CHAPITRE LV. — LES ÉCOLES
chaises sont destinées aux dames; à sa droite une tribune est réservée aux étrangers munis d’entrées
particulières.
Cet enseignement oral, qui comprend dix cours tous gratuits, est exécuté par dix professeurs. Il y a en oufre une petite école de dessin et de géométrie descriptive.
On a le projet d’établir dans l’église un dépôt de machines de grandes dimensions, d’y construire divers appareils à vapeur et hydrauliques, qui seraient mis librement et gratuitement à la disposition des inventeurs pour l’essai de toutes les inventions nouvelles.
Si à ces améliorations on ajoute des chaires de géographie commerciale, d’histoire naturelle et de géognosie, renseignement de la mécanique industrielle, de la charpente, de la fonderie, de l’ajustage, de la Verrerie, de la poterie, et l’éducation spéciale d’ouvriers pour les chemins de fer, le Conservatoire des arts et métiers aura atteint le but pour lequel il a été établi ; mais il faut pour cela que les ressources dont dispose l’administrateur soient mises au niveau de son zèle et de son activité.
Quant le Conservatoire des arts et métiers fut établi, en 1798, dans l’ancien prieuré de Saint-Martin des Champs, ces bâtiments n’avaient subi que des modifications fort simples; aussi une restauration complète qui rendit ces constructions telles, qu’elles pussent répondre à leur nouvelle destination, était -elle nécessaire.
Ce fut en 1839 que M. Léon Vaudoyer fut nommé architecte du Conservatoire, et qu’il se chargea de former de cette suite de bâtiments de toutes les époques un ensemble monumental.
Hâtons-nous de le dire,
M. Léon Vaudoyer a largement réussi. La façade, entre autres choses , mérite les plus grands éloges, et la porte d’entrée présente un caractère tout à fait magistral.
Les sculptures qui en font l’ornement sont dues à M. Robert.
Après cette entrée, la partie la plus importante des travaux achevés est la bibliothèque, installée aujourd hui dansl ancien réfectoire, l’un des monuments les plus gracieux de l’architecture gothique en France. Les corps de bibliothèques, qui ne renferment pas moins de 25,000 volumes, se développent tout a l’entour de la salle.
Dans l’aile neuve, bâtie en regard du réfectoire, sont déjà établis : au rez-de-chaussée, les salles destinées a l’enseig nement du dessin industriel ; et au premier étagé, une vaste galerie dans laquelle sont e {posés les portefeuilles des brevets el dessins, cotés à l’échelle, représentant les machines les plus parfaites que l’industrie ait récemment produites, et que le public est admis à consulter et à étudier.
d on serval' ire de musique et de déclamation . — Voici en quelques mots l’histoire de la fondation du Conservatoire de musique et de déclamation. On venait de prendre la Bastille. Quarante-cinq musiciens formaient la musique de la garde nationale organisée comme par enchantement. Le corps municipal prit à Ses frais cette nouvelle institution, et porta le nombre des musiciens à soixante-dix-huit, en les chargeant du service de la garde nationale et des fêtes publiques.
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Bientôt la municipalité fonda une école gratuite de musique, dont les principaux musiciens de la gardé nationale devinrent les professeurs. Cet établissement se chargea de fournir les nombreux artistes qu’exigeaient les quatorze armées chargées de la défense du territoire.
En 1793,1a Convention, frappée des résultats obtenus par Cette école, adopta le principe de son organisation, et lui donna le nom d’institut national de musique; plus tard, par un décret, elle institua le Conservatoire de musique, et affecta à cette institution le local des Menus-Plaisirs. Cinq inspecteurs furent nommés: Gossec, Grétry, Méhul, Lesueur et Cherubini. En 1808, l’art dramatique, la déclamation tragique et comique, devinrent l’objet de cours spéciaux, et les premiers artistes de la scène française y professèrent avec zèle. Enfin le Conservatoire reçut une organisation complète et définitive par un décret daté de Moscou, le 13 octobre 1812, et c’est de cette époque que date ht réputation européenne du Conser-
Kntrée tin i ono natoire du musique et tle dut iaïualioti
vatoire de musique, réputation entièrement méritée.
Aujourd’hui, le Conservatoire est dirigé parM. Auber, qui a succédé à Cherubini.
Sous le rapport architectonique, les bâtiments du Conservatoire sont peu dignes de fixer l’attention. Sa façade à trois étages est dénuée, de tout ornement.
Après avoir passé sous la voûte, on pénètre dans une cour spacieuse sur laquelle donnent la plupart des fenêtres des salles destinées aux leçons. Un long corridor régnant dans toute la longueur du bâtiment conduit à des cellules destinées à contenir une douzaine d'élèves environ, et ou pendant deux heures les professeurs font leurs cours. C'est le côté réservé aux jeunes personnes, à qui l’on enseigne le solfège, le piano, la harpe, l’orgue et P. armonie.
Pendant longtemps les mères et les parentes des élèves furent autorisées à assister aux leçons; mais le bruit qui résultait des conversations de ces dames contraignit l’administration à restreindre le nombre des parentes. Un article du règlement disposa qu’une seule personne parmi les parentes pourrait assister aux leçons, mais à la. condition d’observer le plus profond silence.
Le nombre considérable des élèves, qui s’élève à
Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60
plus de quatre cents, a forcé 1 administration du Conservatoire a diviser le temps employé aux études en 1 1 ois périodes : la première commence à neuf heures, la deuxième à onze heures et demie , et la troisième a deux heures pour se terminer à quatre.
Il est inutile de s’étendre sur l'importance de ces cours dont les professeurs sont, pour la plupart, des hommes vraiment distingués. Les conditions pour I admission sont très-simples : un acte de naissance , (pii prouve que 1 on n’a pas moins de dix ans ni plus de vingt-deux ; un certificat médical, constatant que 1 on a été vacciné. Il faut en outre savoir lire et écrire, et posséder déjà une certaine connaissance de l’instrument ou de la portée de l’art auquel on se destine.
Le comité des études musicales est chargé de l’examen des candidats; les aspirants exécutent devant le comité un morceau à leur choix. Les plus capables sont admis, et le directeur les place selon leur aptitude, soit dans une classe de premier degré, tenue
par un professeur adjoint, soit dans une classe supérieure, sous la direction d’un professeur titulaire. Il y a ensuite des examens semestriels , oii on juge si les élèves sont capables de passer des classes de premier degré dans une classe supérieure, ou bien s’ils doivent être exclus définitivement; cette exclusion menace encore ceux qui, après deux années d’étude, n’ont pas été admis a concourir pour les prix.
A côté des cours de musique sont les cours de déclamation. Les conditions d’admission à ces cours sont a peu près les mêmes que pour la partie instrumentale; cette admission n’a lieu que jusqu à l’âge de vingt-cinq ans pour les jeunes gens, et de vingt et un pour les jeunes filles.
Si l'on est sévère pour les élèves qui ne répondent pas, par leurs efforts , aux espérances qu'on avait conçues de leur talent, des récompenses sont accordées à ceux qui se sont distingués.
Chaque année, des concours sont ouverts et des prix décernés L’école de déclamation du Conservatoire est la pépinière des comédiens de Paris et de la province.
Outre les cours d’externes qui existent au Conservatoire pour les instruments, la musique et la déclamation, il y a un pensionnat de chant créé dans le but exclusif de former des chanteurs.
Depuis longtemps déjà, l’administration a pris le parti de ne plus admettre dans l’école de chant que les adultes, avec lesquels on n’a pas à courir les risques de la mue. Pendant deux ans, dix élèves sont nourris, logés, vêtus et formés aux éludes vocales aux frais de l’État. La première condition pour être admis, la seule peut-être, c’est une belle voix. Là les élèves apprennent à coordonner le mouvement de leur respiration avec l’émission du son, à développer l’étendue de ce son autant que le comporte le timbre de leur voix, et à produire des effets puissants sans jamais arriver à l’effort ni au cri.
Que l’élève travaille et réussisse à son début, el son avenir est assuré : l’Opéra et 1 Opéra Comique se le disputent; tout ténor de talent a une fortune dans son gosier.
C’est au Conserv atoire que se trouve la salle de ces
PARIS — TYP. DE KIRM1N DIDOT, 66, RUE JACOB- 2® C pRC l® pOSte.
concerts si estimés du public parisien. Ils furent organisés pour la première fois en 1801, mais ils étaient rares. En 1828, sous le titre de Société des concerts, il se forma une association qui convoque les vrais amateurs aux solennités lyriques qu’elle donne chaque année, du mois de janvier au mois d’avril. L’orchestre des concerts du Conservatoire est le premier orchestre du monde. Cette déclaration nous dispense de tout autre éloge.
Il est encore une autre annexe de cet établissement dont il est indispensable de parler; c’est le concours de composition musicale pour le grand prix de Rome.
Le concours se règle ainsi : la section de musique de l’Académie, réunie de nouveau aux membres du bureau, procède au choix de la cantate, à la majorité absolue. Les concurrents sont introduits dans la salle où la section est assemblée. Lecture leur est donnée
de la cantate en question ; chacun d’eux en prend copie, sans qu'il lui soit possible de communiquer avec personne du dehors, puis ils entrent tous immédiatement en loge.
Les peintres, après avoir travaillé tout le jour, peuvent au moins aller le soir chercher quelques distractions à leurs travaux; le musicien est tenu de rester, pendant vingt-cinq jours consécutifs, enfermé comme un véritable prisonnier, sans pouvoir même sortir pour prendre ses repas.
C’est à l’Ecole des beaux-arts qu’est leur prison. Le vainqueur de la lutte est exempté du service militaire, honoré d’une médaille d’or; il est en outre pensionné du gouvernement. Les deux premières années de son pensionnat se passent à Rome. Comme le peintre, il reçoit une indemnité destinée à couvrir ses frais de voyage. A son retour de Rome, il a droit, pendant trois ans, à une pension annuelle de 3,000 fr.
Pendant la première année de son séjour à Rome le pensionnaire est tenu d’envoyer à Paris un morceau de musique; pendant la deuxième année, un fragment d’opéra et une composition sur des paroles italiennes. Dans les dernières années, ils doivent mettre en musique un ouvrage dramatique qu’ils ont le droit de faire représenter sur un des théâtres lyriques de Paris.
Le Conservatoire peut se glorifier d’avoir eu pour inspecteurs ou conseillers Gossec, Méhul , Cherubini, Rossini, Meyerbeer; pour correspondants, Paësiello, Crescentini, Haydn; pour professeurs, Berton, Reicha , Garat, Lays, Boïeldieu, Rode, Baillot, Kreutzer, Fleury, Talma; enfin, pour élèves, Hérold, Halévy, Panseron, Berlioz, Kalkbrenner, Hertz, Habenech , Urban , Tilmant, Brod, Tulou, Démis, Ponchard, Nourrit , Levasseur, mesdames Damoreau-Cinti, Falcon, Dorus.
Ecole des beaux-arts. — L'École des beaux-arts s’élève sur remplacement de l’ancien couvent des Petits-Augustins, qui occupait lui-même une partie du fameux Pré-aux-Clercs ; ce couvent fut fondé par Marguerite de Valois , première femme de Henri IV. L’histoire de cette institution religieuse n’offre que peu d'intérêt; (die fut supprimée connue toutes les autres, en 1791, et les bâtiments des Petits-Augustins furent mis par l’Assemblée à la disposition de la commission des monuments publics. Cette commission les consacra à servir de dépôt aux objets d’art disséminés dans les divers monastères, églises, et autres établissements sécularisés : le citoyen Alexandre Lenoir, par décret du A mai 1771, reçut le titre de conservateur et la mission d'organiser le dépôt.
On doit a ce savant et honnête administrateur la conservation d une foule d objets curieux et de monuments. Après la destruction des tombeaux de Saint-
l.’arc de Caillou.;
Denis, il se hâta de recueillir les débris des magnifiques mausolées de Louis Nil, de François Ier, de Henri II; et, ayant réuni de la sorte une foule de morceaux d’art , il conçut le projet d’en former « un musée historique et chronologique, où l’on retrouverait les âges de la sculpture française , dans des salles particulières, en donnant à chacune de ces salles le caractère, la physionomie exacte du siècle qu’elle devait représenter. » Telles sont les propres expressions du fondateur. Ce plan , approuvé à l’unanimité par le Comité d’instruction publique, fut mis à exécution, et, au bout de quatre ans, le musée était ouvert au publie. M. Lenoir reçut les félicitations générales pour le savoir, le goût et même le courage qu’il avait déployés dans cette organisation, au milieu de difficultés de toute sorte.
Le musée se composait : 1° d’une salle d'introduction, établie dans la nef de l’ancienne église des Petits- Augustins, où se trouvaient ensemble des monuments
de toutes les époques, celtiques, grecs, romains et français. On y remarquait quelques tombeaux de rois etde grand ministres, François Ier, Charles IX, Richelieu, etc.; 2° de cinq salles, consacrées chacune à 1 un des cinq siècles, depuis le douzième jusqu’au dixlniitième; 3° enfin, le jardin ou Elysée, dont voici la description, d’après l’ouvrage deM. Lenoir lui-même : « Dans ce jardin calme et paisible, on voit plus de quarante statues; des tombeaux, posés çà et là sur une pelouse verte, s’élèvent avec dignité, au milieu du silence et de la tranquillité. Des pins, des cyprès les accompagnent ; des larves et des urnes cinéraires, posées sur les murs, concourent à donner à ce lieu de bonheur la douce mélancolie qui parle à l’âme sensible. » Ce jardin devint pendant quelque temps le rendez-vous obligé, d’abord des victimes, puis des muscadins , des incroyables et du beau monde. Le concordat de 1802 commença la ruine de ce musée : elle fut consommée en 1815, à la rentrée des Bour-