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CHAPITRE XIV. — LES HALLES ET MARCHÉS

L’ccaillère.

artificiels et que l’on met au vert, jusqu'à transformer leur couleur primitive. 11 n’est pas jusqu’aux modestes huîtres deCancale, servies à tous et mises à la portée de tous ceux qui peuvent faire le sacrifice de la somme de cinquante centimes, qui ne trouvent leurs partisans; aussi l’adresse et le talent de l’écaillère sontils mis sans cesse à contribution.

Qu’est-ce aujourd’hui que i’écaillère? . . . .

Rien. Qu’a-telle été? on est tenté de répondre : Tout! à l’instar de feu l’abbé Sieyès.

La vogue entoura jadis sa

tête d’une auréole de gloire; la vogue aujourd'hui l’a laissée de côté. Combien de passions brûlantes et de punchs incandescents n’ont-ils pas été allumés en son honneur! Mais alors elle était jeune, jolie et séduisante : tout Paris courait voir la belle écaillère à la Pastille; cet heureux temps n’est plus. Aujourd’hui personne ne s’occupe de la vieille mégère qui ouvre le délicieux coquillage, à moins qu’il ne s’agisse de pester contre sa lenteur. Le garçon du restaurant la regarde de haut en bas et la domine de tout l’éclat de son jabot et de toute la splendeur de ses escarpins vernis.

Elle a compris sa décadence : rechignée et grondeuse, nul ne lui parle, et elle ne parle à personne; si la besogne fait trêve un instant , la portière voisine seule reçoit ses confidences. Tristes confidences, hélas! car le métier d’écaillère n’est le plus souvent que l’intermédiaire entre celui de sirène des rues et de balayeuse de macadam.

Voici un autre type, une autre femme, une autre commerçante, la marchande de poissons ambulante qui porte la marée à domicile , grosse mère réjouie, haute en couleur, très-expressive dans ses gestes, trèsvive en paroles. Elle a été dès le matin s’ap provisionner à la halle, et elle court’ensuite par les rues en faisant retentir l’air de cette mélopée si connue des cuisinières : Il arrive, il arrive... Qui est-ce qui arrive, direz-vous?

Eh mon Dieu! c’est le poisson, dépêchezvous de le jeter dans la poêle à frire, voilà ce que veut dire à ses pratiques à peine éveillées cette marchande de marée qui vend

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aussi des œufs et du beurre qui n’est pas toujours frais.

Puisque nous sommes à peu près dans le quartier de la Halle au blé, il est bon d’en dire quelques mots.

L’ancienne halle au blé et à farine consistait en une place très-irrégulière d’une étendue considérable entourée de maisons. Elle occupait l’espace compris entre les rues de la Lingerie, de la Cordonnerie, des Grands-Piliers, de la Tonnellerie et de la Friperie. La nouvelle halle a été construite sur l’emplacement qu’occupait l’iiôtel de Soissons. La ville de Paris obtint ce terrain au prix de deux millions huit cent mille trois cent soixante-sept livres dix sous, et se détermina, en 1703, à y faire construire une halle au blé qui fut terminée en 1707, La décoration de ce monument est de la plus grande simplicité. C’est un bâti¬

Halle aux huitres, rue Mortorgueil.

ment de forme circulaire, entièrement isolé, percé à jour de toutes parts, et entouré de maisons et de rues.

Une forte charge.

Aux bureaux de l’Illustration, rue de Richelieu, 60.

Il arrive.

Six arcades servent de p; s ;agc et répondent à autant de rues. Les voûtes du rez-de-chaussée sont des

voûtes d’arrêtc portées en pendentif si r des colonnt s de proportioi s toscanes, dont les socles sont coupés à pan pour ne point gêner ni empêcher le service.

Au-dessus ont été pratiqués de beaux et vastes greniers voûtés en pieires et en brique; deux escaliers y communiquent. Celui qui donne du côté de la rue de Grenelle-Saint-Honoré est en pierre de liaçset supérieurement appareillé. L’autre, du côté i e

la rue du Four, est d’une forme toute particulière. On monte de quatre côtés jusqu’au premier pallier, ensuite on reprend par deux rampes qui se croisent parallèlement et conduisent jusqu’au haut. Cet édifice a été construit sur les dessins de l’architecte Camus de Mezière. Il n’est entré aucun bois dans la construction.

La halle au blé est ouverte tous les jours, mais les grands marchés ont lieu les mercredis et les samedis.

Les forts de la halle dont le titre officiel est forts au menu grain , sont enrégimentés en corporations comme les forts du marché aux poissons, les forts du port de Bercy, plus vulgairement connus sous le nom de débardeurs. Ils ont leurs règles, leurs statuts, et dépendent du préfet de police, qui les nomme; les forts de la halle au blé ont seuls le privilège de charger et de décharger le grain ; la place de fort de la balle peut rapporter annuellement de mille à douze cents francs; leur réputation estasse/, bien établie pour que nous n’ayons pas à vanter les prouesses de ces her< ules qui trouvent un malin plaisir à frotter leur veste toute saupoudrée de farine à l’habit noir du passant : le fort a un dédain profond pour le moderne bien frisé, bien ganté, bien chaussé, et serré dans son vêtement comme une femme dans son corset.

Le dessinateur nous montre le fort dans un de ses moments de mauvaise humeur. Cette attitude est un peu exagérée, le fort n’est p; s si méchant qu’on le représente; quoi qu’il < n soit , ô lecteur, que le ciel préserve votre habit noir du contact de sa veste blanche.

PARIS. TYP. DE FIRMIN DIDOT, &6, RUE JACOB. 2® Par 1* pOS.e.

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