LES MUSÉES
Le musée d’artillerie. — Sa fondation. — La collection de la Bastille — Sa destruction à la prise de la Bastille. — Le inusée Régnier au couvent des Feuillants. Le comité du salut public institue le Dépôt central de l’artillerie. — Le contingent des arsenaux de province. — Enrichissement du musée d’artillerie pendant la République et l’Empire. — Les alliés veulent confisquer a leur profit le musée de Saint-Thomas d'Aquin. — Les objets les plus précieux sont sauvés et cachés. — 29 juillet 1890. — M. de Carpagna. — Le désastre réparé. — Description du musée d’artillerie. — Le musée de marine. — Les modèles de bâtiments. — t ollection des débris de l’expédition de la Peyrouse. - Le musée des souverains au Louvre. — Les Thermes. — plan et description des Thermes. — Le musée Cluny. — historique et description du monument. — Galerie Dusommerard. — Les curiosités antiques. — Musée Dupuytren. — Les divers autres musées.
Nous commencerons ce chapitre par la description du Musée d’artillerie, un de ceux où le public se porte le plus volontiers.
Musée d’aitillerie. — Le Musée d’artillerie n’est pas ce qu’un vain peuple pense. Le 29 juillet 1830, les insurgés vinrent, dans le but de s’approvisionner, à ce musée , qu’ils prenaient pour un inépuisable dépôt de machines de guerre, et ils en sortirent tellement désappointés que, de ce jour, on put dire que les émotions populaires n’étaient plus à craindre pour cette inappréciable collection. En effet , le Musée d’artillerie n’est pas , comme on pourrait le Croire au premier abord, un magasin d’armes en service, une succursale de la salle d’armes de Vincennes , mais bien une collection oii toutes les armes qui , depuis la fin du quinzième siècle, ont été employées par les gens de guerre, sont représentées par de rares échantillons arrachés à la dent des siècles et recueillis à grands frais par le corps de l’artillerie» A voir en détail les riches séries d’armes offensives et défensives qui se trouvent réunies datlS les galeries du Musée, on peut aisément se rendre compte de tous les moyens de destruction inventés par la main de l’homme.
Dès que les études de l’officier d’artillerie furent dirigées de manière à en faire un homme de science et non plus seulement uti homme de métier, la nécessité de fonder Un musée où viendraient se classer les modèles de toutes les bouches à feu, des affûts , des voitures, des machines et armes de toute espèce, se fit impérieusement senlir» Sous Louis XIV, l'artillerie parvint à introduire l'uniformité dans toutes les constructions qui lui étaient confiées, et le maréchal ducd’HumièreS) qui était alors grand maître de l’arme, ordonna de commencer au magasin royal de la Bastille une collection de modèles et d’armes anciennes, qu’il fut toujours facile de consulter lorsque les besoins du service le nécessiteraient. En 1 69 i , le duc » du Maine succéda au duc d’Humières dans la charge de grand maître, et malheureusement, les travaux de construction des modèles furent abandonnés. Vint après lui le comte d’Eu, qui ne prit pas non plus grand intérêt aux modèles du magasin royal. En 1753, la charge de grand maître ayant été supprimée, M» de Vallière fut nommé premier inspecteur général de l’artillerie, et il s’empressa de faire transporter à Paris des armes extraites des arsenaux de la province, et qui manquaient h la collection de la Bastille. Un inventaire de ce premier musée, daté de 175(3, existe encore, et atteste la pauvreté des résultats obtenus jusqu’à cette époque. Vainement le ministre Ghoiseul prescrivit à MM. de Vallière et de Gribeauval, par une lettre du mois de janvier de 1769, de presser le développement de la collection de modèles déposés à la Bastille, des difficultés d’exécutioii entravèrent la bonne volonté du ministre, et le dépôt de modèles et d’armes continua d’être ce qu’il avait été sous Louis XIV.
En 1788, le projet de former un vaste dépôt de modèles pour servir à l’instruction des officiers d artillerie fut repris avec ardeur ; mais les événements de l’année suivante non-seulement en retardèrent l’exéculion, mais amenèrent la destruction presque complète de la collection déjà formée. Le 14 juillet 1789, le peuple enleva de vive force la Bastille, qui fut ! rasée; l’arsenal d’artillerie fut dévasté; toutes les armes qu’il contenait, anciennes ou modernes, bonnes ou inutiles, furent enlevées; les modèles furent bri¬
sés ou dispersés. Ainsi périt à son berceau le premier musée de la Bastille. Mais l’artillerie ne se découragea pas ; elle s’empressa de réclamer sur-le-champ la réorganisation d’un semblable dépôt, et longtemps elle le réclama vainement. De 1791 à 1794, les manufactures d’armes françaises ne purent suffire à alimenter les nombreux corps d’armée mis en campagne sur toutes les frontières; on eut recours aux réquisitions, et celles-ci amenèrent dans les arsenaux de l’artillerie une grande quantité d’armes anciennes et modernes. Beaucoup d’entre elles furent mises aux ferrailles de rebut et vendues à vil prix ; d’autres furent recueillies avec indifférence et attendirent que des arsenaux provinciaux on les fit affluer sur le dépôt central de l’artillerie. Le sieur Kegnier, attaché à la com mission chargée de l’examen et du classement des armes obtenues par ce moyen, eut l’heureuse idée de réunir dans un local séparé toutes les armes qui ne pouvaient s'utiliser à l’armée; ce ramassis devint le noyau du musée actuel. Le ministre de la guerre Petiet fut frappé de l’importance que devait nécessairement acquérir en se développant une collection de ce genre, et il ordonna que les armures, armes et autres objets rassemblés par Kegnier, fussent mis en ordre et rangés dans une des salles de l’ancien couvent des Feuillants.
Le 9 thermidor an ni, le comité de salut public institua le dépôt central de l'artillerie, et un article de son arrêté ordonna de transporter la collection d’armes et de modèles appartenant à l’artillerie dans le local où devaient se tenir les séances du comité. Cet ordre lie fut exécuté qu’en l’an lv (1796). Rolland, ancien secrétaire de Gribeauval , était resté dépositaire des débris de l'ancienne collection formée à la Bastille; le comité lui exprima le désir de voir ce qu’il avait conservé réuni à ce que le corps de l’artillerie avait rassemblé par les soins de Kegnier. Il fit tout ce qu’il était possible de faire pour éviter d’obéir, et ce ne fut que sur une lettre expresse du ministre qu’il se décida à obtempérer à un ordre qu’il ne lui était plus pci mis d’éluder. Dès ce moment, Rolland fut nommé directeur et Régnier conservateur du dépôt central. Le comité s’empressa d’exiger des directeurs de province l’envoi immédiat sur Paris de tout ce que les arsenaux contenaient d'armes bonnes seulement à figurer dans un musée. Mais l’espèce de rivalité qui existe toujours entre les établissements provinciaux et ceux de la capitale entrava longtemps l’exécution de cet ordre du comité. Les arsenaux de Strasbourg et de Sedan , les plus riches en armures anciennes, se montrèrent les plus récalcitrants, et ne répondirent aux injonctions réitérées que par des envois insignifiants. Il fallut un ordre formel du premier consul (1804) pour que la galerie de Sedan fut versée enfin au dépôt central de Paris. En août 1799 (9 fructidor an vii), le ministre fut de nouveau prié par le comité d'exiger l’envoi des armes et armures conservées à Strasbourg. De là , nouvelle injonction qui demeura encore sans effet En 1797, le comité enrichit son dépôt central d’une série de modèles cédés jadis au roi Louis XVI par le général Saint-Auban, et qui reproduisait les voitures d’artillerie du système de Vallière. Elle fut immédiatement transportée à Paris du palais de Versailles, où elle était restée.
En 1797, Kegnier proposa au comité de changer la dénomination de Dépôt de l’artillerie contre celle de Muséum de l’artillerie. Cette proposition fut d’abord rejetée , mais elle finit par prévaloir et par
être officiellement adoptée pendant l’année 1816.
Les glorieuses campagnes de la République et de 1 Empire ne contribuèrent pas peu à enrichir le dépôt central, et beaucoup des objets précieux qui s’y trouvent classés aujourd'hui ne sont que des trophées de nos victoires. Ainsi l'arsenal de Strasbourg avait reçu tout ce que l’artillerie avait recueilli en Allemagne après la bataille d’Austerlitz, et en 1808 tous ces objets furent amenés à Paris.
En 1806, l’empereur eut la malencontreuse idée de faire transporter au Musée des arts les armures qui se trouvaient au dépôt central de l’artillerie. A cette nouvelle, le comité s’émut; il adressa de vives représentations au ministre de la guerre, qui parvint à faire revenir l’empereur de la décision qu’il avait prise, et le projet de transport des armures au Musée des arts fut immédiatement abandonné.
De 1807 à 1814, les dures nécessités de la guerre empêchèrent les généraux, membres du comité de l’artillerie de donner leurs soins à l’accroissement des collections d’armes et de modèles. Toutefois, en 1808, l’occupation de Madrid par les troupes françaises fournit au prince Mürat l’occasion de reprendre à la Armeria Réal l’épée de François Ier, qui, depuis la malheureuse bataille de Pavie, était complaisamment étalée pour flatter la vanité castillane. L’infant don Antonio refusa d'abord de la restituer; mais Murat le prévint qu’il la ferait reprendre de force, si elle ne lui était sur-le-champ rendue de bonne grâce. L’infant s’empressa d’obéir, et l’épée du roi-chevalier fut remise en grande pompe au général en chef de l’armée d'Espagne.. Cette épée, envoyée immédiatement à l’empereur, fut donnée par lui au prince de Neufehâtel qui, en 1814, l’offrit à Louis XVIII, dans le seul but de lui faire sa cour. Cette épée fut déposée dans une même armoire avec celle d'Henri II et d’Henri IV. Le 20 mars 1815, Napoléon rentrant aux Tuileries, trouva les épées de François Pr et d’Henri H sur une table; il les remit alors au général Goilrgaud, en le chargeant de les faire porter au dépôt central de l’artillerie. Quant à l’épée d Henri IV, elle resta aux Tuileries, fut enlevée par un homme du peuple le 29 juillet 1830, puis restituée au roi, qui en a fait don au Musée.
En 1814, la paix ayant ramené à Paris les généraux de l’arme faisant partie du comité, ils s’occupèrent avec empressement des soins à donner à la riche collection déjà formée. C’est à cette époque que le premier étage du local actuel fut assigné, tel qu’il est, au classement des séries d’armes et d’annures. Pour procéder à ce classement , une commission fut instituée avec les instructions les plus propres à amener de bons résultats de son travail. Les événements de 1815 vinrent malheureusement arrêter l’exécution des excellents projets que le comité avait conçus. Les armées étrangères avaient respecté le Musée de l’artillerie en 1814; après le désastre de Waterloo, les alliés se promirent bien de se dédommager de ce qu’ils appelaient leur modération passée. Ils arrivaient à Paris avec l'intention bien arrêtée de confisquer à leur profit le musée de Saint-Thomas d’Aquin. Mais leur dessein fut deviné, et aussitôt déjoué que deviné. Les Prussiens touchaient presque aux barrières de la capitale; en quelques heures on construisit cent dix caisses, dans lesquelles on renferma, tant bien que mal, tous les objets les plus précieux, jusqu’au moment même où il fallut ordonner le départ du convoi , sous peine de le voir tomber entre les mains de l’en-
nemi. Cent cinq caisses suivirent l’armée au delà de la Loire, et furent ensuite renvoyées à la Rochelle, où elles restèrent en magasin jusqu’en 1820. Les cinq autres caisses, pour lesquelles les moyens de transport manquèrent, furent reçues et cachées chez un coutelier de la rue du Bac, nommé Leriche, qui eut le courase et l’honneur de conserver à l’Etat ce précieux dépôt. Tout ce qui n’avait pu être encaissé fut caché par les soins de M. Regnier; mais, soit hasard, soit indiscrétion, les Prussiens eurent vent de la cachette. Heureusement les suites de ce coup fâcheux porté aux
Galerie servant d
Musée d’artHerk
entrée.
rent ainsi réparées. Enfin de 1816 à 1820, les travaux, qui ont mis les j salles du Musée dans l’état où elles se trouvent aujourd’hui , furent exécutés, et les cent cinq caisses furent ramenées à Paris.
C’est à cette époque qu’une somme annuelle fut assignée sur le budget particulier de l’artillerie pour l’entretien et l’accroissement des'/ collections d’armes et de modèles. Jusque-là l’existence de ce musée avait été presque ignorée du public : il fut.
admis à certains jours dans les galeries, et la juste renommée du Musée de l’artillerie de Paris s’étendit jusqu’à l’étranger.
'.ollections du dépôt central purent être en partie ef- la collection d’armes qu’il s’etait forint lacées : à la mort du général Éblé . l’artillerie acheta zèle, et beaucoup des pertes que l’on i
En 1830, nous l’avons déjà dit, les galeries furent envahies par une foule considérable, et l’on put croire
Musée'd’artilleri
-Vue intérieure de la grande sal'e.
présence d’esprit pour prendre toutes les mesures convenables afin d’atténuer les conséquences d’un
semblable désastre, et de fait, à partir du lendemain, 30 juillet, les objets enlevés commencèrent