‹ Tableau de ParisChapitre 119 sur 257 · CHAPITRE LV1I. — LES MUSÉES · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV1I. — LES MUSÉES

cire, de cette difficulté de transport dont nous venons de parler, ainsi que de l’altération que la moindre élévation de température leur faisait subir; frappé en même temps de l'inconvénient que présentait l’impossibilité de les palper, — un sens retranché à l’observation, qui n'a pas assez des cinq ! il se mit en tête d’inventer une substance qui présentât au moins autant de vérité d’aspect, et pût souffrir sans dommage l’atteinte du grand air, de l’humidité, de la locomotion, et le contact des mains studieuses, et il y réussit.

Le docteur Félix Thibert n’a, parle fait, inventé qu’une matière première ; il n’a trouvé que la manière de s’en servir. Nous posons cette vérité, sauf à lui tenir compte tout à l’heure de l’heureux choix des couleurs qu’il a employées, et surtout de la nature même de ces couleurs, qui nous semblent marquer un progrès dans le domaine de la peinture à l’huile.

Le docteur Félix Thibert n’a donc trouvé, nous venons de le dire, qu’une pâte et des couleurs; mais tout est là. Aujourd’hui la peinture en relief, dotée d’une matière première extrêmement ductile, peut se prêter aux caprices les plus délicats de l’imagination, et les spécimens obtenus par ce procédé nouveau, ne craignent plus ni les transports, ni le froid, ni le chaud, ni le cont .ct des mains. Ils ont la dureté du marbre; grâce aussi aux nouvelles couleurs du docteur Thibert, la peinture en relief peut maintenant viser à une reproduction exacte de la nature. Désormais complète, elle peut mouler hardiment : l’imitation de tous les règnes de la nature, des animaux, des végétaux, lui est ouverte. Rien de ce qui existe dans les airs, sur la terre, dans l’eau, ne peut lui échapper.

Tout est dans l'invention des matières premières. Cela est si vrai que le docteur Thibert, aussitôt qu'il les eût trouvées, se mit à l’œuvre, et, travaillant alors uniquement pour la science, et non comme depuis, pour l’art et le plaisir, produisit des pièces anatomiques tellement remarquables qu’il fut sur-lechamp nommé, quoique bien jeune encore, préparateur de la Faculté de médecine de Paris et membre de la Légion d’honneur.

Il est impossible, en effet, de rendre avec une plus hideuse fidélité les maladies qui assiègent et, défigurent la pauvre espèce humaine, d’imiter mieux les cancers, les éruptions, les inflammations, les polypes, et toute cette végétation tuberculeuse qui fait de notre corps un immonde réceptacle d’humeurs viciées et de sang noir. Les hommes de la science voient figurées là, avec la plus complète vérité, jusqu’aux moindres fibres; ils retrouvent les teintes plus imperceptibles qu’affecte la plaie, dans ses environs, à ses lèvres et dans son milieu.

On n’imagine pas l’utilité de ces sortes de repro duction- pour l’étude de certaines maladies. Supposons, par exemple, qu’un cas unique et intéressant pour la science se produise dans nos hôpitaux. L’intérêt de la science veut qu'il puisse être étudié dans tous les pays, afin que, s’il venait à s'y produire, on en connût d’avance les symptômes et le traitement. Alors, la partie affectée du cadavre est moulée avec cette fidélité dont nous venons de parler tout à l’heure, la peinture complète l’imitation, on tire beaucoup d’exemplaires et on expédie dans plusieurs pays à la fois. C’est ainsi que l’on a satisfait à des commandes venues des États-Unis, de l’Italie, de l’Égypte et même de l'Inde. De gros volumes format in-folio ont été envoyés dans ces différentes directions. Si vous aviez ouvert un de ces volumes, d’apparence respectable , vous n’auriez trouvé, au lieu d’un feuillet, qu’un horrible monceau de chair humaine rongé par la maladie; c’était l’envoi demandé; le volume n’était que la boîte.

Vous pourriez voir, dans les galeries de ce musée, rue Pavée Saint-André des Arts, des spécimens de tous les maux de notre triste humanité. Si vous n’avez pas les nerfs robustes, la tête forte, n’entrez pas dans ce terrible sanctuaire, car ce sont de toutes parts des maladies inconnues et hideuses, qui attentent éga¬

lement aux formes du corps et du visage, et ne laissent après elles que des plaies visqueuses, des intestins entr’ouverts, des yeux fixes, égarés loin de leurs orbites, et des dents grinçantes. Vous vous demanderez si la créature que vous avez devant vous n’est pas un de ces poissons plats qu’on traîne sur une claie pour les attendrir et déchirer leurs chairs.

Mais ces galeries n’ont pas d’attrait seulement pour les hommes de la science ; les gens du monde s’y pressent et examinent ces tableaux en relief dans lesquels le docteur Thibert a groupé les plus gracieuses choses de la création. Les tableaux de nature morte n approchent point de cet éclat et de cette délicatesse de coloris. C’est que, ici, c’est plus que de 1 art, en quelque sorte : c’est la nature même prise sur le fait, dans toute sa fraîcheur, dans ses plus gais sourires. Les impressions pénibles de tout à l’heure s’effacent à voir ces grenades entr’ouvertes , ces pêches dont l’aile du papillon suffirait à enlever le duvet léger, ces raisins mûris sur les rochers de Madère, ces pastèques du Midi, ces aubergines ces courges aux pustules rugueuses, tous ces produits de la pomone provençale.

Voici un groupe un peu plus mystérieux que les autres. Les chardonnerets, au manteau cendré, à la tête cerclée de noir, de blanc et de rouge vif, ont fait leur nid au milieu de ces beaux fruits. Les brins de paille de ce nid s’agitent; vous diriez qu’il en sort de petits cris. La femelle cache sous ses plumes une famille encore toute nue, et voici, accourant à tire «l’aile, le mâle qui lui apporte à manger. De quelque côlé que vous tourniez les yeux, c’est partout la végétation dans son exubérance, dans ses produits les plus précieux et les plus appétissants. Vous voudriez étendre la main pour atteindre ces beaux fruits et. les manger. Vous vous croyez un moment au milieu de la plus belle office de l’univers.

Nous avons dit tout à 1 heure que l’imitation de tous les règnes étaient ouverte à ce procédé de peinture en relief. Voici un chevreuil blessé, voici de petits lapins, voici des canards qui se débattent dans les roseaux, à la vue d’un chien de chasse; voici enfin du gibier récemment abattu : des chapelets de mauviettes, des bécasses, des faisans, des perdrix. Vous vous demandez comment la même substance qui tout à l’heure reproduisait ce poli brillant de la pomme d’api, de la cerise, de la groseille, peut donner à la robe des bêtes fauves cette toison grenue, au plumage des oiseaux ces reflets métalliques, qui ne sont pas imitables par la peinture ordinaire. Vous examinerez toutes ces merveilleuses productions d’un àrt nouveau et si étonnamment multiple et fécond. Quand vous aurez vu ce que c’est que cette pâte qui prend toutes les formes connues, vous jugerez.

Ce qui vous étonnera, c’est, que ces tableaux, qui ornent bien plus que la peinture ordinaire, infiniment plus que les reliefs monochromes , sont d’un prix tout à fait inférieur aux productions d’un artiste tant soit peu distingué.

Musée pélasgique. — On entend par monuments pélasgiques les plus anciens murs des villes de la Grèce et de l'Italie, l’architecture de leurs portes, les plans et les triples élévations des enceintes sacrées, «pii ne peuvent dater que de l’époque même de la fondation de ces villes; les revêtements de pierre des tombeaux héroïques; enfin, tout ancien monument dont l’appareil irrégulier, mais bien taillé et toujours bâti sans ciment, se joint à de nombreux témoignages écrits pour en faire attribuer l’origine au peuple grec, anciennement connu dans l’histoire sous la dénomination de Pélasges.

Depuis plusieurs années, on voit exposée à la bibliothèque Mazarine une collection de soixante monuments exécutés en gypse colorié, et pour la plupart de haut relief, d’après des dessins faits à la chambre obscure. Les modèles de cette collection sont coloriés de manière à faire ressortir à la simple vue l’antiquité des diverses époques, et à reproduire au naturel la patine, pour ainsi dire, de chaque roche calcaire.

de poudingue, de granit, de pépérino-volcanique, dont chaque échan tillon, pris sur les lieux, est pour la facilité des comparaisons, scellé sui chaque modèle. On y distingue les constructions cimentées, celles qui sont en brique romaine ou du moyen âge. Toutes ces constructions tracent à l’œil le moins exercé l’échelle chronologique des temps qui se sont écoulés entre les Pélasges et les Sarrasins, dont les Hellènes, les Étrusques, les Latins, les Romains n’ont été que les intermédiaires.

Sur les plates-bandes, les plinthes et autres parties lisses de chaque modèle, on lit, gravés en lettres capitales, les textes grecs et latins qui expliquent succinctement chaque monument. Cette collection entière a été exécutée peu à peu sous la direction du précédent bibliothécaire, afin de rendre palpable une grande question d’histoire controversée entre les savants de l’Europe.

Exposition des produits de l’industrie française en 1849. — Péristyle servant d’entrée aux galeries

Exposition de l’industrie. — Nous terminerons ce chapitre en donnant quelques détails sur l’expo-ition

de l’industrie de 18T9, celle qui est le plus près de nous et qui effaça toutes les autres en grandeur et en magnificence, quoiqu’elle eût lieu à une époque où l’on croyait que l’industrie allait rendre le dernier soupir.

Cette exposition a été marquée par une innovation heureuse et qui eut les meilleurs résultats. On s’était rappelé ce mot déjà ancien et tou jours vrai : « Labour et pâturage sont les deux mamelles de l’État, »

et l’on invita les agriculteurs, les éleveurs de bestiaux, voire même les jardiniers, ces savants modestes de la bêche et du râteau, à venir prendre place dans les galeries de l’exposition, afin que ce palais fût bien élevé à toutes les forces de la France.

Les bâtiments de cette exposition, non compris l’écurie, la bouverie et le hangar pour les irsti uments aratoires, formèrent un vaste rectangle de 200 mètres de largeur sur 100

\ ue intérieure des galeries.

mettes de piofondeui , et qui était divisé pai deux tyle. Au centre étaient trois cours dans lesquelles on i pluviales. Dans tout le pourtour régnait un hangar ou galeries transversales a droite et a gauche du péris- ! avait établi des puisards pour l'écoulement des eaux ! furent exposés les produits de l’horticulture; et au-

Page 1