SORBONNE, COLLÈGE DE FRANCE, ÉCOLE NORMALE
teint à peine an nombre rond d’une centaine pour les deux sections réunies. Aussi l’école ne fait-elle guère d’impression au public, et pâlit beaucoup devant l’éclat de la Polytechnique et de Saint -Cyr. Quand on voit passer dans les rues ces jeunes gens à uniformes tout simples, à l’air méditatif et modeste, les yeux cachés sous l’abri de lunettes épaisses, on se demandequi ilspeuventbien être; tandis que chacun reconnaît et admire leurs rivaux triomphants, le chapeau à claque crânement posé sur l’oreille, la flamberge en sautoir, et la bande rouge sur un pantalon taillé à la militaire. Pourtant il faut également une bien copieuse consommation d’algèbre et de calcul intégral pour prendre rang parmi les lopins de l’École normale , et l’imagination recule effrayée devant les périodiques ingestions et digestions forcées de vers latins et de thèmes grecs qu’exige l’examen pour la section des lettres. L’École normale, fondée en même temps que la nouvelle Université , a subi quelques vicissitudes et même quelques suppressions. Installée d'abord rue des Postes, elle fut supplantée, en I8'22, par une maison de jésuites: aujourd’hui elle trône tout à côté du Panthéon, entre la Bibliothèque Sainte -Geneviève et l'bcole de droit.
Bon nombre d’éminents littérateurs et de latinistes jurés se sont formés dans l’humble retraite de la rue des Postes. Nous aurions à citer bien des noms fameux dans renseignement, et quelques-uns portés par
de hauts dignitaires du corps des quarante immortels, MM. Saint -Marc- Girardin et Sainte-Beuve, par exemple.
En général, les élèves sortant de l'École affrontent
le feu des examens supérieurs, la licence et l’agrégation. Jusqu’à l’agrégation, un professeur s’inquiète et travaille : sa chaire tremble sous lui, et le titre de charge semble être pour lui une épée de Damoclès
dont la chute entraîne les dépositions , les suspensions , les révocations.
Quand l’épreuve est terminée, alors seulement l’Université, aima mater, les reçoit dans son sein et leur fait un oreiller paisible. Mais aussi quelles difficultés, quels écueils entourent ce paradis terrestre! L’histoire, la philosophie, la littérature, la grammaire, dune part; de l’autre, les sciences physiques et mathématiques hérissent tous les piquants de leurs champs les moins cultivés : l’une parle au candidat des annales des Phrygiens ou des Lydiens, et veut qu’il réponde par celles deMalte ou de Rhodes ; l’autre le questionne sur les œuvres de Buchanan et les poésies du Mantouan, obscur rival de son compatriote Virgile. Ici, il faut connaître les creuses visions de Jacob Bôhme, discuter d’une manière savante sur les œuvres de saint Bonaventure , de saint Thomas d’Aquin et de Raymond-Lulle; là, il faut être de première force sur tous les raffinements grammaticaux grecs, latins et français, dont Port- Royal et Vaugelas sont les aïeux légitimes. D’ailleurs
b.ie seance (Je lecture, le soir, uaus uue <i;s salies ou coiiegc ue r rance.
renseignement de l’École normale constitue, sans contredit, la meilleure préparation à ces arcanesVle la philosophie, de la littérature et de la linguistique. Les maîtres les plus distingués sont au service de
chaque section. Dans la première année/ par exemple, a lieu une révision approfondie des études classiques ; les professeurs en herbe se brisent au maniement du dactyle et du spondée, versifient dans tous les
mètres d’Horace et de Sénèque , devinent ou cherchent à deviner, ce qui est tout un, les insolubles difficultés de la prosodie des comiques latins. Cette première année encore, il se fait, autant et plus qu’au
collège , une consommation effrayante de thèmes grecs et latins. 11 faut qu’à l’épreuve décisive de la licence ès lettres, le candidat soit en mesure d’offrir aux examinateurs une marqueterie suffisamment bigarrée de locutions térentiennes, plautiniennes et cicéroniennes. Quant a 1 étude du français, advienne que pourra ; la lorce des amplifications de rhétorique, ornées d’un prix au concours général, sut fit pour les exigences de la première lutte. L’année suivante, le niveau des études monte d’un échelon :
histoire littéraire, critique des éternels modèles du goût, suivant le style officiel de ces messieurs, compositions plus étendues en prose et en vers, et surtout pâture forcée dans tous les taillis littéraires les plus impénétrables , tel est le programme pour les aspirants aux chaires de rhétorique, de seconde et de troisième.
Ceux qu’une vocation spéciale entraîne vers le champ des études historiques suivent une autre marche.
N’allez pas croire cependant que , pour renoncer aux aménités dés auteurs anciens , ils s’élèvent à des études d’une plus haute portée : l’enseignement universitaire n’a rien de commun avec Herder et repousse Michelet de son sein. Pour atteindre à la pomme d’or si ambitionnée, la mémoire des noms et des dates, ac¬
désignait chaque année pour les épreuves d'argumentation. Une tâche si importante absorbe la majeure partie du temps des élèves; et le cours de pédagogie, c’est-à-dire le cours qui a la prétention d’enseigner à conduire la jeunesse , risque beaucoup d’être mal
écouté. 11 est vrai qu'il s’agit de former de modestes professeurs, et non des rhéteurs brillants ou des sophistes , la pire espèce d’hommes.
Les cours de la section des sciences présentent un caractère plus fixe et se circonscrivent dans un programme exact, comme le sont d’ailleurs les matières dont les candidats ont à s’occuper; mais on pourrait craindre que la direction exclusivement scientifique de ces jeunes esprits ne vînt à les fausser pour tout ce qui regarde la vie pratique, autant au moins ipie les trop grands écarts de la philosophie, de l’histoire ou de la littérature. La grammaire seule a le privilège de maintenir le calme et là sérénité dans les intelligences; elle suppose si bien Yuurca mcdiocritas de l’esprit!
L’École normale s’est, à plusieurs reprises, signalée par son esprit démocratique; elle, n’oublia jamais que la Convention est sa mère. Ouverte en ! 7!Li avec des hommes comme Bernardin de Saint-Pierre, Lagrange, Monge, Berthollet, etc., pour
compagnée d’une certaine ténacité d’écrivailleur et de paperassier, forme tout le bagage nécessaire. De même pour la philosophie : l’étude attentive et presque mnémotechnique de MM. Cousin, Jouffroy et Damiron, quelques notions sur les Ecossais, les Allemands,
Vue de l’école normale.
et une tournure d’esprit dogmatique et nébuleuse, en voilà plus qu’il n’en faut. Enfin arrive la troisième année, l’année décisive : il s’agit de la préparation des questions spéciales que le ministre désigne, ou plutôt
professeurs, elle fut fermée au bout de quelques mois; et cependant Napoléon, qui la rouvrit et la réorganisa en 1 808, ne put faire disparaître le ferment révolutionnaire laissé par cette Assemblée prodigieuse, qui a marqué toutes ses créations d une si profonde
preinte. Une manifestation innocente, sous la Restauration, procura de nouveau à l’École normal1' des vacances forcées de quatre ans. Louis-Philippe la rouvrit, et la laissa en paix pendant tout le cours de son règne. Quand on voit , rue d’Ulm , ce modeste
établissement où à peine une centaine d’étudiants, trente-quatre par année, sont admis au banquet de la science et des arts, il est aisé de comprendre que ce n’est point là une institution bien vivace, bien enracinée, comme les Écoles polytechnique ou de Saint-Cyr,
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