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CHAPITRE XL1. — LE LONG DE LA SEINE (Suite

Deux autres grands ateliers sont en outre consacrés à la confection des cigares, et uniquement occupés par des femmes. Chacune d’elles, assise devant une petite table, travaille pour son compte; elles sont payées à la tâche. Ces cigares une fois confectionnés sont ensuite divisés par catégories, et portés dans un séchoir particulier, et enfin placés dans des boites qui elles-mêmes sont déposées dans un magasin spécial, avec une étiquette qui indique la date de leur fabrication.

Enfin , dans un autre atelier se confectionnent les cigarettes que la régie a été autorisée à fabriquer par l’ordonnance du 22 octobre 18 El, et dont les vingt premiers milliers ont été vendus au profit des victimes du tremblement de terre de la Guadeloupe, dans le bazar improvisé au Palais-Royal sous les auspices de la reine.

Onze cents ouvrières et trois cents ouvriers composent le personnel de la manufacture nationale. Aux heures d’entrée dans les ateliers, un appel général a toujours lieu avant le commencement de l’ouvrage.

Enfin , à la manufacture est annexé un bureau de vente situé rue de la Boucherie-des-Invalides. Les prix des tabacs fabriqués qu’on y livre au commerce sont fixés par des ordonnances d’après le tarif suivant :

Tabac en poudre, étranger. . . il fr. 10 c. le kil. carottes .... 9 50

ordinaire ... 7 »

cantine - de 5 45 à 2 05 c.

Tabac à fumer, étranger... 11 10

filé . 9 80

ordinaire. . 7 »

cantine. ... de 5 45 à 1 35 c. *

L’exposé que nous venons de faire de ces div erses fabrications suffira sans doute pour faire connaître dans ses détails la manufacture de Paris et les services qui s’y rattachent. Il nous reste, pour compléter ce travail, à ajouter quelques données sur la culture et la consommation du tabac en France à l’époque actuelle. Ces détails serviront en même temps à constater les progrès de cette fabrication, et le chiffre toujours de plus en plus élevé des revenus qu’elle a versés, sous forme d’impôt , dans les caisses du trésor.

En 1843, le nombre des planteurs en France et dans les colonies françaises était de 20,267, et le nombre d’hectares mis en culture, de 8,547 hectares 82 ares. Les quantités à livrer, ainsi que nous l’explique le compte rendu au ministre des finances, le 26 décembre 1844, en exécution de l’art. 229 de la loi du 28 avril 1816, étaient de 12,210,000 kil. Mais la quantité reçue et donnant lieu à payement n’a été que de 1 1,016,715 kil., d'une valeur de 7 millions 666,721 fr. 77 c.

La consommation , tant du tabac indigène que du tabac étranger, a été, en 1843, de 16, 990, 000 kil., qui ont procuré au trésor une recette de 104,368,000 fr., déduction faite des remises accordées aux débitants, dont le nombre s’élevait, au 31 décembre 1843, à 31 ,400, et qui ont eu chacun un bénéfice dont le chiffre moyen est de 479 fr 57 c. Le bénéfice réel de l’État a été de 77,368,000 fr., en y comprenant une augmentation de 5,558,000 fr. dans le capital de la régie et diverses recettes accessoires Le bénéfice net, à la fin de 1842, était de 73,804,000 fr.; il s’est donc accru, en 1843, de plus de 3,500,000 fr., et, comme ou l’avait espéré d’après l’assurance que le directeur général en avait donnée dans son rapport au ministre des finances, dans l’année 1844, le bénéfice .net, atteignit le chiffre de 80 millions. La consommation la plus forte a lieu dans le département du Pas-de-Calais, où elle est, par individu, de 1,585 grammes, dont 1,417 seulement pour le tabac à fumer, la plus faible dans la Lozère et l’Aveyron , où elle n’est en moyenne, par individu , que de 152 grammes.

Quant à la consommation générale de 1843, elle s’est répartie ainsi par espèces et par qualités :

Tabac en pond., 6, 721, 215 kil. valant 45,09 4, 828 fr. Tabac à fumer, 10,268,275 — 58,724,044

Et par qualité :

Tabac ordinaire, 1 1 ,799,791 kil. valant 82,61 1 ,366 fr. Tabac inférieur, 4,60 1 ,36 1 — 1 0,30 1,131

Tabac de luxe, 588,338 — 10,906,372

Quoique ce chiffre de consommation soit dans son ensemble assez respectable, ii n’établit encore qu’une moyenne individuelle bien inférieure à celle d’autres pays, tels que la Belgique et la Hollande.

En 1789, d’après Necker, il se consommait en France 238 grammes de tabac par individu, dont le douzième seulement se fumait ; les onze autres douzièmes étaient pris en poudre. Aujourd’hui le Français consomme en moyenne 537 grammes de tabac, consommation égale à celle d’un Russe el doublé de celle d un Italien, mais n'étant équivalente qu’au tiers de celle d’un Allemand et d’un Hollandais, et au quart de celle d’un Belge. Sur ces 537 grammes, 189 sont pris en poudre et 318 sont en tabac à fumer.

11 est à remarquer que de puis quelque temps la consommation de tabac en poudre diminue, mais pour un chiffre bien inférieur à celui de la progression du tabac à fumer, ce qui donne pour résultat une augmentation constante de la consommation générale. Aussi, en 1844, la consommation individuelle n’était que de 51 1 grammes, au lieu de 537, chiffre qu’elle a atteint actuellement.

Tous les cigares indistinctement sont compris dans les tabacs de luxe.

Les approvisionnements de la régie étaient, à la (in de 1843, de 50,692 kilogrammes. Elle est ainsi arrivée au résultat qu’elle poursuivait depuis longtemps, et qui consistait à avoir toujours en magasin la consommation de trois années. On ne saurait s’étonner de la sollicitude de l’administration et de ses efforts pour faire de la régie des tabacs une administration modèle, quand on pense que, du 11 juillet 1811 au 31 décembre 1843, le privilège exclusif de la vente et de la fabrication du tabac a donné un bénéfice net de 1,546,915,004 fr. Ce résultat, du reste, ne semblera pas exorbitant si l’on compare les prix de vente que nous avons donnés plus haut avec le prix moyen d’achat, qui a été, en 1843 :

Pour les tabacs indigènes en feuilles, par 100 kilo¬

grammes . 69 fr. 59 c.

Pour les tabacs d’Europe, en feuilles . 79 15

Pour les tabacs d’Amérique. ... 84 06

Pour les cigares de la Havane,

par 100 kilogrammes . 2,703 85

Pour ceux de Manille . 1,617 »

La plantation du tabac est devenue une des cultures industrielles le plus généralement répandues parmi les colons algériens. Au moment de la conquête, quelques tribus seulement possédaient des plantations de tabac; la consommation locale était presque entièrement alimentée par les importations étrangères.

Mais, à partir de 1843, l'administration institua en Algérie une commission permanente, composée d’agents spéciaux du service des tabacs, lesquels reçurent le double mandat d’éclairer les colons de leurs conseils et d’acheter leurs récoltes pour le compte de la régie à des prix convenablement rémunérateurs.

Dès 1850, le nombre des planteurs monte à 428, l' étendue des terrains cultivés à 235 hectares I are; l’importance des récoltes obtenue à 157,778 kilogr., et l’amélioration des procédés de culture amenant une amélioration correspondante dans la qualité des produits, les prix payés aux colons s’élèvent dans une égale proportion.

En 1851, la progression continue ; la superficie s’accroît de près du double; le nombre des cultivateurs de tabac monte à 537, et les achats de la régie, chez les planteurs européens , atteignent le chiffre de 232,924 kilogr.

On ne connaît pas encore les résultats de la récolte de 4852; mais tout annonce qu’ils seront beaucoup plus satisfaisants encore. On sait, en effet, que 917 colons se sont livrés cette année à la culture du tabac, et qu’ils y ont consacré 1,041 hectares 73 ares de terrain.

Mais les indications qui précèdent sont loin de comprendre toute la production algérienne ; les cultures indigènes , en participant , comme celles des Européens, aux encouragements de l’administration, se sont aussi largement étendues. De 23,469 kilogrammes livrés à la régie en 184 4, le chiffre a atteint 93,388 kilogrammes en 1850. Sensiblement augmenté en 1851 , il sera beaucoup plus important encore en 1852 , et l’on peut prévoir qu’il montera au moins à 130,000 kilogrammes.

D’un autre côté, le commerce de la colonie fait également, chaque année, h la production algérienne, des acquisitions considérables pour la consommation locale. Dès que la culture, en s’étendant, parut offrir des ressources assurées , les tabacs étrangers ont été frappés d'un droit d’importation. Celte mesure, toute dans l’intérêt de l’Algérie, a produit l’effet qu’on devait en attendre : le commerce s'est tourné du côté du tabac du pays, qu’il a fait entrer presque seul dans la fabrication. 11 est difficile d’apprécier exactement les quantités ainsi vendues par les producteurs européens ou indigènes. Ce qu’on peut considérer comme positif, c’est qu’elles ont une grande importance. Le chef du service des tabacs à Alger les a évaluées à 269,000 fr. pour l’année 1850 ; mais il y a lieu de supposer que ce chiffre est encore beaucoup au-dessous de la réalité , car il n’a pas été possible de faire entrer en ligne de compte la partie des produits arabes consommée sur place.

La régie a estimé à 326,000 kilog. le tabac entré dans la consommation algérienne en 1851. En admettant ce chiffre, qui est loin, on le répète, d’être exagéré, ci . 326,000 kilogr.

Et en l’ajoutant aux achats effectués par la régie pendant la même période, savoir :

Aux Européens . 232,924

Aux indigènes . 102,832

On a un total de . 661,756 kilogr.

chiffre énorme, comparativement au peu de temps

C’est en s’engageant dans cette voie, c’est-à-dire en multipliant les cultures perfectionnées et industrielles, que l’Algérie pourra un jour fournir à la France les produits que celle-ci tire encore de l’étranger au prix des plus grands sacrifices, et que la colonisation de ce pays cessera d’être un sujet de dépense pour la mère-patrie.

Grâce à ces efforts incessants de l’administration des tabacs, la France se tient constamment à la hauteur de sa mission; et, malgré sa superficie peu étendue, elle est arrivée à occuper le troisième rang dans la production européenne. En effet, sans s’inquiéter des attaques qui ont été pendant un temps dirigées contre elle par les adversaires de son monopole, c’est en perfectionnant sa fabrication , en variant ses produits, qu’elle cherche à leur répondre et à conserver la confiance du public.

Suivant des données réunies par un savant allemand, M. de Reden, il se consomme annuellement en Europe trois millions de quintaux de tabac, dont la moitié, est importée d’Amérique, et l’autre moitié est récoltée en Europe. L’Autriche en produit 490,000 quintaux; le reste de l’Allemagne, 400,000; la France, d'après ces mêmes calculs, 260,000; la Russie, 200,000; la Hollande, 60,000; la Belgique, le royaump de Naples , les États pontificaux, la Pologne et la Yalachie produisent d’un à deux millions de livres. La production autrichienne formerait donc à peu près un sixième de la consommation totale de l’Europe. Les pays autrichiens, où la culture du tabac est permise, en produisent plus que l’Allemagne tout entière.

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