CHAPITRE LVII. — LES MUSEES
Épée de François Lcr.
Armure du duc de Cuise.
En 1843, une nouvelle salle, destinée à recevoir les modèles de l’artillerie proprement dite, a été ouverte au rez-de-chaussée; et, en 1845, il a été admis en principe que dans les galeries des armures serait placée la série des portraits des grands maîtres de l’arme.
Cette heureuse innovation ne pouvait
Armure de Henri 111.
à rentrer. Hâtons-nous de dire que presque toutes les pertes supportées par le Musée ont été depuis réparées : quatre cents armes au plus ont été perdues.
Depuis lors, le Musée n’a cessé de prospérer et de s’accroître par les acquisitions qui se font annuellement en son nom.
Épé ; de Henri IV.
Armure de François !■ ' .
Targe du roi Mathias Corvin.
épées.
Casque du connétable Anne Arbalète de
de Montmorency. Catherine de Médicis.
BoikTi r.
Masses d’armes. Casque de Henri H.
manquer d’ajouter un grand attrait de plus au Musée de l’artillerie, déjà si intéressant et si aimé du public.
Voici maintenant la description sommaire de ce musée.
On y pénètre par un grand vestibule orné de bouches à feu appartenant ;i tontes les nations et à toutes les époques , parmi lesquelles se remarquent des pièces enlevées
à Alger et à Saint-Jean d’L'lloa, et des bombardes place de Meaux; la chaîne à l aide de laquelle les abandonnées par les Anglais, en 1422, devant la Turcs, faisant le siège devienne, avaient assuré le
pont de bateaux qui leur facilitait les communications d’une rive à l’autre du Danube, décore les frises de ce vestibule d’immenses festons de bon goût. On arrive à un palier décoré de même de canons anciens formant pilastres et qui donne en-
Armure du milieu du xve siècle. Épée du connétable de France. Armure de tournoi au xve siècle. Épée d’un roi de France du nom de Henri. Armure du grand bâtai d,
Antoine de Bourgogne.
15 Cent. LA LIVRAISON. — 153’’ EX 154e Livr. Aux buraux de l’Illustration, rue de Richelieu, 60. PARIS typ, de firmin didot, ROE j.acob, 56. 20 C. par la poste.
trée dans la salle d’artillerie proprement dite, oii sont classés les modèles des divers systèmes d artillerie qui ont été tour à tour adoptés pour le scrv ice des armées françaises, les modèles des artilleries étrangères, les innombrables projets proposes dans tous les temps et presque toujours rejetés comme inutili s
ou vicieux, et enfin une précieuse collection de toutes les armes portatives en service en 1813 dans les armées européennes.
Une série de sept petites bouches à feu sur affûts anglais, et enlevées à Tlemcen, constitue 1 artillerie que l’émir Abd-el-Kader avait créée pour soutenir la guerre contre la France. Elle est disposée sur le terreplein du palier lui-même. On monte ensuite jusqu'au premier étage, où se trouve la porte du Musée proprement dite, ornée à droite et à gauche de quatre armures de reîtres. Cette porte débouche dans la grande salle dite des Armures, où l’on admire plus de cent harnais de guerre, tant de cheval que d homme, et la plupart d’une conservation parfaite; quelques-unes de ces armures ont une origine authentique qui les rend dignes de toute l’attention des curieux; d’autres, par l’élégance du travail, ne méritent pas moins d’être admirées.
Là se trouve l’armure que François Ier portait à la désastreuse bataille de Pavie, celles d Henri II, de Charles IX, d'Henri III ; un casque d’Henri II, un casque et des brassards d’Henri IV ; l’armure du duc de Guise (le Balafré), celle du duc de Mayenne, celle du duc d’Épernon, une armure donnée à Louis XIV par la république de Venise, l’armure du bâtard Antoine de Bourgogne, le casque du connétable Anne de Montmorency, la targe du roi de Hongrie Mathias Corvinus et mille autres objets du plus grand prix, répartis parmi les nombreux trophées qui tapissent les murailles.
Une galerie, adossée à la galerie des Armures, contient la série des armes blanches et des armes d’hast.
( >n y remarque l’épée de François f r, celle d’Henri II, celle d’Henri IV, et celle qui servit d’insigne à un connétable de France au quatorzième siècle. Trois galeries semblables contiennent les armes à feu portatives, et off rent en ce genre la plus riche collection connue, depuis le mousquet à mèche jusqu’au fusil à percussion. Les collections de haches et de masses d’armes, d’arbalètes, de pistolets, d’armes blanches orientales, d’instruments de vérification des bouches à feu, de nécessaires des contrôleurs d’armes, de modèles de machines, répondent, par leur richesse, à l’importance du musée qui les contient. Il serait beaucoup trop long d’énumérer ici tout ce que ces galeries renferment d’objets précieux. Un seul chiffre en dira plus que toutes les descriptions possibles. L’inventaire du musée porte plus de 6,000 armes ou modèles différents, et il nous était permis, pensons-nous, d’affirmer qu’un semblable musée était, pour les officiers de l’artillerie comme pour les officiers de toutes les armes, une source inépuisable d’instruction.
Nous terminons par deux simples questions, pour la solution desquelles nous faisons appel au bon sens public. Il existe au Louvre et à la bibliothèque Richelieu des armures et des armes tout étonnées de se trouver ainsi dépaysées : pourquoi le gouvernement n’ordonne-t-il pas une bonne fois la translation de ces objets au musée spécialement destiné à renfermer touteequi concerne la science des armes? N’est-il pas vrai, d’ailleurs, qu’un musée quelconque s’enrichit toutes les fois qu’on le débarrasse des objets qui sont totalement étrangers à sa destination première, et qui n’y peuvent paraître, en définitive, que comme des superfétations inutiles? Nous laissons au lecteur le soin de répondre.
Musée de la Marine. — Ce fut en 1827 qu’une décision royale arrêta ie plan définitif d’un musée où viendraient figurer fous les modèles des navires français anciens et nouveaux, ainsi que ceux des instruments servant à la navigation. Là aussi devaient être rassemblées toutes les curiosités rapportées par les navigateurs.
Longtemps les travaux furent suspendus; et ce musée , établi au Louvre , ne fut ouvert au public qu’en 1837.
Ce qui contribua le plus à la formation du musée de la marine fut la découverte des débris provenant du naufrage de la Pérouse ; ces débris furent recueillis avec grand soin par les capitaines Dillon et Dumontd’Urville, en 1826, dans un voyage qu’ils firent séparément à l’île deTucopia, et forment maintenant une pyramide qui s’élève à 1 entrée du Musée, et perpétue le souvenir et la gloire du malheur de la Pérouse.
Le Musée de la Marine se compose de douze salles assez petites, où le defaut d’espace a contraint de sacrifier, par un arrangement malheureux, bon nombre de curiosités.
Dans la première salle, outre la pyramide de la Pérouse, on trouve des objets provenant des îles de la mer du Sud, de l’Amérique, et de presque tous les pays éloignés et nouveaux. La aussi on remarque une collection assez complète de statuettes mexicaines représentant des hommes et des femmes de professions différentes.
La seconde sallë est réservée à ce qui constitue la défense d’un navire de guerre ; les murailles sont couvertes de piques et haches d'abordage , mousquets , pistolets, etc. Sur le parquet sont couchés des canons de différents calibres, des caronades et des pierriers; enfin au milieu de la salle s’élève, magnifiquement entretenue, la machine d’un bâtiment à vapeur.
La troisième salle offre aux visiteurs la représentation d’une flotte française de 1792 à 181-4, d’après laquelle on peut se rendre facilement compte des progrès cjui ont été faits dans la construction navale depuis cette époque, et, en outre, le plan du bassin de Toulon, dans lequel sont introduits, a l’aide d’un mécanisme très-ingénieux, les navires qui ont besoin de réparations.
Les autres salles contiennent les plans en relief des ports de Brest, Lorient, Roehefort et des modèles de presque tous les bâtiments français et étrangers, depuis la barque de pêcheur jusqu’au bâtiment du tonnage le plus élevé. On remarque surtout, dans cette salle , le modèle de la galère Reale , construite sous Louis XIV. Celte galère est parée de tous ses pavillons comme pour un jour de fête, et couverte, ainsi que tous les navires de cette époque, de riches ornements qui sont l’œuvre de Puget.
Musée des Souverains. — Depuis que le Tableau de Paris a été entrepris , un nouveau musée est sorti d’un décret. Le gouvernement a voulu réunir au Louvre tous les objets précieux qui ont appartenu aux rois, aux princes et aux princesses des différentes dynasties. Ce musée n’était pas encore ouvert lorsque nous avons parlé du Louvre, mais il peut parfaitement trouver sa place ici.
Le Musée des Souverains occupe cinq salles adossées à la colonnade du Louvre, et dont deux faisaient précédemment partie du Musée espagnol. La première confient une armure dorée de François II , le casque et les brassards de Henri II, la pesante armure d’Henri IV, celle de Louis XIII et celle de son fils Louis XIV,
Dans la seconde salle, ce sont encore d’autres armures, d’autres casques, d’autres brassards; une chapelle de réception de l’ordre du Saint-Esprit remplit la troisième salle du Musée ; prie-Dieu, manteaux couverts de flammes brodées en or, fous les objets qui servaient à tenir chapelle pour la réception des chevaliers.
Deux autres salles restent encore à visiter : la salle des Bouchons, oit sont conservés tous les objets ayant appartenu aux anciennes familles royales. La cinquième est entièrement consacrée à Napoléon.
Dans la salle des Bourbons, voici la... non l'épée de Dagobert, puis des livres d'heures, celui de Marie Stuart, celui d'Henri VI, celui de Louis le quatorzième. On y voit aussi, entre autres curiosités, le bréviaire de saint Louis, le livre de prières de Charles le
Chauve, et l’évangéliaire de l’empereur Charlemagne.
Au-dessous de ces livres sont appendues l’épée du mariage d’Henri IV, le mousquet de Louis XIII et l’épée de François Ier, cette épéé fendue à Pavie par le roi chevalier et qui fut rapportée d’Espagne par Murat.
En face, voici d’autres curiosités royales! le sceptre et la main de justice de Charlemagne* l’arbalète de Catherine de Médicis, un très-beau meuble ayant servi de médailler à Louis XV> un riche coffret donné par Richelieu à Anne d'Autriche, puis bien d’autres objets encore, tels qu’un meuble à bijoux ayant appartenu à Marie-Antoinette, une carte de géographie ; dessinée par Louis XVI , et le bureau du roi Louis- Philippe, bureau qui garde encore les traces de l’in- ' vasion des Tuileries en 1848,
Dans la salle de l’Empereur, on voit le petit uniforme autrichien du duc de Reichstadt, un médaillon renfermant les cheveux de Napoléon et de son fils, et le drapeau de la garde impériale, qui porte l’inscription suivante : Garde impériale. L’empereur Napoléon, au 1er régiment des grenadiers à piecl.
Ce drapeau, que l’empereur Napoléon embrassa dans la grande cour du château de Fontainebleau, était resté depuis cette époque aux mains du général Petit.
Les Thermes. — Si vous habitez la rive droite, ôhabitants de Paris! vous craignez de vous hasarder dans les rues de la Harpe et des Mathurins-Saint-Jacques, rues sombres, étroites, sinueuses, où deux charrettes forment une barricade, où les piétons sont incessamment bloqués entre d’humides murailles et des roues menaçantes. Quant à vous, indigènes du quartier latin, étudiants joyeux, grisettes alertes, hôteliers rapaces, laborieux prolétaires, vous êtes trop occupés de vos plaisirs, de votre industrie, de votre commerce, de votre dénûment, pour songer aux glorieux débris du passé. Et pourtant quelle ruine plus imposante ! Franchissez la grille de fer qui vous sépare du palais des Thermes; entrez dans la grande salle dont la voûte à arêtes s’arrondit majestueusement, dont le sol, percé au centre d’un trou circulaire, laisse voir de vastes souterrains : trois arcades ornent les parois, une niche rectangulaire s’enfonce dans le mur méridional.
Les débris d’un bassin, des traces d’aqueducs, de fourneaux, de canaux de conduite, une poupe de navire sculptée sur une des consoles, indiquent peutêtre la destination de cette salle, la seule qui ait survécu. Louée à un tonnelier par bail emphytéotique du 7 mai 1789, elle a servi de magasin à futailles jusqu’en 1819, époque à laquelle M Decazes, ministre de l’intérieur, indemnisa le locataire, et fit commencer des travaux de restauration.
Quel palais ce devait être que celui dont la salle de bains ax ait soixante-deux pieds de largeur, quarante-deux pieds de longueur et autant de hauteur!
Il couvrait les ffancsdu mont Leuc ditius (la montagne Sainte-Geneviève), depuis le sommet jusqu à la Seine. Fortunat, poète du sixième siècle, parle avec emphase des jardins immenses de la royale maison. « Les cimes s’élèvent jusqu’aux nues, et les fondements atteignent l’empire des morts, » dit Jean de Hauteville, écrivain du douzième siècle. Cette demeure était digne des illustres hôtes qui y séjournèrent successivement : Constance Chlore, qui la fonda ; Julien l'Apostat, que les troupes auxiliaires y proclamèrent empereur; Valons et Valentinien, qui en datèrent des lois; puis Clovis et Clotilde, Childebert; Gisla et Rotrude, filles de Charlemagne; le savant Alcuin , ahbé de Cantorbéry. Mais les Normands saccagèrent le Vieux monument ; Philippe-Auguste en abattit une partie qui excédait la nouvelle enceinte de Paris, et donna le palais ainsi écorné à son chambellan Henri. Aux rois succédèrent les seigneurs et les prélats : Raoul de lleulan, Jean de Courtenay, l’archevêque de Reims,- l’évêque de Bayeux. Les constructions romaines étaient déjà presque totalement détruites, quand Pierre de Chalus, abbé de Chiny, acheta, en 1340, le palais des Termes ou des Thermes, pdkiliutn