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CHAPITRE LV. — LES ÉCOLES

la France, et pour fournir à l'Académie des inscriptions et belles-lettres tous les moyens nécessaires à l’avancement des travaux confiés à ses soins, » créait une École des chartes dont les élèves , au nombre de douze seulement, recevaient un traitement.

L’article 3 de l’ordonnance portait que l’on apprendrait aux élèves de l’École des chartes à lire les divers manuscrits et à expliquer les dialectes français du moyen âge.

Au premier abord, l’opposition libérale ne vit dans la fondation de Cette École que l’application de l’idée aristocratique et contre-révolutionnaire. Béranger,

) lançait ce refrain :

Chartiers, rendoz-moi l’honneur :

Je suis bâtard d’un grand seigneur.

Malheureusement la plupart des élèves présentés et reçus dans les formes indiquées par l’ordonnance du roi étaient cousins, neveux ou arrière-petits-cousins des membres de l’Académie, et avaient été jetés là en attendant qu'on pût les placer ailleurs. L’ordonnance avait été si mal conçue , quelle ne fixait même pas le temps durant lequel devaient durer la pension et les cours. Une nouvelle ordonnance, contre-signée de M. de Corbière, fixa à deux ans la durée des études. Malheureifsement M. de Corbière laissa subsister le mode de présentation des élèves par les académiciens. Les choses allèrent ainsi jusqu’en 1829, triiM. de Labourdonnare présenta au roi un rapdort dans lequel il proposait d’admettre aux cours publics de l’École des chartes fous ceux qui désireraient les suivre, pourvu qu’ils fussent âgés de dix-huit ans révolus, et bacheliers es lettres; de porter le traitement des pensionnaires à 800 fr. ; d’ouvrir pour ces places d’élèves pensionnaires un concours d’après lequel une commission présenterait une liste double de candidats à la nomination du ministre, etc., etc. Ce rapport fut suivi d'une ordonnance qui divisait les leçons en cours de diplomatique et de paléographie française, ayant pour but d’apprendre à déchiffrer et à lire les chartes des différentes époques.

De cette École des chartes sont sorties à différentes époques des intelligences distinguées; mais, ainsi qu’on l’a déjà fait remarquer, l’École des chartes n’existera réellement que lorsqu’elle aura une constitution bien déterminée. De cette façon on fera d’elle une institution sérieuse, spéciale, dont le but ne semblera peut-être pas de détourner de leurs études un certain nombre d’élèves en droit ou en médecine, pour choisir, au bout d’une année, parmi eux quelques jeunes gens auxquels on jettera, pendant deux ans, une aumône de soixante-six francs soixante-six centimes par mois, sans s’inquiéter si cette dépense profite ou ne profite pas au pays qui la supporte, aux jeunes gens qui la reçoivent, et aux études qu’elle est censée favoriser et récompenser.

L’edilice dans lequel sont actuellement l’École des chartes et les archives est généralement connu sous le nom d’Hôtel Houbise. Il occupe toute la partie droite de la rue du Chaume, comprise entre la rue du Paradis et la rue des Quatre-Fils. C’est le connétable Olivier de ('disson qui en fit faire les premières constructions. Le connétable posséda jusqu’à sa mort cet hôtel, qui passa ensuite au comte de Penthièfre. Plus tard il appartint à Philibert Babou, sieur de la Bourdaisière, qui, devenu évêque d'Angoulême, le vendit à Anne d’Est, femme de François de Lorraine, duc de Guise. C’est dans cet hôtel que plus tard le Balafré dicta ses volontés au roi de France.

I n 1697, François de Rohan, prince de Soubise, l’acheta des héritiers des Guise.

On fit dans le temps plusieurs reproches aux travaux exécutés par le prince de Soubise. Le plus grave I consistait à blâmer la disposition des ordres employés dans la construction de la façade de l’hôtel. On trouva mauvais que l’ordre corinthien fût supporté par l’ordre composite.

A la Révolution, les trophées d’armes qui ornaient la terrasse circulaire furent abattus; les statues qui l’élevaient au-dessus de l’entrée principale furent ren¬

versées, et les armes des Rohan-Soubise disparurent

En 1808, le gouvernement fit l’acquisition de I hôtel, et un architecte fut chargé de disposer l'intérieur du bâtiment pour y placer les archives.

Les archives occupent quatre-vingt-une pièces grandes on petites, sans compter les bureaux ; celles du rez-de-chaussée sont consacrées à la section administrative. Les appartements du premier sont affectés à la section historique à une portion de la section administrative, à la bibliothèque, à la section topographique et à la section domaniale. Les appartements se composent de l’ancienne salle des gardes, de la chapelle et d’une vingtaine de pièces jadis magnifiquement décorées.

On circule dans les différents corps de bâtiments par de magnifiques escaliers.

Ecole spéciale des langues orientales vivantes. — L École spéciale des langues orientales vivantes a pour but de former des jeunes gens destinés à faciliter les relations commerciales entre la France, l’Afrique et l’Asie. Cette École a été constituée par une ordonnance du 28 mai 1838; des examens sont subis par les élèves à la sortie de l’École, et ces examens déterminent les degrés qui leur sont accordés. En outre des élèves français, sont admis aussi des élèves étrangers; mais parmi les premiers seulement sont choisis ceux qui se destinent au dépouillement et à la traduction des manuscrits orientaux de la bibliothèque Richelieu, ainsi que les professeurs de l’École, qui sont pris aussi parmi les membres de l’Institut.

Les chaires de l’Ecole spéciale des langues orientales vivantes sont au nombre de sept : l’arabe littéral, l’arabe vulgaire, le persan, le turc, l’arménien, le grec moderne et la paléographie grecque, Tindoustani, y sont professés d'après un enseignement élémentaire et pratique qui diffère ainsi de celui du Collège de France, car ce dernier est entièrement scientifique et littéraire.

Le siège de l’École est à la bibliothèque Richelieu.

Les cours embrassent toute la durée de l'année classique. Les leçons durent une heure et ont lieu trois fois par semaine. Ces cours sont publics; cependant les professeurs ont un registre sur lequel on peut se faire inscrire; les inscriptions sont prises tons les trimestres ; une absence prolongée pendant six leçons fait perdre une inscription.

Après ([mitre inscriptions, un examen est passé en public et donne droit à un diplôme d’élève français ou étranger de l'École des langues orientales de France; on exige des élèves français qu’ils aient préalablement obtenu celui de bachelier ès lettres.

Après huit inscriptions, on passe un nouvel examen qui donne droit à un diplôme d’élève de deuxième année.

Enfin douze inscriptions donnent le titre de gradué français on étranger pour les langues orientales, une série d’épreuves ayant été toutefois honorablement subie en présence et au jugement de tous les professeurs.

Ecole des jeunes de langues. — L’École des jeunes de langues, qui se trouve au collège Louis-lè- Grand, se rapproche beaucoup, par sa destination, de l’École spéciale des langues orientales vivantes. On sait que des emplois de drogmans ou interprètes commissionnés dans les échelles du Levant se rattachent aux consulats ; dans ces contrées, les chanceliers des consulats sont choisis parmi les drogmans ou interprètes ; ceux-ci sont eux-mêmes choisis parmi les ( lèves drogmans déjà employés dans le Levant et qui sortent de l’ i.cole des jeunes de langues. Les élèves de cette École sont élevés aux frais de l'Etat, nommés par le ministre et pris parmi les fils ou parents des drogmans. L’Ecole n’admet pas plus de douze élèves; ils ne peuvent être reçus au-dessus de douze ans ni au-dessous de huit. Cette carrière est trop restreinte et d’un rapport trop insuffisant pour qu’on y admette un plus grand nombre d’enfants et dans d’autres con ditions que celles prévues par l’ordonnance de création.

Institution des Jeunes- Aveugles. — La cécité est, de tous les maux qui affligent l’espèce humaine, celui qui, en tout temps et dans tous les pays, a été en possession de 1 intérêt le plus constant et le plus universel. Le roi saint Louis, auquel les établissements de bienfaisance doivent tant chez nous, acquit de l’évêque de Paris une pièce de terre voisine du cloître Saint- Honoré, appelée Champourri , sur laquelle il fit construire une maison qui, plus tard, forma l’encoignure de la rue Saint-Nicaise, et qui était destinée à loger et entretenir des aveugles pauvres au nombre de quinzevingts, comme on comptait alors, et qui prit son nom du nombre de ses hôtes. On ignore la date précise de cette fondation ; on sait seulement qu’elle remonte à l’année 1260 environ. Voici ce qu’en dit le confesseur de la reine Marguerite : « Aussi li benoist roy fist acheter une pièce de terre de lez Saint-Ennouré, oii il fist fère une grant mansion poreeque les poures avugles demorassent ilecques perpetuelement jusques à trois cens; et. ont tous les anz, de la borse du roy, pour potages et pour autres choses, rentes. En laquelle mansion est une esglise que il fist fère en Teneur de saint Remi, pour ce que lesditz avugles oient ilecques le service Dieu. Et plusieurs fois avint que li benoyst roy vint as jours de la feste Sainf-Remi, où lesditz avugles faisoient chanter solemnellement l’office en 1 esglise, les avugles présens entour le sainct roy. » En effet, Louis IX avait, en 1270, constitué de nouveau trente livres de rentes destinées spécialement au potage de ces trois cents aveugles. Clément, XIV, de son côté, par une bulle de 1263, avait recommandé cette institution aux évêques et prélats de France, et. les avait invités à accueillir et à favoriser les quêteurs qui allaient recueillant des aumônes pour elle. Guillaume de Villeneuve, dans ses Crieries de Paris, nous les présente demandant à grands cris du pain dans les rues :

A pain crier mettent grant peine,

Et si l’avugle, à liante ateine,

Ou pain à cels (le Champs porri,

Dont moult sovent, sachiez, me ri.

Rutebæuf, poète du treizième siècle, dans sa pièce des Ordres de Paris, se montre assez peu partisan de cet, établissement, dont il dit en substance: «■ Je ne sais trop pourquoi le roi a réuni dans une maison trois cents aveugles qui s’en vont par troupes dans les rues de Paris, et qui, pendant que le jour dure, ne cessent de braire. Iis se heurtent les uns contre les autres et se font de fortes contusions, car persoime ne les conduit. Si le feu prend à leur maison, il ne faut pas en douter, la communauté sera entièrement brûlée, et le roi obligé de la reconstruire sur de nouveaux frais. »

Les Quinze-Vingts demeurèrent dans leur habitation primitive jusqu’en 1779. A cette époque, le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, fameux par son luxe, sa crédulité et le rôle qu’elle lui fit jouer dans l'intrigue du collier ; le cardinal de Rohan les transféra au faubourg Saint-Antoine, rue de Charenton, dans l’ancien hôtel des mousquetaires noirs, et le nombre des infirmes secourus fut augmenté; mesure bienfaisante à laquelle on ne put reprocher que de faire mentir le titre de l’établissement.

Pendant plus de cinq siècles on avait cru avoir tout, fait, en venant en aide à un petit nombre de malheureux que leur état de cécité absolue et d’indigence constatée condamnait à mourir de faim; mais personne n’avait songé encore à chercher le moyen de mettre les aveugles de naissance dans la position de suppléer en quelque sorte, par une éducation spéciale, au sens qui leur manquait. En 1784, un homme de bien, un pauvre professeur d’écriture qui était frère d’un savant minéralogiste, Valentin Haiiy, auquel pesait la position de frère d’un homme de mérite, eut occasion de voir et d'entendre à Paris, au concert spirituel de mars 1781, une jeune aveugle, célèbre pianiste de Vienne, mademoiselle Paradis, qui, au moyen d’épingles placées en forme de notes et, de lettres sur de grandes pelotes, lisait rapidement, la

musique et l’exécutait de manière à enle\ei tous les applaudissements. Elle n’expliquait pas moins bien la géographie sur des cartes en relief, dont 1 invention était due à un autre aveugle, Weissembourg, de la ville de Manheim.

Instmuion des Jeunes-Aveugles. — Costume des garçons.

Valentin Haüy comprit tout le parti qu’on pourrait tirer pour l’éducation des aveugles-nés, jusque-là totalement négligée en France, de ces procédés ingénieux développés et complétés. 11 raconte lui-mème, dans une brochure qu'il publia plus tard, que, préoccupé de cette pensée, un jour qu’il passait sur le boulevard du Temple, il aperçut des aveugles jouant de plusieurs instruments avec des lunettes sur le nez et feignant de lire la musique placée devant eux. Cette triste parade l’émut péniblement; il s’approcha de ces infortunés, et leur demanda s'ils ne préféreraient

devinrent l’objet de l’attention générale, du plus vit intérêt, et le maître reçut des encouragements qui lui permirent d’augmenter leur nombre. Dans cette même année, Valentin Haüy dédia au roi et publia un ouvrage de lui, composé et imprimé par ses élèves aveugles, avec des caractères dont la saillie, et des presses dont le foulage donnaient un relief tel à l’impression que les aveugles peuvent le lire en promenant le bout de leurs doigts sur les lignes. Le titre de ce livre énumère tout ce que Haüy avait déjà à peu près obtenu : Essai sur l’éducation des Aveugles, ou Exposé de différents moyens vérifies par l’expérience, pour les mettre en état de lire à l'aide du tact, d’imprimer les livres dans lesquels ils puissent prendre des connaissances des langues , d'histoire, de géographie, de musique, etc., d’exécuter différents travaux relatifs aux métiers. Ces jeunes aveugles furent aussi utilisés en apprenant à lire à des enfants clairvoyants.

En 1790, le duc de la Rochefoucauld-Liancourt obtint du directoire du département de Paris que les jeunes aveugles et les sourds-muets seraient placés au couvent des Célestins, près de l’Arsenal. Cette réunion, sollicitée par un homme de bien, pensa être fatale aux deux œuvres. L’Assemblée nationale, par un décret du 2 juillet 1791, décida bien que les deux écoles seraient entretenues aux frais de 1 Etat; mais 1 1 mésintelligence qui avait éclaté entre les chefs de l’un et de l’autre établissement contrariait toutes les dispositions généreuses prises à leur égard, et pensa amener la ruine de ces institutions. La discorde s’étendit jusqu’aux élèves, qu’on était arrivé à mettre en communication, mais non à faire vivre en bonne intelligence. Les sourds-muets composaient, en caractères en relief, des phrases que les aveugles lisaient par le toucher, et auxquelles ils répondaient par la langue des signes qu’on leur avait apprise. Enfin, en 1795, un décret de la Convention vint sagement opérer la séparation, et transféra les jeunes aveugles dans la maison Sainte-Catherine, rue des Lombards. ETne bourse gratuite fut en même temps créée pour cha-

regret qu’il avait de se séparer d’un de ses élèves le portait à envisager la maison qu’il dirigeait plutôt comme un hospice qu’ils devaient habiter toujours que comme une maison d'éducation spéciale où ils ne devaient demeurer que le temps nécessaire à leur

pas lire réellement la musique,

se rendre ainsi la risée des passants.

Ses observations furent peu goûtées, et il vit bien qu'il n’avait pas encore rencontré les sujets qu’il lui fallait. Cherchant un aveugle intelligent pour appliquer la méthode qu’il avait conçue, il le trouva enfin près de l’église de Saint-Germain des Prés. C’était un aveugle né à Lyon, qui mendiait pour soutenir sa mère; il se nommait Lesueur; et, de même que Valentin Haüy al¬

lait devenir pour les jeunes aveugles

ce que l’abbé de l’Épée était déjà pour les sourds-muets, Lesueur était destiné de son côté à en être le Massieu. Valentin Haüy, ayant interrogé cet enfant, fut frappé de son intelligence; il l’emmena chez lui, le réunit à d’autres infortunés, et , après les avoir instruits, il présenta Lesueur à la Société philanthropique, qui, satisfaite de cet essai, accorda à 1 instituteur une maison située lue Aotrc-1 J aine des Victoires, n° 18, et des tonds pour 1 entretien de douze élèves. Le succès justifia cette libéralité. En 1786, Haüy fut appelé à faire exécuter aux élèves formés par lui leurs exercices devant le roi et toute la cour. Ils

Suite de bains.

cun des quatre-vingt-trois départements que formait alors la France.

Malheureusement Valentin Haüy, à la philanthropie ingénieuse, patiente et dévouée duquel l’institution devait son existence, n’était pas né administrateur. Le

Institution des Jeunes-Aveugles. — Costumes des filles.

instruction. 11 maria donc des aveugles et introduisit, sans l’avoir prévu, dans l’établissement , les abus qui devaient résulter inévitablement de ce mélange de ménages' et de célibataires. Le mal était grand, mais un arrêté ministériel du -4 nivôse an IX (1801) y apporta le pire de tous les remèdes. 11 fut ordonné (pie les jeunes aveugles seraient réunis à l’hospice des Quinze- Vingts, c’est-à-dire que des jeunes gens auxquels on avait donné de l’éducation seraient incorporés et confondus avec des aveugles mendiants qui n’en avaient reçu aucune, et avec lesquels, par conséquent, ils n’avaient pas de point de contact.

Ce déplorable état de choses subsista jusqu’en 1815, année oii une ordonnance royale prononça enfin la séparation des Jeunes-Aveugles des Quinze-Vingts, et la translation des premiers, opérée peu après, à l’ancien séminaire Saint - Firmin.

rue Saint-Victor.

C’est là que l’institution , classée parmi les établissements généraux de bienfaisance, est demeurée jusqu’à sa récente translation dans les bâtiments dont l’érection a été votée en 1858, dont la première pierre a été posée en 1889, et dont elle a achevé de prendre possession le dimanche 24 décembre 1848, jour de la consécration de la chapelle.

Cet édifice a été construit sur un terrain compris entre lo boulevard des Invalides, la rue de Sèvres, la rue Masseran et la petite rue des

Acacias. L’entrée principale, fermée par une grille en fer placée entre deux pavillons , est située sur le boulevard, d’où l’on peut admirer le fronton de l’édifice dû au ciseau de M. Jouffroy, sculpteur. Le sujet choisi par l’artiste est en parfaite harmonie avec

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