‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 81 sur 230 · LES POSTES · texte numérisé non relu

LES POSTES

sous Cyrus. — La Sc y ta le.— Louis ' X L — xi . « 1 e °Sar t mh-s î> 1 1 /c'a b in t° i v Or s !s / vî /V/t es uf "î”^' T1* <!r°.it <leS hôPi,au*au quatorzième siècle.— Le duc d’F.pemon. — Les postes

Circonscriptions postales. — Les boites à Paris — Nouveau modèle — I a boité chez V'LuLr ' ,'.M. JC" 0 Vf Ç" désuétude pour purger I arriéré. —L’organisation administrative des Postes. — intérieur. - Les bureaux d’arrondissement: - Le gufd.S - LeTf^urines î ^ adnumstrat.^i «les lettres - La levée. - Le tri, - Le service extérieur et le service

imprimes. — Expédition des lettres. — Le timbre. Les lettres charades — l es mve mtinn „V# hn/ ' < a u ,ntia • Les lettres sous initiales. — Les mandats. — L'expédition des

L’omnibus des facteurs. — Les tilburys de la banlieue — I a malle lioste c„n ! •0,,!' aci ?c- p1 l’fs,“l‘: — La paume-balance . — La distribution des lettres dans Paris

- Le facteur de Paris. - ^ d l è all t ™él ^i''fnt Idevant lc8Ichc.m,ns ,er’~ ProSvès.de la locomotion. - Le personnel de la poste.

Passer brusquement des théâtres à l’administration des postes, cela peut paraître un grand mépris de la transition : il faut, pour nous excuser, une circonstance bien heureuse. C’est que l’hôtel où se trouve de nos jours installée cette administration fut jadis un théâtre, théâtre plus ancien qu’aucun de ceux dont on vient de lire 1 histoire, et oîi se jouaient, en concurrence avec la Basoche, de beaux et bons mystères tirés de 1 Ancien et du Nouveau Testament. Quelques détails à ce sujet. Dans le cours du treizième siècle, Guy, comte de Flandre, fit bâtir, près de la porte Coquillicre, un hôtel immense sur l’emplace¬

ment que traversent aujourd’hui les rues J.-J. Rousseau, Coquillière et des Vieux-Augustins. En 1534, cet hôtel fut vendu à une compagnie dramatique, c’est-à-dire à une troupe d’acteurs et d’auteurs qui jouaient des mystères, avec approbation du roi et du parlement: ils y vécurent tranquilles, et apparemment avec de florissantes recettes, jusqu’au règne de Henri III. Leur principal succès fut une pièce sacrée intitulée le Mystère de l'Ancien Testament, représentée vers 1542 : les statuts de la compagnie nous donnent une idée assez curieuse de ces aïeux de notre scène. 11 leur était défendu de jouer des pièces

non approuvées (première trace de censure). Le prix d’entrée était fixé à deux sols par personne, et la location des loges a trente écus au maximum pour toute 1 année. De plus, les comédiens avaient ordre de respecter les bonnes mœurs , et devaient verser, au profit des pauvres, une somme annuelle de dix livres tournois. Comme on voit , le droit des hôpitaux était moins onéreux que de nos jours. Le duc d’Épefnon déposséda les pieux confrères pour se bâtir une demeure splendide sur les ruines du vieil hôtel de Flandre; mais elle ne dura pas plus que lui, et ses fils la vendirent a des financiers, qui élevèrent à leur tour

Intérieur de la grande cour de l’hôtel des Postes.

deux hôtels dans un goût plus moderne. L’un, bâti par Bull ion , a été longtemps la salle des ventes; 1 autre, qui avait gardé le nom de son dernier possesseur, le ministre d’Armenonville, est devenu, depuis 1757, le siège de l’administration des postes.

Quoique les postes ne soient pas tout à fait aussi vieilles que l’écriture, elles n’en remontent pas moins à une antiquité des plus respectables. Cyrus le Grand, raconte Nénophon, afin de faire parvenir avec plus de régularité ses ordres aux extrémités de son immense empire, institua, quelque cinq cents ans avant l’ère chrétienne, des messagers à cheval, chargés du transport des dépêches royales, et qui se relayaient par étapes disséminées sur tous les points de la domination du grand roi. Les Grecs, qui avaient inventé la télégraphie au moyen de flambeaux, eurent la gloire d’ajouter quelque chose à la création de Cyrus. Ils

15 Cent. LA LIVRAISON. — 33e ET 3i<- Elvr.

voulaient assurer le secret de leurs missives. Dans cette intention, que faire? Ils s’avisèrent d’enrouler, en forme de spirale, des bandelettes en peau préparée autour de bâtons parfaitement égaux en longueur et en diamètre : chaque correspondant se munissait à l’avance d’un rouleau identique à celui de l’individu auquel il avait affaire, et l’on s’écrivait sur h1 parchemin, en travers, de sorte que la bande déroulée ne présentait qu’une suite insignifiante de caractères; il fallait la replier sur le rouleau pour lire et comprendre le sens.

Les Romains ne firent pas usage de la scytale: tel est le nom grec de cette invention; aussi eurent-ils à se plaindre de la violation du secret des lettres. Dans Plaute, un esclave, après avoir décacheté une épitre à l’adresse de son maître, se promet d’accuser de la fraude les préposés aux portes de la ville, coutumiers

Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60.

du fait, à ce qu’il semble. On voit que M. de Sartines n’avait pas inventé le cabinet noir. Louis NI renouvela l’institution de Cyrus: il chargea des courriers spéciaux du transport des dépêches royales, et son successeur donna aux particuliers le droit de se servir, moyennant rétribution, de ce moyen de communication pour leurs affaires privées.

Telle est l’origine de l’administration des postes: le service n’a pas Cessé de se perfectionner depuis ces premiers rudiments, et on peut dire aujourd’hui que c’est une administration modèle. Ses ressorts, bien qu’assez compliqués, ont encore pour nous un jeu assez facile à suivre et a comprendre ; aussi nous insisterons sur le mouvement de cette machine, pour donner une idée du point où est porté, en France, le génie administratif. Nous prendrons les postes a l’apogée actuel de leur perfection, sans trop nous

PARIS. TYP. DE FIRMIN DIÜOT, 56, RUE JACOB. 20 C. par ia poste.

appesantir sur les améliorations qu’ont pu apporter l'exercice et l’expérience de chaque jour. 11 serait inutile d’insister sur ces détails, et de rappeler autrement que pour mémoire les nombreuses indiscrétions que s’est souvent permises la police, et 1 adresse demiofficielle de certaines personnes a lever des cachets sans les endommager, à lire les écritures secrètes, a comprendre les allégories des naïfs conspirateurs épistolaires. Jadis le ministre de la police n y faisait pas tant de façon : toute lettre à mine suspecte était saisie, ouverte et lue 5 souvent même des révélations peu politiques servaient a grossir la récolte de scandales dont se repaissaient les petits levers royaux. Il existait un bureau de stéganographes experts à déchiffrer les signes occultes et les grilles les plus impénétrables : quelquefois la besogne dépassait les forces des vérificateurs, et alors le ministre jetait au feu les lettres retardataires, en s’écriant avec joie : « Enfin, me voilà au courant ! »

A n’examiner les postes que sous le point de vue pratique, il importe de se rendre compte de la besogne que doit accomplir cette importante administration. Recevoir tous les jours des milliers de dépêches venant de toutes les provenances imaginables, les taxer une à une, les adresser à leurs destinations respectives dans un temps limité et fort court, d une part; de l’autre, expédier sur tous les points du globe un pareil nombre de paquets, également divers de volume, de poids, de nature ; encaisser et transmettre des valeurs en argent; expédier, toujours sous bref délai, des objets de prix, ou encore cette masse d'imprimés et de journaux, pâture quotidienne d’innombrables abonnés : tel est le devoir rigoureux des employés, peu nombreux pourtant, de la poste. 11 faut que tout cela se fasse sans erreur, car les chefs sont responsables des moindres déficit; avec promptitude, car tout retard est une faute et souvent une perte matérielle.

Voyons quelle savante organisation peut faire face à tant d’exigences.

La France entière, et, pour mieux dire, l’univers, est divisé en circonscriptions postales. Chaque localité de l’intérieur possède un bureau de poste en rapport avec son importance, ou relève d’un bureau voisin et est desservie par un facteur rural. A l’étranger, une convention réciproque existe avec les administrations correspondantes, ou, s’il n’en existe pas, les dépêches sont confiées à l’entremise des consuls et des résidents nationaux. Il n’entre pas dans le cadre de cet ouvrage de pousser plus loin cet examen hors des limites de notre département de la Seine; d’ailleurs l’étude de ce qui se passe dans les bureaux de la capitale suffit et au delà pour faire deviner le reste.

Une lettre est mise à la poste, soit dans une des boites nombreuses disséminées dans un grand nombre de débitants de tabac ou d’épiceries, à tous les coins de Paris, soit dans un des douze bureaux auxiliaires de

chaque arrondissement, soit enfin à la boîte centrale, rue Jean-Jacques Rousseau. Cette lettre, avant de parvenir à son but, doit parcourir une odyssée administrative longue pour le trajet, courte pour la durée. Recueillie avec ses nombreuses sœurs au moment de la levée elle arrive au bureau central, où elle attend son tour pour passer au tri, c’est-à-dire pour prendre rang sur 1 état civil de la poste. Le tri est une des opérations les plus curieuses que présente le mécanisme administratif. Figurez-vous une table longue, oii sont assis une quinzaine (l’employés de tout âge, les uns en uniforme, les autres en blouse et en bonnet de papier, d autres en redingote, chacun fouillant un énorme monceau de paperasses, et lançant à droite, à gauche, piès ou loin, lettre sur lettre, dans les casiers ouverts à cote de chacun. C’est un feu croisé et roulant, une série d(- courbes et de paraboles impossibles à calculer; mais, en dépit des chocs et de l’inattention apparente de ces artilleurs de nouvelle espèce, tout arrive à point et à sa place. Ce nest la d’ailleurs que la partie pittoresque

du voyage : une simple missive, une lettre que vous écrivez, sans songer à tous les embarras auxquels elle pourrait donner lieu, met en mouvement les rouages de l’administration presque entière,

Elle a deux sortes d’épreuves à parcourir, ou, pour nous servir d’un langage moins figuré, il y a dans les postes à distinguer le service extérieur et le service intérieur. L’un nous présente les employés dans leurs rapports avec le public, l’autre consiste dans les diverses opérations qu’exigent la répartition et la distribution des dépêches. Le tri , dont nous venons de parler, appartient à cette dernière catégorie.

Indépendamment de la grande boite aux lettres, ouverte dans l’hôtel de la rue Jean-Jacques Rousseau, il existe dans chaque arrondissement un certain nombre de boîtes moins importantes, dont la levée a lieu de trois heures en trois heures et qui relèvent des bureaux auxiliaires, chargés de préparer et de simplifier la besogne pour l’administration centrale. Ces bureaux ont les plus fréquents rapports avec le public :

ainsi, le service le plus direct , celui du guichet, s’y fait pour les affranchissements et les chargements. Le guichet est l’ouverture étroite par laquelle le commis, montrant une politesse en rapport avec la grandeur de sa salle d’audience , répond aux questionneurs et aux personnes du dehors qui réclament son office. Il leur vend des figurines d’affranchissement, pèse les lettres sur leur demande pour en déterminer la taxe, et enregistre les valeurs cotées, délivre ou rembourse les mandats. Le travail intérieur est moins important : dresser les feuilles d’avis pour le recensement des dépêches , apposer le timbre du bureau, réunir les lettres pour Paris, les lettres pour les départements et pour l'étranger dans la boite du bureau, telle est à peu près toute la besogne. A de certaines heures, qui varient suivant les saisons, le grand mouvement a lieu : toutes les boîtes (pie l’on a levées, tous les bureaux auxiliaires fournissent leur contingent au fleuve épistolaire qui prend son cours vers le bureau central; c’est là que nous comptons le suivre.

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