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CHAPITRE XL

LE LONG DE LA SEINE (Suite).

L'entretien de chaque invalide coûte à l’État 1 fr. 80 c. par jour, et celui d’un officier 2 fr. 20c., non compris, bien entendu , l’intérêt des sommes énormes représentées par le terrain et les bâtiments de l’hôtel.

Ces vieux serviteurs jouissent ainsi d’une existence paisible et de beaucoup supérieure à celle qu’ils pourraient attendre de leur retraite ou de leurs modiques ressources. Aussi atteignent-ils pour la plupart, même criblés d’infirmités ou de blessures, à un âge trèsavancé. Outre le centenaire de rigueur, on cite actuellement, parmi les pensionnaires de l’hôtel, des octogénaires en grand nombre et quinze ou vingt nonagénaires.

C’est justice que ces héroïques débris de toutes nos gloires militaires soient payés par une vie douce, exempte de travaux et de soucis, de leurs nobles fatigues et de leur sang versé. Toutefois des critiques, à diverses reprises, ont été adressées à la fondation en elle-même. On a objecté l’inconvénient d’entretenir dans l’inaction et dans un célibat égoïste des hommes qui, souvent admis jeunes encore dans l’établissement, pourraient rendre des services de plus d’une nature et faire souche de héros. On a demandé pour eux de préférence des terres, comme pour les vétérans romains, puis on a reproché au grand roi d’avoir trop consulté son goût pour le faste en construisant dans sa capitale un monument splendide qu’il eût mieux valu établir plus modestement à la campagne, où l’air plus pur doit prolonger la vieillesse et où les denrées sont moins chères. Louis XIV ayant tranché irrévocablement la question , toutes ces critiques sont inutiles.

Une visite à l’hôtel des Invalides est un des devoirs que s'impose consciencieusement tout provincial ou étranger qui passe huit jours à Paris, sous peine de déchoir à ses propres yeux , sinon même d’encourir l’animadversion de ses amis et de ses proches. — Avez- vous vu les Invalides,

— et l’homme sans bras ni jambes, — et la fameuse marmite? — Telle est une des premières questions dont il est assailli. Nous devons convenir qu’à notre sens du moins rien ne justifie, si ce n’est les proportions du monument , ce traditionnel empressement, cette curiosité provinciale. Le vénérable tronc humain dont on s’est tant entretenu à Lodève et à Pézénas n’est plus de ce monde, si tant est qu’il y ait jamais figuré. Quant à la marmite, ou, pour mieux dire, aux marmites, car j’en ai vu quatre, elles peuvent tout simplement contenir, soit un bœuf, soit dixhuit veaux, soit trente-six moutons — le menu d’un dîner d’invalides, — ce n’est pas la peine d’en parler.

Lors donc que le visiteur a fait une tournée dans les cours, jeté un coup d’œil au réfectoire , dans les dortoirs , à la bibliothèque, qui fut créée par les soins du premier consul en 1799, et renferme 26,000 volumes, avec un plan en relief de l’hôtel, admiré les pièces d’argenterie qui servent aux officiers, et vu la célèbre marmite, il ne lui reste plus qu’à entrer dans l’église, et à s’enorgueillir à l’aspect des drapeaux de toutes nations qui la pavoisent, trophées impériaux que sont venus grossir tant d’étendards algériens.

La construction de cette église, un des plus beaux monuments modernes, tut commencée en 1675 ; les travaux jït

ne durèrent pas moins de trente ans, et quelques détails d’ornements restaient encore inachevés quand Louis XIV mourut. Elle se compose d’une grande net et de deux bas-côtés, décorés de pilastres corinthiens. Le dôme qui surmonte cette grande et magnifique œuvre de Mansard, a 300 pieds dediamè-

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