‹ Tableau de ParisChapitre 125 sur 257 · I ES BIBLIOTHEQUES ET LES ARCHIVES · texte numérisé non relu

I ES BIBLIOTHEQUES ET LES ARCHIVES

grande part à cette renaissance des arts et des institutions nationales qui suivit l’expulsion des conquérants barbares.

La plupart des monuments dont s’embellirent les villes affranchies de la domination étrangère furent commencés, continués ou achevés durant son règne, à la fois long et prospère. La Chambre des Rois appartient donc à la plus belle époque de l’art égyptien ; cependant le travail en est assez négligé, et elle ne doit guère sa célébrité qu aux inappréciables renseigements qu’elle fournit pour l’histoire des dynasties égyptiennes. Elle renferme un tableau historique et généalogique des principaux rois qui , avant Thoutmès 111, occupèrent le trône de l’Égypte. C’est, sous ce rapport, un monument analogue à la fameuse Table d’Abydos, qui devrait être aujourd’hui la propriété de la France, mais qui a passé malheureusement entre les mains des Anglais, le musée britannique l’ayant fait acheter aux héritiers de M. Mimant, en 1837, pour la somme de 1 4,000 francs. Ce nom de Table d’ Aby dos a été donné a une inscription découverte sur le mur latéral d un petit appartement, voisin de l’adytum du palais de Rhamsès II (Sésostris), à Abydos, maintenant Arabat-el-Madfouneh. La Table d' Abydos, moins riche en cartouches et moins ancienne, est bien moins complète que la Salle des Ancêtres, tant sous le rapport de l’art que sous celui des documents historiques.

Pour bien comprendre l’explication de ces planches, il faut savoir que, dans les inscriptions hiéroglyphiques, les noms royaux sont enfermés dans un encadrement de forme ovalaire nommé cartouche. La plupart des noms de rois se composent de deux cartouches, dont l’un est appelé cartouche -noms et l’autre cartouche-prénom, et qui sont tantôt isolément, tantôt ensemble. A peu d’exceptions près, chaque prénom est constamment appliqué au même roi ; et les signes qui entrent dans ce cartouche sont le plus souvent symboliques , et expriment ordinairement un titre honorifique. Le cartouche-nom, qui concerné divers individus de la même famille, renferme des signes phonétiques, c’està-dire des caractères semblables à nos lettres alphabétiques.

Le petit sanctuaire , dont nous sommes possesseurs, était situé à l’extrémité méridionale du promenoir de Thoutmès III, dans cette partie du palais spécialement affectée à l’usage privé du souverain et de ses serviteurs. 11 a deux mètres six centimètres de largeur, et al lant de profondeur. Les trois côtés principaux sont couverts de bas-reliefs peints, qui consistent en quatre rangées parallèles de personnages assis.

Dans chaque rangée, il y a quinze personnages formant deux séries distinctes dirigées en sens contraire. La ligne

Portrait rte Thoutmès lit.

de démarcation de ces deux séries se trouve au milieu de la paroi du fond. Aux deux extrémités des

(des, c’est-à-dire au commencement des deux parois latérales, le Pharaon Thoutmès III, coiffé du claj't et revêtu d’une shantei, offre aux personnages, vers lesquels il est tourné, des tables chargées de fleurs, de fruits et de mets variés. La pose de ces personnages est traditionnelle, hiératique ; ils sont tous reproduits d’après le même ponsif , et le héros principal , Thoutmès III, est figuré de taille colossale, suivant la coutume observée à l’égard des rangs supérieurs, dans tous les bas-reliefs égyptiens. Les inscriptions hiéroglyphiques, sculptées au-dessus de la tête et sous la main de Thoutmès , se traduisent ainsi , suivant M. Prisse : Le Dieu bienfaisant , Remonto ( Soleil stabiliteur du monde) dispensateur de vie stable, puissante et heureuse, comme Phré (le soleil) éternel, fait de solennelles offrandes aux rois de la haute et de la basse Égypte. Cette phrase, assez originale, est une des formules consacrées dans toutes les offrandes faites aux dieux et aux rois.

Les noms des soixante personnages, ancêtres de Thoutmès, ou simplement prédécesseurs de ce monarque, paraissent être ceux de pharaons appartenant aux dix-sept premières dynasties. Rien ne prouve que tous ces personnages soient rangés dans l’ordre même de leurs avènements successifs au trône; peut-être n’ést-il représenté que les rois légitimes, ou bien seulement les souverains les plus illustres parmi les prédécesseurs de Thoutmès.

Le premier cartouche à gauche, dans la rangée du bas, renferme le prénom d’Osortasen Ier, le plus célèbre roi de la dix-septième dynastie. A dater de son règne, une ère nouvelle s’ouvrit pour l’Égypte. Viennent ensuite les cartouches-prénoms d’autres rois de

la même dynastie et des dynasties antérieures. Dans la Table d’A~ b y dos, qui est du temps de Sésostris, la ligne supérieure offre un mélange singulier. Divers cartouches contiennent évidemment de simples prénoms , tandis que d’autres contiennenttout à la fois un nom et un prénom. On remarque un agencement analogue de cartouches nom et prénom dans la Chambre des Rois. Les Pharaons y sont désignés, dans la série gauche, par des cartouches nom et prénom indistinctement.

On voit, par les cartouches de cette série, que, dès l’époque la plus reculée, les noms royaux pharaoniques avaient une double formation , et se composaient de deux cartouches. La partie droite du tableau paraît représenter une autre série de rois. Les trente cartouches qui la comsont probable-

Intérieur de la chambre dis ancêtres de Taoutinès lit.

ment des prénoms; on ne les rencontre guère que sur quelques figurines recueillies çà et là dans des fouilles, et i s ne se retrouvent plus nulle part sur les monuments. Ils appartiennent sans douté à des dynasties fort anciennes, dont on ne connaît que trèspeu de chose. La Cham-

bre des Rois pourra donc servir à placer ces cartouches épars, entre lesquels on n a pas encore établi jusqu’à présent de liaison bien suivie.

L’existence de nombreux cartouches, relatifs a des dynasties antérieures à la dix-huitième, prouve que la chronologie était prise au sérieux par les Egyptiens, et qu’elle était appuyée sur de solides fondements, les dynasties mythiques n’y figuraient point, comme l’ont avancé à tort quelques écrivains.

On a, dans la série droite de la Chambre des Rois, le tableau le plus complet et le plus authentique de ces anciens rois ; et si quelque monument nom eau vient à être découvert, on pourra probablement construire quelques-uns des noms que le temps a effacés. Le mémoire que M. Prisse a publié sur la Salle des Ancêtres contient d’ingénieuses et savantes comparaisons, à l’aide desquelles il est même parvenu déjà à combler quelques-unes de ces lacunes. 11 est le premier qui ait produit des recherches sur ce sujet; et nous avons été affligé d’apprendre que, passant ces utiles travaux sous silence, un de nos professeurs d’archéologie avait, dans une de ses leçons, cite seu¬

lement des écrits postérieurs. Mais M. Prisse peut se consoler de cette omission volontaire, cai Champollion lui-même a été fréquemment sacrifié pour la plus grande gloire de quelques illustrations germaniques.

Après avoir donné une idée succincte de l’origine et de la nature de ce petit monument, il nous reste à parler de la restauration qu’on en a faite à la Bibliothèque impériale. Malgré les précautions prises par le donateur, les caisses avaient été un peu maltraitées par le transbordement; quand on les ouvrit, trois pierres se trouvèrent brisées, et l’une d’elles au point d’être à peu près réduite en poudre. A l’exception de cet accident, aucune autre détérioration n’avait été subie. Quoique peintes simplement en détrempe, et sujettes, par conséquent, à souffrir beaucoup de l’humidité, les peintures qui rehaussaient les bas-reliefs étaient dans un bon état de conservation lors de leur arrivée à Paris. Cependant on eut la maladresse, l’incurie ou la malignité peut-être, de les laisser pendant plusieurs mois exposées à la pluie et à la neige. Tout le monde, en effet, a pu voir dans la cour de la Bibliothèque, le long du mur exposé au nord , des caisses en¬

tassées pêle-mêle les unes sur les autres, et à peine fermées. Ces caisses renfermaient les pierres de la Chambre des Rois. Aussi les peintures ont-elles presque entièrement disparu ; elles avaient près de trentecinq siècles d’existence.

Telles ont été les suites d’un acte qu’on peut tout au moins qualifier de coupable négligence ; nous avons dû la signaler, et ce n’est pas au donateur qu’elle est imputable. A part la pierre brisée, ce petit monument, enlevé en dépit de tous les obstacles, nous est parvenu aussi complet qu’il était en 1825, quand MM. Burton et Wilkinson en publièrent des copies.

Le plan que M. Prisse avait proposé pour réparer la Chambre des Rois avait été adopté par le ministre de l’instruction publique; néanmoins il n’a été exé- / enté qu’en partie. Notre vignette donne le dessin d’une petite porte qui devait clore la chambre, et qui a été supprimée ou plutôt abattue. Cette mutilation est d’autant plus maladroite qu’elle enlève au monument toute sa physionomie égyptienne. L’altération résulte de ce que la grande arcade vitrée, substituée à la porte, laisse pénétrer le jour à la fois par en haut

et par en bas, de manière que les bas-reliefs du fond paraissent extrêmement confus, à cause d’un double effet de lumière. La pierre brisée à Paris a été dessinée au pinceau, d’après les estampages, de façon à imiter l’original. Quant aux lacunes qui déparaient le monument depuis un temps immémorial, M. Prisse a tenté d’y suppléer par une légère esquisse tracée en rouge, dans le genre égyptien. Cette restauration, peu considérable, était nécessaire pour compléter le monument, en rendre l’étude plus facile aux archéologues et la vue plus intéressante au public.

Conquise et sauvée par les efforts et les sacrifices rie M. Prisse, la nouvelle relique introduite dans notre collection d’antiquités égyptiennes a été généreusement offerte à l’État par notre savant compatriote. C’est grâce à son désintéressement que le dépôt de la Bibliothèque impériale s’en est enrichi, car le temps n’est plus où la France payait 72,000 fr. un monument tel que le Zodiaque de Denderah ; et il est probable que si la Chambre des Rois avait été mise en vente comme la Table d'Abydos et le Sarcophage de Luxor, elle serait aussi tombée au pouvoir de l'Angleterre, qui asu accaparer les plus rares documents et les

Cours <it‘ M. Raoul -Rochette, a la Bibliothèque impériale.

monuments les plus précieux de l’histoire égyptienne.

C’est dans les bâtiments de la Bibliothèque impériale que se tient le cours d’archéologie, dont le professeur actuel est M. Raoul-Rochette. M. Raoul-Rochette s’occupe surtout d’archéologie grecque, dont il fait connaître les phases diverses. Par l’archéologie grecque, on est convenu d’entendre toutes les œuvres que l’art grec a enfantées, non-seulement dans la Grèce elle-même, qui n’en est pas le berceau, mais dans l’Asie Mineure, dans l'Italie méridionale, et dans la Sicile. Des œuvres d’architecture, il ne nous reste que des édifices publics, et surtout des édifices sacrés dont la masse a plus ou moins résisté aux ravages du temps. En sculpture, le bois, le marbre, la pierre, les métaux nous ont conservé quelques travaux. La numismatique est de toutes les branches de la même division celle qui nous a légué les plus nombreux et les plus précieux souvenirs. La peinture, qui n’arriva que la dernière, n’a jamais joué dans l’antiquité le rôle important qu’elle remplit chez nous; elle a laissé peu de traces, et il serait difficile d’en trouver ailleurs que sur quelques vases antiques. Aux cours d’archéologie. les usages différent un peu fie ceux du Collège

de France ou de la Sorbonne. A la Bibliothèque, pas d'amphithéâtre pour l’auditoire, qui est assis sur des chaises; une porte secrète, et pas de bravos pour le professeur. L’enthousiasme de parterre ne peut se faire jour, mais on n'interdit pas une discrète approbation.

Bibliothèque Sainte-Geneviève. — Depuis longtemps l’ancienne bibliothèque Sainte-Geneviève menaçait de tomber en ruines; le 19 juillet 1813, les chambres autorisèrent le gouvernement à construire une nouvelle bibliothèque , et votèrent un crédit de 1,775,000 fr. M. H. Labrouste, architecte attaché à la bibliothèque Sainte-Geneviève, se trouva naturellement chargé de la construction du nouvel édifice.

Il paraîtrait que la somme votée n’aurait pas été entièrement employée, ce qui ferait l’éloge de l'architecte.

Voyons maintenant l’édifice. Il se présente sous la forme d’un parallélipipède rectangle, qui a naturellement pour principale façade un de ses plus grands côtés. Au milieu du côté qui est opposé à cette façade s’ajuste un parallélipipède beaucoup plus petit, et dont la moitié seulement appartient à la Bibliothèque.

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