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CHAPITRE XII.— LES THÉÂTRES

à côté de lui , Fleury, le dernier des gentilshommes de la scène. Après Fleury, le Théâtre-Français tomba de plus en plus dans la roture. Voici encore les deux Baptiste, non loin de madame Vestris, après laquelle arrive cette grande comédienne que nous avons tous applaudie et admirée, mademoiselle Mars.

Dans cette galerie des gloires dramatiques du Théâtre-Français, plusieurs font défaut : mademoiselle Locouvreur, Molé, mademoiselle Duchesnois et Montrose. Je ne parle que des morts, bien entendu ; les vivants ont toujours le temps de préparer leur apo¬

théose, et, Dieu merci, ce n’est ni le marbre ni la toile qui manquent aujourd’hui.

Il y a dans ce foyer des comédiens qui ne sont pas moins spirituels que leurs devanciers, des comédiennes non moins piquantes, non moins jolies et non moins célèbres : mademoiselle Rachel , mademoiselle Dénain, les deux Brohan, madame Allan et quelques autres. Les marquis n’y viennent plus; mais où sont les marquis, s’il vous plaît? On y cause encore avec esprit, avec finesse. Demandez-le plutôt à M. Régnier, à M. Samson et à M. Provost. Quelques intimes, des

écrivains dramatiques, quelques journalistes, se mêlent à ces conversations, d’où la médisance n’est pas toujours exclue , non plus que la chronique scandaleuse, mais où l’art a aussi sa part et sou tour.

Parmi les habitués ordinaires du foyer, qu’il me soit permis de citer quelques noms : MM. Alfred de Musset, Emile Augier, Ponsard, Latour de Sain t-Ybars, quelques peintres, quelques statuaires et de simples mortels, gens du monde, et pour la plupart gens d’esprit.

Ici , Orgon joue aux dames avec Mahomet ; lit , Scapin traite une haute question de littérature

La scène et ta salle du Théâtre-Français.

dramatique avec Orosmane. Philaminte, descendant de ses hauteurs, échange un lazzi avec Bridoison, tandis qu’Oreste lance un gros calembour à Pyrrhus, tout en badinant avec Hermione.

Mais tout à coup, au beau milieu, soit de la partie de dames, soit de la discussion, voici l’avertisseur qui appelle Agamemnon; et aussitôt le roi des rois, rengainant ses arguments ou rejetant ses pions, se hâte de venir sur la scène lancer ses alexandrins pompeux à la tête d’Achille et du public.

11 y a encore au Théâtre-Français un endroit où causent les beaux esprits, c’est la salle du foyer public.

Pendant la représentation, les aristarques du lundi se rassemblent autour de la cheminée et devisent sur tout et sur beaucoup d’autres choses. Là, on passe par les verges de la critique l’auteur de la dernière pièce à succès, ou la comédienne encore dans l’enivrement de son triomphe. La saillie part comme une fusée; le jeu de mot est le volant que se renvoient toutes ces raquettes. C’est là que se raconte l’anecdote de ce matin, c’est là aussi que se confectionne le paradoxe de demain. Chacun fait ce qu il peut, même messieurs les vaudevillistes, qui viennent de temps a autre jeter dans ces conversations de ces lueurs éphé¬

mères qui, semblables aux étincelles du diamant, ne donnent ni chaleur ni lumière.

Dans ce foyer sont placés à la (lie les uns des autres tous les bustes de nos grands auteurs dramatiques: le buste de Rotrou, celui de Molière, qui semble vivant ; le buste des deux Corneille, etc., etc. Le dernier poète qui est venu prendre place dans ce glorieux musée est, je crois, Casimir Delavigne.

C’est au Théâtre-Français qu’il faut voir une première représentation ou une représentation extraordinaire. Le public d’une première représentation à ce théâtre se compose de tous les noms

connus dans la politique, les sciences, les arts et la mode. Les toilettes des femmes sont aussi brillantes qu’à l’Opéra ou aux Italiens. Voici les ministres d'aujourd’hui et les belles dames d’aujourd’hui; voilà les grands peintres de ce matin et les grands feuilletonistes de ce soir. Tout ce qui est célèbre dans la société parisienne, tout Paris, pour nous servir de l’expression un peu insultante de messieurs les journalistes, assiste à une première représentation au Théâtre-Français; et il faut bien dire néanmoins que c’est ce Paris-là qui distribue la réputation et la furtune aux auteurs, aux acteurs, aux compositeurs, à tout ce qui veut se frayer une voie dans le domaine de l’art, du talent et de 1 intelligence.

La salle du Théâtre-Français contient quinze cent vingt-deux places; elle fut construite sur les dessins de Louis, .architecte du Palais-Royal.

■ Le ton général des ornements de cette salle est blanc et or. La tenture intérieure est d’un rouge foncé, ce qui assombrit un peu cet éclat, et ce qui a aussi l’inconvénient d’attrister la toilette deâ femmes. Une large, galerie à trois rangs de places projette sa courbe au-dessus du parterre. Le plafond représente le lever de l’Aurore; c’est, à peu de chose près, la copie du tableau de Guido Reni, assortie aux exigences de l’ornementation. Par l’effet d’une combinaison bien entendue , la figure resplendissante du soleil , qui occupe le milieu du plafond, dissimule le ventilateur

et le passage du lustre. A droite et à gauche du trépied antique, sur lequel fume l’encens, se dressent .les figures colossales de Melpomène et de Thalie, autour desquelles se déroule une suite de groupes oii revivent les actions, les personnages et les caractères qui ont inspiré leurs plus beaux chefs-d’œuvre à nos poètes. Évidemment le peintre a un peu abusé de l’abstraction : la Colère, le Désespoir, la Jalousie et le Remords sont des personnifications assez obscures de la tragédie. L’Avarice et l’Hypocrisie, tout en rappelant à la mémoire deux des plus belles créations de Molière, ne réveillent guère, par l’expression que le peintre leur attribue, l’idée du ridicule et de la comédie. La partie du tableau où se

Plafond du Théâtre- Français.

groupent la Poésie, la Peinture la Sculpture, l’Aichi- I lecture, a un caractère plus arrête. Cette immense compusition, qui ue réunit pas moins de cent personnages, est encadrée par des vases et des guirlandes de Heurs et de feuillage d’un bon style et d’un joli effet. Ce plafond est l’œuvre de M. Gosse.

Comme je ne procède pas tout à fait à la façon des architectes, je demande la permission de terminer cette description du Théâtre-Français par le vestibule. Ce vestibule, de forme elliptique, est entouré de trois rangs de colonnes doriques accouplées au premier rang , isolées dans les deux autres. Au milieu s’élève une magnifique statue de Voltaire en marbre blanc, par Houdon. Cette statue est, à mon avis, le chef-

d œuvre par excellence de la statuaire moderne.

Passons maintenant à l’Opéra.

L etablissement d une Academie royale de musique a Paris date du seizième siècle. Jean-Antoine Baïf, 11e a \ enise, pendant que son père y était ambassadeur, fut le premier parmi les Français qui tenta l'accord de la poésie française avec la musique. Malheureusement il se trompa dans l’exécution; à l’exemple des anciens, il voulut introduire des vers français composés d’iambes, de dactyles, de spondées, etc.; tentative absurde et tout à tait contraire au génie de noire langue. Baïf établit dans sa maison , située rue des Fossés-Saint-Victor, une Académie de musique autorisée par lettres-patentes de Charles IX, qui s’en

déclara le protecteur et le premier auditeur. Bail étant mort en 1589, cette academie fut transférée chez son associé Mauduit , lequel chercha à la ranimer par le projet d’une autre académie, qu’il appela Confrérie de Sainte-Cécile, et dont le succès ne fut pas très-brillant.

L’abbé Perrin, attaché à Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, hasarda, en 1659, une pastorale que Lambert, beau-père de Lulli, mit en musique. Celte pièce obtint le plus grand succès et fut d’abord représentée à Issy, ensuite à Vincennes devant le roi. Les auteurs applaudis s’associèrent alors avec le marquis de Sourdéac, homme fort riche et très-habile comme machiniste. Des lettres-patentes du 28 juin 1069 ac-

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