étalage
vous frapperont de toutes parts. Vous verrez étalées
fil
ciale porte ses fruits Arrêtons-nous à l’étalage.
litre d’objets étiquetés sous le vi- 1 co j leur prix fixe, il en est dont le 1 l’a
La caissière.
Parmi ce grand noml trail et variant dans
consent volontiers à une perte... Timeo Danaos. C est innonce perfide sous les fleurs de la devanture; c est
La vente.
ons vous montrer cela. — Ce disant, il m’exhibe un fafiolet sans nom, un parasol en miniature, un diminutif d’ombrelle , bon à donner dans les foires aux petits enfants en sevrage avec un moulin de papier, pour qu'ils en fassent des débris. Zéphir, tendre zéphyr, respecte un parapluie de trois francs! — Quoi ! c’est cela? dis-je; ni soie, ni baleines, ni manche presque! — C’est vrai, monsieur, mais pour trois francs ! — Ce n était pas un parapluie, ce n en était vraiment que 1 ombre. — Mais que j’aille seulement jusqu’au bout de la rue, je n’aurai plus rien dans les mains ! Ce n est peut-être pas bien solide, en effet; mais aussi, monsieur, pour trois francs! lenez, Monsieur, reprend l’employé par manière de commisération et de condescendance , voulez-vous quelque chose de bon? prenez-moi cela ! — Et il me tend le fatal vert-pomme que , vaincu par une fausse honte et par la pluie tombante, je me ruine pour acheter et que je perdrai après-demain.
Userait long d’énumérer tous les artifices, feintes, surprises, apparentes distractions, à l’aide desquels MM. les employés en nouveauté excellent a pousser à la vente. Je demande à voir un gilet de fia-
nelle et l’on me montre des cravates. Je serai fort heureux si je m’en tire à moins d’une bonneterie complète. Une voisine a besoin d’un modeste fichu : c’est pourquoi, depuis un quart d'heure, on lui fait passer sous le nez toutes les dentelles de Flandre. Il ne reste plus rien de la modeste toile dont j ai vu un échantillon; mais, en revanche, on m’en étale une
confectionnent pendant toute la journée cet édifice de dentelles et de fleurs qu’on nomme un chapeau, en songeant à M. Arthur, ou à M. Auguste ou à M. Adolphe. La modiste parisienne est un type aussi caractéristique, aussi franc, aussi national que le gamin de Paris. Elle est élégante, grignoteuse, svelte, polkeuse et bonne fille. Elle croit aux milords, aux
Le patron.
magnifique et d’Irlande. On me promène de comptoir en comptoir, d’étage en étage , et je sors de la chargé de nippes, mais nu comme un petit saint Jean.
L’envie, la curiosité, la vanité, la coquetterie , et même quelque chose de plus, sont habilement caressées par ces serpents a face humaine. Ils exploitent les hommes par les femmes, et les femmes l’une par l’autre. Que milord protecteur se garde de paraître ici avec sa protégée, pour peu qu’il tienne à sa bourse, et je le soupçonne d’y tenir. Qui ose marchander pour une jolie femme"? MM. les commis ont un flair pour discerner les unions morganatiques des légitimes. Avec celle-ci , point d’affaires. Les douze arrondissements devraient élever un temple à ce treizième invisible, qui alimente le négoce.
C’est lui qui les nourrit : il est le père à tous ( commercialement parlant, du moins j’aime à le supposer). J’accompagnais un jour dans un de ces bazars une jeune femme (jui demandait à voir une très-simple robe.
Le commis s’empressa d’étaler une étoffe à dix ou douze francs le mètre. Comme il en cherchait plusieurs autres, « Je vous préviens, lui dis-je, que madame est ma sœur. » Le commis rengaina ses précieux tissus, et livra ce qu’on demandait, sans plus chercher à faire l'article.
Quand une pratique féminine sc montre un peu récalcitrante, on détache sur elle, à titre de renfort, un auxiliaire indispensable de tout magasin bien monté. C’est l’employé joli {/arçon. Ceci soit dit sans vouloir ravaler le mérite des autres : ces messieurs, j’en conviens, sont de fort jolis hommes; mais l’employé que je viens de dire est le primus inter pares. C’est l’Antinoüs du comptoir; c’est la jeune rjarde qui ne donne que dans les instants décisifs.
Doué d’une puissance fascinatrice, l’employé joli garçon est blond; il a la bouche en cerise, les moustaches en accroche-cœur, l’œil gros et bleu à lleur de tête, l’oreille rouge, le teint fleuri ; lorgnon dans l’œil , tenue sévère de gentilhomme sans cheval. Il grasseye et parle des Boufles. Il est d un effet foudroyant sur les grisettes et les rentières ; mais il lui arrive quelquefois de s’attaquer aux grandes dames, et c’est avec moins d’agrément. On a \u parfois la jeune garde enfoncée sur
foute la ligne. Voici un joli mot de marquise que l’on nous conte à ce sujet. Une femme d’esprit et du monde avait pris fantaisie d’un châle; elle ne s’était pas décidée. A quelques jours de là, elle revient, et demande à revoir son châle. Le chef de l’établissement reconnaît parfaitement la dame, et l’Apollon pareillement , qui s’exalte dans ses moustaches. — C’est le cachemire fond vert"? — Oui, monsieur. — C’est celui que M. Arthur a eu l’honneur d’offrir à madame? (M. Arthur prend une pose.) — Qu’est-ce que INI. Arthur? dit la darne intriguée. — C’est un de nos premiers commis, un grand jeune homme blond, I ihysique distingué, bonne tenue, manières parfaites. . . (Nouvel effet de gilet de M. Arthur.) — Ma foi, monsieur, répart la dame, je sais de quelle couleur est le châle, mais je vous avoue humblement que je n’ai pris garde à celle du commis. (Les bras tombent des mains et le lorgnon de l’œil à M. Arthur.) Le cachemire n’en est pas moins payé et livré pour lui-même. La jeune garde avait cru vaincre; elle tombe à plat ; mais elle prendra sa revanche avec les lorettes. Gare aux Anglais, aux princes russes et autres Cosaques du Don.
Les magasins de nouveautés sont naturellement remplis de fort vieilles choses, et le talent par excellence est d’en écouler le plus possible, tout comme la spécialité des marchands de ces vieilleries, que l’on a nommées bric-à-brac, est de vendre, autant qu'il se peut, des antiquités toutes neuves. Chaque art a sa nécessité, et chaque métier ses exigences. Les vieilleries ou rebuts, en nouveautés, se débitent facilement aux provinciaux, voire aux Parisiens, par quelques artifices de jargon de la mise en scène. On a soin de 11e les produire que dans des entre-sols obscurs, ou le soir, au jour éclatant, mais ambigu, de
Un calicot de l'ancien régime.
l’éclairage, et c’est peut-être pour cela qu’on les a nommés rossignols , du nom de cet oiseau terne et morne le jour, mais mélodieux la nuit.
Parmi tous ces magasins qui sont l’ornement de Paris et la gloire de l’industrie française, n’allons pas oublier le magasin de modes, ce sanctuaire des chapeaux coquets, des jolies filles et des gracieuses capotes. Elles sont là huit ou dix jeunes ouvrières qui
Le commis joli garçon.
cachemires des Indes, aux coupés à deux chevaux enrubanés, et ces espérances la conduisent toujours à quelque union morganatique conclue à Mabille ou à la Maison d'or avec un commis ou un clerc de notaire.
Il y a ries marchandes de modes partout; c’est à Paris seulement qu’il y a des modistes.
La modiste n’est pas une ouvrière qui établit des corsets ou fabrique des broderies à la journée; c’est une artiste; c’est un poète.
Un chapeau n’est pas comme un fichu, comme une robe même, une œuvre de calcul et de patience; c’est une œuvre d’art et d’imagination ; c’est un poème.
Il y a deux sortes de chapeaux.
Il y a d’abord le chapeau de commande, celui qui se fait pour les pratiques. Ce chapeau-là exige d’abord du talent et de l’habileté. Mais, pour le bien exécuter, la modiste n’a besoin que d’observation et d’esprit : il 11e s’agit, en effet, que de l’assortir au caractère et aux habitudes physionomiques de la femme qui doit le porter.
Puis il y a le chapeau improvisé, celui que dicte la fantaisie, celui qui doit et ne peut coiffer qu’une tête que l’artiste n’a jamais vue, mais qu’elle a rêvée.
Ce chapeau-là, c’est le chapeau lyrique. Pénétrons dans un atelier, et assistons à la confection de l’œuvre.
La première demoiselle, les bras appuyés sur la table, soutient sa tête perchée; elle réfléchit, et elle a, à peu de chose près, l’attitude de Corinne au capMycènes.
Tout à coup elle saisit un grand morceau de gaze; elle en mesure plusieurs fois l’aunage sur son bras; elle l’examine dans ses divers sens, le tourne, le fronce, puis, ses dimensions bien calculées, elle prend les ciseaux et taille hardiment en pleine gaze. Toutes les demoiselles de magasin s’occupent avec ardeur de la tâche (pii leur est assignée.
L’une est chargée de la passe; l'autre, delà forme; celle-ci, des coques; celle-là, des rouleaux; une cinquième, de la coilï'e; une sixième, des lisérés.
Il fait beau voir ces agiles travailleuses dépêcher à l’envi leur besogne et s’escrimer de leurs longues aiguilles et de leurs longs ciseaux. Au bout d’un quartd’heure, les gros ouvrages de la capote sont terminés.