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CHAPITRE LVJI. — LES MUSÉES

de Terminis seu de Thertnis. La résidence des empereurs et des rois devint alors l’hôtel abbatial de l'ordre de Cluny.

La construction des murs de cet édifice se compose de six rangées de moellons formant des bandes, que séparent les unes des autres quatre rangées de briques qui chacune ont d’un pouce à quinze lignes d’épaisseur. Les joints pratiqués entre ces briques sont également d’un pouce de largeur, en sorte que les quatre briques forment avec eux une épaisseur de huit pouces. Deux rangs de briques avec les moellons places au milieu occupent un espace d’environ (j mitre pieds six pouces. Les moellons ont de quatre à cinq pouces de hauteur.

Ce genre de construction était ordinairement employé par les Romains, et on le retrouve dans un grand nombre d’éditices à Rome et dans toute l’Italie.

Le modèle que le temps a respecté au milieu de Paris y est malheureusement peu connu, et mériterait d’ètre imité. Il nous offre la solution de ce problèmi que s’étaient proposé les architectes de l’antiquité de faire de grands et solides édifices avec des maté riaux communs et de peu de valeur.

Les murs de la salle des bains étaient recouverts d’une couche de stuc qui avait trois, quatre et même cinq pouces d’épaisseur. On en voit encore quelques débris. Le reste paraît avoir cédé plutôt à la main des hommes qu’aux ravages du temps.

Quelle place occupait au juste, dans l’ensemble des thermes de Julien, cette belle salle que nous avons décrite ? Il est assez difficile de le dire. Les thermes des anciens se composaient d’une multitude de pièces qui toutes n étaient pas destinées a l’usage des bains ; et, pour assigner à celle-ci son emploi précis, d faudrait la considérer dans son rapport avec de semblables pièces des thermes de Rome ; il faudrait surtout rétablir, sur les indications des fondations et des ruines adjacentes , l’ensemble approximatif des salles contiguës.

Musée Cluny. — Le bâtiment actuel, que nous appel, ms hôtel de Cluny, commencé par Jean de Bourbon . et terminé par Jacques d’Amboise, en 1490, est un modèle presque unique d’une architecture dont les œuvres religieuses semblent seules avoir pu vivre jusqu’à nous. Tous ceux qu’impressionnent les élégances gothiques admirent les bandeaux et les dentelles des fenêtres ; la tourelle hardie avec son hélice de pierre, le style fleuri de la chapelle, les douze dais rangés le long des murailles, et sa voûte, dont les nervures, toutes basées sur un pilier central , s’éparpillent en gracieux réseau.

A la valeur architecturale de l’hôtel de Cluny s’ajoute celle des souvenirs qui s’y rattachent. Dans une chambre qui existe encore, Français Ier surprit Marie, veuve de Louis XII, en tète-à-tête avec le duc de Suffolk, et fit légitimer immédiatement leurs amours clandestins par un cardinal qu il avait eu la précaution d’amener. L’une des premières troupes de comédiens qui s’établirent en concurrence avec les maîtres, île la Fussion donnait ses représentations a 1 hôtel de Cluny. Les religieuses de Port- Royal, ces pieuses femmes qui eurent 1 honneur d’avoir Racine pour historien, habitaient l’hôtel de Cluny en 182S. La tourelle servit aux observations astronomiques de De lis le, Re Lalande et de Messier, qui*

Louis XV avait surnommé le Furet des comètes. Les appartements du premier et du second étage furent occupés par de grands établissements typographiques de MM. Moutard, Vincent, Fusch, Leprieur.

Ainsi la politique, la religion, l’art dramatique , les sciences , l’imprimerie , revendiquent une part dans les annales de l’hôtel de Cluny. I en pouvait tirer. Conseiller-maître à la cour des e tous les habitants de ce manorr véïïérabre, M. Du- I comptes, il employa, durant trente années, tous les

Rue de la Harpe A..T.

Plan du palais des Thermes et de l’hôtel de Cluny.

sommerard est celui qui a fait le plus pour en assurer la conservation, en indiquant le parti que la science

Les Thermes de Julien.

i - .... . — n recueillir ,njs

objets d’art, de sorte que l’ameublement se trouve en harmonie avec le local. Dans l’immense collection rassemblée par le savant et laborieux archéologue, le moyen âge ressuscite tout entier. Aussitôt qu’on y pénétré, on rompt avec la vie réelle, on est transporté au temps de Charles VII ou de François Ier. Dès le vestibule, on passe entre deux haies de bahuts, d’émaux, de bas-reliefs coloriés, de groupes en marbres, de faïence vernissée , de tableaux de Jean Van Dyck on de Lucas de Leyde. Nous voici dans la salle à manger. L heure du repas va sonner ; de hautes chaieres attendent les convives; les fourchettes à deux dents les cuillers et les couteaux à manche d’ivoire , les 1mnups gigantesques, garnissent la table. Sur les dressoirs sont étagés les riches produits des fabriques de Limoges, de Faenza, de Montpellier; les vases en grès de Flandre , les p.’ats de Bernard Palissy. Le salon , la Chambre dite de François F', n’ont pas de moindres i ichesses : des figures d’enfants en ivoire, par François Flamand; un meuble florentin, marqueté de mosaïques, de lapis, de cornalines, de plaques d’or et 1 argent , un lit dont le dais est soutenu par de belles cariatides, un échiquier en cristal de roche hyalin plusieurs armures complètes, des boucliers repoussés ’ des bas-reliefs de Lois ou de marbre, des glaces dé Venise, des outils en fer et en acier, ciselés et damasquines. La chapelle regorge d’objets relatifs au culte : retables massifs, stalles en bois ouvré ; tableaux à volets,, diptyques et triptyques, reliquaires ciselés, missels manuscrits, encensoirs, custodes, crosses en cuivre ou d’ivoire, étoles, chapes, chasubles et ornements d’église. En sortant de l’hôtel de Cluny, on a tait un cours complet d’archéologie; on connaît les mœurs et usages d’autrefois; on sait comment nos ancêtres entendaient la vie spirituelle ou matérielle comment ils s’habillaient et se meublaient, priaieni c (<)mliattaient. La collection Dusommerard estime necropole où chaque siècle a laissé des ossements.

R faudrait un volume, un gros in-folio, pour énumérer seulement ce qu’elle renferme ; mais, dans l ’impossib.hte de tout décrire, nous devons une mention spéciale aux curiosités qui semblent les plus importantes. Ces étriers sont ceux que poitait François 1“ à la bataille de Ravie. Conserves comme un trophée par le comte de Lannoy, qui ht prisonnier le roi de France, ils ont été achetés à sa famille par M. Dcsommtrard. Ils sont en cuivre doré, maintf Par des Narres d’acier. Ils présentent sur la face les lettres F. REX, et sur les tranches la couronne de France, avec les salamandres des Valois. Au bas, dans un lambrequin, on lit cette devise : i\ulrisco et c xs.imjuo .

Ftançois Ri iot, orfèvre du seizième siècle, a donné les dessins de celte belle aiguière d étain, qu’on peut comparer sans désavantagé aux plus charmantes œuvr< s de Benvenuto Cellini. Ce manche de couteau en ivoire, représentant le Sacrifice d Abiuham , surpasse en élégance tes moi! leurs morceaux des artistes tlieppois.

R tant mentionner aussi le miroir de toilette, rehausse d'un cadre de bois doré, d une frise et d’un médaillon d’ivoire, et smmonté du groupe de Venus et des Amours; une quenouille en buis, (pii demande à être examinée à la loupe, tant les détails en soi t fins et délicats : la hampe est enrichie de cinq sujets, Sainte Geneviève filant , Ca/ila et S unis o n. Ilachel et Sisaru, Judith et Uolopherne, et liébecca à la fontaine. Ce sont de charmantes miniatures, sculptées avec un art admirable.

A peine M. Dusommerard avait-il fermé les yeux , que des étrangers se présenté rent pour acquérir sa précieuse galerie; mais ses héritiers ont préféré la vendre à l'État. Ils ont ac-

copte les 200,000 fr. que leur offrait la direction des beaux-arts, plutôt que de livrer l’œuvre paternelle à dos spéculateurs qui l’auraient dépecée ou emportée hors de France.

La ville de Paris, qui avait à se reprocher d’avoir laissé démolir dans la me des Bourdonnais l’admirable hôtel de la Trémouille, voulut donc racheter ses torts précédents en concourant largement a la conservation et au dégagement de l'hôtel de Cluny.

Les travaux furent presque immédiatement entrepris. La rue des Mathurins- Saint-Jacques, où est situé 1 hôtel, fut élargie et portée à douze mètres. De larges pans coupés, pratiqués au coin de la rue de Sorbonne, forment une sorte de place qui rend la circulation facile aux abords du Musée, et permet de considérer plus l’aise la façade de l’hôtel de Cluny.

On a restauré aussi avec une intelligence pleine de scrupule la cour de 1 hôtel, sa façade; on a désempàté la galerie à jour qui la couronne; on lui a, en un mot, restitué son ancien aspect, celui qu il avait au quinzième et au seizième siècle, aux temps historiques de ce séjour. A 1 intérieur, dans le principal corps de bâtiment, les anciennes distributions ont été rétablies; les cloisons qui avaient été interposées pour le besoin ou les convenances des locataires qui l’avaient habité, ont disparu. Les déblaiements opérés jusqu’ici ont dé¬

auge

beaucoup de parties encombrées de

.■plâtrages qui cachaient entièrement plusieurs éléants détails de la construction. Ainsi l’escalier de

communication basse, nui avait

entre 1 été dé(

a chapelle ouvert en

haute et 1X32 par

la chapelle feu M. Du-

sommerard, a été mis â jour par son fils , qui , en achevant la restauration de la chapelle basse, a dégagé le développement circulaire de ce joli escalier, enfermé depuis longtemps dans un mur moderne. Ce mur a été démoli avec des précautions particulières, qu’exigeaient à la fois et le joli travail qu’il masquait et les précieux matériaux qui avaient servi à sa construction. M. Edmond Dusommerard a retrouvé dans ces décombres les têtes presque intactes des statues de tous les personnages de la famille du cardinal d’Amboise, qui avaient leur sépulture dans cette chapelle.

Un sentiment louable a fait choisir par l’administration, pour conservateur de cette collection, M. Dusommerard fils, dès longtemps associé par son père à la pensée artistique et nationale qui a présidé à sa réunion et aux nombreuses recherches que cette entreprise avait nécessitées. Un amour éclairé de l’art et le respect filial sont donc la double garantie offerte au public, que ce musée et les développements qu’il réclame encore seront toujours l’objet de l’active sollicitude du conservateur. La collection de M. Dusommerard, autrefois entassée dans un ordre qui laissait tort a désirer, mais auquel les mauvaises dispositions antérieures du local ne permettaient guère d’en substituer un autre, a été distribuée avec intelligence et méthode dans six salles au rez-de-chaussée et cinq au premier étage. M. Dusommerard avait tait ce que peut un particulier éclaire, persévérant, désintéressé; mais, s il eût vécu, il eut ajouté encore â ses richesses. Ce qu’il eût hit. l’Etat devait

être bien autrement tenu de le faire ; l'État devait comprendre qu’une collection particulière peut bien servir de point de départ à une collection publique et nationale, mais que celle-ci, pour mériter sou titre, doit s’accroître chaque jour et s’enrichir à chaque occasion. Du reste, c’était beaucoup déjà que d’avoir décrété qu’il y aurait un musée de ce genre.

Dès à présent, on peut y admirer, comme nous le disions plus haut, des meubles, des armures, des vases et des objets divers de curiosité du moyen âge et de la renaissance; de magnifiques bahuts sculptés et incrustés avec un soin remarquable, des tentures merveilleuses, une collection de vitraux des plus grands maîtres , des panoplies sans égales , l’éperon et les étriers de François Ier, un échiquier en cristal d’un travail inimitable qui a appartenu à saint Louis, des épées et des hallebardes ciselées et damasquinées, une rare collection de verres de bohème, de vases de Bernard Palissy, des glaces de Venise de la bonne époque; des émaux, des statues, des bustes, des bas-reliefs, entre autres la délicieuse Diane de Jean Goujon ; un lit complet moyen âge, des quenouilles à filer d’un travail merveilleux ; des montres pleines de manuscrits illustrés ; enfin une collection de vases flamands en grès du plus beau galbe. Les objets réunis dans la chapelle attireront aussi l’attention, que fixera particulièrement un prie- Dieu admirablement sculpté. Mais cette chapelle ellemême excitera encore plus la curiosité que tous les trésors d’art qu’on y pourra réunir. 11 n'est rien de plus gracieux, de plus fini. On ne peut guère lui comparer que la chapelle du château d’Amboise, qui a été tout récemment l’objet d’une complète restauration artistique.

Musée Dupugtren. — Ce musée est situé dans la rue de l’École de Médecine. En octobre 1834, M. Orfila, doyen de la Faculté de médecine de Paris, fut consulté par Dupuytren sur une clause du testament olographe par lequel ce dernier léguait à la Faculté une somme de 200,000 fr. pour fonder une chaire d’anatomie pathologique interne et externe. M. Orfila engagea le célèbre chirurgien à modifier cette clause du testament, et à léguer à la Faculté les 200,000 fr. pour l’établissement d’un musée d'anatomie pathologique, à la condition que le ministre et le conseil royal consentiraient , en acceptant ce legs, à créer une chaire pour l’enseignement de cette science. Dupuytren , qui d’abord n’avait pas goûté cette idée, l’accueillit ensuite avec faveur. Le savant Cruveilher, selon le vœu de son illustre ami, fut appelé à la chaire nouvelle, et, en 1835, le docteur Broussais prononçait le discours d’inauguration du musée Dupuytren. Nous ne nous étendrons pas sur ce musée scientifique, dont nous avons déjà dit quelques mots en nous occupant de l'Ecole de Médecine.

Musée Thibert. — La peinture en relief n’est pas d’invention nouvelle ; c’est une chose, au contraire, très-ancienne, aussi ancienne que l’art de la sculpture en Chine et dans l’indoustan, contemporaine des plus belles époques en Grèce, et cultivée chez ies Étrusques avant et depuis la conquête de Rome. Elle fut plus en faveur que jamais au temps du Bas-Empire, alors qu’on avait besoin île dissimuler, sous la profusion du clinquant, l’absence du goût et de l’art, d’éblouir les yeux, pour les empêcher de trop bien voir. Le moyen âge la cultiva. Il nous en reste des traces dans tous les bas-reliefs, dans toutes les statues de cette époque.

Tous ces essais, toutes ces industries, laissaient a désirer. 11 fallait qu’un homme de notre époque régénérât ce genre d’art, inventât une matière première et mit en harmonie avec elle des couleurs à inventer aussi. Tout était à faire. Il fallait entrer dans ce genre d’art après avoir pris conseil de la science, qui amène les découvertes, du goût, qui débrouille le chaos et inspire les applications heureuses. C’est ce que fit le docteur Félix Thibert. Il avait de plus une persévérance à l’épreuve des obstacles et des sacrifices.

Frappé de l’insuffisance des pièces anatomiques en

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