‹ Tableau de ParisChapitre 13 sur 257 · CHAPITRE XLI. —LE LONG 1)E LA SEINE (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI. —LE LONG 1)E LA SEINE (Suite

ture et de fabrication. On se contenta de soumettre le tabac à un droit qui varia très -souvent en peu de temps. En brumaire an vu, on établit sur la fabrication un droit de 0,40 c. par kilogramme sur le tabac râpé ou en carottes, et de 0,24 c. sur le tabac à fumer. La législation subit encore de nombreuses vicissitudes jusqu’au Il juillet, où, en vertu d’un décret du 20 décembre précédent, la fabrication et la vente exclusives des tabacs ont été attribuées à une régie. Le bénéfice de l’exploitation représente l’impôt. Ce décret ne permettait la culture du tabac en France que dans six départements, qui sont, le Bas-Rhin, l’Illeet-Vilaine, le Lot, le Lot-et-Garonne, le Nord et le Pas-de-Calais. Cet état de choses a subsisté depuis cette époque sans modifications.

On peut donner une idée des avantages du nouveau système sur les anciens, en rappelant que, du 1 1 juillet 1811 au 31 décembre 1815, le produit net ou bénéfice réel a été pour le trésor de 123,479, 145 fr. Actuellement, il est temps de nous occuper de la ma¬

nufacture de Paris, où ont lieu en grand la fabrication et la manipulation des tabacs , et qui peut être citée, a juste titre , comme un établissement modèle. Sa valeur, d’après un état distribué aux chambres en 1816, est de 4,711 ,D 1 0 fr. L’outillage, c’est-à-dire les machines et les ustensiles, sont compris dans ce chiffre pour 672,300 fr. Une machine à vapeur de 60 chevaux, construite par M. Holcroft, ingénieur civil, et montée dans les ateliers de Chaillot, distribue le mouvement et la chaleur dans toutes les parties de ce vaste établissement.

Les tabacs achetés au commerce par les soins de la régie, et par adjudication publique, d’après des types désignés à l’avance, ont été préalablement desséchés à l’air libre, par les soins des planteurs, et sous des hangars couverts et fermés de deux côtés au moins, afin d’éviter l’action des pluies souvent fréquentes a l’époque de la récolte. Ils sont ensuite dirigés vers la manufacture, où on les soumet à Yécotage, c’est-adire à l’enlèvement des côtes. Celte opération se fait

généralement par des femmes. C’était avec les côtes que l’on avait un instant songé à confectionner, pour envelopper les cigarettes, un papier que la régie seule aurait vendu. Ensuite on procède à la mouillade , qui se fait au moyen d'une dissolution de sel marin, substance qui aide à la fermentation et l’empêche cependant de prendre un caractère putride. Le magasin oii fermentent les tabacs occupe presque en totalité la partie de la manufacture qui longe la rue de l’Uniniversité.

Après avoir été grossièrement hachés, les tabacs y sont déposés par masses considérables. Il n’est pas rare d’en voir à la fois près de 400,000 kilogrammes. Dans cet état, la fermentation y élève la température jusqu’à 70 et 80 degrés; elle irait même jusqu’à la carbonisation, si on ne coupait à propos ces masses par des tranchées profondes. Lorsqu’on suppose que cette fermentation est arrivée au terme fixé et a produit tous ses effets utiles, c’est-à-dire au bout de cinq à six mois, ces masses sont démolies, et le tabac, celui

du moins qui doit être converti en tabac à priser, réduit en poudre, est soumis à une nouvelle fermentation, mais bien moins énergique, puisqu’elle ne dépasse pas ordinairement 40 degrés.

La durée du temps nécessaire à la fermentation explique l’obligation pour la régie d’avoir des approvisionnements considérables. On voit également, par ce qui précède , que le travail dans les manufactures nationales se fait par grandes masses, et avec une uniformité qui amène quelquefois la défectuosité des produits. On a reconnu, en effet, qu’autant il fallait rechercher les circonstances qui amènent la fermentation du tabac destiné à être prisé , autant il fallait les éviter pour 1 e, scaferlati , ou tabac à fumer. Ce fait explique également la supériorité de notre tabac à priser sur celui que vendent les pays étrangers.

Après toutes ces opérations successives , les tabacs dégrossis passent par des trémies qui sont au troisième étage, pour être ensuite soumis au râpage dans des moulins qui marchent à la vapeur, et dont les noix sont garnies de cannelures obliquement disposées.

15 Cent. LA LIVRAISON. — 105e Ï4vr.

De temps en temps ces cannelures s’emplissent et s’engorgent; alors on les dégraisse et on les nettoie au moyen de baguettes en fer du calibre de la cannelure. En sortant des moulins, le tabac à priser est soumis au tamisage. Des demi-cylindres creux adaptés ensemble par un mécanisme sans fin, a 1 instar d une chaîne à godets, le puisent sans cesse dans d immenses caisses, et le portent sur le tamis. Après cette première opération, qui se comprendra encore mieux par le dessin que nous en donnons, le tabac est reporté en haut , où il tombe sur une toile a sas, puis sur un cylindre garni de deux grandes brosses qui écrasent les grains qui ont échappé a ces tamisages successifs. Le plus gros remonte en haut , où il est reporté par les machines, tamise de nouveau, et redescend sous une forme plus fine.

Quant au scaferlati ou tabac ordinaire a fumer, on procède autrement. Il est pressé entre deux planches, et avance d’une manière insensible jusqu a une espèce de lunette au-dessus de laquelle joue sans cesse un couteau qui le coupe en lanières de la plus ex-

Am bureaux de l’IUustration, rue de Richelieu, 60

trème finesse. Ce hachoir, ainsi que le montre notre gravure , représente assez bien une guillotine. Ainsi haché, le tabac tombe dans un grand panier, d’où il est puisé pour être porté sur un premier séchoir formé de conduits en cuivre , chauffés intérieurement à la vapeur, et disposés, pour ainsi dire, enjeu d’orgue, et de manière à développer la plus grande surface rayonnante de calorique. Durant cette opération, qui dure environ vingt minutes, le tabac perd à peu près 15 pour 100 de son poids. Il est ensuite porté dans une autre pièce, sur un second séchoir formé de claies en toile, et étagées les unes au-dessus des autres. La durée de cette opération est d environ cinq a six minutes.

Au sortir de ce séchoir, le tabac à fumer est transporté dans l'atelier de paquetage. C’est une vaste salle meublée ; au milieu, de grandes tables, et sur les côtés, de plus petites. Chacune de ces divisions, pour ainsi dire, est occupée par un mesureur, quatre paqueteurs et deux colleurs. Ces derniers sont d’ordinaire des enfants d’une douzaine d’années. Le mesu-

PARIS TYP. DE FIRMIN DIDOT, 56, RUE JACOB. A») G. pa. ta poste .

TA P LE A U I)E PAHIS.

Tam'sage en gros. Mise en sacs»

reur passe successivement à chaque paqueteur la quantité nécessaire pour former un paquet. Aussitôt celui-ci , qui tient à la main une espèce d’entonnoir à tube carré, de la forme du paquet, y verse le tabac et l’enfonce, puis retire son entonnoir, ferme le paquet d’un tour de main , et le met devant le colleur, qui y pose la vignette. Ces diverses opérations se font avec une rapidité incroyable. On peut dire sans exagération qu’ci les n’emploient pas la dixième partie du temps qu’on met à les raconter.

Ces vignettes, qui sont imprimées d’avance , sont elles -mêmes coupées au moyen d’une* ingénieuse machine, dont la roue motuce fait huit cents tours à la minute. Près de cet atelier que nous venons de décrire, est le magasinage. Les paquets à expédier

aux èntreposeurs et dans les différents bureaux sont mis dans des tonneaux qui contiennent 240 paquets

Atelier de fabrication des cigares.

de 5 hectogrammes , ou 600 de 2 hectogrammes.

Dans un autre atelier se travaille et se manipule le tabac à chiquer. Les petits rôles se filent pour ainsi

dire autour d’une petite roue que l’ouvrier met en mouvement avec la mai î. Les gros se tordent au

moyen d’une machine qui a quelque analogie avec celles qu’on voit dans les corderies. Les gros rôles pèsent d kilogramme, les petits sont réunis, plusieurs ensemble, en forme de chapelet. Chaque chapelet pèse également d kilogramme. Avant d’être livrés au commerce, les gros rôles sont pressés au moyen d’une machine aussi simple qu’ingénieuse, et qui consiste en deux plates-formes en fonte, dont l’une est fixe et repose sur deux colonnes de fonte, tandis que l’autre, mue par , une manivelle, s’élève en vertu d’un mouvement insensible , mais qui cependant agit selon une force progressive, et qu’on arrête aussitôt que les rôles sont suffisamment pressés.

Tamisage définitif.

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