EN DÉCEMBRE
DÉCÉDÉ A L’iIÔTEL DES INVALIDES, 20 AVRIL 1842,
QU’lL REPOSE EN PAIX,
tre, partant 900 pieds de circonférence. 11 domine Paris et s’élève à 223 pieds de hauteur. La façade de l’église regarde le midi ; ses dimensions ont trente toises de largeur et seize de hauteur. On y arrive par
omc-N;i|iülcLm Bonaparte, ex-roi de Westphalie, gouverneur des Invalide
un perron de plusieurs degrés, décoré suivant l’ordre dorique et corinthien tout ensemble. Le portail est surmonté d’un fronton triangulaire. Deux niches adjacentes contiennent les statues colossales de saint Louis et de Charlemagne . Coustuu aîné est l’auteur de
la première : la seconde est due au ciseau de Coysevox. Un troisième ordre de colonnes corinthiennes règne autour du dôme. Le dôme est recouvert de plomb et orné de douze grandes côtes dorées qui s’étendent jusqu’à la coupole. L'intervalle qui sépare ces côtes est remldi par des trophées d’armes dorés et surmontés d’un casque dont l’ouverture sert de lucarne. A la coupole centrale, on remarque une peinture justement réputée, de Charles de la Fosse, qui représente saint Louis s’élevant dans les cieux et offrant à Dieu son épée et sa couronne. Les quatre évangélistes, peints par le même artiste, figurent sur les quatre pendentifs de cette coupole, et Jouvenet a décoré de la reproduction des douze apôtres, les douzes divisions égales de la première voûte- Cette église renferme cinq chapelles dont celle de la Vierge est la plus remarquable, quoique les autres renferment des peintures de Coypel et des frères Boullongne, entièrement à la hauteur de leur réputation.
Le pavé du dôme et celui des chapelles, eu marbre de différentes couleurs, est orné de combinaisons et de compartiments répartis avec art et dans un excellent goût. Des lis, des chiffres, les anciennes armes de France et le cordon du Saint-Esprit, y interrompent agréablement les lignes de la sculpture. Roquefort dit à-propos de ce chef-d’œuvre architectural : « Le travail, la richesse des matériaux, les sentiments que communique le lieu, les noms et le souvenir qu’il rappelle, tout se réunit, pour émouvoir fortement et exciter l’admiration de celui qui pénètre dans l’intérieur du dôme des Invalides; l’effet qu’il produit comme masse monumentale dans le panorama de Paris est peut-être plus merveilleux encore et plus généralement apprécié. C’est un de ces traits qui donnent une physionomie particulière et somptueuse à une ville; c’est l’accident le plus caractéristique et le plus pittoresque de son ensemble. »
Aux piliers de la nef de cette église sont fixées des tables de marbre ou de cuivre contenant les noms des maréchaux ou généraux , pour la plupart anciens gouverneurs de l’hôtel, dont la dépouille gît dans les caveaux de l’église. Nous avons recueilli ces noms :
ce sont ceux de MM. Lemaçon d’Ormoy, prévôt général, chef des bandes et des gardes françaises , premier gouverneur de l’hôtel; d’Espagnac, de Guibert, Coigny, Kléber, d’Hautpoul , Bisson, Éblé, ces quatre derniers dont les cœurs seuls sont déposés aux Invalides; Baragueyd’Hilliers, Lariboissière, Bessières, Duroc, Concliy, Jourdan, Serrurier, Lobau, Damrémont, Oudinot, Valée, Du— perré et Moncey.
Quatre de ces généraux illustres ont un monument spécial, monument modeste, il est vrai , à l’église des Invalides, entre la balustrade du chœur et l’admirable maître-autel à colonnes torses que cache en ce moment une toile de fond, laquelle ne doit se relever que lorsque le tombeau de l’empereur apparaîtra derrière elle.
Ces privilégiés sont d’Espagnac, Oudinot , Jourdan et Moncey.
Le monument de ce dernier se compose d’une tète en médaillon, sculptée par David sur un marbre blanc enchâssé dans l’un des pilastres, et qu’on trouve dans l’église à gauche en entrant dans le chœur. Autour de cette tète on lit ccs mots : Bon Adrien Jannot de Monenj , duc de Conégliano ; au-dessous se, dessine un trophée de deux palmes et de deux bâtons de maréchal, accompagnés en pointe de l’étoile de la Légion d’honneur.
Eu outre de ccs dépouilles illustres, les caveaux des Invalides renferment aussi les cendres de toutes
Remise à i’hôle! des Invalides des drapeaux pris a Mogador.
On pénètre clans la crypte par une porte placée derrière le grand autel du dôme, dans la partie de l’église dont le sol s’abaisse de 2 mètres environ. On y descend en suivant un escalier de marbre qui tourne autour de l’autel. Vous passez sous l’autel même, par une porte en bronze de l’aspect le plus sévère, et audessus de laquelle on lit , gravée sur une tablette de marbre noir, cette phrase cpie Louis-Philippe avait eu le noble sentiment de recueillir :
« Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine , au milieu de ce peuple français que j ai tant aimé. »
L’autel sous lequel on passe ainsi a été refait en entier par M. Visconti. 11 l’a d’abord élevé de quelques marches, ce qui les porte à dix, ayant chacune sept mètres de long. Ces marches sont de marbre, encadrées dans une balustrade de marbre blanc et noir qu’on a récemment découvert dans le département de l’Ariége, et en tout semblable à ce marbre noir antique que les Romains tiraient d’Afrique, et qui était devenu si rare , que notre Musée du Louvre n en possède que deux petites colonnes, achetées a grand prix, il y a cinq à six ans, à la vente de M. Van Horn.
M . Visconti a substitué au baldaquin en bois doré érigé en 1809 par M. Trepsa, et d’un goût douteux,
un autre baldaquin orné de quatre colonnes torses de ce marbre précieux. Ces monolithes ont 7 mètres de haut sur 90 centimètres de diamètre.
On ne saurait trop approuver le célèbre architecte de cette substitution , bien plus digne du monument de Mansard, que M. Visconti admire tant , et bien plus conforme à ses plans , puisqu’il paraît que l’idée de ce baldaquin à colonnes a existé dans les projets de Mansard, retrouvés par M. Visconti.
L’autel , enfin , est surmonté par un beau Christ en marbre blanc, posé sur une croix de bronze ; c’est l’œuvre nouvelle de M. Triquetti. Les parois du soubassement de l’autel et de la descente vers la porte de la crypte sont revêtues d’un superbe marbre vert, tiré des carrières de Saint-Paul, dans l’Isère.
Nous voici donc à la porte de la crypte.
Aux deux côtés de la porte s’élèvent deux statues colossales en bronze, d’un aspect mâle et sauvage : l’une représente la force civile; l’autre, la force militaire. Elles portent sur des coussins le globe et le sceptre impérial. M. Duret, membre de l'Institut, est l’auteur de ces belles figures, qui ajoutent à sa légitime renommée.
La porte franchie, on se trouve sous une voûte formée par les marches immenses de l’autel supérieur. L’obscurité commence. L’architecte, par une pensée religieuse et poétique à la fois, a voulu porter à l’Ame un recueillement respectueux, et disposer le visiteur aux austères impressions du sanctuaire : l’éclat des grandeurs humaines noyé dans le néant !
A droite et à gauche , deux sentinelles mortes gardent le mort, qu’elles ont tant aimé! C’est, d’un côté, h; tombeau du général Bertrand, et de l’autre celui du général Duroc.
Bertrand, qui suivit Napoléon en Égypte dès 1798, qui prit la part la plus active à toutes ses campagnes du Nord et du Midi , qui voulut partager son exil à
les victimes de la machine infernale de Fieschi , parmi lesquelles on compte Mortier, duc de 1 revise, maréchal et pair de France, grand cordon de la Legiond’ Honneur; le maréchal de camp de la Chasse de Vérigny, commandant de 1 école d état-major ; Rieullec, lieutenant-colonel de la 8L' légion.
Nous parlions plus haut des drapeaux etrangers suspendus à la voûte de la chapelle des Invalides, mais nous avions oublié de signaler les drapeaux marocains qui furent envoyés en 1844, à 1 issue de la bataille d’Isly et du bombardement de Mogador. Parmi ces trophées, il en est un qui éclipsa tous les autres, le fameux parasol du fils de l’empereur de Maroc. Ce parasol en soie rouge , brodé d’or et d’argent , à franges et à glands de même métal, fut tout de suite le grand événement du jour. Un marchand de parapluies de la rue Saint-Denis s’empara aussitôt de 1 apropos , et il fit inscrire en grosses lettres sur son enseigne ces mots : A la Renommée des Parasols , fournisseur de l'empereur de Maroc.
Le gouverneur actuel de l’hôtel des Invalides est le prince Jérôme Bonaparte , frere de Napoléon et ex-roi de Westphalie. Il a été nommé a cette haute fonction en remplacement du maréchal Molitor , appelé a la charge de grand chancelier de la Légion d’honneur, et qui lui-même avait succédé au maréchal Moncey.
Le 12 mai 1 8 40 ,
M. de Rémusat, alors ministre de l'intérieur, annonça à la tribune de la Chambre des députés que le gouvernement français venait de réussir dans une négociation des plus délicates, conduite avec le plus grand secret, et dont la conclusion était une sorte de triomphe pour l’amour-propre national : le gouvernement anglais consentait à rendre à la France les restes de l’empereur Napoléon !
Le prince de Joinville partit pour Sainte- Hélène , et ramena, au bout de neuf mois, la précieuse dépouille.
Le cercueil fut provisoirement déposé dans l’église des Invalides, et un concours fut sur-le-champ ouvert pour les dessins et l’exécution du tombeau voté par les Chambres. Tous les artistes de laFrance furent conviés à ce concours, dont le vainqueur fut M. Visconti.
Examinons, dit M. Jules Lecomte, qui a pu visiter par faveur spéciale ce monument aujourd hui encore interdit aux visiteurs , les conditions morales et matérielles dans lesquelles la loi du 10 juin 1840 plaçait l’architecte pour l’édification du monument, et de quelle façon ingénieuse et grande, philosophique (9, religieuse, si l’on peut à la fois dire, M. Visconti triompha des énormes difficultés que présentait le problème.
Cette loi voulait donc que le tombeau fût placé sous le dôme. Cette condition expresse amenait les premières difficultés. Examinons.
L’église des Invalides a deux entrées, l’une au midi, 1 autre au nord. Celle du midi offre la façade oii s’élève le dôme ; on y arrive par la place Vauban. L’autre entrée, la plus fréquentée , donne vers la grande cour de 1 hôtel. Vers laquelle de cos deux entrées l’architecte devait-il tourner la façade du tombeau?
Sous le dôme, dans ses parties latérales, s’élèvent deux monuments vénérables: l’un est consacré a 1 urenne , l’autre à Vauban: leurs cendres y sont
déposées dans des tombeaux qu’ornent des figures allégoriques de grande dimension. Ces monuments frappent tous les regards, réveillent les plus mémorables souvenirs , et on ne peut les examiner sans ressentir un mouvement oü l’art et la gloire se confondent en une émotion admirative et respectueuse.
Pouvait -on dresser entre ces deux monuments, deux fois séculaires, une construction de nature à les écraser par sa masse, à les éclipser par son cortège , à les anéantir par la comparaison?
Autre inconvénient des plus graves. Eriger le tombeau de l’Empereur au niveau du sol , c’était aussi masquer l’autel. Et l’autel ne doit-il pas, dans une église, attirer les premiers regards? C’est lui qui révèle qu’on est dans la maison de Dieu; c’est a ses pieds que se prosterne le prêtre, et sur sa table que le saint sacrifice est consommé. Il était donc indispensable qu’aucun objet ne vint s’interposer entre le pontife et les ‘fidèles qui sont répandus dans le temple, afin qu’ils pussent s’unir aux actes qu’on y accomplit sans que rien les vienne distraire.
Le seul moyen qui s’offrit d’obéir à la fois a la politique et ;i ces lois morales et religieuses, c’était de créer une crypte en rapport avec le dôme, chef-d’œuvre de l'illustre Mansard.
Une crypte laissait en effet à ce monument admirable sa noblesse, son élégance et son unité. Ces qualités eussent forcément été altérées par l’érection au niveau du sol d’un monument de cette importance; l’espace qu’il aurait occupé, sa masse, son luxe, auraient troublé toute l’harmonie de < e beau temple. Il devenait même impossible de se placer désormais sur le point qui permet d’en embrasser l’ensemble , de saisir d’un seul coup d’œil la régularité de ses proportions, et son unité eût évidemment été détruite par l’attention irrésistiblement attirée sur un objet secondaire, sur un monument, enfin, jeté dans un monument.
Au point de vue mystique, religieux, prestigieux, la crypte offrait de nombreux avantages. Ces avantages frapperont à la lecture de la description de ce qu’a conçu et exécuté M. Visconti.
Pourtant il fallait que, dès les premiers pas faits dans l’église, on sentit la présence du monument. L'architecte y a réussi, en plaçant, comme une couronne autour de la baie ouverte de la crypte, une riche balustrade en marbre blanc ; quelques pas encore , faits sui les magnifiques mosaïques du temple de Louis XIV, soigneusement restaurées, et vous pouvez, appuyé sui’ cette balustrade, contempler le monument développé à vos pieds dans son austère majesté.