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LES ÉTABLISSEMENTS I)E BIENFAISANCE

Les établissements de charité au moyen âge. — Les hospices et les hôpitaux. — L’Hôtel -Dieu. — L’hôpital Saint -Antoine. — L’hospice Beaujon. — L’hôpital de la Charité. — Jean de Dieu. — L’ordre de Saint-Jean de Dieu. — L’église Saint-Jean-Baptiste — L’hospice Cochin. — Le curé Cochin. — L’hospice Necker. — L'hôpital et la Clinique de la Faculté de médecine. — Le Val-de-Gràce. — Le monastère du Val-de-Grôce de Notre-Dame de la Crèche. — Les plans de François Mansart. — Le dôme du "Val-de-Gràce.

— Les peintures de Mignard. — Statue de Larrey, au Val-de-Crâce. — Les hospices spéciaux. — La maison et l’école d’accouchement. — L’hôpital des enfants malades. — L’hospice dos Orphelins. — Bicêtre. — Maison de Sainte - Périne. — Les Incurables, hommes et femmes. — La maison des Petits- Ménages. — L’hospice de la Salpêtrière. — Les maisons de santé. — Les bureaux de bienfaisance. — Les cités ouvrières. — Les lavoirs publics.

Autrefois de pieuses fondations et la charité opulente de quelque haut seigneur laïque ou ecclésiastique j se chargeaient d’acquitter la dette de la société envers les pauvres, les malades, et tous ceux qui se trouvaient empêchés de vivre du travail de leurs mains. L’État et la commune ont administrativement conquis, sur les efforts trop insuffisants des particuliers et des donataires, le domaine immense de la charité, et se sont chargés de pourvoir au traitement des malades indigents, au soin des vieillards pauvres et des enfants abandonnés.

Le Tableau de Paris a déjà donné des descriptions détaillées de ces vastes établissements oii toutes les misères humaines, aggravées par l’indigence, se donnent rendez-vous. L’Hôtel-Dieu, les Enfants-Trouvés, Bicêtre, voilà les trois institutions modèles. Quelques détails un peu précis sur les soins dont on entoure la vieillesse, et sur l'hôpital militaire, suffisent pour compléter cette triste peinture dans ce qu’elle offre de contemporain. En énumérant les nombreuses succursales de ces maisons principales, nous éviterons de rappeler au lecteur les douloureuses images et les souvenirs funèbres qu’il n’a pas été possible de lui épargner en parlant de l’Hôtel-Dicu et de Bicêtre. La maladie, la démence, la misère, la décrépitude, offrent partout des caractères analogues, et produisent partout le même effet affligeant.

Bornons-nous donc, dans cette revue rapide, à évoquer les souvenirs de quelques grands hommes et de quelques hommes de bien, dont le nom et la mémoire se rattachent à la plupart des établissements que nous allons parcourir.

On peut considérer comme des succursales de l’IIôtel-Dieu les hospices de Saint-Antoine, de Beaujon, de la Charité, de Cochin et deNecker, que nous citerons par ordre alphabétique pour choisir la classification la plus simple, comme on va le voir : ces maisons sont distribuées sur les divers points de Paris, à une distance suffisante les unes des autres, de façon à pourvoir aux besoins de chaque circonscription, et à éviter les déplacements, toujours pénibles et souvent dangereux, des malades.

L’hôpital de Saint -Antoine, situé dans le faubourg de ce nom, occupe une partie de l’emplacement de l’ancienne abbaye Saint- Antoine des Champs. L’origine de cette abbaye remontait à Foulques de Neuilly, dont les éloquentes prédications, vers 1 198, amenèrent la conversion d’un grand nombre de femmes de mauvaise vie. Le pieux curé fit construire un couvent pour recevoir ses nouvelles pénitentes. Cette institution , agrandie par Saint-Louis, se rattache à notre histoire nationale par le souvenir de la guerre du bien public. Louis XI, étant dans les murs de l’abbaye, signa la paix avec les princes rebelles, en 1405. Le monastère, rebâti en 1770 par l’architecte Lenoir, fut vendu et détruit sous la révolution. Les bâtiments restés debout furent destinés à servir d'hôpital, en vertu d’un décret de la Convention nationale. Cet hospice, desservi par les sœurs de Sainte-Marthe, compte au-

15 Cent. LA LIVRAISON. — 163e Livr.

jourd’hui 202 lits. Il est ouvert à toutes sortes de maladies.

A l’autre extrémité de Paris, dans le faubourg Saint-Ilonoré, s’élève l’hospice Beaujon. Ce nom est celui d’un financier célèbre du règne de Louis XVI, qui, après avoir acquis une fortune immense dans la recette générale de Rouen, crut devoir sanctifier ses richesses en consacrant une partie de son or mal acquis à des fondations pieuses. Il obtint, en 1785, l’autorisation d’établir un hospice où seraient élevés et nourris vingt-quatre orphelins des deux sexes. Cette fondation lui coûta 625,000 livres. L’hospice reçut une destination et une dénomination différentes en 1795; on y reçut des malades, et on lui donna le nom d'hôpital du Roule. Depuis 181.3, il a repris son ancien titre; mais il sert toujours d’hôpital, et il est desservi, comme le précédent, par les sœurs de Sainte-Marthe.

11 nous faut maintenant faire une grande enjambée,

franchir la Seine, et p'oager dans li rue des Saints- Pères : nous trouvons la Charité, un des plus anciens hôpitaux de Paris.

Jean, surnommé Jean de Dieu, à cause de ses vertus et des œuvres d’ardente charité qui remplirent les dernières années de sa vie, était un Portugais du dioçèse d’Évora. Il avait passé une partie de sa vie à porter les armes, lorsqu'à l’âge de quarante-cinq ans il se voua tout entier a la pénitence et au service des malades. Dix ans plus tard, le 8 mars 1550, il mourait, laissant une telle réputation de sainteté, que le pape Alexandre VII le canonisa en 1690. Jean de Dieu n’avait jamais eu la prétention de fonder un ordre religieux; mais il laissa des disciples ou plutôt des imitateurs, qui continuèrent, après lui , a servir les pauvres malades, et formèrent une congrégation nouvelle, approuvée d’abord par les papes l ie \ et Clément VIII, puis érigée en ordre religieux par le pape Paul V. Le bref constitutif de ce dernier pontife, daté du 43 février 1617, obligeait ceux qui voulaient en- 1 trer dans Y ordre de Saint-Jean de Dieu, ou des frères

Aux bureaux de l’Illustration, rue de Richelieu, 60.

de la Charité, aux trois vœux ordinaires et à un quatrième vœu, celui de servir les malades. Il permettait en même temps a chaque maison de cet ordre d’avoir un religieux prêtre, qui ne pourrait exercer aucune charge, aucun office dans la congrégation.

La congrégation de Jean de Dieu rendait de tels services, qu’elle se répandit avec une grande rapidité. Elle n’était pas encore constituée définitivement comme ordre religieux, lorsque Marie de Médicis, seconde femme de Henri IV, songea à en doter la France. Elle fit venir de Florence à Paris cinq frères de cette congrégation, qu’elle installa, sous le titre de religieux de la Charité, dans une maison de la rue de Petite-Seine, appelée depuis rue des Pelits-Augustins. Les lettres patentes par lesquelles Henri IV autorisa cet établissement au mois de mars 1602, enregistrées au Parlement le 14 avril 1609, furent confirmées par Louis XIII au mois d’août 1628, et plus tard par Louis XIV, en 1643 et 1665.

En 1607, la reine Marguerite désirant fonder, dans la maison même occupée par les religieux de la Charité, un couvent d ’Augustins déchaussés , les cinq frères allèrent s’établir dans un emplacement occupé par de vastes jardins, près d’une .chapelle de Saint-Pierre, dont on a fait depuis Saint-Père et enfin Saints- Pères, nom qui est resté à la rue. Marie de Médicis leur fit construire, dans le voisinage de cette chapelle, un hôpital, une maison, et les dota. Les religieux de la Charité devaient, aux termes de leurs règlements, êlre à la fois chirurgiens, pharmaciens, et soigner eux-mêmes leurs malades. Bientôt le chiffre des bons frères s’éleva de cinq à soixante, et la maison de Paris devint le chef-lieu de toutes les maisons du même ordre, répandues dans le royaume et dans ses colonies.

Six ans après la fondation dont nous venons de parler, les religieux de la Charité élevèrent, à la place de la chapelle de Saint-Pierre, une église qu’ils mirent sous le vocable de saint Jean-Baptisle. Marie de Médicis en posa la première pierre, sur laquelle fut gravée cette inscription :

Maria Medicæa, Gulliæ et N ara me regina regens, fundutrix, anno 1613.

L’architecture de cette église ne se recommandait guère que par un assez joli portail, construit, en 1722, sur les dessins de Cotte ; mais 1 intérieur était orné ue quelques œuvres d’art assez remarquables; on citait, entre autres, la Résurrection de Lazare, parGalloche, tableau dans lequel cet artiste avait fait les portraits de sa femme, de ses filles, de sa domestique et de son porteur d’eau ; — un tableau dans lequel Dulin , membre de l’Académie royale de peinture, avait figuré le Christ guérissant les malades ; — dans le chœur, un autre Christ, de Benoit; — dans une chapelle, à gauche de l’autel, Y Apothéose de saint Jean de Dieu, qu’on voyait enlevé par les anges, œuvre due au pinceau de Jouvenet; enfin, une vierge de marbre sculptée par le Pautre.

PARIS. typ. de firmin didot, 56. rue Jacob. 20 C. par la poste.

D’autres tableaux, répartis dans les salles de 1 hôpital , appelaient encore l’attention : dans la salle Saint-Louis, Testelin avait représenté ce prince pansant un malade ; Restout avait peint deux sujets tirés de l’Évangile; dans la salle Saint-Michel, Lebrun avait figuré la Charité sous l’emblème d'une femme versant de l’eau sur des flammes: c’était l'un des premiers ouvrages de ce maître; enfin d'autres artistes en renom, tels cpie Lahire, de Sève, etc., avaient apporté à la décoration de l’hôpital le tribut de leurs talents. Aujourd’hui toutes ces œuvres sont dispersées ou anéanties.

L’hôpital de la Charité était le noviciat des frères de Saint-Jean de Dieu et la retraite des religieux hors de service. Il était administré par les religieux euxmêmes, qui en occupaient une grande partie. C’était là aussi que se tenaient les assemblées triennales convoquées pour l’élection des supérieurs de toutes les maisons de l’ordre.

On ne recevait autrefois à 1 hôpital de la Charité que des hommes attaqués de maladies curables, et encore fallait-il que ces maladies ne fussent point contagieuses ni honteuses. On s’accordait généralement à louer les soins, la propreté, la bonté, la charité véritable, avec lesquels les malades étaient traités.

Parmi les garçons chirurgiens attachés à l’établissement, il y en avait un à qui six ans de service conféraient de droit la maîtrise.

La Charité s’appelait, pendant la Révolution, Hospice de l’Unité.

Ce n'est qu’en 1815 qu’elle a repris son premier et son véritable nom.

L’établissement de 1 école de clinique interne de cet hôpital date de 1801. Il compte aujourd’hui 350 lits, dont 250 pour les hommes et 100 pour les femmes, qui n’y étaient point admises autrefois.

Depuis qu’il a cessé d’appartenir aux frères de Jean de Dieu, il est régi comme tous les autres hôpitaux civils.

Sans quitter ce côté de la Seine, dirigeons-nous vers l’Observatoire, dans le faubourg Saint-Jacques.

Non loin du grand établissement militaire du Val-de-Gràee, dont il sera bientôt question, se trouve 1 hospice Cochin. Cet hôpital, un des moins importants de la capitale, car il ne compte que 135 lits, arrêterait à peine notre attention quelques instants, s’il ne portait inscrit sur son fronton le nom d’un des hommes les plus recommandables de la France. Jean -Denis Cochin, né à Paris, était, en 1735, cure de la paroisse de Saint-Jacques du Haut-Pas.

Oix ans après sévissait à Paris une contagion meurtrière, que 1 on ne savait pas encore neutraliser pai 1 inoculation et la vaccine. Ce fut pour le curé Cochin une occasion de déployer le zèle et la charité qui remplissaient son âme. De nombreux amis lui proposèrent de déléguer les soins de ses malades variolés a ceux de ses vicaires qui avaient déjà subi l’influence de la maladie : « Nullement, répondit le pasteur. Que diriez-vous d’un soldat qui demanderait un congé en temps de guerre?» Le dévouement de Cochin pour les paroissiens, loin de s’affaiblir, devenait plus ingénieux et plus actif chaque jour. Le faubourg Saint-Jacques était habité en grande partie par des ouvriers < ji îi travaillaient aux carrières voisines. Ce quartier ne possédait point d’infirmerie, et l’on était obligé de transporter les malades à l’Hôtel-

Dieu. Souvent les secours étaient donnés trop tard. La sollicitude du bon curé remédia à cet état de choses. Cochin aliéna sa fortune, c’est-à-dire quinze cents livres de revenus, et employa l’argent à l’acquisition d’un terrain, sur lequel s’éleva un établissement que le modeste fondateur appelait : « Hospice de la paroisse de Saint-Jacques du Haut-Pas. » La première pierre fut posée par deux pauvres de la paroisse, élus en assemblée de charité comme étant les plus dignes d’être distingués par leurs vertus. M. Yiel, architecte, ami du fondateur, tit. les plans et surveilla gratuitement tous les travaux de l’édifice. Commencé vers I77f), cet hospice fut construit , meublé et doté de quinze mille livres de rentes dans l’espace de trois années. Cochin mourut en 1783. 11 laissa son nom à son hospice, qui fut respecté par la Convention nationale et qui est venu jusqu’à nous,

Le Val-de-Gràce.

en prenant chaque jour un nouvel accroissement.

Nous terminons cette énumération des succursales de l’Hûtel-Dieu par l’hospice Necker, situé dans la rue de Sèvres.

Cet hospice a été formé sur remplacement du couvent des religieuses bénédictines de Notre-Dame de Liesse. Établies en 1631 , à Réthel, dans le diocèse de Reims, ces religieuses lurent obligées, pour éviter les malheurs de la guerre, de se réfugier à Paris, et elles s’installèrent rue du Vieux-Colombier. Le roi approuva cette communauté, dont le but principal était l 'éducation des jeunes filles. La comtesse de Soissons et la duchesse de Longueville se déclarèrent protectrices de cet établissement.

Lu 1649, les religieuses prirent possession d’une propriété connue sous le nom de Jardin d’Olivet et située dans la rue de Sèvres, oii elles firent, par la

suite, élever une chapelle. Le couvent, à peu près désert, ayant été supprimé en 1778, madame Necker, femme du contrôleur général, conçut et exécuta le projet de le remplacer par un hospice qui reçut le nom d’hospice deSaint-Sulpice. Pendant la Révolution, cet hôpital fut nommé hospice de l'Ouest. Enfin on lui donna le nom de sa fondatrice. Cette maison renferme aujourd'hui 133 lits, savoir : 14 pour les blessés, 12 pour les blessées; 12 pour les convalescents; 15 pour les convalescentes; 36 pour les malades ordinaires hommes, et 44 pour les femmes. 11 est desservi par les sœurs de charité.

Il faut ajouter à ces divers hospices l’hôpital et la clinique de la Faculté de médecine. Cet établissement a été loriné dans une partie de l’emplacement de l’ancien couvent des Cordeliers. Son entrée se trouve en lace du portique de l’École de médecine; le péristyle est décoré d’une statue d’Esculape. L'intérieur de cet hôpital présente, au rez-de-chaussée, quatre galeries au milieu desquelles se trouve un jardin. Les salles renferment 140 lits, occupés moitié par les hommes, moitié par les femmes. Les élèves peuvent acquérir, en fréquentant assidûment cet hôpital, une excellente instruction pratique. Plusieurs pavillons sont affectés aux travaux anatomiques. On y a aussi construit plusieurs amphithéâtres pour les cours particuliers.

Les militaires de la garnison de Paris ont pour hôpital le Val-de- Gràce, le plus beau et le plus vaste établissement de ce genre qui se rencontre en France. Mais le grand intérêt du Val-de-Gràce, c’est moins sa destination actuelle que son histoire et son importance comme monument.

Vers le dixième siècle, un monastère dont les religieuses étaient soumises h la réforme de saint Benoît, avait été fondé au Val-Profond. près Bièvre le Châtel, à trois lieues de Paris. Anne de Bretagne, femme de Louis XII, ayant pris cet établissement sous sa protection, changea son nom en celui de Valde-Gràce de Notre-Dame de la Crèche.

Au commencement du dix-septième siècle, les religieuses résolurent de transférer leur abbaye dans la capitale. A cet effet, elles achetèrent la propriété dite l’hôtel du Petit- Bourbon. La reine Anne d’Autriche remboursa le prix de l’acquisition, et se déclara fondatrice du nouveau monastère.

Les religieuses furent installées en 1621 dans cette abbaye, qui fut bénite sous le titre de Val-de-Gràce de Notre-Dame de la Crèche. Anne d’Autriche fit construire quelques bâtiments, et posa la première pierre du cloître trois années plus tard. Cette reine avait fait vœu, si Dieu lui donnait lin fils, de lui bâtir un temple magnifique. Mère d’un prince qui fut Louis XIV, après 22 ans de stérilité, elle résolut de remplir cet engagement sacré en faisant reconstruire, avec la plus grande magnificence, l’église et le couvent du Val-de-Gràce. L 'édification du nouveau monument, suspendue par les guerres civiles, dura vingt ans, de 1645 à 1665.

Le Val-de-Grâce est un des édifices les plus réguliers de notre capitale. François Man sart fournit les plans du monastère et de l’église; mais il ne conduisit ce dernier monument qu’à la hauteur du rez-dechaussée. Une intrigue de cour l’obligea d’abandon-

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