‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 61 sur 230 · ÉCOLE DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

ÉCOLE DE MÉDECINE

Graine de l’École de médecine de Paris. — Les empiriques. — La médecine à la porte des Ecoles. — Le bénitier de Notre-Dame. — Les cours de la rue du Fouare. — Dante. - Jacques Desparts. - La sainte récompense — Première école attitrée. —Sa bibliothèque. — Le Rhazès. —Touchante confiance inspirée par Louis XI. — Pouvoir et privilèges de la Faculté de médecine. — Son ancienne ' organisation — Fondation de la thèse. — Le para nymphe. — Réception au doctorat. — Le latin de la Faculté. — La chirurgie, sentiments peu fraternels de la médecine envers elle. — Chirurqiên et barbier — Louis XV institue cinq chaires de chirurgie. — Académie et collège de chirurgie. — Société de médecine et Faculté sous la Révolution. — Organisation actuelle de la Faculté. — Bibliothèque de l'Ecole de médecine. — Cabinet d’anatomie comparée. — Le monde de Cuvier. — Musée Dupuytren. — Son pittoresque. — Les médecins de Molière.

Guénami et Kavon.— La circulation du sang démontrée. — Les sectes médicales. — Ensemble encyclopédique de l’étude de la médecine. — Le pays Latin. — Intérieur d’etudiant.

Luc infortune (l’Apollon. — Les lUiuliuntes. — Leurs victoires et conquêtes. — Leur connaissance delà structure humaine. — Un chiffonnier d’étudiante. — Parallèle et démarcation des deux classes d’étudiantes. — Le triomphe. — La course aux malades. — Les spécialités. — Academie de médecine. — Membres résidents. — Utilité de

l’Académie de médecine. — La salle des séances. — Tableaux à la cire, par Muller.

A quelle époque peut-on rapporter l’origine de l’école médicale de Paris? C’est une question que nous n’aborderons pas; nous laisserons les auteurs et les anciens panégyristes de la Faculté chercher des traces de son existence dans l’école palatine de Charlemagne et dans les premiers temps de l’Université. Peut-on considérer comme formant une école quelques empiriques, charlatans pour la plupart, tous plus ou moins ignorants, et fort empêchés sans doute quand il fallait transmettre à quelque disciple leur langage scientifique? Comment admettre qu'il existât une école dans un temps où, selon Quesnay, la médecine, appelée en France ars sine arte, ne pouvait ob¬

tenir entrée dans les écoles de Paris, même à titre d’art?

C’est au treizième siècle que nous commençons à reconnaître une Faculté avec une apparence de constitution. Deux siècles plus tard, elle avait des disciples, mais point d’écoles ; et, d’après Riolan, ce fut en 1505 qu’elle entra en possession des premières qui furent construites pour elles. Les grandes réunions des régents avaient lieu dans l’église des Mathurins ou à Notre-Dame, dont le bénitier fut longtemps le rendezvous de la Faculté. Les actes se passaient dans la maison des maîtres , dont quelques-uns enseignaient chez eux. De plus, les ^bacheliers faisaient des cours

dans la rue du Fouare, où de nombreux élèves, étendus sur delà paille, écoutaient leurs leçons. Des salles basses non pavées , jonchées de bottes de paille qui servaient de sièges, tels étaient alors les amphithéâtres où Dante et tant d’hommes illustres venaient de tous les pays civilisés rendre hommage au savoir.

En 1 45-4, sous le décanat de Denis de Sous-Lefour, Jacques Desparts, chanoine de l’église de Paris et premier médecin de Charles VIF, convoqua la Faculté au bénitier de Notre-Dame. Là , il lit sentir la nécessité de donner à ce corps savant des écoles plus convenables, et proposa les moyens qui lui semblaient devoir le mieux assurer l’exécution de son projet. La guerre

Vue extérieure de l’École de médecine de Paris.

contre les Anglais fit ajourner alors toute mesure de ce genre; mais, quand on put songer à toute autre chose qu à la défense du pays, Desparts revint à son projet, et fit don à la Faculté de trois cents écus d’or (3,450 livres) et d’une bonne partie de ses meubles et de ses manuscrits. On commença aussitôt de bâtir une école au bourg de la Bùcherie , sur le terrain de deux vieilles maisons achetées, l’une d’un bourgeois, l’autre des chartreux. Pour reconnaître le don généreux de Desparts, la Faculté lui assura de son vivant, afin qu’il n’en ignorât, un obit, vigile et messe à perpétuité, à chaque anniversaire de sa mort. C’était payer en monnaie de sacristie, mais Desparts était chanoine.

Ce lut ainsi que la Faculté de médecine eut pour la première fois une école attitrée. Malgré le peu de ressources dont il pouvait disposer, ce corps savant parvint à de grands résultats, aidé du temps, de la persévérance et du travail. Ce qui surtout avait man¬

qué jusqu’alors , c’étaient les livres, qu’on ne pouvait se procurer qu’à grands frais, à une époque où l’art d’imprimer n’était pas encor»' découvert. Les leçons orales étaient le seul moyen d’instruction pour les «lèves ; quant à la bibliothèque de la Faculté, elle se composait, en 1395, dans le premier siècle de son existence, de huit ou neuf auteurs, dons splendides accordés par des souverains ou légués par d»’s savants. Ces livres étaient : la Concordance de Jean de Suint- Amand (1200), lu Concordance de Pierre de Saint- /• tour (1325), le livre De usu parlium de Galien, les Médicaments simples et la Pratique de Mezue, le Traite de la thériaque , 1 I ni idolâtre d’Albucasis, f I ntidotaire clarifié de Nicolas Myrepse (1300), enfin le latum continens Rhazes, en deux petits volumes »pie la Faculté, dans une lettre à Louis XI, appelle son plus beau et son plus singulier joyau. Louis XI avait désiré faire transcrire cet auteur pour le mettre dans sa bibliothèque, et le president de la cour des

comptes avait été chargé par lui de demander à la Faculté quelle voulût bien prêter au roi son Rhazès. La Faculté s’émut beaucoup à cette demande, et tint mainte assemblée au bénitier de Notre-Dame avant de prendre un parti; enfin elle se décida à prêter son joyau , mais sous bonne caution , savoir : douze marcs de vaisselle d’argent, qui lui furent remis, et un billet de cent écus d’or (plus de 1,000 livres), qu’un riche bourgeois souscrivit en cette occasion pour le roi. Ces conditions, il faut l’avouer, n’avaient pour Louis XI rien de très-flatteur; il était impossible de lui dire plus clairement qu’on le croyait capable défaire ce <|ue font aujourd’hui tant de bibliophiles à notre pauvre bibliothèque royale. Quoi qu’il en soit, la Faculté crut pouvoir ajouter à ces exigences une insinuation au sujet du désir qu’elle avait de faire école et très-belle librairie pour exhausser et élever la science de médecine. Probablement Louis XI comprit fort bien qu il s’agissait d’une subvention ; aussi fit-il la s». unie

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