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CHAPITRE LVI. — LES HABITATIONS MODERNES

(leur, ainsique son frère, M. Étienne Delessert. Ils parcoururent ensemble les environs de Paris, ne négligeant aucune des espèces qu’ils trouvaient, et successivement ils visitèrent la Suisse et l’Angleterre.

Chaque voyage enrichissait la petite collection d’un assez grand nombre de coquilles, et son développement rapide est la preuve du zèle des collecteurs.

Plus tard M. Delessert, obligé de s’occuper des affaires de sa maison de commerce, ne perdit pas de vue pour cela l’étude à laquelle il continua de consacrer quelques moments; mais, ne pouvant plus voyager lui-même pour augmenter sa collection, il se procura les plus beaux échantillons qu’il put rencontrer; et, en 1833, il donna une grande importance à son cabinet, jusque-là ignoré, en achetant la collection de coquilles faite par Dufresne, et composée de 8,200 individus bien nommés et classés.

Plus la collection s’enrichissait, plus aussi M. Delessert se trouvait entraîné à l’augmenter ; et c’est depuis cette époque surtout qu’il reçut un grand nombre de coquilles vivantes de toutes les parties du monde, mais surtout du cap de Donne-Espérance, du Sénégal, de l'Inde, du Brésil et de la mer Pacifique.

De nombreux voyageurs ont beaucoup contribué au développement d’un musée qui intéressait déjà la science; mais c’est seulement en 1840 que la collection de M. Delessert s’éleva au premier rang, qu’aucune autre ne lui dispute.

On connaissait dans le monde savant plusieurs cabinets du plus haut intérêt, celui de Linné d’abord, et celui de Chemnitz; malheureusèment ils ont été partagés, disséminés et perdus pour la science; celui de Draparnaud était vendu hors de France; il ne restait intact que celui de Lamarck : c'était aussi le plus tant, parce qu’il avait servi à ce célèbre liste pour la publication de son ouvrage, qui est encore de nos jours généralement apprécié par les conchyliologistes.

Ce riche cabinet faisait depuis longtemps partie du magnifique muséum du prince Masséna, qui voulut s’en défaire pour s’occuper exclusivement d’ornithologie.

Celte collection précieuse, classée par Lamark et étiquetée de sa main , allait sans doute aussi être divisée et passer peut-être à l’étranger. M. Delessert en fit l’acquisition pour la conserver à la science, et il éleva de cette manière le plus beau monument à la gloire de Lamarck ; elle se composait, au moment où ce savant la vendit, de 13,288 espèces, dont 1,243 n’étaient pas encore décrites, et l’on y comptait au moins 30,000 coquilles.

Le prince Masséna, collecteur enthousiaste, l’enrichit encore d’un très-grand nombre d’espèces rares ou nom elles, en y ajoutant les collections de madame Bandeville et de M. Solfier de la Touche, et la plupart des belles coquilles de la collection Castellin.

Vue intérieure de la galerie de tableaux de M. Delessert.

Ce n’était point assez pour M. Delessert d’avoir réuni tant d’éléments de travail, précieuses reliques

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natura-

Galerie de M. Delessert. — i.a lecture delà Bible, tableau de Graize,

de la science; plusieurs des espèces de ces collections, après avoir passé par d’illustres mains, payaient

Galerie de M. Delessert. — Intérieur d’un estaminet, par Lucx.

leur noble et vieille origine par la perte d’une partie de leurs couleurs, sans cependant rien perdre de leur

mérite scientifique, tl fallait autant que possible mettre à côté de ces anciennes coquilles, parfois un peu fanées, quelques échantillons frais et riches de leurs couleurs : c’est ce qu’a fait INI. Delessert, en ajoutant à son musée la collection de M.

Teissier, colonel du génie, directeur des fortifications des colonies.

Ce collecteur n’admettait dans ses cartons que les coquilles fraîches et intactes : la moindre égratignure était un motif d’exclusion ; aussi cette collection brillante, et de création moderne, pour laquelle M. Teissier avait dépensé plus de 100,000 tr. , vient-elle se placeV heureusement a côté des anciennes, et cette réunion établit avec avantage, pour l’étude, toutes les différences d’âge, de grosseur et de coloration. Ces richesses conchvliologiques sont réunies dans une belle galerie de 50 mètres de longueur, et sont contenues dans -4-40 tiroirs, dont la surface est d'un peu moins d’un mètre carré. Les espèces trop grosses pour entrer dans ces tiroirs, et celles destinées aux échanges, sont arrangées avec soin dans 18 armoires vitrées, et exposées à la vue des nombreux curieux qui visitent la collection.

Les coquilles sont en partie collées sur des cartons dont la couleur indique la patrie de chaque espèce, et en partie libres dans des boiles pour pouvoir se prêter plus facilement à l'étude. Les couleurs bleu, jaune, rouge, vert et violet indiquent à la première vue les espèces d’Europe , d’Asie , d’Afrique , d’Amérique et de l’Océanie. Toutes les espèces fossiles sont aussi collées sur des cartons brun-clair. Cette collection classique est consultée journellement par toutes les personnes qui s’occupent de conchyliologie. Le conservateur communique à ceux qui veulent se livrer à l’étude, nonseulement les espèces, mais encore les livres qui leur sont nécessaires, et là chacun travaille avec toutes les facilités qu’il aurait de la peine à réunir partout ailleurs. La bibliothèque conehyliologique s’enrichit chaque jour des ouvrages nouveaux sur la science, français et étrangers; et jamais M. Delessert ne manque l’occasion de se procurer les livres anciens devenus rares aujourd’hui, et qui ne se trouvent plus dans le commerce de la librairie.

Enfin, non content de communiquer ainsi ses collections et ses livres aux conchyliologistes qui habitent Paris et aux étrangers qui veulent venir nommer ou étudier des espèces, M. Benjamin Delessert a eu l’heureuse pensée de publier un magnifique ouvrage in-folio, orné de planches gravées et coloriées avec le plus grand soin, intitulé Recueil de coquilles décrites par Lamarck , mais non figurées par les auteurs.

Au sortir de la galerie conchyliologique, nous descendons par un escalier de bois dans de vastes magasins dont la porte principale s ou\re sui la rue Saint-Fiacre. Toutes ces richesses que nous venons

15 Cent, la LIVRAISON. — 152e Livr.

Aux bureaux de l’IIIu*tration.rue de Richelieu, 60. paris, tvp. de firmin didot, 56, rdk Jacob. 20 C. par la poste.

d’admirer, M. Benjamin Deiessert les doit à son travail et à son industrie. D’où viennent ces marchandises qu’on décharge ou qu'on emballe? de scs usines et de ses manufactures. La raffinerie de Passy livre chaque jour 2, iüO pains de sucre au commerce de Paris.

De la curieuse galerie de M. Deiessert , nous nous transporterons sur la place de la Concorde, chezM. le marquis de Pastoret,

Il existe encore de ces grandes familles chez lesquelles le goût des beaux-arts se perpétue de généra¬

tion en génération, et qui aiment à se reposer dans ce culte des agitations de la vie politique. C'est dans ces familles que se forment, se conservent et se continuent ces riches Collections trop souvent réservées aux visites de quelques amateurs privilégiés.

La galerie de tableaux anciens conservée par M. le marquis de Pastoret, peut figurer parmi les plus précieuses de ces collections, et il n’est pas étonnant que sa fille, madame la comtesse de Plessis-Bellière , ait puisé, dans la contemplation des morceaux remarquables qui en font l'ornement, le goût de l’art sé¬

rieux et élevé dont nous ne citerons pour preuve que Moratoire, ou plutôt la chapelle qu’elle a fait construire dans l’hôtel occupé par sa famille. Dette chapelle a eu pour architecte M. Breton, auquel nous devons déjà l’église conventuelle de Notre-Dame des Champs; le gothique du quatorzième siècle est le style adopté par M. Breton pour la construction de ce petit vaisseau dont les proportions sont si harmonieusement combinées que sa dimension réelle en paraît doublée; revêtue en entier d’une peinture polychrome, rehaussée d’or a l’instar des anciennes basili-

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ques, cette chapelle a été en outre décorée de guirlandes de fleurs de lis , de mauve et de vigne vierge qui serpentent autour des colonnettes, tapissent les parois de gracieuses arabesques et remontent le long des nervures de la voûte. M. Gustave Damis, à la fois peintre et sculpteur, chargé de cette décoration, l'a comprise avec finesse et intelligence, et l’a exécutée avec succès ; on sent, au caractère mystique de ces peintures murales, l’étude des monuments et des manuscrits anciens; on y reconnaît la main exercée à laquelle avait été confiée la décoration des chapelles de Notre-Dame des Champs et des Jeunes-Aveugles. Deux verrières, exécutées sur les cartons de M. Galimard , représentant les saints patronymiques sous l’invoca-

Salon de madame Viardot.

lion desquels la chapelle a été placée, projettent leurs reflets irisés sur cette riche ornementation.

Bien ne nous serait plus facile que de promener le lecteur dans les habitations des personnages célèbres. Il trouverait à peu près partout d’élégants intérieurs, des somptuosités de bon goût : chez celui-ci, un salon en style moyen âge; chez cet autre, une salle de l'époque de Louis XV ; chez M. de Lamartine, le beau désordre d’un grand seigneur et d’un poète; chez mademoiselle Rachel, toutes les magnificences de l’art j chez Jules Janin, une merveilleuse bibliothèque; chez M. de Rotschild, des richesses artistiques auprès desquelles aurait pâli le luxe de Samuel Bernard et de Beaujon ; chez madame Viardot, un splendide salon

où les amateurs contemplent un très-bel orgue de Cavaillé et une galerie de tableaux parmi lesquels resplendit la douce image de Desdémone, celle que l’univers appela, lorsqu’elle vivait, la Malibrari. Nous pourrions aussi visiter les beaux hôtels du faubourg Saint-Germain et du faubourg Saint-Honoré, fort riches en meubles et en ornements de tous genres; mais nous craindrions de fatiguer le lecteur par les inévitables répétitions (pie comporte un pareil sujet. Nous ne voudrions pas qu’un critique pût dire du Tableau de Paris ce que le législateur du Parnasse disait, avec tant de raison, des descriptions de Scudéry :

Ce ne sont que festons, ce ne sont qn’asfrapalcs-

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