CHAPITRE LV. — LES ÉCOLES
bons, et il ne resta guère de curieux que les portiques de Gaillon et d’Anet , dont nous parlerons tout à l’heure.
L’École des beaux-arts a été instituée par ordonnance royale datée du IG avril 1816, et organisée le 22 juillet 1819, par arrêté du ministre de l’intérieur, M. Decazes. L’enseignement est divisé en deux sections : l’une comprend la peinture et la sculpture; l’autre l’architecture. Dans la première l’enseignement se compose d’exercices journaliers, comprenant l’étude de la figure humaine d’après la bosse et d’après nature, l’anatomie, la perspective, l’histoire, l’archéologie, et de concours d’émulation, qui préludent au concours général annuel, donnant aux vainqueurs le droit d’être entretenus pendant cinq ans à l’École française de Rome. Sept peintres et cinq sculpteurs, tous académiciens, et trois juges d’examen, sont chargés des leçons. Dans la seconde section, quatre archi¬
tectes distribuent l’enseignement , sur l’histoire et la théorie de l’art architectural, sur les principes de la construction et sur les mathématiques appliquées à l’architecture. Ils sont assistés de vingt architectes choisis par l’assemblée générale des professeurs pour le jugement des concours. Le personnel est complété par l’adjonction d’un secrétaire perpétuel, d’un secrétaire archiviste et d’un conservateur. L’administration, chargée de la haute surveillance de l’école, se compose de cinq membres : le président , le viceprésident, le président sortant de fonctions, le secrétaire perpétuel et un des membres du conseil d architecture. Cette commission, qui se renouvelle chaque année, est assistée d’un agent comptable spécial qui s’occupe des détails.
Les réparations et les reconstructions urgentes que demandait 1 ancien couvent des Petits-Augustins n’ont été poussées avec vigueur que sous le ministère de
M. Thiers, sous lequel l’École des beaux-arts prit une vie nouvelle. Malgré le talent incontestable de l’architecte, M. Dubau, qui a dirigé les travaux, l’ensemble du monument offre un décousu des plus intolérables, que ne justifie pas la prétention d’avoir voulu faire de l’éclectisme architectural et d’avoir offert des échantillons des différents styles. Pourtant, dans ce mélange de grec, de romain, de gothique et de renaissance, il y a des parties admirables, dignes d’être étudiées. En venant par la rue des Beaux-Arts, on découvre d’abord le charmant portique du château d’Anet, chef-d’œuvre de Philibert Delorme, apporté des bords de l’Eure sur ceux de la Seine; et, aux deux côtés, deux ailes de bâtiments à colonnes ioniques, conduisant vers un autre chef-d’œuvre, l’arc de Gaillon, du frère Giocondo, qui otfre le caractère de la transition du style gothique au style renaissance. Si nous ajoutons à cela le portail moderne, imité du gothique pur. qui forme
Distribution, ilans l'hémicycle de l’École des beaux-arts, des récompenses accordées aux artistes.
pendant au portail d’Anet, nous verrons qu’on a réuni dans cette première cour quatre genres tout différents.
En passant sous l’arc de Gaillon, nous trouvons une seconde cour, pavée en dalles de diverses couleurs, et fermée d’un côté par cet arc et ses balustrades, et sur les autres côtés par la continuation semi-circulaire, en retraite, du bâtiment ionique de la première cour. De nombreux débris d’architecture moyen âge et renaissance sont enchâssés dans les parois extérieures des hémicycles. Le bâtiment du fond est disposé de la manière suivante. Le rez-de-chaussée pose sur un soubassement, et des piédestaux destinés à recevoir les statues en marbre des élèves de Rome sont adossés au mur entre chaque fenêtre. Ces fenêtres se répètent au premier étage, et elles sont engagées dans une élégante ordonnance corinthienne, qui supporte à son tour un étage attique surmonté d’une frise découpée capricieusement, et servant de balustrade à la toiture. La crête de cette toiture est ornée elle-même
d’une autre frise en fer découpée à jour, d’un style léger et élégant. Un perron de six marches précède la grande porte de ce bâtiment, au-dessus de laquelle on a écrit en lettres d’or : Peinture. — Sculpture. — Architecture. Les portraits, en relief de bronze, de Jean Goujon et de Philibert Delorme sont placés de chaque côté dans des médaillons ; au premier étage, on voit ceux de Lesueur et de Poussin.
Enfin, plus en arrière encore , on trouve la troisième cour, disposée en carré long entouré de toute part d’une architecture simple et froide, contrastant lin peu avec les splendeurs qui précèdent. Cette cour est remarquable, surtout par son dallage en marbres diversement colorés et disposés avec art. Des colonnes, adossées au mur et supportant des bustes, en ornent le pourtour. Les deux grandes portes, situées au milieu des deux corps de bâtiment, dans l’axe de l’arc de Gaillon, sont ornées de magnifiques colonnes rouges, et des portraits de Périciès, d’Auguste, de Léon X et de François Ier.
On entre dans l’ancienne église, bâtie sous Anne d’Autriche, par le portail d’Anet. Cette église, disposée comme la chapelle Sixtine de Rome, renferme la superbe copie du Jugement dernier, de Michel Ange, exécutée par Sigalon dans les dimensions de l’original. On y remarque en outre les reproductions en plâtre du tombeau des Médicis, tel qu’il existe à Florence dans la chapelle sépulcrale de Saint-Laurent; ce qui reste du monument inachevé de Jules II, c’està-dire le Moïse et les deux Esclaves, que possède le musée du Louvre; la Pitié, le Faune, le Bacclius, en un mot la collection presque complète des statues et des tableaux de Michel-Ange. De nombreux plâtres, moulés sur les chefs-d’œuvre de la statuaire ancienne et moderne, mais non encore classés, peuplent la plus grande partie du rez-de-chaussée. Dans le nombre se trouvent de gigantesques reproductions des ruines d’Athènes, portiques, bas-reliefs, etc.
La salle en amphithéâtre qui sert à prononcer le résultat des concours, et à remettre aux uns le brevet