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CHAPITRE XII. — LES THEATRES

\ uc extérieure de l'Opéra.

cordèrent aux trois associés la permission d’établir des académies de musique, pour chanter en public des pièces de théâtre pendant douze années consécutives. En 1672, Lulli , surintendant et compositeur de Sa Majesté, obtint un privilège qui lui accordait l'autorisation d’établir une Académie royale de musique, composée de tel nombre et qualité de personnes qu’il aviserait, et que le roi choisirait et arrêterait sur le rapport du directeur-compositeur.

Les lettres-patentes portaient que l’Académie royale de musique était érigée sur le pied des académies d'Italie, où les gentilshommes et les demoiselles pouvaient chanter et danser aux pièces et représentations, sans qu’ils fussent censés déroger au titre de noblesse ni à leurs privilèges, charges et immunités.

On ne s’étonnera pas de cette clause si étrange, si l’on songe qu'à cette époque le roi, les plus grands seigneurs et les plus grandes dames de la cour figuraient dans les ballets sur le théâtre de Versailles.

Bizarre contradiction! pendant (pie la puissance sacerdotale frappait d’excommunication l’acteur qui récitait les vers de Corneille, de Bacille, de Molière, celui-là n'en était pas atteint qui chantait sur les planches les stances voluptueuses et souvent érotiques de Quinault !

Devenu seul directeur privilégié de l’Académie royale de musique, Lulli transféra son théâtre de lame Mazarine au jeu de paume du Bel-Air, dans la de Vaugirard. Puis, à la mort de Molière, la salle rue du Palais-Royal fut donnée aux chanteurs et aux danseuses.

Tl serait fastidieux de suivre l’Académie royale de

la place du Palais-Royal. I ’n croc.heteur qui se trouvait dessus s’avisa de placer sur sa tête un -casque de théâtre, [puis s’affubla d’un manteau royal. Immédiament la consternation fit place aux hourras et à la gaieté. Le public ne songea plus qu’à saluer de ses éclats de rire le monarque improvisé. Quelques jours plus tard, il

musique à travers toutes ses phases. En 1781, au moment oii le prix du parterre venait d’être porté de quarante à quarante-huit sous, le théâtre du Palais- Royal fut détruit par un incendie. Plusieurs personnes périrent , et le feu dura pendant huit jours.

Le lendemain matin , le peuple contemplait les affreux ravages de cet incendie, lorsqu’une voiture chargée de costumes échappés aux flammes traversa

y avait des étoffes très a la mode couleur de feu d’Opéra.

L’Académie royale de musique, chassée par l’incendie du Palais- Royal, alla s’installer au théâtre des Tuileries; puis l’administration obtint du roi la permission de jouer des opéras en un acte sur le théâtre des Menus-Plaisirs, rue Bergère.

L’ouverture eut lieu le 14 août 1781, par le Devin du Village , cet opéra de Jean-Jacques Rousseau, et Myrtil et Ly coris. On continua d’y jouer jusqu’à ce que la nouvelle salle construite près de la porte Saint-Martin eût été achevée.

Frappé de la stérilité et du vide d’intérêt des poèmes destinés à l’Académie de musique, Louis XVt fonda un prix annuel pour le meilleur ouvrage de ce genre. De seize ouvrages envoyés au concours en 1788, aucun ne fut jugé digne de l’admission.

L’Académie royale de musique fut appelée Opéra en 1791, et, depuis, le public n’a cessé de lui donner ce nom.

Mademoiselle Montansiér avait fait bâtir dans la rue Richelieu, sur l’emplacement de l’ancien hôtel de Louvois, un théâtre qui se nommait Théâtre-National. Le gouvernement en fit i’acquisition, et les acteurs de l’Opéra y jouèrent, pour la première fois, le 28 juillet 1794.

En 1807, un décret organisa l’Opéra, qui prit le nom d’ Académie impériale de musique. Depuis 1792, ce théâtre a successivement porté les noms suivants : Académie de musique, Opéra-National , Théâtre de la République et des Arts, Théâtre de l’ Opéra, Théâtre des Arts, Académie impériale de musique, Académie

\ ue générale des coulisses de l’Opéra.

royale de musique, Théâtre de la Nation, Académie nationale de musique. Chaque gouvernement a voulu tenir ce théâtre sur les fonts de baptême.

Le duc de Berry ayant été assassiné, le 13 février 1820, à la sortie de l’Opéra, la salle de la rue Richelieu fut fermée, puis démolie. On éleva alors dans la rue Lepeletier une salle qui est , depuis trente ans , provisoire. Ce monument de plâtre, bâti d’après les

15 Cent. LA LIVRAISON. — 27e Livr.

dessins de l’architecte Début, n'a pas coûté moins de trois millions.

La salle de l’Opéra est simplement décorée; elle est circulaire , mais elle a un immense avantage sur toutes les autres salles de Paris : elle est très-sonore.

Nous ne sommes plus au foyer de son altesse sérénissime la Comédie-Française: ici plus de discussions littéraires, pas la moindre conversation sur i Etat. La

Aux bureaux de l’Illustration, rue de Riohelieu, 60.

muse n’a pas élu domicile dans les coulisses de l’Académie de musique, et ne fait pas encore partie du corps des ballets.

Que viendrait-elle chercher, en effet, au milieu de ces jambes légères, de ces cœurs fragiles et de ces estomacs toujours prêts à engloutir le champagne frappé? Figurez-vous un grave académicien entrant dans ce foyer de la danse, dans ce foyer tout cons-

pakis. tvp. de firmin DiDOT, 60, rue jacod. 20 G. par la poste.

tellé de faciles sourires, tout plein de pieds mutins, de mains étourdies et d’indulgents regards.

La toile vient de se baisser ; nous sommes au moment de l’entr’acte. C’est l’heure où le lion se met en chasse, Quxrens quant devoret. 11 s élance de la stalle d’orchestre ou de l’avantscène dans les coulisses; il rôde un instant, flaire à droite et à gauche, puis gagne le foyer, attiré par l’odeur de la chair fraîche.

Le foyer de la danse est son antre préféré; là le lion secoue fièrement sa crinière, aiguise ses griffes, se met en arrêt, et attend sa proie.

En ce moment, le lion, ainsi que vous le pouvez voir, est dans son quart d’heure de repos et d'Immanité; il ne mord pas, il roucoule comme s’il n’était qu’une simple colombe. Sur le premier plan, un lion d’un âge mûr, dans l’attitude mélancolique du bipède qui se sent devenir vieux. Plus loin, trois lionceaux debout, se confondant en douceurs et en politesses pour une des gazelles de l’endroit: ce sont des lions à peine émancipés, des lions à leur premier coup de dent , si j’en crois leur

attitude guindée et leur tournure respectueuse. Therpsycore s’en aperçoit et les écoute d’un air légèrement maussade ; Therpsycore n’aime pas les lions conscrits. Parlez-moi du lion qui est là-bas, à droite, assis négligemment sur un canapé, les pattes

1794. La peau du lion à l’Opéra. 1804.

croisées Celui-là est un rude lion rompu aux armes, j’en atteste cet air penché, ce victorieux et satisfait sourire. Cependant, au fond de l’antre, lions et gazelles se cherchent et se confondent : c’est un concert de rugissements et de soupirs. Les propos y sont lestes comme cette péri, cette sylphide ou cette

willi au jupon court qui s’élance, bondit ^t provoque le parquet de son pied agaçant... Mais, hélas! le foyer des danseuses a beaucoup dégénéré depuis que le prince russe et le milor I y sont devenus rares, et que les ambassadeurs ont f.iit place à la tourbe des

dandys aux existences hypothétiques.

Le personnel de l’Opéra s’élevait en 1713 à cent vingt -six artistes et employés, et coûtait chaque année 67,030 livres. Les premiers sujets du chant recevaient chacun 1,300 livres par an; les premiers danseurs avaient 1,000 livres, et les premières danseuses 900 livres. Aujourd’hui, près de six cents artistes, employés, ouvriers, sont attachés à l’Opéra. Le chiffre des traitements des premiers ténors varie de 50 à 70,000 francs, et la somme de tous les appointements réunis dépasse 1,100,000 francs. Il y a progrès... dans les appointements.

L’Opéra a une armée de chanteurs, de chanteuses, de danseuses et même de danseurs, sans compter messieurs les marcheurs et mesdemoiselles les mar-

loyer de la danse, a l’Opera.

cheuses. Marcheurs et marcheuses sont les figurants et les figurantes du ballet : ils ne disent pas pendant dix minutes « Allons , marchons , courons , » en continuant de rester en place ; ils ne crient pas à tue-tête et avec accompagnement de cymbales et de trompettes, « Retirons-nous sans bruit ; » ils se contentent de faire

les évolutions élémentaires , et ils forment tous les cortèges. C’est ordinairement parmi les marcheuses que se trouve le raf, cet animal rongeur, très-peu sentimental de sa nature, qui préfère un cachemire à la déclaration d amour la plus galamment troussée, et qui se nourrit, autant que possible, de homards et de

billets de banque. Quand le lion est pris dans un filet, tenez pour certain que jamais le rat de l'Académie de musique ne songera, comme celui de la fable, à ronger les mailles du filet. Cet animal sauvage, quoique très-apprivoisé , se rassasie difficilement : on en a vu dont les dents pointues grignotaient jusqu’à vingt

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