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L’KCOIÆ MILITAIRE ET LE CHAMP DE MARS

de Mai en

— Fête du 21 mai 1848

l’Ecole militaire. — Description de l’édifice. — Intérieur de ajioléon. — Arrestation des conspirateurs royalistes salle du banquet. — Le menu officiel. — Le Louis-Napoléon. — Les nouveaux drapeaux, tribution des aigles en 1805. — Le Champ de l’Hippodrome. — Les courses. — Le turf. — Les ascensions.

Paris se termine à l'Ouest par une immense et magnifique place d’armes, le Champ de Mars. Au sortir du Champ de Mars , nous arrivons aux barrières , et les barrières sont l’entrée de Paris extra muros , qui ne sera pas oublié dans le plan de cet ouvrage. A l'une des extrémités de cette vaste enceinte, où se passent tour à tour revues, fêtes publiques et courses hippiques, s’élève un monument remarquable, déchu maintenant et réduit à l’humble condition de caserne: je parle de l'École militaire. Cette institution, due à l’initiative du fameux Paris Üuverney , est une des rares créations du règne de Louis XV. Le préambule de l'édit, daté de janvier 1751 , qui lui donna naissance , mérite d’être cité, tant pour la noblesse et la dignité du ton , qu’à cause de l’intérêt qu’il offre en faisant connaître les vues et les intentions du fondateur. « Après l’expérience que nos prédécesseurs et nous avons faite de ce que peuvent sur la noblesse française les seuls exemples de l'honneur, que ne devrions-nous pas attendre, si tous ceux qui la composent y joignaient les lumières acquises par une heureuse éducation? Mais nous n’avons pu envisager sans attendrissement que plusieurs d'entre eux , après avoir consommé leur bien à la défense de l’État , se trouvassent réduits à laisser sans éducation des enfants qui auraient pu servir d’appui à leurs familles, et qui éprouvassent le sort de périr et de vieillir dans nos armées, avec la douleur de prévoir l’avilissement de leur nom , dans une postérité hors d’état d’en soutenir le lustre. Nous avons résolu de fonder vne École militaire, et d’y faire élever sous nos yeux cinq cents gentilshommes, nés sans biens , dans le choix desquels nous préférerons ceux qui, en perdant leurs pères à la guerre, sont devenus les enfants de 1 Etat. Nous espérons même que le plan qui sera suivi dans l’éducation des cinq cents gentilshommes que nous adoptons servira de modèle aux pères qui sont en état de la procurer a leurs enfants; en sorte que l’ancien préjugé qui a fait croire que la valeur seule fait l’homme de guerre, cède insensiblement au goût des études militaires que nous aurons introduit. Enfin, nous avons considéré que si le feu roi a fait construire l’hôtel des Invalides pour être le terme honorable où viendraient finir paisiblement leurs jours ceux qui auraient vieilli dans la profession des armes, nous ne pouvons mieux seconder ses vues qu’en fondant une école où la jeune noblesse qui doit entrer dans cette carrière puisse apprendre les principes de la guerre, etc. »

On sera étonné de lire la signature de Louis XV à la suite d’un édit dont les dispositions sont si pleines de grandeur, de bon sens et de sagesse.

Ainsi, d’après l’intention de son fondateur, l’École militaire a été instituée dans le double but d’offrir un asile aux orphelins dont les pères étaient morts au service du roi dans les armées, et de former les jeunes officiers , en les initiant aux diverses parties de l’art de la guerre. Aujourd’hui , l’École militaire proprement dite a été transportée à Saint-Cyr . près de Versailles, où nous la retrouverons; et l’édifice qui avait été construit pour elle sert de caserne à différents corps de la garnison de Paris. On ne sera pas fâché de rencontrer quelques détails sur l’organisation

de cette primitive école, qui a duré de 1758 à 1787 ; peut-être y aura-t-il un certain intérêt à la comparer avec les règlements et les ordonnances qui régissent aujourd'hui les élèves de Saint Cyr.

L’édit de Louis XV fixa, comme nous l’avons dit , le nombre des élèves de l’École militaire à cinq cents : les conditions d’admission , qui furent réglées par cet édit , divisaient les aspirants en huit classes. Les deux premières comprenaient les enfants orphelins dont les pères étaient morts à la guerre , ou par suite de blessures ou d’infirmités reçues au service; venaient ensuite , au troisième et au quatrième rang, les enfants qui avaient encore leurs mères, et qui avaient perdu leurs pères , soit au service , soit par suite de blessures, soit de mort naturelle, après trente ans passés sous les drapeaux. Les entants jouissant d’une fortune particulière , mais tils de militaires morts au service ou à la suite d infirmités contractées à l’armée, formaient la cinquième et la sixième classe. Enfin , les deux dernières se composaient des enfants dont les ancêtres avaient servi , ou qui , se trouvant dans l’indigence , avaient besoin des secours du roi. Les élèves appartenant à ces huit catégories étaient logés, nourris et instruits aux frais de l’État. Indépendamment de ces boursiers, on admit un certain nombre d’étrangers, qui payaient une pension de 2,000 livres. Bien entendu , le contingent de l’École se recrutait exclusivement parmi les gentilshommes; sauf de rares exceptions, les roturiers ne parvenaient qu’au grade de sergent-major dans l’armée. Chacun sait que, de nos jours, le concours est la seule épreuve imposée aux candidats des diverses écoles du gouvernement, avec quelques conditions d’âge et d’aptitude physique; la plupart des conditions qui réglaient les classes de l’École militaire ont été abolies ou ne sont plus considérées que comme de simples recommandations. L’instruction élémentaire , bien moins étendue qu’à Saint-Cyr, comprenait les mathématiques , l’histoire, le dessin, les grammaires latine, allemande et italienne; on commençait par des leçons d’écriture et de grammaire française , et , à titre d’arts d’agrément , on enseignait aux futurs officiers la physique expérimentale, l’équitation , l’escrime et la danse. Le service militaire était également compris dans le programme.

Toutes les fois que l’on examine une institution ancienne et que l’on recherche son budget de recettes et de dépenses, l’on demeure étonné du désordre et delà confusion qui régnaient dans les finances, même aux époques les plus voisines delà nôtre. Accoutumés que nous sommes à cette centralisation des ressources et à cette rigoureuse balance de l’actif et du passif, qui font de l’Etat le modèle des comptables et des teneurs de livres, nous ne comprenons plus rien au chaos de l’ancien système financier. Ces réflexions me sont suggérées par ce qui s’est passé lors de l’établissement de l’Ecole militaire. Dans cette institution, comme d’ailleurs dans toutes celles (pii ont précédé la révolution de 1789, rien ne s’est fait de la même manière qu’aujourd’hui , sauf peut-être l’édit royal, qui représente à la fois l’initiative* du pouvoir exécutif et le consentement du pouvoir législatif. Après que Louis XV a donné son ordonnance et ses lettres

patentes pour la fondation d’une école militaire, nous ne voyons ni concours d’architectes, ni allocation régulière de fonds, ni études préalables du projet , soumises à l’appréciation du public ou des connaisseurs. Le roi désigne, pour dresser ce plan et diriger les travaux, le sieur Gabriel, son architecte; et pour les premières dépenses, abandonne le produit de l’impôt sur les cartes à jouer. Cette première allocation étant insuffisante, il autorise une loterie spéciale, par arrêt du 15 octobre 1754. Et enfin, douze ans après, les religieux de la mense abbatiale de Saint- Jean de Laon sont tenus de payer au trésorier de l’hôtel une rente annuelle de 12,000 livres, qui se confond avec une première rente de -4,000 livres payée par le maréchal de Belle-Isle. Pour emplacement , on choisit une ancienne garenne appartenant à l’abbaye Saint-Germain. Il faut cependant être juste, malgré cette imprévoyance plus apparente que réelle, les diverses institutions avançaient aussi rapidement, pour le moins, que de notre temps, et si ce désordre et ce décousu des finances étaient chose regrettable, le pouvoir absolu savait au besoin trancher le nœud gordien en expropriant les propriétaires sans les indemniser et en payant les ouvriers avec des confiscations ou des taxes arbitraires. L’école, terminée en 1750, n’avait été que deux ans en construction, et recevait, dès 1578, des élèves que l’on avait provisoirement établis à Vincennes.

Parlons maintenant de l’édifice en lui-même : « Ce monument, dit M. Quatremère de Quincv, l’un des plus grands ouvrages du dernier siècle, bien qu’enlevé à sa première destination et dépouillé de tout ce qui pouvait lui donner de l’intérêt, ne laisse pas d’offrir une des plus grandes masses d’architecture, et à laquelle, comme à celle des palais de Saint-Jean de Latran, à Rome, il ne manque, pour paraître ce qu’elle est, que de se trouver au milieu de la ville, mise en point de rapport et de comparaison avec d’autres. »

Le principal corps de cet imposant édifice est de deux cours, dont la première a 70 toises carrées et la seconde, -45 ; l’emplacement qu’elle occupe, et qui comprend aussi le bâtiment entier, forme un parallélogramme de 220 toises de long et de 130 de large. Il y a deux entrées principales : celle du midi, qui est fermée par une grille de fer, et celle qui s’ouvre sur le Champ de Mars. Outre les deux grandes cours et les cours adjacentes, on trouve à l’entour du bâtiment des jardins et des constructions d’une architecture simple et appropriée aux besoins de l’établissement. L’École militaire est fournie d’eau par une machine hydraulique posée sur quatre puits et faisant mouvoir quatre pompes.

On remarque sur les deux faces des bâtiments en ailes qui s’avancent jusqu’à la première grille, deux frontons ornés de peintures en grisaille à fresque, exécutés par Gibelin; l’effet du bas-relief y est très-bien imité. La première de ces peintures, à droite, représente deux athlètes dont l'un arrête un cheval fougueux; la seconde, à gauche, est une allégorie de l’élude, accompagnée des attributs des sciences et des arts.

Le principal corps de bâtiment, du côté de la cour,

CHAPITRÉ XL1Î. — LE LONG DE LA SEINE (Suite).

est décoré d’un ordre de colonnes doriques, surmonté d’un ordre ionique; au milieu s’élève un avant-corps d’ordre corinthien , dont les colonnes embrassent les deux étages : il est couronné d’un fronton et d’un attique. La façade du côté du Champ de Mars est décorée d’un seul avant-corps de colonnes corinthiennes semblable au précédent. Au centre est un vestibule à quatre rangs de colonnes d’ordre toscan, ouvert de trois portes sur les deux faces : on y voyait les statues du maréchal de Luxembourg, de Coudé, de Turenne et du maréchal de Saxe, qui ont disparu, de même que la statue équestre de Louis XV; envoyée au musée des monuments français.

L’intérieur de l’École militaire n’offre de remarquable que la grandeur de quelques salles, actuelle¬

ment dépouillées des tableaux qui en faisaient jadis l’ornement. On doit indiquer aussi les constructions que, malgré de nombreuses contrariétés, l’astronome Lalande parvint à faire élever, en 1788, pour établir un grand quart de cercle mural qui manquait à l’Observatoire. Ces constructions consistent en une espèce de pavillon exhaussé de deux étages sur l’aile gauche de la cour, un massif pour porter la lunette , et un mur pour un quart de cercle. Ces deux beaux instruments et quelques autres sont placés sous la surveillance d'un astronome. La chapelle, construite en 1709, ne présente rien de saillant.

Les élèves de l’École militaire avaient une garnison composée de 08 invalides; une compagnie de sousofficier était chargée du’service intérieur. L’état-ma¬

jor se composait d’un gouverneur, d’un lieutenant du roi, d’un major, de trois aides et de trois sous-aidesmajors, de quatre capitaines des portes, et de deux écuyers; un intendant, un trésorier, un secrétaire, un contrôleur et un sous-contrôleur étaient chargés de l’administration. Pour compléter cette énumération, il faut citer encore le chapelain, assisté de cinq docteurs en Sorbonne, le médecin et les deux chirurgiens : la santé du corps et la santé de l’âme.

Bonaparte a étudié l’art de la guerre à l’École militaire : ee souvenir suffit pour immortaliser l’établissement qui a formé un tel élève. De son temps, c’està-dire après 1778, l’École, momentanément supprimée, avait reçu une organisation nouvelle, qui dura jusqu’en 1787. A cette époque, la suppression fut

définitive ; on incorpora les élèves dans les régiments ou dans les douze collèges militaires qui furent fondés en province, et l'ancien local fut mis à la disposition de la ville de Paris pour être transformé en succursale de l’Hôtel-Dieu. Mais la révolution survint. Eu 1799, l'École militaire fut mise à peu près au pillage, perdît sa bibliothèque, composée de cinq mille volumes, tous les biens qui formaient sa dotation, qui furent vendus, et elle devint une caserne de cavalerie.

Depuis lors, l’historien n’a plus guère à glaner dans les fastes de cette institution déchue. Bonaparte, consul, y établit son quartier général, et l’on inscrivit sur la frise de la façade : « Quartier Napoléon. » Devenu empereur, il y installa sa garde. En 1797, on y arrêta Brottier, de Preste , et la Villeheurnois , les conspirateurs royalistes de fructidor, pendant qu’ils développaient leurs plans au chef d’escadron Malo. A

15 Cent. LA LIVRAISON. — 106e Lîvr.

Salle de bal dans la cour de l’Ecole militaire le 10 mai 1852.

son retour du camp de Boulogne, Napoléon y fut harangué par le préfet de la Seine, et en sortit pour aller vaincre à Austerlitz.

Aujourd’hui l’Ecole militaire n’est qu’une caserne, des plus belles, il est vrai : elle renferme constamment un parc d’artillerie et une ou plusieurs batteries de cette arme. Mais son principal titre de gloire pour notre temps, c’est d’avoir été le théâtre d’un des plus saillants épisodes de la fête de la Distribution des Aigles, le 10 mai 1 852. La cour d’honneur servit de salle de bal; l’intérieur de l’École reçut les convives invités, au nombre de plus de dix mille, à un gigantesque souper. Voici quelques détails sur cette partie de la fête. Le reste viendra à propos du Champ de Mars.

L’extérieur et l’intérieur de l’École militaire avaient éprouvé, pour cette fête, une complète transforma-

Aux bureaux de l’Illustration, rue de Richelieu, 60.

tion. La façade du monument était presque entièrement masquée par les tribunes construites par le génie militaire : tribune du président, au centre et en avant; tribunes latérales, renfermant chacune 720 places; tribune séparée, de 1,200 places; et enfin deux pavillons, qui renfermaient chacun 418 spectateurs. Ces divers postes privilégiés étaient ouverts à la famille impériale, au corps diplomatique, aux grands dignitaires nationaux et aux corps constitués; les dames avaient des places distinctes. Les gradins découverts, pouvant recevoir 1,200 personnes, qui s’étendaient au-devant de l’École militaire, furent réservés aux officiers étrangers en uniforme. On arrivait à l’estrade du président par un escalier majestueux de 18 mètres de large, orné de six statues représentant la Force, la Justice, la Prudence, l’IIisj toire, la Victoire et la Paix, dues aux ciseaux de nos

paris, typ. de firjiin didot, 56, rue jacob. 23 C. par la poste.

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