‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 96 sur 230 · CHAPITRE XY. — LES HALLES ET MARCHÉS (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY. — LES HALLES ET MARCHÉS (Suite

oo

La plus belle conquête que l’homme ait faite sur la nature, ou, pour employer une tournure moins ambitieuse et moins empruntée à Buffon , le cheval , le compagnon intelligent de notre espèce, doit occuper plusieurs fois le lecteur de cette revue de la grande cité. Déjà il l’a vu à l’œuvre sur le théâtre ouvert à son intelligence par les soins intéressés de Franco ni ; mais le cheval savant n’est pas l’animal de la nature : c’est plutôt un monstre, un être ambigu, quelque chose qui tient le milieu entre la complicité criminelle avec le charlatanisme humain , et l’exception réellement extraordinaire qui arrête la curiosité du spectateur , habituellement insensible aux merveilles de chaque jour. Le coursier du Cirque sait valser, faire le blessé ou le mort, jouer un rôle digne d’un bipède intelligent : est-ce là quelque chose qui offre immérité autre que celui de la difficulté vaincue?

Nous le retrouverons dans des applications plus utiles < le ses précieuses facultés; à la chasse, par exemple, et dans les exercices trop souvent étranges , excentriques ou ridicules du sport : pour le moment, il suffira de le considérer comme objet de marchandise, et d’étudier le cheval au marché.

Le marché aux Chevaux du boulevard de l’Hôpital ne sert en général d’asile qu’aux échantillons les moins brillants , sinon les moins recherchés de l’espèce chevaline; aussi n’est-ce pas au milieu de cette canaille hippique que le sportman va choisir le noble pursang destiné à embellir ou à peupler son haras, et à triompher à Chantilly. On n’y trouve que ces fils de famille, ces dandys affamés de paraître, qui, main» nant ruinés, viennent y chercher à bon compte un reflet de leur gloire passée; des rentiers modestes, des agriculteurs , des bouchers et autres acquéreurs, qui demandent plutôt le solide que le brillant : vous y rencontreriez les maquignons et les marchands de chevaux de bas étage, car ceux de haute volée

Le maquignon.

1 ri 6

ont le privilège d’entretenir les écuries de luxe. Il est vrai que la synonymie réelle de ces deux qualifications ne peut être mise en doute, malgré réclamations : l'un trompe sur une plus grande échelle que l’autre, voilà toute la différence. Il y a longtemps

que marchands de chevaux et maquignons ont une réputation bien établie d e pi peurs : il serait à désirer que toutes les mauvaises réputations fussent aussi bien fondées que celle-là. Qui dépeindrait les ruses de cet humble industriel, du maquignon, pour

dissimuler tous les déficit d’une rosse efflanquée et invalide, ferait aussi, on pourrait le certifier, la trèsvéridique histoire du plus fameux marchand de chevaux, de celui qui va deux fois par anàEpsometà New- Marcket s’entendre avec les éleveurs anglais, et qui

L'aijnjuvüii'.

vient offrir aux riches amateurs du continent la postérité douteuse d ' kclipse ou de Teddinytov, les vainqueurs des vainqueurs au derby, ces coursiers-types déifiés par les Anglais.

Le. cheval, comme on le voit, sert de prétexte pour mettre en jeu l’astuce et l'avidité do l'homme; il nous servira aussi h faire connaître les mœurs curieuses de ce peuple de vendeurs et d’acheteurs qui

se pressent autour de lui, les jours de vente, au boulevard de l’Hôpital, lit d’abord, un coup d’œil sur le marché. A l’entrée, l'abreuvoir, avec une fontaine, de la plus grande simplicité, qui sert à en renouveler

HrniY.ydc dispose pour les chevaux de trait.

l'eau sans interruption. C’est le point de départ où se réunissent et se donnent d'habitude rendez-vous les habitues et les intéressés de toute sorte, même les simples flâneurs. La commencent deux allées parallèles de grands arbres; au milieu de l’intervalle qui

les sépare règne une palissade en planches, divisée en compartiments faits à la mesure d’un cheval. D’espace en espace, des barrières et des passages; puis des hangars servant au besoin de remises, et des pavillons, pour les bureaux des agents de l’autorité, inspecteurs,

agents de police, contrôleurs, etc., etc. ; enfin un hémicycle formé de deux ailes en arcs de cercle, surélevées au-dessus du niveau général, au centre desquelles s’ouvre la porte d’une grande écurie. Cet hémicycle sert* à l’essai des chevaux de trait : on voit ces

Page 1