MANUFACTURE NATIONALE DES TABACS
1rs amis et les ennemis du tabac. - Jacques I"r et Voltaire. — Histoire du tabac en France. — Jean Nient. — Les fermes pour l’exploitation du tabac. — Les droits d’entrée à la lin du dix-huitième? ièele. — Pays exempts de l’impôt sur le tabac. — Consommation. — Abolition de la régie et de la ferme générale en 1791. — Droits établis sur le tabac pendant la République — Manufacture nationale des tabacs de Paris. — Préparations du tabac. — l .'ërotage. — La viouillade. — La fermentation. — Le tamisage. — Le râpage. — Le bacbage. — Le séchoir. — L’atelier de paquetage. — L’atelier de confection des cigares. — Les cigarettes. — Le personnel de la manufacture nationale des tabacs. — Culture et consommation du tabac en France. — Consommation individuelle.
* — Comparaison entre la consommation individuelle en France et celle des autres pays européens. — Bénéfices importants réalisés par les manufactures des tabacs en France. —
Progrès de la culture du tabac en Algérie. — Augmentation du nombre des colons s’adonnant â la culture du tabac en Algérie. — Consommation générale du tabac en Europe.
Le tabac, sous ses diverses formes, employé à titre d’habitude ou de besoin, a eu de célèbres ennemis, parmi lesquels l’histoire compte le roi Jacques Ier, qui ne se doutait pas, en le proscrivant, qu’un jour les produits de cette plante figureraient au nombre des meilleurs revenus de la Grande-Bretagne; et Voltaire, qui ne cessa de la poursuivre des traits de son esprit satirique. En revanche, le tabac a eu des amis puissants, de chauds défenseurs , en tète desquels il faut placer plusieurs gouvernements qui retirent annuellement , sous forme d’impôt, des sommes considérables du droit exclusif qu'ils se sont donné de le fabriquer et de le vendre. Sous ce rapport, le gouvernement français est assurément un des plus favorisés. Aussi l'administration reconnaissante n’a-t-elle rien négligé
pour assurer la perfection de cet important serv ice , tout en donnant à la fabrication les développements et la variété dont elle était susceptible. Comme témoignage de sa sollicitude, et aussi comme modèle de manipulation industrielle, il suffit de citer la manufacture de Paris, située au Gros-Caillou, sur la rive gauche de la Seine, presque en face du pont des Invalides, et qui se développe sur un large espace compris entre la rue de l'Université, le quai d’Orsai et la rue de la Boucherie-des -Invalides.
Avant toutefois d’introduire nos lecteurs dans cette manufacture modèle , nous ne croyons pas hors de propos d’exposer, en peu de mots, l’histoire du tabac en France , et les vicissitudes de la législation à laquelle il a été soumis jusqu’au moment où sa fabri-
Le tabac est une plante originaire de l’Amérique. Elle réussit également bien sur tous les points de l’ancien continent; cependant il serait injuste de méconnaître l’influence de la chaleur sur sa végétation et sur la bonté de ses produits. Aussi les tabacs des pays chauds, tels, par exemple, que ceux du Levant, de l’Amérique du Sud, et notamment de la Havane, sontils d’une qualité supérieure. Les essais tentés par l'administration pour introduire la culture de cette plante en Algérie et en Corse, et les espérances que font concevoir ces tentatives récentes, viendraient encore au besoin corroborer notre assertion.
Ce fut Jean Nicot, ambassadeur en Portugal en 1560, qui fit le premier connaître en France l’usage
du tabac en envoyant des graines à Catherine de Médicis. Il mérita ainsi de donner à cette plante son nom botanique. Toutefois, malgré cette puissante protection, le tabac fut longtemps regardé comme un objet de curiosité, et. ne fut considéré connue un article de consommation qu’en 1621, où il fut imposé à quarante sous du cent pesant. Le chiffre de ce larif , porté à sept livres en 1632, ne fut modifié qu’en
La première ferme pour le privilège exclusif de la fabrication et de la vente du tabac fut établie en
Trois ans plus tard, en 1677, la ferme du tabac fut distraite du bail général, et donnée à un particulier moyennant 150,000 livres, et à la charge de payer à la ferme générale 100,000 livres par an pour lui tenir lieu, a titre d’abonnement, des droits d’entrée, de sortie et de circulation .
En 1714 , un an avant la mort de Louis XIV, le prix du bail était déjà de 2 millions do livres, avec addition de 200,000 livres pour les quatre dernières années. En 1718, la compagnie d'Occident s’en char¬
gea moyennant le prix de 4,020,000 livres par an.
En 1710, la vente exclusive fut convertie en droits d’entrée considérables sur les tabacs étrangers, moindres sur ceux des colonies, et la culture et les plantalions furent interdites dans tout le royaume. Cette législation nouvelle était empruntée aux usages de la Grande-Bretagne, qui, dans le but de favoriser à la fois sa marine et ses colonies, avait prohibé la culture indigène; mais elle dura peu; car, en 1720, nous avons déjà à signaler de nouvelles modifications, et, en 1721, on rétablit la vente exclusive concédée à un fermier, dont le bail fut résilié en 1723. La compagnie dos Indes fut alors subrogée à ses droits et à ses obligations moyennant une avance considérable qu’elle fit au roi. Enfin, en 1730, le privilège exclusif de la vente des tabacs fut réuni de nouveau à la ferme générale moyennant 7,500,000 livres pour les quatre premières années, et 8,000,000 pour les suivantes, et. n’en a plus été séparé jusqu’à la révolution. A cette époque, c’est-à-dire en 1780, en tenant compte d’une nouvelle augmentation qui eut lieu en 1781, les prix étaient de 3 livres 6 sous la livre pour les tabacs en
rôles ou en carotte, et de 3 livres 12 sous pour le râpé. Les débitants le vendaient au public au prix de i livres la livre pesant. Ainsi , comme on le voit, les prix ne différaient pas essentiellement en 1780 de ceux qui sont aujourd’hui adoptés par la régie.
La Flandre, l’Artois, le Hainault, le Cambrésis, la Franche-Comté, l’Alsace, le pays de Cex, Bayonne et son territoire , étaient exempts de l’impôt sur le tabac, qui par conséquent n’était acquitté que par une population de 22 millions d’habitants. Le bail rendait alors à l’État environ 30 millions et demi de livres tournois. Quant à la consommation, nous la connaissons par les relevés de la vente générale à cette époque, relevés qui la portaient à 7,366,760 kilogrammes environ , ou 15,049,377 livres, qui se décomposaient de la manière suivante :
Tabac à priser. . . . 8,51 4,829 livres.
Ficelé . 4,320,591
A fumer . 2,213,957
La régie et la ferme générale furent abolies en 1 791 , et, il y eut alors liberté entière de vente, de cul-