Descartes : mais il en re-