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CHAPITRE LV. — LES ECOLES

se compose de deux parties : l’enseignement de l’Ecole proprement dit et l’enseignement pratique des missions. Le cours complet d’études a une durée de trois ans.

Les élèves portent l’uniforme de leur grade, et sont tenus, du 1er novembre au 30 avril, de se trouver à l’École tous les jours aux heures fixées par les règlements intérieurs.

Ils sont susceptibles de différentes peines, depuis l’exclusion des salles d'étude jusqu’à l’exclusion definitive de l’Ecole.

Pendant la durée du séjour à l’Ecole, les élèves reçoivent un traitement de 100 fr. par mois, et 250 pendant les missions, les frais de voyage étant à leur charge.

Les trois classes de l’Ecole correspondent chacune à une promotion de l'Ecole polytechnique : à la fin de chaque année, des examens sont passés, et les élèves sont admis dans la classe supérieure avec le rang que leur attribue le mérite de leurs réponses.

A la fin de la troisième mission, chaque élève sort avec le grade d’ingénieur ordinaire de troisième : classe.

Tout élève, empêché par un motif quelconque de passer dans une classe supérieure , peut obtenir de demeurer jusqu’à deux années de plus à l’École; mais le séjour ne peut jamais y dépasser cinq années.

L’Ecole des ponts et chaussées possède un budget qui lui est affecté, chaque année, d’après les besoins du service, par arrêté du ministre, et siège dans des bâtiments neufs qui ont été construits pour elle rue des Saints-Pères , au n° 24.

Écule des mines. — L’exploitation des mines est une des branches les plus importantes de l’économie politique. Les minéraux forment aujourd’hui la principale richesse des peuples. L’or, l’argent, le cuivre, le fer, le zinc, le plomb, l’étain, le platine, les silex , les gypses, les calcaires, dans leurs différents états, entrent dans toutes les combinaisons du luxe et des besoins de la vie. Aujourd’hui, après les découvertes et les applications de la vapeur et du gaz , les mines de houilles intéressent surtout la prospérité nationale. Or le nombre des gîtes minéraux est fort restreint, ils sont promptement épuisables et d'une découverte; hasardeuse il est donc nécessaire de proposer à leur exploitation des hommes sûrs, d’une expérience et d’une science consommées.

L’art de l’exploitation des mines, si important par ses conséquences médiates et immédiates, est un des plus beaux titres de gloire de la civilisation moderne.

L’École des mines date de 1783. En 1790, elle est supprimée de fait à la création de l’agence des mines. En 1793, une loi de la Convention la réorganise. En 1802, par un décret consulaire, elle est transférée à Pesev, en Savoie; en 1810, une ordonnance royale la rappelle à Paris.

A partir de cette époque, l’administration de l’École est confiée à un ingénieur en chef, avec le titre d’inspecteur des études. La même ordonnance établit un conseil de l’École composé des inspecteurs généraux du corps des mines et des professeurs ; ce conseil s’occupe des perfectionnements à introduire dans l’enseignement.

De 1793 à 1830, l’École des mines, malgré les circonstances les plus fâcheuses, a donné à l’État cent quatre ingénieurs : tous ces hommes ont été des savants distingués. Qui ne connaît les remarquables trav aux de Brochant de Villiers, de Dufrenoy , d’Élie de Beaumont, etc.? Ces deux derniers se livrèrent à des explorations qui embrassent plus de vingt mille lieues de développement, afin de tracer la carte géologique de la France , et ils rapportèrent de leur pédestre voyage une collection de plus de trente mille échantillons qui représentent des coupes prises de distance en distance. Les diverses Académies ont admis dans leur sein un grand nombre de ces modestes savants, et l’École revendique comme titres de gloire les noms de Confier, Brongniart, Dufrenoy, Berthier, de Bonnard, Régnault, Bardant, Puissant, de Biliy,

Gras et beaucoup d’autres. Aujourd’hui l’École est placée dans la dépendance du ministère des travaux publics, ainsi que l’administration des ponts et chaussées, dont elle était autrefois un embranchement. Elle reçoit des élèves de quatre espèces:

t° Les élèves ingénieurs pris chaque année dans les six premiers de l’École polytechnique, selon le numéro d ordre de l’examen de sortie, ce (pii ni' veut pas dire que les six premiers seulement peuvent être admis; puisque les chefs de la promotion ayant le droit de choisir la carrière dans laquelle ils veulent entrer, il s’ensuit qu’il peut arriver que les douze premiers choisissent par goût, soit le génie maritime, soit 1 artillerie, soit le génie, etc.; alors les numéros treize et quatorze peuvent dans ce cas, du reste fort rare, entrer dans les mines.

2° L École admet des élèves externes que l’administration recommande à leur sortie aux diverses ex ploitations ;

3° Des élèves étrangers, recommandés par les ambassadeurs des cours étrangères;

4° Des élèves autorisés à suivre les cours; ce sont habituellement des jeunes gens qui se livrent par goût aux études scientifiques, ou des fils de propriétaires de mines et d’usines, qui viennent apprendre à l’École à gérer avantageusement leur propre bien.

L’admission des élèves externes est soumise aux conditions suivantes :

I.s doivent avoir dix-huit ans accomplis au moins, v.ngt-cinq ans au plus; produire un certificat; enfin ils subissent un examen préliminaire sur les matières suivantes :

1° L'arithmétique et le nouveau système métrique;

2° L’algèbre jusqu’à la résolution des équations des deux premiers degrés, et la démonstration de la formule du binôme de Newton ;

3° La théorie des proportions et des progressions, celle des logarithmes et l’usage de leurs tables ;

4" La géométrie élémentaire , la trigonométrie et l’usage des tables de sinus;

5° La discussion des lignes représentées par les équations du premier et du second degré à deux inconnues; les propriétés principales des sections coniques;

0° Les éléments de statique ;

7° Les éléments d'hydrostatique :

8° Les connaissances élémentaires de chimie et de physique, comprenant les propriétés générales et particulières des corps; la classification des substances et leur nomenclature; enfin ils doivent copier une tète d'après un modèle à plat.

Les elèvi s ingénieurs reçoivent seids un traitement, <pii s’élève, la première année, à 800 fr. ; la seconde et la troisième année à 900 fr.

Les cours commencent le 15 novembre et finissent le 15 avril de l'année suivante. Ils sont tous obligatoires pour tous les elèves, ingénieurs, externes ou etrangers. La présence des élèves est constatée par des registres d'entrée et de sortie.

Les cours qui ont lieu à l’École embrassent la mécanique et l’exploitation des mines ; la docimasic et les travaux du laboratoire; la métallurgie, la minéralogie et la géologie; le dessin graphique et le dessin des plans superficiels et souterrains. Les élèves apprennent aussi l’anglais et l’allemand.

Les élèves de première année consacrent l’intervalle qui sépare les cours à des levées de plans et à des travaux de laboratoire. Ces travaux donnent lieu à des procès-verbaux qui sont consignés sur un registre. Les élèves ingénieurs de deuxième et de troisième année font, pendant la belle saison, des voyages scientifiques, dans lesquels ils visitent des établissements métallurgiques. Alors leur traitement s’élève à 1 ,800 fr.

L'École possède, dans sa spécialité, les galeries les plus complètes peut-être de l’Europe. L’installation de l’École des mines à Paiis a permis au zèle des professeurs de porter le nombre des échantillons à un chiffre qu’on ne devait pas espérer de voir se réaliser aussi promptement.

La collection géologique de la France est rangée de manière à concorder avec la carte géologique dont nous avons parlé plus haut. L’établissement possède en outre une bibliothèque, des modèles de machines, des dessins et des plans qui se rapportent à l’exploitation des mines et au traitement des métaux.

Tous les ans, les élèves ingénieurs et externes subissent des examens dans lesquels l’état de leurs connaissances, sur chacune de leurs études, est représenté par des points qui doivent atteindre un certain chiffre nommé medium. Les élèves externes qui ont atteint leurs médiums reçoivent un diplôme constatant leur capacité.

Les élèves ingénieurs sont envoyés sur des exploitations où ils demeurent encore un an ou deux, sous la surveillance d un inspecteur, avec le titre d aspirant ingénieur, aux appointements de 1,800 fr. ; ils acquièrent alors le titre d’ingénieur de deuxième classe, et sont aptes à parcourir tous les grades du corps, dont voici l’échelle hiérarchique :

Élèves ingénieurs de deuxième classe. . 800 fr.

— — de première classe. . 900

Ingénieurs aspirants . 1,800

— de deuxième classe . 2,400

— de première classe . 3,400

Ingénieurs en chef de deuxième classe. 3,01 !0

— — de première classe. 4,000

Inspecteurs en chef . 0,000

Inspecteurs généraux adjoints . 8,000

— — de deuxième classe 9,000

— — de première classe 12,000

Gette carrière est à 1 abri des fluctuations politiques;

aussi est-elle une des plus enviées des polytechniciens.

Le public est admis à visiter, le lundi et le jeudi, la très-curieuse collection de minéralogie qui se trouve à l’École des mines.

Cette école est située rue d’Enfer. Le monument n’a aucune physionomie particulière et qui mérite d’être signalée.

Ecole centrale des arts et manufactures . — L’École centrale des arts et manufactures répond à l’un des intérêts les plus généraux de notre époque, car elle a pour but d’enseigner les connaissances fondamentales et spéciales nécessaires à ceux qui aspirent à porter dignement le titre d 'ingénieurs civils.

L’enseignement de l’École centrale réunit à la généralité et la liaison de toutes ses parties l’avantage d’examens fréquents, de conférences, de manipulations diverses, de travaux graphiques et de rédactions ipii obligent les élèves à un travail soutenu, et présente ainsi un mécanisme analogue à celui de l’enseignement de l’École polytechnique.

Ces avantages incontestables ont fait revendiquer l’École centrale par le ministre du commerce et de l’agriculture comme une partie indispensable de l'instruction industrielle en France; aussi, depuis 1838, le budget de ce ministère a-t-il reçu une augmentation destinée à entretenir dans cette École, qui n’est cependant qu’une institution privée, un certain nombre d’élèves distingués par leur aptitude, mais dont les ressources sont insuffisantes pour subvenir aux frais de leur enseignement.

Le nombre des cours qui se font à cette École sont un indice certain de la grande quantité de carrières qui sont ouvertes à ses élèves. La chimie et la physique générale, la géométrie descriptive, la physique industrielle, la métallurgie du fer et la technologie mécanique , les chemins de fer et machines à vapeur, les constructions, les travaux publics et l’architecture, les essais commerciaux, chimie industrielle et agricole, la mécanique industrielle, l’analyse chimique, la géognosie et l’exploitation des mines, l’analyse géométrique et mécanique générale, la physiologie, l’histoire naturelle appliquée à l’industrie, la transformation du mouvement, enfin la construction et l’établissement des machines, y sont l’objet de leçons professées par les hommes les plus éminents et d’une supériorité reconnue.

Ces seize cours forment ensemble quatre spécialités, qui sont :

1° La spécialité des mécaniciens ;

2° La spécialité des constructeurs ;

3° La spécialité des métallurgistes;

V' La spécialité des chimistes.

On comprendra facilement, à la suite de cette énumération, que l’École centrale puisse former des ingénieurs civils, des directeurs d’usines, des chefs de fabriques et de manufactures; alimenter l’industrie d’hommes capables d’apporter dans la direction de ces établissements et de ces grands travaux des lumières naturellement acquises à l’aide d’un enseignement pratique en même temps que théorique, tel que celui qu’ils sont admis à recevoir à l'École centrale. Aussi les jeunes gens porteurs d’un diplôme ou même d’un simple certificat de capacité provenant de cet établissement, sont-ils certains de trouver les positions les plus satisfaisantes soit en France soit a l’étranger.

La durée du cours complet est de trois ans. Pendant ces trois ans, les cours sont obligatoires. Ils commencent le 10 novembre pour la première année, et le 2 novembre pour la deuxième et troisième année, et finissent dans le courant du mois de juillet.

A l’expiration des trois années, les élèves sont admis à concourir pour l’obtention du diplôme. Le conseil des études, qui se compose de neuf professeurs et du directeur de l’École, rédigé le programme d’un projet que les élèves ont trente-cinq jours pour exécuter; puis ils soutiennent ce programme par une discussion orale devant un jury composé de cinq professeurs au moins,

Les élèves qui ont entièrement satisfait aux épreuves reçoivent un diplôme d 'ingénieur civil, ceux qui n’ont satisfait qu’à une partie de ces mêmes épreuves n’obtiennent qu’un certificat de capacité.

L’École centrale admet des élèves de tout âge au-dessus de seize ans, mais pas au-dessous de cet âge. Nul n’est admis qu après avoir passé deux examens, l’un écrit, 1 autre oral, constatant qu’il possède les connaissances exigées par le programme. Ce programme comprend l’arithmétique, l’algèbre, la géométrie élémentaire, et du dessin.

L autorité supérieure dans l’École appartient à un directeur et a un conseil des études qui se compose, comme nous le disions plus haut, de professeurs appartenant à l’établissement.

Les élèves sont de deux catégories, les boursiers et les élèves payants. Les bourses ou les encouragements aux frais de l’État sont mis au concours; pour les autres élèves, le prix de l’enseignement est de 773 fr. par an.

L École centrale des arts et manufactures, dont la fondation remonte à 1829, est établie dans l’ancien hôtel de Juigné, rue de Thorigny, au Marais. Son personnel comprend, un directeur de l’École, un direc¬

teur des études, seize professeurs, deux professeurs adjoints, douze répétiteurs; plus les examinateurs, les préparateurs; enfin les employés attachés au service d’administration et de surveillance.

Nous aurons passé en revue tous les établissements d’enseignement scientifique existant à Paris , si nous décrivons maintenant le Conservatoire des arts et métiers.

Conservatoire des arts et métiers. — Le Conservatoire des arts et métiers se trouve, rue Saint- Martin, dans un de ces anciens monuments de Paris que les ravages du temps et des discordes civiles ont laissés subsister, l’église du monastère de Saint- Martin des Champs, construite au onzième siècle sur l’emplacement d'une abbaye ruinée par les Normands; cette riche abbaye, devenue, sous le titre plus humble de prieuré, succursale, ou, comme on le disait alors, fille de l’abbaye de Cluny, a brillé longtemps d’un vif éclat, et de tous les prélats qui n’ont pas dédaigné

Vue de l’entrée du Conservatoire des arts et métiers.

d’en accepter la direction, nous nous contenterons de nommer le cardinal-ministre Armand Duplessis-Richelieu; l’église et le réfectoire furent successivement ornés des plus belles œuvres de Claude Vignon, Jouvenet, Silvestre Poilly, Ottdry, peintre d’histoire distingué avant de devenir peintre d’animaux, Caries et Louis-Michel Vanloo, etc. Disons de suite que le réfectoire a reçu la riche bibliothèque du Conservatoire, composée d’environ 25,000 volumes presque exclusivement consacrés aux sciences, arts et métiers, et que dans l'église se trouve le modèle de la première voiture à vapeur qui, inventée en 1780 pour le transport de l’artillerie, n’a pas eu plus de succès que celle de îM. Dietz, qui a pendant quelque temps parcouru nos boulevards et nos promenades.

Avant d’arriver au degré d’importance qu’ont fait atteindre à cet établissement la richesse de ses collections et le développement de son enseignement, le Conservatoire des arts et métiers a subi un grand nom¬

bre de vicissitudes dont nous emprunterons l’historique à une intéressante notice publiée dernièrement par M. Huguet.

Moins frappé en ces matières de l’émission des idées théoriques que des applications pratiques, nous nous bornerons à rendre en passant hommage au plan, présenté par le grand Descartes, de cours publics destinés à l’instruction des ouvriers, pour passer tout d’abord à la création de l’espèce de musée formé en 1775 dans l’hôtel de Mortagne, rue de Charonne, par le plus grand des mécaniciens des temps modernes, par l’illustre Yaucanson; cette belle collection, par lui léguée au gouvernement, qui en avait confié la garde à un conservateur spécial, aurait dû, comme celle de l’antiquaire Dusommerard, demeurer dans cet hôtel de Mortagne, oii le souvenir de Yaucanson / l’aurait comme vivifiée ; elle n’y resta que très-peu de temps, et, après avoir été augmentée de plus de 300 nouvelles machines, elle fut, en 1792, comme tous les

produits des sciences et des arts, menacée par l’esprit révolutionnaire d’une dispersion à jamais regrettable, si la Convention ne s’en était émue. Une commission instituée en 1793, confirmée en l’an II et revêtue de nouveaux pouvoirs sous le nom de Commission temporaire des arts, fut chargée de rechercher, rassembler et inventorier les richesses scientifiques et artistiques échappées au vandalisme des nouveaux iconoclastes et recueillies par l’État ; les hommes habiles et honorables dont elle était composée sauvèrent alors un grand nombre de modèles et d’instruments précieux auxquels les arts, l’industrie et l’agriculture avaient déjà dû bien des progrès et étaient appelés à en devoir encore. Ces précieux objets furent réunis à l'hôtel d’Aiguillon, situé rue de l’Université.

Ce n’était pas assez d’avoir sauvé toutes ces richesses, il ne fallait pas les laisser enfouies dans des réceptacles sans accès, il fallait au contraire les vulgariser pour l’instruction des classes laborieuses, et c’est alors, malgré les clameurs de quelques démagogues insensés qui voulaient un peuple ignorant pour le mieux dominer, que la Convention décréta la création d’un Conservatoire des arts et métiers, où les machines déjà réunies trouveraient un asile et seraient expliquées aux ouvriers par trois démonstrateurs auxquels on devait adjoindre un dessinateur.

Le Garde-Meuble, un moment désigné pour l’établissement du Conservatoire, ayant reçu une autre destination, on eut la pensée d’y consacrer les bâtiments de l'immense abbaye de Saint-Martin, où le vide et le silence avaient remplacé les splendeurs de la religion; ce projet, proposé par le Directoire, trouva cependant de l’opposition dans le conseil des Cinq-Cents, qui, continuant sa lutte cachée contre tonte amélioration morale, rejeta la proposition sous prétexte d’économie. Le conseil des Anciens, sur un

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