CHAPITRE LXI. — LE FEU ET L’EAU
tent plus pour eux, et ils sont prescjue certains de se rendre maîtres en peu de temps des feux de cave les plus terribles. En effet, M. Paulin est l’inventeur d’un appareil aussi simple que commode, à l'aide duquel 1 homme qui en est revêtu peut respirer facilement au milieu de la plus épaisse fumée.
Cet appareil peu connu consiste en une large blouse en basane et en un masque de verre demi-cylindrique de trois millimètres d’épaisseur, au-dessous duquel est un sifflet à soupape servant à transmettre les commandements. Cette espèce de blouse, qu’une pompe vide d’eau remplit d’air respiratoire, est serrée sur les hanches par une ceinture qui fait partie de l’uniforme du sapeur; deux bracelets bouclés la ferment sur les poignets; deux bretelles ajustées au bas de la blouse et se bouclant par derrière la tiennent solidement attachée.
Nous avons fait voir plus haut les conduits qui distribuent l’eau dans Paris et le nombre important de fontaines qu’ils alimentent; cependant on peut dire que, sous ce rapport, Paris est moins bien partagé que d’autres villes, possédant une masse d’eau suffisante pour que chaque maison ait un puits ou un réservoir quelconque , qui fournisse aux besoins de ses habitants.
Les fontaines de la place de la Concorde et celles des Champs-Élysées ont été conçues dans un goût analogue. Les premières, au nombre de deux, sont ornées de statues de bronze. Le groupe
Fontaine de la place de la Concorde.
en bronze, que le temps a rendue verdâtre, s’accorde assez bien avec les colonnes rostrales et les lanternes à gaz dorées qui les accompagnent; mais elles manquent de grandeur dans la magnifique perspective qu'offre la place, bornée par de splendides palais et par l'immense avenue des Champs-Élysées. Pourtant la partie supérieure de ces fontaines est assez élégante, et bien des amateurs seraient disposés à pardonner aux; autres défauts, si le bassin était en rapport avec la hauteur du jet; mais ces malheureuses vasques sont si étroites, que le moindre vent suffit pour emporter la gerbe d’eau au delà de leur diamètre, et pour inonder les passants.
Les cinq autres fontaines, en bronze, qui se trouvent presque perdues dans les massifs des Champs-Elysées, représentent également des nymphes et des divinités aquatiques, dans la plus parfaite nudité , épanchant leurs urnes ou dénouant leurs chevelures. Ces sujets mythologiques , totalement dépourvus d’actualité, n’ont d’excuse que si l’exécution offre un mérite réel, et ce mérite manque généralement aux infortunées habitantes des Champs-Élysées.
Il se trouve également au milieu du rond-point un projet de fontaine, c’està-dire une vasque circulaire, où il y a de l’eau de temps en temps : on ne voit pas bien comment il sera possible de compléter cela, et d’élever un monument qui soit digne de figurer dans cette superbe avenue, tout en ne masquant
principal, qui soutient la vasque supérieure, d’où l’eau jaillit en gerbe, représente la cour de Neptune; les divinités mâles et femelles qui la composent sont disposées par couples et majestueusement assises;
ep avant, des tritons et des sirènes à queue de poisson lancent également de l’eau par des conques marines que soutiennent leurs mains. Cette décoration
Fontaine de la place Louvois.
pas l’Arc de triomphe d’une manière désagréable.
Le bronze fait également les frais de la fontaine qui orne la place Louvois. Cette fois, ce sopt quatre statues, de dimensions colossales, figurant les quatre
15 Cent. LA LIVRAISON. — 161e et 162e Livr.
principaux fleuves de la France, et qui, à l’instar des cariatides du style néo-romain, supportent sur leurs têtes une coupe d’oii l’eau déborde dans la vasque inférieure. Nous n’avons rien à dire de particulier sur
Aux bureaux de l’Illustratiou, rue de Richelieu, 60.
l’exécution de (-es images allégoriques; elles ne sont ni mieux ni plus mal que toutes celles que l’on voit partout. Quant à la place Louvois, qui sert de dégagement à la façade de la Bibliothèque impériale, il
paris, typ. PE firmin dipot, 56, rue jacob. 20 Ç. par la poste.
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faut dire qu’elle occupe une partie de l’emplacement de l’ancien Opéra. La salle de l’Académie royale de musique se trouvait rue de Louvois, lorsque, dans une représentation, le duc de Berry y fut assassiné par Louvel. A la suite de ce crime, l’Opéra a été transporté dans le local provisoire qu’il occupe encore aujourd’hui, rue Lepelletier.
Parlons maintenant de la fontaine de Molière. La rue, à laquelle s’attache désormais le nom de notre grand comique, est une des plus riches en souvenirs historiques qu’il soit possible de trouver à Paris. Lorsque la capitale de la France était entre les mains des Anglais, le roi Charles VII essaya une attaque contre elle, pour s’en rendre maître.
L’enceinte fortifiée suivait alors la partie inférieure de la rue de Richelieu, et un ouvrage avancé défendait la hauteur connue aujourd’hui sous le nom de Butte des Moulins. Jeanne d’Arc, qui se trouvait à l’avant-garde, reçut une blessure sur le point du rempart qui occupait l’emplacement de la rue actuelle de la Fontaine-Molière, et cet accident fut suivi de la levée du siège. Trois siècles plus tard, quand Paris, considérablement agrandi, avait débordé ses anciennes limites et englobé les remparts de la cité de Charles Vil, un grand auteur et directeur de troupe fut mis en possession de la salle de Monsieur, pour y jouer ses pièces; cet homme était Molière. La maison oii il demeurait, à proximité de son théâtre, portait l’enseigne des Deux Singes, et se trouvait au coin de la rue Traversière et de la rue de Richelieu. Non loin de là, au n° 18 actuel de la rue d’Argenteuil, demeurait un autre vieillard de génie, un ami de
Fontaine Molière. — l.a Muse enjouée
M tison habitée par Pierre Corneille, rue d’Argenteuil, n° 18.
Molière, une des gloires de la France, Pierre Corneille.
Cette maison dans laquelle Corneille expira a été, dit-on, la propriété de ce grand homme. Elle offre quatre corps de bâtiment disposés en carré, et dont le côté parallèle à celui donnant sur la rue d’Argenteuil et ayant une façade sur la rue l’Évêquç, n° 15, a été détaché depuis. C’est dans une chambre, au second sur le devant, que l’immortel auteur du Cül rendit le dernier soupir. La piété des propriétaires auxquels cette maison a successivement appartenu a conservé religieusement dans son état primitif l’alcôve dans laquelle était placé le lit mortuaire. Il n’a été fait non plus aucun changement important dans la disposition de la pièce, qui est encore traversée dans sa longueur par une très-grosse poutre. Cette pièce fait partie d’un appartement occupé aujourd’hui par un employé au ministère des finances. La rampe de l’escalier est encore du temps de Corneille, ainsi que quelques ferrures des fenêtres.
C’est aux soins du propriétaire actuel de cette maison que l’on doit l’érection du buste placé au fond de l’étroite cour, avec cette inscription :
le cid ( IGfitî ).
I.egrand Corneille est mort dans cette maison, le 1er octobre lf>84. On lit au-dessous :
Je ne dois qu’à moi seul toute ma renommée.
Un marbre noir, placé sur la façade de la maison , reproduit en lettres d’or la date de sa mort.
I a maison dans laquelle mourut Molière a été ha¬
bitée jusqu’à notre époque par des hôtes plus ou moins obscurs.
En 4841, elle devait être démolie, pour faire place à une fontaine.
M. Régnier, l’un des plus dignes interprètes du grand homme, adressa au ministre des travaux publics une demande à l’effet de provoquer une souscription, pour faire de cette fontaine un monument digne de la mémoire de Molière. Sa demande fut accueillie, et la fontaine que nous voyons a été construite, moitié par souscription, moitié sur les fonds de la ville de Paris.
Dans une sorte de niche, pratiquée dans le mur qui soutient tout le monument, on voit la statue de Molière, assise, des livres à ses pieds. L'attitude du grand homme est méditative : sa tête est baissée, et il semble à la poursuite d’une création nouvelle. Si on étudie de près, on reconnaît la physionomie spirituelle et caustique, l’expression mordante et profonde qui le caractérisaient: le costume, le corps tout entier, sont étudiés avec le même soin que la figure. Cette statue, coulée en bronze, est de M. Seurre aîné. Au bas du monument, la Comédie sérieuse et la Comédie enjouée, dues au ciseau de Pradier, se tiennent debout, déroulant la liste des œuvres de leur illustre adorateur.
Ces deux statues offrent toutes, les qualités qu’on trouve dans leurs sœurs, grâce, finesse, majesté; ce sont bien des visages divins, des formes célestes et une beauté surhumaine. S’il y a quelque chose de terrestre en elles, c’est peut-être un peu trop de coquetterie.
La statue en bronze de Molière, par M. Seurre aîné, est une œuvre consciencieuse ; le monument a été conçu de manière a la bien faire
Fontaine Molière. — La Muse grave.