IV II
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sites du moyen âge et de la renaissance. Chacun de ces cabinets pourrait être, par la grande quantité de monuments qu'il renferme, un long sujet cl’études. Le premier contient quatre cents vases peints, dont quelques-uns sont on ne peut plus précieux, soit par la finesse et la légèreté de la terre, ainsi que par l’éclat de leur vernis, soit par la beauté de leurs formes et de leur dessin , soit par leur rareté. Le sujet est trop vaste pour songer à l'aborder ici; nous reproduisons seulement deux de ces vases, choisis au hasard , à cause de leurs formes singulières, et un dessin donnant le développement d’une frise représentant des figures traitées dans un style archaïque : un centaure offrant la forme humaine unie à l’arrière d’un cheval, porte une branche à laquelle est suspendu un faon, et dirige sa main droite vers une chimère bicéphale. Derrière celle-ci s’avancent un homme tenant un lagobolon renversé, une femme ailée tenant une cuisse d’animal, et enfin un autre centaure, suivi d’un lion dressé. Le deuxième dessin représente: Jupiter foudroyant le géant Porphyrion ; le troisième un animal fantastique, V hippalectryon (cheval-coq), dont la figure, qui décorait quelquefois les navires, a servi plusieurs fois de type aux comparaisons satiriques d’Aristophane. L’archéologie se déride parfois; si l’espace ne nous manquait pas, nous pourrions emprunter à ces vases plus d’un dessin plaisant, tel que celui d’un nain grotesque combattant contre une grue, ou celui de cette scène comique dans laquelle un acteur, couvert d’un masque hideux et remplissant probablement le rôle d’un hardi débauché, monte sur une échelle, à la lueur d’une torche tenue par son valet, et présente une pomme à une femme placée à une fenêtre, qui semble aussi peu touchée de l’offre de ce fruit consacré à Vénus que si c’était une petite maîtresse parisienne. Parfois aussi l’archéologie se déride un peu trop et passe les bornes. 11 y a là, sur les flancs de telle coupe, au fond de tel plat, des figures dignes de Jules Romain interprétant l’Arétin. Sur ces pièces, très-rares d’ailleurs, des disques de papier font le pudique office de feuilles de vigne. Les visiteurs et surtout les visiteuses sont dûment avertis et n’ont pas à se plaindre; cela est bien réglé : les égards pour les vivants et l’impartialité pour les morts.
Le deuxième cabinet contient environ trois cents articles en bronze, parmi lesquel un grand nombre de statuettes dont quelques-unes très-remarquables. Parmi les objets les plus curieux se trouve un casque de très-grande proportion, garni en avant par un grillage; deux armures de jambe, deux brassards et un bouclier, armure servant aux athlètes sans doute , et qui, découverte à Herculanum, fit partie du présent d’antiquités offert en 1802 par la reine de Naples à madame Bonaparte. Ce présent consistait en cent vingt-trois pièces. Après la mort de l’impératrice Joséphine, elles furent achetées par M. Durand, qui en vendit une partie au roi, en 1824, et céda à M. le comte de Pourtalès les principaux marbres, quatorze bronzes et la totalité des bijoux. — Un miroir de fabrique étrusque contient sur son revers une gravure au trait représentant Hélène à sa toilette : en voyant cette gravure si finement exécutée, on s’étonne qu’il ne soit pas venu à l’idée des anciens de la noircir et d’en tirer une épreuve, et qu’il ait dû s’écouler un si long temps avant que cette idée si simple ait été par hasard suggérée, en 1352, à Maso Finigucrra. Nous voudrions pouvoir parler d’une foule d’autres bronze s pleins d’intérêt, mais il faut se borner. Nous recommanderons aux amateurs trois fragments qui donnent une idée du goût apporté par les anciens dans la simple fabrication de leurs objets mobiliers: 1° un petit bas-relief d’application: L'Amour chargé d'une massue et tenant une palme; 2° un autre bas-relief, sur la partie inférieure d’une anse de vase, et repré sentant un homme qui se bande le pied (Philoctète 3° un masque d’un beau caractère, qui a dû être appliqué sur un vase ou quelque autre meuble. — Parmi les terres cuites rassemblées dans ce cabinet , on retrouve, comme parmi les bronzes, des statuettes d’un
goût exquis, découvertes dans des tombeaux d’Athènes. Ces figurines sont percées par derrière d’un trou longitudinal, destiné à recevoir le clou à l’aide duquel on les fixait sur les parois intérieures du tombeau. Beaucoup de ces statuettes ont été trouvées brisées, parce que leur poids avait entraîné le clou rongé par la rouille. Ces ornements funéraires ne sont pas toujours choisis avec la gravité qui conviendrait à leur destination, et ils prouvent que les anciens ne se faisaient pas de la mort une idée aussi maussade que les modernes.
Le troisième cabinet est consacré au moyen âge et à la Renaissance. Deux monuments d’un travail moderne, mais exécutés dans le style architectonique du moyen âge, par mademoiselle .Félicie de Fauveau, y tiennent une place importante: 1° la Lampe de saint
Françoise de Rimini, sculpture, parMlle Félicie de Fauveau.
Michel. L’archange, debout sous une cathédrale, revêtu de l’armure des chevaliers de son ordre, veille le feu bénit. A ses pieds, sur les bords d’une vasque de forme hexagone, sont les quatre écuyers d’office d’un chevalier banneret. Le culot formant le bas de ce fanal est terminé par (rois grues retenant ensemble un caillou en lapis-lazuli , dont la chute décélérait leur retraite à leurs ennemis, si elles s’abandonnaient au sommeil. Les figures de cette lampe sont en bronze. 2° Un monument en marbre de Carrare, représentant Francesa de Rimini et Paolo, sous un pavillon surmonté d'un fronton aigu. Sur les côtés, des clochetons élancés supportent les figures des deux anges gardiens semblant déplorer la chute de deux âmes qui leur échappent; au milieu, et dominant toutes les parties de l’édifice, est la figure de Minos. Le groupe placé au-dessous du monument représente les âmes inséparables des deux amants devenus les tristes jouets d’un génie infernal. Cet ouvrage remarquable, commencé à Paris en 1830, a été terminé à Florence en 1836. — Le défaut d’espace nous interdit de parler encore d’une foule d'objets d’un haut intérêt : statues de bronze, émaux de Limoges (entre
autres une belle coupe ayant appartenu à Marie Stuart); faïences de Faënza , d’Urbin, etc., de Bernard Palissy; mosaïques; vitraux et verreries; pièces d’orfèvrerie; riche collection de vases, coffrets, etc., en matières précieuses; nombreuses sculptures en ivoire, parmi lesquelles d’admirables ouvrages exécutés par Sarrazin et F. Flamand ; un Hercule, attribué à Jean de Bologne; un Christ, attribué à Michel-Ange, et en outre, sculpture sur bois ( portraits de J. Herbrot et de M. Krater), travail précieux attribué à Albert Durer.
On peut , après le coup d’œil nécessairement des dus superficiels que nous venons de jeter sur la colection de M. le comte de Pourtalès, se faire une idée de son importance. Lorsqu’on visite cette collection, dont le propriétaire fait les honneurs avec tant de complaisance, et qu’on se rappelle qu’elle commença )ar un vase en terre peinte, seul objet d'antiquité oOssédé par la célèbre Angelica Kauffmann , on ne 5ent s’empêcher de penser à tout ce qu’il a fallu de persévérance, d’une part, et de bonne fortune, de l’autre, pour réunir une si grande variété d’objets précieux; car, pour ces sortes de choses, la fortune et le Don vouloir ne suffisent pas, il faut encore l’occasion. Mie n’a pas fait défaut à M. le comte de Pourtalès. Jes acquisitions faites aux ventes les plus célèbres de ’Europe sont venues successivement ajouter des richesses nouvelles et inestimables aux objets qu’il s'était procurés lui-même dans le cours de ses voyages en Italie, en Grèce et dans l’Asie Mineure. Disons, en finissant, qu’une partie considérable de ces monuments ont été figurés et expliqués dans différents ouvrages, et qu’ils ont été l’objet d’un ouvrage spécial intitulé : Antiques du cabinet Pourtalès, par M. Panofka. Ce recueil, enrichi de gravures, a été exécuté aux frais du propriétaire. Depuis, il a confié à M. Dubois, sousconservateur du musée des antiques du Louvre, à qui nous avons emprunté nos indications, la rédaction de trois catalogues descriptifs , très-utiles à consulter pour les personnes admises à visiter cette collection.
A l’extrémité supérieure de la rue Montmartre, presque en face du passage des Panoramas, entre les magasins de la Ville de Paris et l’Alliance des Arts, une porte de pierre massive attire les regards des passants. Thierry, dans son ouvrage intitulé Paristel qu'il était avant la Révolution, l’appelle un arc de triomphe. Les colonnes qui supportent la corniche sont ornées d’attributs guerriers. Une figure sculptée, je ne sais quelle divinité, décore le fronton. Cette porte a un aspect imposant et mystérieux ; elle semble s’isoler avec orgueil des constructions modernes qui se sont élevées de chaque côté, et qui la dominent sans l’écraser. Elle est si haute, qu’en se plaçant sur le trottoir opposé, on n’aperçoit pas même les toits des bâtiments dont elle forme l’entrée principale. Ses épais battants s’ouvrent-ils par hasard pour laisser sortir ou entrer quelques élégants équipages, on admire au bout d’une avenue de beaux arbres la façade d’un magnifique hôtel.
Cet hôtel est l’hôtel d’Uzès. Reconstruit peu d’années avant la révolution par M. Ledoux, architecte, il fut, sous la République et sous l’Empire, occupé successivement par le ministère du commerce et par l’administration des douanes. La Restauration le rendit à M. le duc d’Uzès, qui le vendit àM. Ternaux l’aîné. En 1823 il devint la propriété de la famille Delessert.
Paris subit , depuis quelques années surtout, une complète métamorphose. Il grandit et s’étend tout à la fois. A ses extrémités , des rues, que dis-je? des villes nouvelles se continuent jusqu’à son mur d’enceinte, qu’elles menacent de franchir bientôt. Dans les quartiers du centre, oii il se sent comprimé, il prend en hauteur l’espace qu'il ne peut pas gagner en largeur. et dont son développement extraordinaire a besoin. 11 s’entasse dans des cages étroites où il se prive volontairement d’air et de lumière, et où il a peine à se mouvoir et à se tenir debout. Si nos pères revenaient à la vie , ils ne reconnaîtraient plus la ville qu’jls nous avaient léguée. Aussi les terrains ont-ils
TABLEAU DE PAKIS.
Vue de l’hôtel de M. Delessert, à Paris, prise du jardin.
l’a déterminé à faire un si noble usage de sa fortune.
Traversons maintenant la cour d'honneur , et pénétrons dans le cœur même de l’hôtel... Mais non , arrêtons-nous sur le seuil ; les secrets de la vie privée que je pourrais lui révéler n’offrent point d'intérêt à la majorité du public , car je n'aurais à lui montrer qu’une famille patriarcale, se livrant modestement, dans la plus douce intimité, à la pratique de toutes les vertus domestiques. Respectons donc les mystères de cet intérieur si parfaitement uni, que les trois frères ont confondu les tableaux qui leur appartiennent dans cette belle galerie où nous venons d’entrer.
Cependant quelle est cette musique guerrière qui vient frapper notre oreille étonnée et ravie? Approchons-nous de la fenêtre entr’ouverte de cette salle à manger. — Cette marche de Moscheles, que je croyais exécutée par la musique d’un régiment tout entier, c’est un instrument qui la joue. — On le nomme un panharmonicon, parce qu’il produit à lui seul, et sans le secours de l’homme, une harmonie semblable à celle que produirait un orchestre de soixante artistes. Son inventeur, le célèbre mécanicien viennois Jean Maelzel, n’en a jamais fabriqué que quatre : l’archiduc Charles et le prince Leuchtenberg en possèdent chacun un; le troisième, exporté à New-York, y a été détruit dans un violent incendie; le plus grand, le plus complet et le plus partait, est celui qui orne la salle à manger de l’hôtel Delessert. — Il joue dix morceaux différents, de Cherubini, de Haydn, de
Julie ou à vous, vous trouverez que je n’ai pas laissé d’y prendre quelque soin. C’est une perte qui, quoique petite, ne me serait pas facile à réparer promptement, surtout à cause du catalogue, accompagné de divers petits éclaircissements écrits sur-le-champ, et dont je n’ai gardé aucun double. »
Les craintes de Rousseau ne se réalisèrent pas. L’herbier fut remis à madame Delessert, et conservé précieusement par sa famille. Il est préparé avec un soin tout particulier. Chaque échantillon, parfaitement desséché, se trouve tixé, au moyen de petites bandelettes dorées, sur des feuilles de papier bordées d’un cadre rouge, et les noms des plantes, écrits en français et en latin, y sont tracés de la main même de Rousseau.
Les herbiers et les livres du musée de botanique se sont tellement accrus depuis 1794, qu’ils occupent aujourd’hui, comme nous l’ayons dit, une aile entière des bâtiments dépendants de l’hôtel. C'est une des plus riches collections actuellement existantes , et M. Delessert l’a toujours mise avec une générosité qui l’honore à la disposition des savants de tous les pays.
Telle est pourtant la modestie de M. Delessert, que l’existence de ces trésors est presque ignorée. Il ne se montre pas plus fier qu’avare de tant de richesses laborieusement amassées. L'amour seul de la science
Hændel, de Moscheles, et le God save the king.
Une petite serre chaude réunit le corps de logis principal à la galerie de tableaux qui sert de clôture au jardin du côté de la rue des Jeûneurs. Si nombreuses qu’elles soient, les ffeurs et les plantes rares dont elle est remplie ne nous ont pas empêché d’apercevoir la seconde façade de l’hôtel, telle que la représente notre dessin, encadrée dans une bordure d’arbres, devant une vaste pelouse qu'arrose un jet d’eau. A la vue de cette délicieuse retraite, si calme et si fraîche, qui se croirait dans le quartier le plus populeux et le plus bruyant de Paris?
La galerie de MM. Delessert se compose d’environ deux cents tableaux des premiers maîtres anciens ou modernes : Baekhuysen, Berghem, Bouton, Drolling, Gérard, Gérard Dow, Géricault, Girodet, Greuze, Alexandre Hesse, Claude Lorrain, Lucx, Metzu, Mieris, Mignard, Murillo, Ostade, Paul Potier, Raphaël, Rubens, Ruysdael, Sasso Ferrato, A. Scheffer, Jean Steen, Téniers, Terburg, Van der Heyden, Van der Meulen, Van Dyck, Joseph, Carie et Horace Vernet, Vickenberg, YVouvermans, s’y disputent tour à tour l’attention et l’admiration des visiteurs : le Raphaël est lu Vierge et V Enfant Jésus, qui enrichissait jadis la galerie Aguado. Des deux tableaux appartenant à MM. Delessert, que nos artistes ont reproduit par la
gravure, l’un, celui de Greuze, lu Lecture de la Bible, est déjà connu, car il a été gravé par Martinasi et par Flippart. L’autre, I Intérieur d'un Estaminet , nous paraît le chef-d’œuvre d’un jeune artiste belge appelé à de brillantes destinées. M. Lucx n’a que quarante et un ans; il est né à Malines en 1803; il ne lui manque, selon nous, que l’audace d’être franchement original. Sous le double rapport de la composition et de l’exécution, les toiles signées de lui que possède la galerie Delessert ne laissent rien à désirer. — Qu’il crée désormais, au lieu d’imiter.
M. Delessert, fils de M.
François Delessert, imitant l’exemple que lui donne son oncle, a commencé dès son jeune âge une collection de gravures du plus grand intérêt. Cette collection n’a pas la prétention d’être complète, mais elle renferme de précieux documents pour l’histoire de la gravure, dont on peut suivre tous les progrès depuis l’origine de cet art jusqu’aux travaux des grands maîtres. Parmi les premiers maîtres allemands, on remarque une gravure non encore mentionnée dans les catalogues, un saint Georges, du maître de 1466, des Martin Zenk, Israël de Mecken, Martin Shongauer, Mair, Lucas de Leyde, Lucas de Cranack, Albert Durer. Ce dernier est représenté, dans la collection, par les plus belles épreuves qui existent de X Adam et Eve et de V Enfant prodigue. L’école d’Italie nous a fait admirer Baccio-Raldini, Robetta, Nicolas de Modène, Benoît Montagna, André Mantegna, Campagnola, et enfin le Raphaël de la gravure, Marc-Antoine. Les plus belles planches de ce dernier sont 1 Adam et Eve chasses du Paradis, et Dieu parlant à Noé. Enfin l'école de Flandre est représentée par quelques-uns des plus beaux chefs-d’œuvre de Rembrandt.
La porte du fond de la galerie s’ouvre sur un escalier qui conduit dans les salles du musée conchyliologigue.
M. Benjamin Delessert, tout en s’occupant de botanique, commençait, il y a environ quarante ans, à réunir quelques coquilles curieuses. L’étude des espèces fossiles 1 intéressa d'abord, et il s’y livra avec ar-
acquis en deçà de certaines limites une telle valeur, (jue les plus charmantes constructions des siècles passés, les demeures historiques, les fleurs les plus belles et les plus rares , les arbres les plus magnifiques tombent pêle-mêle sous la hache ou sous la pioche des démolisseurs. Cette année même, que de ra\ a-
ges n’ont-ils pas exercés !
L’hôtel d’Uzès a dû souvent exciter la convoitise des spéculateurs; car il s’étend depuis la rue Montmartre jusqu’à la rue Saint-Fiacre, et sa porte, son avenue, ses cours, son corps de logis principal, ses nombreuses dépendances, son jardin, ses galeries, ses magasins, couvrent un terrain estimé environ trois millions, en ne comprenant pas dans cette somme le prix des constructions. Cependant ses propriétaires actuels ont toujours résisté, avec une indifférence et une fermeté bien rares à notre époque, aux sollicitations les plus offrantes de la bande noire. Noble exemple qui a trouvé si peu d’imitateurs!
A ce titre seul , c’est-à-dire comme un dernier vestige des anciennes habitations des familles riches d autrefois, l’hôtel d’Uzès avait des droits incontestables à la faveur que nous lui accordons aujourd hui. Mais il possède en outre des richesses artistiques et scientifiques dont il peut être utile de révéler au public l’existence trop peu connue, et dont notre spécialité nous permet de lui montrer en même temps quelques échantillons curieux.
Parvenu au bout de la grande avenue , détournons-nous d'abord a gauche avant d’entrer dans l’hôtel, et visitons dans un pavillon séparé le musée et les collections botaniques de M. Benjamin Delessert, situés au-dessus des bureaux de la banque de M.
F. Delessert.
En 1788 , M. Étienne Delessert, membre de la Société naturelle d'Édimbourg, frère aîné de M.
Benjamin Delessert, commença à réunir en herbiers les plantes qu’il avait recueillies dans ses nombreux voyages, ou qu’il recevait des divers pays du globe.
Mais, en 1794, il mourut à New-York, de la fièvre jaune. M. Benjamin Delessert, son frère, qui l’avait accompagné dans ses voyages en France, en Suisse, en Angleterre et en Écosse, résolut de compléter les collections, déjà considérables, que lui léguait son frère, et de former une bibliothèque spéciale pour la botanique.
M. Benjamin Delessert, lui aussi, se sentait porté vers « cette douce et charmante étude qui , selon les expressions de Rousseau, remplit d’intéressantes observations sur la nature ces vides que les autres consacrent à l’oisiveté ou à pis.» Comment ne l’eut-il pas aimée? C’était à sa mère que Jean-Jacques avait adressé, sur sa demande, ses Lettres élémentaires sur la botanique. La petite pour laquelle il écrivait à sa chère cousine, c’était sa jeune sœur, madame Gautier, morte il y a peu d’années. Dans sa troisième lettre, le professeur annonçait à son élève qu'il lui envoyait un petit herbier destiné à sa tante Julie. « Je l’ai mis à votre adresse, ajoutait-il, afin qu’en son absence vous puissiez le recevoir et vous en servir, si tant est que parmi ces échantillons informes il se trouve quelque chose à votre usage. »
Cet herbier resta longtemps en route, et Rousseau s’inquiéta de ce retard. « J’ai grand’peur, dit-il, que M. G., ne passant pas à Lyon, n’ait confié le paquet à quelque quidam qui, sachant que c’étaient des herbes sèches, aura pris tout cela pour du foin. Cependant si, comme je l’espère encore, il parvient à votre sœur