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CHAPITRE LXI. — LE FEU ET L’EAU

en avaient toujours éloigné les classes aisées de la population parisienne. Frappé de ces inconvénients, un des habitants du quartier eut l'idée, non-seulement de les faire disparaître, mais de transformer complètement le faubourg Saint-Martin, et d’en faire la plus belle et la plus riche de toutes les rues de la grande ville. Il consacra immédiatement à la réalisation de ce projet magnifique son temps, son activité, son intelligence, et l’influence que devait lui procurer son dévouement au bien commun.

Son plan une fois arrêté, l’honorable citoyen dont nous parlons le développa dans un mémoire qu’il adressa à tous les propriétaires du faubourg Saint- Martin, et dans lequel il proposait d’adoucir l’escarpement de la chaussée, de construire de vastes trottoirs sur toute la longueur de la rue, et d’y élever cent

candélabres à gaz entre lesquels s’alterneraient trente fontaines et trente bornes vespasiennes.

Après un grand nombre de difficultés et d’objections, le projet fut adopté. L’État et la ville de Paris avaient accordé une somme d’environ 000,000 francs ; une liste de souscription, dont le chiffre dépassait 200,000 francs, fut couverte par h s propriétaires, sacrifice intéressé sans doute, mais qui pouvait paraître bien lourd si l’on tenait compte du peu de valeur qu’avaient eue jusqu’alors les maisons et les terrains dans la plus grande partie du faubourg.

Tous les travaux d’utilité sont exécutés aujourd’hui ; la montagne a été abaissée, des trottoirs aussi larges que ceux des boulevards ont été construits sur une double ligne de deux kilomètres d’étendue ; deux rangées d’arbres ont été plantées depuis l’église Saint-

Laurent jusqu’à la Villette; cent candélabres aussi élégants que ceux des Champs-Elysées jalonnent toute la longueur du faubourg, qui est plus splendidement éclairé aujourd’hui que la rue de la Paix et la rue Vivienne. Puis ont été placées les trente fontaines et les trente bornes vespasiennes en fonte , qui font de larue du Faiibourg-Saint-Martin une entrée digne de la plus belle et de la plus riche capitale du monde.

Suivant les saisons, l’éclairage est général ou partiel. L’éclairage est général dans les mois de janvier, février, mars, octobre, novembre et décembre, c’està-dire que, pendant ces six mois, tous les becs indistinctement sont allumés du jour au jour sans intertrupion. — L’éclairage est partiel pendant les six autres mois de l’année, c’est-à-dire que , selon les localités, le service d’une partie desjjbecs est suspendu

Kabrieàtion

du gaz. — Vue générale de l’usine d ■ la compagnie Parisienne, barrière d’Italie.

tout ou partie de la nuit lorsque la clarté de la lune peut y suppléer. — Ces derniers becs sont appelés becs variables ; ceux qui sont allumés du jour au jour sont appelés becs permaneds ; le nombre des premiers est de 10,08(3, des derniers de 3,647. Aujourd'hui cette économie profite au budget de la ville, qui obtient un prix moins élevé en raison de cette extinction calculée. Sous l’ancien régime, il ne lui revenait rien de cette économie, et on imposait à l'entrepreneur, à cause de ce qui était considéré comme une tolérance, de servir à des favoris, et à des femmes protégées , des pensions dites pensions sur le clair de lune.

Six compagnies concourent à l’éclairage de la ville par le gaz; ce sont les compagnies Française, Anglaise, la Carrière, Parisienne, de Belleville et

15 Cent. LA LIVRAISON. — 160e Livr.

de l’Ouest. Les premières établies ont fait choix de quartiers qui présentaient d incontestables avantages, c’est-à-dire la plus grande certitude de pouvoir desservir, outre les becs publics, des becs établis pour le compte de commerçants en boutiques ou de propriétaires. On estime , et l’administration de la ville admet que, pour qu’une compagnie puisse être indemnisée de ses premiers frais de pose de conduits et de ses frais quotidiens pour l’éclairage d’une rue, il faut que celle-ci puisse lui fournir, outre l’éclairage public, l’établissement d’un bec par cinq mètres de parcours. Or, là où l’éclairage particulier est nul, la compagnie serait en perte si elle était tenue de poser des conduits uniquement pour l’éclairage public, et la ville ne peut l’y contraindre qu’en l’indemnisant.

4ux bureaux de l’IlludratioD, rue de Richelieu, 60.

Si la ville ne peut pas toujours contraindre une compagnie à établir des conduits partout cii elle les juge nécessaires, elle a ce droit toutes les fois qu il y a garantie que le produit sera suffisant pour couvrir les frais. Ces charges des compagnies, ces obligations, auxquelles elles sont tenues, entraînent une idée de privilège. 11 n’y a cependant point de privilège de droit établi à leur profit, mais il y en a un de fait auquel la ville, le service public, la voirie et les compagnies trouvent également leur compte. Presque tou tes les rues de Paris sont percées , sous le pavage, d’un égout et souvent de deux conduites d’eau. Si a ces courants souterrains, qui nécessitent trop souvent des réparations, et par suite 1 interruption de la circulation . on eût laissé , en outre , toutes les compagnies de gaz qui se sont établies et toutes celles qui

PARIS. TYP. DS FIKMIN DI DOT, 66, RUS JACOB. 20 C. par la poste.

eussent voulu s'établir, ajouter des conduits en concurrence l’une de l’autre, il n y eût pas eu de jour où une fuite n’eut rendu indispensable de bouleverser le sol, de pratiquer des tranchées , de barrer les rues; il eût fallu rechercher à quelle compagnie incombait la réparation.

De là des lenteurs et de continuelles entraves. La \ i 1 le a dû n’autoriser qu une compagnie par rue, ou plutôt par quartier; elle a tracé à chacune d’elles un périmètre , abandonne un parcours ; elles se meuvent dans les limites qu’elle leur a posées. Ajoutons que, par suite de cette mesure, que tout rendait necessaire, la voie publique, moins souvent bouleversée et interrompue qu’elle ne 1 eut été, est bien éclairée, a un prix modéré, sans que le^ particuliers soient rançonnés, et que les compagnies établies réalisent toutes un bénéfice suffisant, même pour les moins bien partagées.

La fabrication du gaz offre un curieux , un imposant coup d’œil. La compagnie Parisienne, qui est située à la barrière d’Italie, et qui a plus étendus, sinon encore les

nos lecteurs une idée de l’étendue, de l’immensité de ces sortes d’établissements ; mais il lui manquera la couleur, pour bien rendre ces fournaises, ce rouge cerise devant lesquels seraient bien pâles •les forges de Vulcain à l’Opéra. Cinquante fourneaux, rangés dans l’atelier de distillation , font dégager de la houille ce gaz qui doit se répandre sur Paris en torrents i de lumière. Pour retirer le gaz inflammable, la houille est mise dans des cornues continuellement exposées à la chaleur rouge. Cette chaleur leur est communiquée par des fourneaux placés immédiatement au-dessous, ainsi qu’on le voit dans la gravure représentant l’atelier de distillation. Le gaz s’échappant des cornues passe dans un appareil de forme cylindrique et allongé , à travers lequel , après avoir plongé dans l’eau, oii il dépose les parties bitu mineuses qu’il entraînait avec lui, il est dirigé vers l’atelier d épuration, où il circule dans une foule de tuyaux destinés à le refroidir, et où il est mis en contact avec la chaux, qui

un des parcours les 1 la < mpagnie Parisienne a bien voulu admettre nos , le débarrasse de son bydrog» ne sulfuré. De là enfin il plus fournis de les. j dessins teins dans son usine. Leur « rr o i donnera à | se rend dans le gazomètie. d’où 1 ne sort plus rue

pour la consommation qui s’en fait tous les soirs. Bien des essais ont été tentés de nos jours pour sur-

Atelier de distillation.

passer et remplacer l’éclairage au gaz de bouille. Beaucoup n ont atteint ni l’un ni l’autre de ces buts.

Quelques-uns, comme ceux dont le gaz de résine a été l’objet, ont donné des résultats satisfaisants au

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