Chapitre XV
LES HALLES ET MARCHÉS ( Suite
, •»« pdrmarrl et saint I ouis - Les friperies et les vieux cuirs. - Un lieu d’asile. - L’épicier failli. - Les quatre carrés. - Série noire et série rouge. — Carrés du
Lf. Tempi.e. — Les premiers banquiers. — Edouard et saint I. il . I . débitantes — Les mastiaueurs. — Les roulants. — Les moiteurs. — Un décrochez-moi-çà. — Les hausses
Palais-Royal, de Flore, de la For«-No.re, du Pou volant. Ty es d adujeurs t d doutante L es .va tquju ^ , v J[AU E m. Sa décadence - Le Ma.l.
- Les jalifards. - Les râleuses. — A ib de bt aise. — Frusques la ro K1 • j , de ^ll0mcrY. Les plants. - Système d’expédition du chasselas. — Les espaliers. — Le
- Les chantres de Baccbus. 7 r^7u?Fi°ras — Le jardin de l’ouvrière. - Le quai aux Fleurs. — Les marchés de la Madeleine et du château-d'Eau. — Le public des marchés aux Mail, son importance. — le marche aux -fleurs. J , { d Anglais. — Les 10 millions du commerce des fleurs de Paris. — Le porteur-commissionnaire. — Le bouquet
fleurs- - if goût ASa e ,nd^ , , aex cuevaca - Le cheval - A ne générale du marché. - L’abreuvoir. - Le maquignon et le marchand de chevaux. - Le
de a.veille et ceJui d i ^demain Le u ic • L-arg0 des maquignons. Physionomie de pratiques. - Bourgeois et sportman ruine. - Le paysan retors.
Chf^ayente°d un'chêvah *— -1 Essai d un cheval de trait. -Tes chevaux de France et d’étranger. - Tentes a l’encan. - Historique du mardi,
Dans la description de nos marchés parisiens, comme dans tout le reste, nous allons un peu au hasard de la fantaisie. Nous étions tout à l’heure à la fontaine des Innocents, au marché Bonne-Nouvelle, à la halle aux huîtres, nous voici transportés tout a coup dans ce bazar de toutes les vieilles choses , dans ce pandémonium de toutes les locpies, qui s’appelle le marché du Temple.
A quelle époque fut fondé le Temple? Les historiens ne sont pas d’accord sur ce point. Ce qu on sait bien, c’est qu’un couvent existait sur cet emplacement depuis plusieurs siècles, le couvent du lemple, lorsque le frère Hubert, trésorier de loi die, en construisit, en 1212, le donjon, composé des deux tours oii 1 infortuné Louis XVI et sa tamillc furent enfermés, et qui ne furent démolies qu en LSI 1 .
Le Temple de Paris était le grand prieuré , c està-dire la résidence du grand prieur de 1 ordre entier.
Au treizième siècle, le Temple fut singulièrement accru et embelli. 11 contenait alors dans sa vaste enceinte un labyrinthe de jardins , de cours, d échoppes et de maisons fort belles pour le temps, dont l’ensemble était désigné s >us le nom de Ville neuve du Temple.
Cette résidence n’était pas, à ce qu’il parait , complètement dépourvue d’agrément. Lorsque Henri 111, roi d’Angleterre, ris, en 1 2.Vr fusa le palais qui lui était offert par saint Louis, et préféra habiter le Temple.
En 1514, quand le bûcher de l’ile bouviers se fut dressé pour Jacques de Molay et ses frères, lorsque les chants eurent cessé, le Temple passa, avec toutes ses dépendances et privilèges , aux hospitaliers de Saint- Jean de Jérusalem, qui constituèrent plus tard l’ordre de Malte. Le dernier grand prieur de cet ordre fut le duc d’Angoulême, fils aîné de Charles X.
Comme bazar, le Temple avait de qui tenir. < )n ignore peut-être que les templiers furent non-seulement le premier ordre religieux et chevaleresque , mais encore les premiers banquiers de l’Europe. Possesseurs d’immenses richesses, répandus sur toute la surface des États modernes en plus de mille commanderies , ils devancèrent leur époque et imaginèrent , par une conception pleine de génie, de faire servir leurs trésors à l’accroissement de leur puissance territoriale et financière, conciliée avec les intérêts évidents des princes, ceux des peuples et du négoce. Les rapports continuels et anciens établis entre les diverses commanderies leur permirent de délivrer aux rois et aux marchands des lettres de créance sur leurs maisons religieuses d’Europe et d’Asie.
Le chef d’ordre veillait à ce que nulle de ces maisons ne fût jamais au dépourvu, celles qui avaient du numéraire en abondance ayant soin d’expédier aux autres le trop-plein de leurs coffres-forts. Ils prêtèrent sur gage et même sur parole. Ils devinrent, grâce à la puissance et à la loyauté bien connue de leur ordre, les dépositaires des trésors de presque tous les rois et les grands personnages de l’Europe, en même temps que les intermédiaires des payements entre souverains. Une convention de 1269, passée entre Louis IX et le prince Édouard d’Angleterre, et obligeant le premier à payer 25,000 livres tournois, portait que : Seront payez ces deniers chacun an à Paris, au Temple.
Ainsi les templiers furent tout simplement les créateurs du compte courant , de la lettre de change, de V emprunt public, en un mot, de la banque et du crédit modernes.
Ils rendirent ainsi d’immenses services; mais leur
prospérité éveilla les haines et les défiances d’un roi nécessiteux dont ils avaient le tort d’être les créanciers, et tant de lumières, de génie, de bienfaisance, vinrent aboutir au bûcher de Clément V et de Philippe le Bel, qui , en brûlant les templiers, éteignit ses obligations.
Il était naturel que, sous de tels auspices, après de semblables exemples, le Temple s’ouvrît au commerce.
Seulement, s’il est vrai que les extrêmes se touchent, jamais ce dicton ne reçut confirmation plus éclatante : les friperies et les vieux cuirs s’étalent où llorissaient jadis la haute banque et le crédit international de l’Europe.
Ce commerce de vieux débris dans la capitale date de loin. Dès 1278, un édit de Philippe le Hardi portait qu’il serait construit des halles près du cimetière des Innocents , et que là il serait placé de pauvres femmes et de misérables personnes, pour y vendre de vieux souliers , de la friperie et de méchants cuirs.
Du cimetière des Innocents, cette respectable spécialité passa au Temple, où elle s’est maintenue jusqu’à nos jours, à travers toutes nos révolutions..
Le Temple était , avant 1789, lieu d' asile. Les banqueroutiers et les gens menacés de la prison pour dettes y demeuraient inviolables. D’autre part, le commerce, affranchi du contrôle des maîtrises et des jurandes, y jouissait de la liberté la plus illimitée, en sorte qu’il n’était pas rare de voir tel marchand à peu près ruiné, en sortir avec une fortune dix fois supérieure à celle qu’il possédait avant sa chute. Mercier, dans son 'Tableau, cite, entre autres, un épicier failli, qui, pendant son séjour au Temple, s’était triomphalement relevé par une tisane purgative et confortative qu’il avait inventée, et dont il débitait jusqu’à douze cents pintes par jour.
Cette réunion de débiteurs et de négociants marrons formait sans doute une bizarre et pittorescpie ré¬
subsister ce lieu privilégié, parce que les créanciers s’arrangent toujours beaucoup mieux avec le débiteur présent qu’avec le débiteur absent.
« Il est bon qu’il y ait dans une grande ville un asile ouvert aux victimes de cette foule de circonstances qui agitent si diversement la vie, humaine. »
Le vœu du moraliste dramaturge n’a pas été exaucé. La faux révolutionnaire, en abattant les privilèges grands ou petits, bons ou mauvais, nous a cependant laissé la contrainte par corps sans égide ni correctif.
Dépeignons vite la physionomie actuelle du Temple.
Entre la rue du Temple, la rue du Petit-Thouars, la rue Percée et la place dite de la Rotonde, s’élève, sur une vaste place, un non moins vaste marché couvert , coupé par un large passage en plein ciel et qui a la forme d’une croix. Ce passage dessert quatre compartiments ou carrés.
Indépendamment de ce passage, qui est la grande artère du marché, les quatre carrés sont sillonnés en
publique. La population de l’enclos du Temple était
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La Rotonde du Temple.
mée, et le commerce fort actif. Les chalands du dehors abondaient, alléchés par le bon marché et la certitude de trouver là ce qui ne se vendait pas ailleurs. L’endos était pourvu de cafés, de cabarets, de restaurants, de guinguettes; on y rencontrait, en un mot, tout ce ■<% qu’il fallait pour Lien vivre; il fut même question d’y établir un théâtre. Heureuse idée qu’on ne saurait trop recommander de nos jours au directeur de la prison pour dettes de Clichy.
« Il n’y a point d'inconvénient, dit Mercier , à laisser
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