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CHAPITRE LXIJ1. — LES ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE

lier la direction des travaux, (jui fut successivement

confiée à Jacques Lemercier et à Pierre Lemuet, auquel on associa Gabriel Leduc. Mansart se vengea de cette injustice en homme d’esprit et en grand architecte ; ayant persuadé au duc de Guénégaud de faire bâtir une chapelle à son château de Fresnes, il reproduisit en petit le plan magnifique qu’il avait conçu pour le Val-de-Grâce.

Le monument d’Anne d'Autriche se compose de l’église, accompagnée de jardins et de plusieurs corps de logis. On entre dans une vaste cour, limitée par le grand portail au milieu, et par deux ailes de bâtiments que termine de chaque côté un pavillon carré.

Sur seize marches s’élève le grand portail de l’église ; son avant - corps forme un portique soutenu par huit colonnes d’ordre corinthien. Un second ordre, décoré de colonnes composites, s’unit au premier par de grands enroulements. 11 est terminé, comme le premier, par un fronton orné d’un bas - relief.

L’intérieur est décoré de pilastres d’ordre corinthien à cannelures. Le dôme est, après ceux du Panthéon et des Invalides, le plus élevé de tous les édifices de Paris.

Il a été peint à l’intérieur par Mignard. Cette vaste composition, exécutée à fresque, et qui représente le séjour des bienheureux, n’a coûté à son auteur que treize mois de travail. Mais le temps ne fait rien à l’affaire, et la fresque de Mignard est un véritable chefd’œuvre. On ne doit pas oublier, en parlant du Val-de-Grâce, que Molière a célébré son érection par un poème descriptif qui ne répond pas, sans doute, à la renommée de ce puissant génie , mais qui suffirait peut-être pour établir la réputation d’un poète du second ordre. On remarque, dans cet ouvrage , un éloge bien senti du peintre, et une description complète du procédé de la fresque, qui ne manque ni d’élégance ni d’exactitude.

Anne d Autriche avait accordé au monastère du Valde-Grâce plusieurs privilèges importants, entre autres ceux de porter les armoiries de France, et de recevoir les cœurs des princes et des princesses de la famille royale. Ce couvent possédait aussi la singulière prérogative de réclamer la première chaussure de chaque fils ou fille des princes du sang.

Cette communauté fut supprimée en 1790. Les bâtiments furent d'abord convertis en un magasin central des hôpitaux militaires. Un décret , en date de l’an XII, les consacra à servir d'hospices pour les en-

quatre épisodes des batailles oii Larrey se fit remarquer principalement par son zèle et son courage : les Pyramides, Austerlitz, Somo-Sierra et la Bérésina. Distingué de bonne heure par Napoléon, il suivit le géant dans toutes ses conquêtes. La vie entière de Larrey ne fut qu’un long dévouement à la science et à l'humanité; aussi nul ne blâmera l’hommage tardif rendu à sa mémoire.

Indépendamment des hospices qui reçoivent toute

espèce de malades, Paris en renferme plusieurs dont la destination est bornée à recueillir et à soigner seulement quelques infirmités d'une nature particulière. Ainsi, les maladies de l’esprit, la lolie à ses divers degrés, sont soignées à Bicêtre, dont nous avons déjà parlé, et à la Salpêtrière , dont il sera question tout à 1 heure; la vieillesse reçoit un asile à la Salpêtrière, aux Petits-Ménages, aux deux maisons des incurables hommes et des incurables femmes ; la maison de la Maternité accueille les femmes enceintes et à terme , que l’indigence ou la honte empêchent d’accoucher chez elles; les enfants malades ont aussi leurs hospices. Enfin les aveugles pauvres trouvent une retraite aux Quinze- Vingts, et les personnes attaquées de maladies de peau ou de maladies honteuses ont les trois hôpitaux , de Saint - Louis, pour la première catégorie; de Lourcine et du Midi pour la seconde. Reprenons cette énumération :

La maison d’accouchement, située rue de la Bourbe , ou rue de Port-Royal, qui se trouve dans le quartier Saint- Jacques, se compose, comme la plupart des hôpitaux de Paris, des ruines et des débris d’une ancienne institution religieuse ; c’était l’abbaye de Port- Roy al, dont il est inutile de rapporter ici l’histoire trop longue et trop connue.

Transformée en prison, sous la terreur, avec le nom dérisoire de Porl- Libre , cette abbaye est devenue la maison de la Maternité, par arrêt de la Convention, l’an IV. A partir de cette époque, on y transféra les femmes enceintes qui se trouvaient dans l’institut de l’Oratoire, rue (l’Enfer, les petits enfants et les nourrices, déposés au Val-de-Grâce. Les deux maisons de l’allaitement et de l’accouchement, ainsi réunies, prirent le nom d'hospice de la Maternité.

On y plaça dans la suite les enfants trouvés. Depuis 1812, cet état de choses est modifié : les deux établissements sont distincts et indépendants l’un de

lants de la patrie et les couches des femmes indigentes. Sous 1 Empire, le Val-de-Grâce fut transformé enfin en hôpital militaire.

Il peut contenir 1,500 lits; et ses jardins sont de la plus grande commodité pour les convalescents. Cet hôpital, éloigné du centre de la ville et situé sur une position élevée , peut être considéré comme un des plus salubres de Paris. Son organisation médicale ne laisse rien a désirer, et la médecine et la chirurgie

Inauguration de la statue de Larrey au Val-de-Grâce, le S août 1850.

militaires offrent encore, comme autrefois, des illustrations dignes de rivaliser avec la médecine civile.

Parmi ces dernières, Larrey, qui occupe incontestablement le premier rang, a obtenu l’honneur mérité d’une statue.

Cette statue, élevée dans la cour principale du Valde-Grâce, est en bronze, avec quatre bas-reliefs appliqués aux quatre faces du piédestal, exécuté d'après les dessins et sous la direction de M. Achille Leclerc. La statue est due au ciseau de M. David (d’Angers), ainsi que les bas-reliefs, qui représentent

l’autre ; les femmes enceintes, les femmes en couches et les élèves sages-femmes sont réunies dans 1 ancienne maison de Port-Royal, et les enfants nouveaunés ont été transférés dans la maison de 1 < Aratoire. Occupées à des travaux en rapport avec leur position, ces femmes reçoivent un salaire ; on leur fournit du linge et même des vêtements. Elles doivent sortir de l’hospice huit jours après leur délivrance, à moins d’ordre contraire du médecin.

Cet hospice contient 450 lits environ et occupe 00 employés. Autrefois les pauvres femmes accouchaient à l’Hôtel-Dieu, et n’y trouvaient que 100 lits, de sorte que chacun de ces lits était souvent occupé par quatre nouvelles accouchées.

L’école d’accouchement est annexée à cette maison. Les préfets y envoient chaque année un nombre d élèves proportionné aux ressources dont ils disposent ; ces élèves, qui doivent être âgées de dix-huit à trentecinq ans, reçoivent une pension de 600 fr. et une somme suffisante pour leurs achats de livres. Elles sont nourries, logées, éclairées et fournies de linges, et subissent chaque année un examen devant le jury,

• qui est composé de médecins et de chirurgiens, et qui décerne des prix aux plus habiles.

On ne peut guère admettre sans danger les enfants malades dans les mêmes maisons que les adultes. Cette considération engagea le conseil supérieur des hospices, en 1802, à transformer en hospice pour les enfants malades l’hôpital des Entants- trouvés, qui, depuis la Révolution, occupait les bâtiments de l’ancienne communauté des tilles de l’Enfant-Jésus. Cette dernière institution avait pour but d’assurer la subsistance d’un grand nombre de femmes que le défaut d’occupations et de ressources pourrait plonger dans le désordre, et de pourvoir à l’éducation de seize demoiselles nobles; elle avait été fondée, en 1751, par Languet, archevêque de Sens.

L’hôpital des Enfants-Malades compte maintenant près de 600 lits, dont 129 pour les garçons et 83 pour les tilles qui ont des maladies aiguës, 70 lits, dont 40 pour les garçons, à l’usage de ceux qui réclament le secours de la chirurgie , et le reste pour les maladies chroniques, la teigne et les scrofules. Les enfants attaqués d’affections contagieuses sont enfermés dans des bâtiments isolés et séparés du reste de la maison par de grands jardins.

L'hospice des Orphelins, situé dans le faubourg Saint-Antoine, n’a rien de remarquable. Il peut recevoir jusqu’à 1,000 enfants, et ne reçoit que les orphelins de deux à douze ans.

La vieillesse a autant de droits au moins que l’enfance pour provoquer la sollicitude des gouvernements et des municipalités. Aussi le nombre des asiles qui lui sont ouverts et leur importance répondent àtouslesbesoins.Nousne parlerons pas deBicêtre,qui a déjà été décrit tout au long, ni des maisons de santé dirigées par des particuliers ou des institutions religieuses, dont la plus considérable est la maison de Sainte-Périne, à Chaillot. Pour ne nous occuper que des établissements qui se trouvent d’une façon directe sous la main de l’Etat, nous trouvons en premier lieu les deux hospices des Incurables, hommes et femmes. Le premier se trouve dans le faubourg Saint-Martin, oit il occupe l’ancien couvent des Récollets, établis en 1603, à Paris, et agrandis par la munificence de Marie de Médicis , de Ballion et de Séguier. Les Récollets furent supprimés en 1792. Dix ans plus tard, on les remplaça par les incurables hommes, qui auparavant étaient confondus avec les femmes dans la maison de ht rue de Sèvres. Leur nombre s’élève à 500. Le nombre des femmes incurables est à peu près le même. Leur hospice a été fondé par le cardinal de la Rochefoucault et par Marguerite Rouillé, vers 1637. Les femmes ont en outre la maison des Petits- Ménages, dans les environs de Saint-Thomas d’Aquin.

L’emplacement des Petits-Ménages fut occupé, dès le onzième siècle, par une léproserie; en 15-44, l’Hôtel-Dieu la racheta, et y lit bâtir la maison que nous

voyons aujourd’hui. Elle fut d’abord destinée à recevoir les mendiants incorrigibles, les indigents vieux et infirmes , les femmes épileptiques , et les fous. Gomme on lui avait donné le nom de Petites-Maisons, à cause de la forme des constructions, ce dernier usage donna naissance a la locution proverbiale que l’on applique aux extravagants et aux insensés : « C’est un échappé des Petites-Maisons ! »

Une ordonnance, datée de 4 801, décida que les Petites-Maisons seraient affectées aux ménages, et l’année suivante eut lieu la translation des malades et des fous dans d’autres établissements.

Pour être admis dans les Petits-Ménages, 1 un des époux doit avoir au moins 60 ans et l’autre /O. Les veufs et les veuves y sont reçus a l’âge de 60 ans. On leur donne, outre une certaine quantité do pain et de viande crue, trois francs en argent tous les dix jours, deux stères de bois et quatre de charbon tous les ans. L’établissement renferme 460 chambres, pour les ménages, 1 00 plus petites pour les veufs et les veuves, et 250 lits dans les dortoirs.

Mais l’établissement capital , dans cette catégorie , c’est l’hospice de la Salpêtrière, ou de la Vieillesse (femmes).

Ce magnifique hospice, qui s’élève au milieu du quartier Saint-Marcel, doit son origine à la bienfaisance d’un particulier. Un bourgeois de Paris remit a saint Vincent de Paul une forte somme, en le priant de la consacrer à quelque fondation pieuse ; il refusa de donner son nom. Saint Vincent établit un hôpital oii il reçut 40 vieillards. Cet exemple suggéra au cardinal Mazarin l’idée de fonder un hôpital général, où seraient reçus vieillards, malades et indigents, et 1 ordonnance et le règlement de la Salpêtrière parurent, signés de Louis XIV, en 1656. Mazarin et Bellièvre donnèrent des sommes considérables a cet établissement, qui, l’année suivante, reçut une population de 5,000 personnes.

L’administration en était confiée à 20 directeurs perpétuels, auxquels étaient adjoints un recteur, nommé par 1 archevêque de Paris, et cinq chefs honoraires, l’archevêque de Paris, les premiers présidents de la Cour des comptes et celui de la Cour des aides, le lieutenant général de police et le prévôt des marchands. La maison admettait des femmes indigentes et des détenues à titre de correction ou de sûreté; des femmes et des filles enceintes, des nourrices avec leurs nourrissons , des enfants mâles depuis l’âge de 7 à 8 mois jusqu’à celui de 4 à 5 ans; des vieillards, des folles furieuses, des imbéciles, des aveugles, des paralytiques, des teigneuses, des estropiées, des incurables de toute espèce, des enfants scrofuleux, etc.

Aujourd’hui l’hospice de la Vieillesse renferme trois catégories de femmes : les reposantes, anciennes surveillantes, sous-surveillantes et filles de service admises à la retraite après 30 ans de service et 60 ans d’âge; les indigentes valides âgées de 70 ans, ou bien atteintes d'infirmités incurables; les aliénées et les épileptiques. Le nombre des lits s’élève à 5,000 environ, dont 150 pour les reposantes, 3,000 pour les indigentes, 900 pour les malades, et 2,000 pour les aliénées. Le personnel s’élève à 489 employés des deux sexes; la dépense annuelle de chaque administrée est en moyenne de 1 franc par jour, et la dépense totale de la maison monte à deux millions.

Cet immense établissement, qu’on pourrait appeler une ville d’hospices, occupe une superficie d’environ 30 hectares. Les bâtiments, qui se divisent en 45 corps distincts, sont compris pour une surface de 29,162 mètres. L’église, dédiée à saint Louis, est la plus remarquable de ces établissements. Elle est couverte d’un dôme qui est de forme circulaire et dont le diamètre n’a pas moins de 30 mètres. L’intérieur est percé de huit longues arcades, qui communiquent à quatre nefs et à quatre chapelles; ces nefs et ces chapelles, disposées en rayons, aboutissent au centre de 1 église, ou s’élève l’autel principal. La disposition est si heureuse, que, du milieu du dôme, l’œil

embrasse à la fois l’édifice sous huit côtés différents.

En sortant de l’église, se développe, à droite et à gauche, une construction très-étendue. Deux voûtes ou passages conduisent dans les deux divisions de la Salpêtrière, mais ces parties, élevées à diverses époques, ne présentent point un plan régulier. La façade seule, formée par l’église, qui se trouve au centre des deux bâtiments de Mazarin et de Lassay, est d’une architecture uniforme. Parmi les constructions nouvelles, on distingue les deux sections affectées aux aliénés en traitement. L’une de ces deux sections, appelées Rambuteau, a vue sur des champs cultivés qui sont situés dans l’enceinte de l’hospice.

Parlons maintenant de l’antique maison desQuinze- Vingts, la seule peut-être dont la destination n’ait pas changé depuis son origine, et qui ait toujours donné asile aux aveugles. On ne sait si cet hospice, qui fut fondé par Saint-Louis, devait recevoir les aveugles de naissance, ou bien trois cents chevaliers qu’il avait rachetés des mains des musulmans, et qui étaient revenus aveugles. Quoi qu’il en soit , cet hôpital date de 1254.

L’hospice des Quinze-Vingts, établi d’abord près de l'église Saint-Germain l’Auxerrois, fut réglementé par Philippe le Bel, qui ordonna aux aveugles de cette maison de porter une tleur de lis sur leurs habits, et par François Ier, qui en exclut les membres des autres religions. En 1779, il fut transféré rue de Charenton, dans l’hôtel de la deuxième compagnie des Mousquetaires-Gris, où il se trouve encore.

Par suite de nouveaux règlements, chaque aveugle, faisant partie des Quinze-Vingts, et d’une indigence reconnue, reçoit par an, en argent 375 fr., en pain, à raison de 20 onces par jour, sa valeur de 68 fr. 50 c., et un habit complet, tous les deux ans, estimé 62 fr. Les femmes et les maris voyants des aveugles reçoivent 30 c. par jour, et les enfants, au-dessous de 44 ans, 15 c. Cela fait par année,

Un aveugle célibataire . 474 50 c.

Id. marié, sans enfants . 584 »

Id. id. avec un enfant. .. . 638 75

Id. id. avec deux enfants. 693 50

et ainsi de suite, en augmentant, par chaque enfant, le chiffre total de 54 fr. 75 c. par an. En outre, il existe 700 pensions, réparties entre les aveugles externes des départements, savoir : 400 pensions de 200 fr.; 250, de 150 fr. et 350 de 100 fr.

Passons maintenant aux institutions de charité destinées aux maladies particulières.

L’hôpital de Saint-Louis, rue Bicliat, fut construit en 1607, par Henri IV, pour recevoir les pestiférés. Il n’a cessé d'être en activité, et compte aujourd’hui 1,100 lits. Il est affecté spécialement aux maladies cutanées, autres que les maladies vénériennes.

Ces dernières sont soignées à l’hôpital du Midi pour les hommes, et à l’hospice Lourcine, pour les femmes.

Les maladies hideuses que l’on soigne dans ces deux maisons n’ont fait leur apparition en Europe que dans le courant du quinzième siècle. Nos aïeux, plus irrités contre la faute qui les occasionna que saisis de pitié pour les maux des coupables, se contentèrent d’abord de séquestrer ou d’exiler les malades; plus tard ils les reçurent dans une maison de la rue de Lourcine, et les soumirent à un traitement médical que précédait et que suivait une fustigation rigoureuse. Plus tard, les syphilitiques furent transférés à la Salpêtrière et à Bicêtre. L’état oii ils se trouvaient dans cette dernière maison est vraiment affreux ; laissons parler un contemporain, M. Cullerier : « Le nombre des malades, comparé à l’étendue des salles, est à peine croyable; on serait tenté de révoquer en doute la possibilité de vivre avec de Pair en aussi petite quantité, et d’une qualité si préjudiciable à la santé, si le fait n'était pas aussi notoire. Dans les salles d’expectants, la moitié des malades se couchaient depuis huit heures du soir jusqu'à une heure du matin, et les autres depuis ce moment jusqu’à sept heures. II n’y avait qu’un lit pour huit malades ! »

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