LE FEU ET L’EAU
... , x„„nfc T oe (WiiHinrs l'aris à course de tonne. — Les trente-cinq lieues de rues souterraines à Paris.
Paris souterrain. - Les - "ouS’un égout.' - Les deux fleuves de la ville souterraine. - L’éclairage public. - L’éclairage auseizièine siècle. - Les vu
— Les fontaines. — Le puits de Ç-rene Me. c '1^ lanternes A réverbères. — Le gaz employé a Pans. — Nombre de becs de gaz à Paris. — U
Les conduits d’eau.
mauvais garçons. —
Le
s fontaines. Le puits de Grenelle - (.oupe d’un ègou t. - -Les deux 1 g» ‘ J* « " gaz à Paris. - Usine à gaz de la
e lieutenant de police la Reyme établit des T^^üiès L I ^ uoSlers - Appareil Paulin. - Les fontaines monumentales. - Les fontaines
barrière d’Italie. — Consommation de combustible^^ . • JJ Fontaines dé la place Saint -Sulpice et de la place Louvois. — Les distiques de Santeuil.
publiques. — Fontaines de la place de la Concorde.
Du temps de nos bons aïeux , lorsqu’on croyait encore aux esprits, — car nous sommes aujourd’hui trop raisonnables pour y croire, — on avait divisé notre inonde en trois parties habitées par des êtres de nature diverse. L’air et les nuées étaient le domaine des sylphes, esprits légers, toujours beaux, toujours jeunes, nés pour la poésie et le plaisir, habitant des palais brillants formés de nuages florès par le soleil , étincelants comme l'arc-en-ciel. — Au-dessous d’eux, à la surface de la terre, c’était la race humaine, notre domaine a nous , tel que nous 1 habitons. Lt puis, au-dessous encore, dans les entrailles de la terre, se trouvait un troisième monde, celui des gnomes, esprits souterrains, relégués au dernier degré de l'univers. Ceux-ci, on le conçoit, étaient encore moins connus. Des hommes, doués de bons yeux, et surtout d’une bonne dose de crédulité, pouvaient bien avoir entrevu, par intervalles, dans les nuages, les palais fantastiques et les armées légères des sylphes rangés en bataille dans le ciel; de graves historiens en rapportent mille témoignages. Mais nul regard, si complaisant qu’il fût, ne pouvait percer jusqu’aux cavernes inaccessibles des gnomes. L imagination , qui ne fait jamais défaut , y suppléait : tantôt , selon le caprice du rêveur, on peignait ces pauvres gnomes comme des démons malfaisants, difformes, rabougris, accaparant les trésors de la terre, et les enfouissant avec eux par une insatiable avarice; tantôt, au contraire, on trouve des palais d’or, de pierres précieuses, qui s’ouvrent dans les longues galeries souterraines à la lueur étincelante des escarboucles et des ruisseaux de phosphore; pays merveilleux où régnent des esprits irrésistibles, vifs et séduisants, mais capricieux et fugitifs comme ces feux errants qui scintillent dans l’obscurité des cavernes.
Sans doute nos lecteurs ne sont pas sans avoir entendu quelquefois, et même avec plaisir, ces récits fantastiques. Eh bien ! sans rouvrir les vieux contes de la Bibliothèque bleue, ou les graves entretiens du comte de Gabalis sur les êtres élémentaires , nous allons faire aussi des histoires de l'autre monde. Nous allons décrire des régions souterraines; nous allons nous promener ii vingt pieds, à cent pieds, à cent cinquante pieds sous terre, avec les habitants de ces domaines, dans le royaume des gnomes et des farfadets; tout cela, sans dire autre chose que ce qui est, que ce que nous avons vu et touché, — et sans sortir, qui plus est, de l’enceinte de Paris et de sa banlieue.
Nous allons conduire nos lecteursdansle Paris souterrain. Nous leur ferons faire, j’en suis presque certain, d’inévitables découvertes dans ce monde nouveau et presque inconnu. Gela ne doit pas surprendre, car la superficie du pavé de Paris est souvent assez boueuse pour qu’on ne soit guère tenté de regarder dessous. Cependant, à chaque pas, de nombreux témoignages viennent révéler l'existence de cette seconde ville enfouie sous les pieds de la première. Chacun a sans doute remarqué ces épaisses et larges plaques de fonte ciselée, éparpillées çà et là au milieu des chaussées, tremblant et résonnant sous les roues des voitures : ce sont les portes elles fenêtres des rues souterraines. Il n’est personne qui n’ait rencontré, de temps en temps, un escadron de ces hommes armés d’échelles, de cordes, de râteaux, et chaussés de ces redoutables bottes qui broient le pavé; ou bien encore, ceux que l’on entend et que l’en voit le soir, courant sur les trot¬
toirs, fouillant à l’angle des murs et des soupiraux, et faisant retentir, par intervalles, d’un son strident et cadencé, la barre de fer poli dont ils sont armés ? — Ce sont les habitants, ou les ambassadeurs de la ville invisible cpie vous louiez aux pieds.
On a décrit, on a peint souvent avec talent l’aspect de Paris a vol d’oiseau; nous allons faire le contraire, et donner l’aspect de Paris à course de taupe. Au lieu de nous élever, nous descendrons; au lieu de voir Paris au-dessus des toits, nous le verrons au-dessous des caves. Ce sera peut-être moins facile, moins lumineux ; mais ce sera peut-être aussi intéressant , et sans doute ce sera plus neuf.
Avant de nous engager dans lesdétails de ce voyage, prenons d’abord une idée générale du pays; et, en voyageurs érudits, traçons-en la configuration générale, la disposition et les limites.
De même que ces villes édifiées au pied des volcans et construites sur d’autres villes enfouies qui leur servent de base, le Paris souterrain compte plusieurs étages de régions souterraines, superposées les unes aux autres, et descendant ainsi de degré en degré depuis la surface du pavé jusqu’à d’immenses profondeurs. Chaque étage caverneux, bien distinct de celui qui le précède et de celui qui s’enfonce audessous de lui, a sa physionomie particulière et ses habitants qui lui appartiennent. Aussi, pour procéder par ordre, nous commencerons notre voyage par la région la plus rapprochée de nous, pour descendre ensuite de plus en plus. — Et, placé d’abord en simple piéton sur le pavé de la rue, nous allons, tout à coup, changer de place, et, glissant plus bas, regarder dessous... — Voici le premier étage de Paris souterrain. — Que vous en semble?
Depuis quelque temps on a beaucoup parlé de travaux d’assainissement , de distribution d’eau, d’éclairage public; et on sait bien vaguement que toutes ces dispositions exigent des constructions souterraines. Mais, malgré tout ce qu’on peut avoir vu et entendu, sans doute on ne se figure pas ce dédale de cavernes obscures, ce tissu croisé et recroisé de tuyaux, de conduites enchevêtrées les unes dans les autres, et les unes sur les autres; il est facile de corn prendre à cet aspect tout ce qu’exige de combinaisons et de travaux le placement, l’entretien et le renouvellement d’un semblable appareil.
11 faut penser qu’il existe sous le sol de Paris environ cent trente kilomètres d’égouts, qui représentent par conséquent trente-cinq lieues de rues souterraines, et environ autant de conduites d’eau, qui alimentent P26 fontaines publiques, J 5 fontaines marchandes et 1 ,800 bornes-fontaines, indépendamment des services spéciaux constitués pour les établissements publies et particuliers ; enfin, le puits artésien de Grenelle porte jusque sur les hauteurs de l’Estrapade les eaux chaudes attirées des entrailles de la terre, Quant aux conduites de gaz, elles sont encore bien plus étendues. Nous ne comptons pas, en outre, tous les embranchements particuliers qui coupent les conduites maîtresses pour distribuer à droite et à gauche l’eau et le gaz dans les maisons ou sur la voie publique.
Nous avons cherché à présenter dans oet aspect du sol de la rue un aperçu des principales dispositions adoptées pour l’agencement et le service de ces conduites. En voici rapidement l’indication et l’explication.
A est la coupe d’un égout. Les balayeurs-égouttiers
y descendent à l’aide d’une échelle par le tampon de regard B. — C’est une bouche sous trottoir, qui ab-t sorbe les eaux du ruisseau; et D est un tuyau de| chute, par lequel les eaux ménagères et pluviales de la maison voisine tombent directement dans l’égout. L’administration accorde en effet, aux propriétaires qui le demandent, l’autorisation de se débarasser ainsi de leurs eaux, moyennant l’apposition de grilles convenablement établies, et certaines dispositions qu’exigent la prudence et la sûreté publique. — De distance en distance, des trappes de regard sont ouvertes sous la voûte de l’égout, afin de pouvoir en opérer la ventilation au besoin, et y faire parvenir les ouvriers.
E est la conduite d’eau qui dessert la rue à main droite; au point F elle porte une concession particulière, servie au moyen d’une bouche à clef, dont la manœuvre peut avoir lieu à travers le madrier perforé G, à l’affleurement du pavé. Cette conduite d’embranchement E a sa prise d’eau sur la conduite maîtresse H, qui dessert la rue à main gauche et fournit la borne-fontaine I; comme elle est placée au niveau de l'égout, elle rencontre sur sa route les reins de la voûte, et la traverse sur une espèce de chevalet en fonte qui la soutient dans ce passage.
La prise d’eau d’embranchement a lieu dans le regard J par un double système, de manière à pouvoir arrêter l’eau de la maîtresse conduite en amont ou en aval sans arrêter le service de l’embranchement. Le regard en maçonnerie J est ainsi établi, afin que les agents des eaux de Paris puissent faire la manœuvre des robinets d’écoulement et d’arrêt.
Les conduites E et 11 ont été posées dans de simples tranchées, et ne sont à découvert que dans le regard. Il n’en est pas de même de celles qui sont figurées aux lettres K , L. Celles-ci sont posées sur encorbellement dans des galeries. Ce système, qui permet de s’assurer à chaque instant de l’état des conduites, et de les réparer sans intercepter la circulation et remuer le pavage, peut être adopté pour les conduites d’eau. Mais cette méthode ne pourrait être employée pour les tuyaux de gaz , à cause des dangers qui en résulteraient.
Notre gravure représente la mise en communication de deux conduites de diamètre différent par le tuyau circulaire M, garni de ses robinets d’écoulement et de vanne.
Nous n’entrerons pas dans les détails explicatifs sur la forme et la manœuvre de ces robinets; ils seraient longs et exigeraient des développements techniques qui n intéresseraient qu un petit nombre de nos lecteurs. Nous dirons seulement que cette mise en communication des tuyaux a lieu pour remédier aux irrégularités du service. On tient ainsi les conduites en charge 1 une par 1 autre, on supplée au besoin aux eaux de 1 Ourcq, lorsqu’elles font défaut, par les eaux delà Seine, et réciproquement. Lors d’un accident, la seule manœuvre d un robinet suffit pour procurer 1 eau à tout un quartier, qui sans cela pourrait en rester privé fort longtemps.
Après les conduites d’eau viennent les conduites de gaz. Les tuyaux N, O, desservent la rue à droite, et les tuyaux P, R, la rue à gauche. Dans les rues dont la largeur est assez considérable, et qui surtout sont divisées dans le milieu par un égout, il est d’usage de placer une conduite de gaz de chaque côté, afin d’éviter les inconvénients qui résulteraient pour les embrafl-