‹ Tableau de ParisChapitre 138 sur 257 · CHAPITRE LXl. — LE FEU ET L’EAU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXl. — LE FEU ET L’EAU

chements particuliers des deux côtés de la rue, s’il fallait à chaque fois traverser toute la largeur de la chaussée et la maçonnerie de l’égout. Notre gravure ne présente donc que les conduites nécessaires ; les petits tuyaux S sont ceux qui desservent la bornefontaine, l’éclairage public, et quelques concessions particulières d’eau, de gaz, etc.

Quelquefois le nombre de ces tuyaux est plus coni sidérable. La grosseur en varie aussi beaucoup. Il y - en a dont l'énorme diamètre est de 0,50 à 0,60 c. Ce sont de véritables tonneaux ; la maîtresse conduite des eaux deChaillotest de ce nombre. D’autres, au contraire, n’ont que 0,08 c.

Les petitstuyaux en pl< >mb sont aussi exigus qu’on le désire.

Les égouts varient également de largeur : ils sont de petite ou de grande section, pour se servir du terme administratif, selon l’importance et la longueur de leur par- : cours, selon le volume des , eaux qu’ils sont appelés à recevoir. Les égouts-galeries sont ceux qui reçoivent en outre une conduite supportée par encorbellement.

Voilà donc l'aperçu rapide de ce que l’on trouve sous le pavé, de ce qui constitue le premier étage de Paris souterrain. Quant au peuple qui anime et gouverne cette cité suburbaine, sans doute il vaut mieux n’avoir pas de fréquents rapports avec ses râteaux mal odorants, ses lampes fumeuses et ses grosses bottes; niais cette existence d’un travail pénible et rebutant mérite bien aussi quelque intérêt. Passer les jours entiers dans ces humides cavernes, sans lumière, sans soleil, et sans autre air que les émanations fetides des immondices, gagner sa vie à remuer la fange produite par un million d’individus qui s’agitent sur leur têtes, certes le salaire de ceux qui se dévouent à une semblable profession est rudement gagné. D’ailleurs cette existence, triste toujours, n’est souvent pas sans péril. Ces dédales obscurs ont vu de sanglantes catastrophes , de terribles agonies, et la funeste histoire de la galerie des Martyrs n’est pas la seu.e que les égouts de Paris aient à déplorer.

Pour achever cette rapide description du premier plan de la ville souterraine, nous devons dire qu’elle possède deux fleuves : l’un au nord, sur la rive droite; l’autre au sud, sur la rive gauche de la Seine. — Le premier, que l’on appelle l’aqueduc de ceinture, est une large galerie voûtée qui reçoit les eaux du canal à la Villette, et les mène jusqu’au faubourg du Roule. C’est une rivière claire, limpide et tranquille. — L autre... hélas! elle fut jadis célèbre, et, non contente de traverser la grande cité aux rayons du soleil, elle la menaçait sans cesse de sa puissance et de ses

colériques débordements. En 1579, la nuit du 1er avril, elle inonda Paris, et ses eaux montèrent jusqu’au deuxième étage des maisons. O gloire! ô vanité des puissances déchues! depuis, la Bièvre n’a menacé que d’empester, par l’infection de sa vase, les quartiers qu’elle inondait autrefois. On l’a emprisonnée, murée, voûtée... et elle n’est plus qu’un égout obscur!

Mais ce premier étage souterrain est bien près encore de la surface. En suivant les conduites, en traversant les galeries, nous avons pu heurter le sol des caves, et mettre la tête aux soupiraux pour demander et recevoir des nouvelles du monde supérieur. Toute-

Une rue souterraine île Paris.

fois, en descendant plus bas par intervalles, nous avons pu ouïr quelques bruits étranges, quelques signes précurseurs de demeures plus profondes encore. Nous avons pu voir que quelques-unes de ces trappes, mystérieuses ouvertures placées à la superficie du pavé comme les fenêtres de ces habitations obscures, ne s’étaient pas ouvertes à notre approche. Elles appartiennent à une autre cité enfouie, aux catacombes, oü nous avons pénétré dernièrement.

Jusqu’en 1558, il n’y eut point à Paris d’éclairage public. Dans certaines circonstances , quand les violences, les meurtres, les tentatives d'incendie, les crimes de toute espèce venaient en plus grand nombre

désoler pendant la nuit la capitale, on enjoignait aux propriétaires de placer, après neuf heures du soir, sur une fenêtre du premier étage de leurs maisons , une chandelle allumée dans un falot, pour préserver les passants des attaques des mauvais garçons. On fut obligé de recourir à cette mesure, notamment en 1524., en 1526 et en 1553. De plus, chaque compagnie ou chaque personne qui, pendant la nuit, avait à parcourir les rues, portait sa lanterne. En octobre 1558, on prit le parti d’attacher des falots aux encoignures des rues. Un règlement du mois de novembre de la même année, cité par Félibien, ordonne : que « au lieu de fallots ardents seront mises lanternes ardentes et allumantes. » Un certain abbé italien, nommé Laudati, imagina d’établir à Paris une location de torches et de lanternes, dont le monopole lui fut accordé pour vingt ans, en mars 1 662 ; il fut autorisé à exiger des voitures qui loueraient ses lanternes cinq sous par quart d’heure, et des piétons trois sous seulement.

En 1667, quand Louis XIV eut créé la charge de lieutenant de police, et en eut investi M. de la Reynie , ce magistrat , comprit les devoirs que lui imposait l’état d’insécurité de Paris, dépeint par Boileau dans sa sixième satire :

. . . Sitôt que du soir les ombres [pacifiques D’un douille cadenas fout fermer [les boutiques ..

Les voleurs à l’instant s’empa- [rent de la ville.

Le buis le (dus funeste et le [moins fréquenté K-t auprès de Paris un lieu de [sûreté.

Malbeur donc à celui qu’une affaire imprévue Engage un peu trop tard au dépolir d’une rue :

bientôt quatre bandits lui serpent les côtés, etc., etc.

Parmi les améliorations introduites par la Reynie, on doit citer les mesures qu’il prescrivit pour l’éclairage public : on plaça dans toutes les rues des lanternes garnies de chandelles, ce qui parut alors un établissement si important et donnant à la ville un aspect si nouveau, que le gouvernement fit frapper à cette occasion une médaille, qui figure dans la collection numismatique du règne de Louis XIV, et portant pour légende : fJrbis securitas et nitor.

En 1745, un privilège pour des lanternes à réverbères fut accordé à un abbé Matherot de Preigney et à un sieur bourgeois de Châteaublanc ; mais ils ne purent se mettre en mesure de 1 exploiter qu en 1766. Ce perfectionnement fut fort goûté. En 1721 , les lanternes, qui primitivement n’avaient été qu’au nombre de 2,736, étaient portées à 5,772; en 1771, on en comptait 6,232; en 1821, les rues et places de Paris étaient éclairées par 12,672 becs de lumière établis dans 4,553 lanternes, et les établissements publics

Faubourg Saint-Martin. — Fontaine.

quartiers. En 1813, un ingénieur anglais avait cherché à établir à Paris l’éclairage à gaz, et à cet effet il avait construit une usine au Luxembourg, mais cette tentative, désastreuse pour les intéressés, fut bientôt abandonnée. En 1820, l’exploitation du Luxembourg fut reconstituée, les appareils de l'ingénieur anglais furent remplacés, et, au bout de quelques mois, la chambre des Pairs, le théâtre del’Odéon, et plusieurs établissements particuliers se trouvèrent éclairés. Le gaz fut même employé pour l’éclairage public de la rue de l’Odéon. Toutefois, malgré la création presque simultanée de plusieurs entreprises d’éclairage au gaz , le nouveau procédé demeura a peu près exclusivement affecté aux établissements particuliers, qui , du reste, ne l’adoptèrent que successivement et avec beaucoup de lenteur.

La première lanterne au gaz qui ail brûlé sur la voie publique dans Paris est , dit-on , celle du commissaire de police du faubourg Saint -Denis en 1819; elle était alimentée par un appareil établi dans une fabrique de produits chimiques située dans le voisinage.

A dix ans de là, à la fin de 1829, Paris ne comptait qu’environ 40 becs sur la voie publique; liée par la routine et par les traités qu’elle subissait fort patiemment, l’administration n’avait donné et ne donna, plusieurs années encore après, aucun développement sérieux à ce qui ne pouvait plus depuis longtemps être considéré comme un essai; et six ans après, à la fin de 1835, on ne comptait encore sur la voie publique it Paris que 203 becs brûlant pour le compte de la ville.

Depuis cette époque , chaque année a amené une progression sensible. Et le nombre total des becs de

Faubourg Saint-Martin . — Borne vespasienne.

gaz établis sur la voie publique pour le compte de la ville de Paris s’élève aujourd'hui à plus de 13,000. Quant à l’éclairage à l'huile, il a entièrement disparu.

Les lanternes à gaz fixée aux murailles des maisons sont toutes de modèle uniforme ; quant aux candélabres, il y a certain quartier où ils sont en dehors du modèle ordinaire; sur . la place de la Concorde, par exemple, s’élèvent des candélabres entièrement différents des autres, ainsi que dans la rue du Faubourg-Saint-Martin, qui a été dernièrement l’objet d’embellissements importants.

Il y a quelques années à peine, cette rue, une des plus longues, des plus larges et des plus fréquentées de Paris, était aussi une de celles qui offraient ii la circulation le plus de difficultés et de périls. Le mauvais état du pavé, l’escarpement de la chaussée, l’absence de trottoirs, l’insuffisance de l’éclairage, telles étaient les causes permanentes des accidents qui attristaient journellement cette rue , et qui

Faubourg Saint-Martin. — Candélabre.

par 482 lanternes contenant 088 becs.

C’était, au total, 13,300 becs et 5,035 lanternes.

Londres était depuis longtemps éclairé au gaz, quand l’administration de la ville de Paris se détermina à en laisser poser quelques becs sur la voie publique, plutôt pour satisfaire la curiosité que dans la pensée bien arrêtée de recourir à cet éclairage. Ainsi, tandis que de l’autre côté de la Manche on avait , par une large application et déjà par une longue expérience , reconnu les bons et immenses effets de ce procédé inventé vers la fin du dernier siècle par l’ingénieur français Lebon , en France , à Paris, l’administration fermait les yeux à la lumière , et passait pour l’éclairage à 1 huile des marchés qui devaient pour bien longtemps condamner nos rues à une clarté moins que douteuse. Les premiers essais d’éclairage par le gaz des rues de Paris qui aient été autorisés , remontent à 1821. Dès 1810, Londres avait comrnencé à l'adopter pour plusieurs de ses

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