GROUPES. IMPORTANCE DES AFFAIRES
CIÎ 1817.
NOMBRE DE patrons. d'ouvriers.
Vêtements,
240,947,793 fr.
Alimentation ,
Bâtiment ,
Ameublement ,
Métaux précieux,
Articles de Paris ,
Fils et tissus,
Travail des métaux, mé¬
canique ,
Industries chimiques et
céramiques ,
Carrosserie, sellerie,
Imprimerie, papeterie ,
Peaux et cuirs,
Boissellerie, vannerie,
Ce chiffre des transactions opérées, bien
que ifiâté-
riellement exact , tend à donner une idée fausse des forces productives de la population parisienne, en ce qu’il y a presque toujours confusion du montant des façons et bénéfices, c’est-à-dire de la rémunération du travail fourni par les ouvriers et entrepreneurs de l’intérieur, avec la valeur de la matière première apportée du dehors. Ces matières, il est vrai, subissent une transformation qui augmente plus ou moins leur valeur; mais cette augmentation seule est le produit du travail dont on veut constater l’intensité, et constitue le véritable chiffre de la production parisienne.
Nous comprenons, en le regrettant, que la commission n’ait pas entrepris les recherches, aussi difficiles que minutieuses, qui auraient permis d’établir cette distinction entre la valeur première et la valeur acquise; afin de donner à nos lecteurs une idée de la réduction que ferait subir ce travail au chiffre cidessus de 1,463 millions, nous allons essayer d’établir, pour quelques industries, les parts respectives du producteur de l’intérieur, de celui de l’extérieur, et des frais résultant des impôts locaux ou généraux.
Le montant des ventes opérées par la boucherie en 1847 est porté à 74,893,432 francs. Ce chiffre ne représente probablement que le prix des viandes débitées dans les étaux les suifs et cuirs étant livrés directement aux abattoirs et faisant l’objet de marchés à part. D’après le taux moyen des bestiaux dans le cours de cette année 1847, la viande livrée au détail par les bouchers aurait été achetée par eux sur pied pour la somme de 63 millions. Les droits d’octroi que ces commerçants ont acquittés à la sortie des abattoirs et sur moitié des viandes introduites par les barrières, le surplus étant supposé payé par les boucliers forains ou les particuliers qui s’approvisionnent hors Paris, s’élèvent à 5,341,000 fr., non compris les droits acquittés pour les abats et issues qui font l’objet d’un commerce particulier. Sur les 74,893,432 fr. ci-dessus, il reste donc de, 6 à 7 millions pour rémunération du travail des bouchers et frais de toute espèce. Or, sur cette dernière somme, le loyer et les impôts directs enlèvent encore près d’un million (de 1,900 à 2,000 fr. en moyenne par étal, et il y en a 501); il n’y a donc, pour augmentation de valeur provenant de l’industrie parisienne, que 5 à 6 millions sur près de 75.
Pour la charcuterie, le partage est moins facile à opérer : les préparations sont plus compliquées, et leur prix contribue dans une plus forte proportion à augmenter la valeur vénale. Aussi, sur le chiffre de
15/731,312 fr. d’affaires faites par ce commerce en 1817, la matière première n’entre que pour 9 à
1 0 millions. Les droits d’octroi s’élèvent a 900,000 fr. environ ; les loyers et impôts directs de 8 a 900,000 fr. ;
11 reste donc de 1 à 5 millions pour la rémunération des auxiliaires, qui s’élève à 500,000 fr. environ, pour l’intérêt des capitaux engagés dans le commerce et les bénéfices du patron.
Pour la boulangerie, la distinction est facile; le prix du pain se compose de deux éléments bien distincts : le prix de la farine et les 1 1 francs que l’administration accorde par sac de cette substance pour frais de toute espèce. Cette rémunération est augmentée de 2 fr. à 2 fr. 30 cent, par sac pour la rétribution exceptionnelle que les boulangers sont autorisés à percevoir sur les pains dits de luxe ou de fantaisie. En 1847, sur une vente totale déclarée de 60, 2 12,390 tr., le prix de la farine achetée par les boulangers a dû s’élever de 52 à 53 millions. — Les loyers et contributions directes de 11 à 1,200,000 fr. ; les salaires a 4,000,000 fr. Restait donc environ 2,700,000 fr. poules autres frais, indemnité des pertes, intérêts des capitaux engagés, surtout du prix des farines en magasin, enfin pour les bénéfices du fabricant.
Dans les autres industries de l’alimentation, le rapport de la matière au travail qui la transforme varie beaucoup; mais en général le prix de la première est très-supérieur à celui de la mise en œuvre. Ainsi, dans la raffinerie , le montant des salaires ne peut guère être évalué qu’à 2 pour 100 du prix de vente; dans la brasserie, de 9 à 10.
Pour le second groupe, celui du bâtiment, d’après les évaluations consignées dans les Recherches statistiques sur la ville de Paris , le rapport des matériaux à la main-d’œuvre dans la construction d’une maison neuve était, en 1824, comme 57,57 à 42,43. Mais, comme dans le prix de certains objets fournis confectionnés , le travail constitue déjà une partie de la valeur, on peut admettre que les matières premières entraient pour moitié dans le coût des travaux neufs. Or , ce rapport a dû peu changer, la hausse ou la baisse des matériaux concordant assez régulièrement avec les oscillations des salaires.
Dans le vêtement, il doit y avoir de grandes inégalités. Pour les articles confectionnés ou même les articles faits sur commande par les petits patrons ou ouvriers en chambre, le prix des façons est bien inférieur à celui des étoffes de toute espèce. Pour les objets d’habillements fournis par les entrepreneurs en renom et pour tous les articles de luxe, les mainsd’œuvre et surtout les bénéfices du marchand sont bien supérieurs à la valeur des étoffes.
Dans la cordonnerie commune, les cuirs et peaux formant à peu près les 4/10 du prix de vente, la façon 30 pour 100, les 30 pour 100 restant doivent couvrir les frais généraux et pertes, et former le bénéfice du patron, qui concourt d’ailleurs à la fabrication en coupant sur mesure les peaux que l’ouvrier n’a plus qu’à coudre le plus souvent. Dans la cordonnerie de luxe , ce rapport change en sens inverse. Mais là, comme dans la plupart des articles d’habillement, il est triste de le dire, c’est moins l’élévation des salaires qui renchérit la marchandise que les bénéfices considérables du patron; bénéfices dont, l’exagération est justifiée, à un certain point, par les pertes auxquelles l’entrepreneur est exposé, la lenteur des rentrées et les frais qu’il doit supporter.
La fabrication des articles de Paris offre des résultats tout différents et plus avantageux au travailleur : dans cette partie, la matière n’est qu accessoire; c’est la façon qui donne la valeur à ces futilités élégantes qui se répandent dans le inonde entier.
Indépendamment du prix des matériaux mis en œuvre, il existe une autre cause de l’élévation du chiffre général des transactions.
Le corroyeur achète du tanneur le cuir revendu par lui après une nouvelle préparation au cordonnier, au sellier, qui le livrent définitivement façonné au consommateur. Il en est de même pour les petites
peaux préparées par les mégissiers, peaussiers ; pour les étoffes à gilets fabriquées dans Paris; enfin pour les nombreux articles dont la fabrication se compose de plusieurs manipulations distinctes opérées par divers industriels se revendant successivement la matière ayant subi tous ses degrés de transformation. Or, comme on n’a pas défalqué du montant des ventes de chaque industrie le prix de la matière achetée et revendue par elle, il en résulte que cette valeur intrinsèque se trouve comprise deux, trois et même quatre fois dans le chiffre total de 1,463 millions.
La commission évalue de 250 à 300 millions la somme des salaires payés annuellement aux ouvriers parisiens; soit, en moyenne, 275. Elle estime que la rémunération des 32,500 petits patrons travaillant seuls ou avec un ouvrier doit porter ce chiffre du cinquième au quart du total des transactions ; soit de 300 à 350 millions. Si on ajoute 150 à 160 millions pour bénéfices des entrepreneurs occupant deux ouvriers et au-dessus, bénéfices calculés d’après le nombre de travailleurs que chacun emploie , on arrivera à un total de 480 à 500 millions, représentant la rémunération des producteurs parisiens de toutes classes. Le surplus des 1 ,463 millions, soit près d’un milliard, représente le prix des matières premières, des matières accessoires à la fabrication, des impôts locaux et généraux, enfin les frais de toute espèce et surtout les loyers, dont le taux, hors de toute proportion avec ceux des localités moins populeuses, contribue beaucoup à renchérir les diverses fabrications.
On ne saurait trop regretter, nous le répétons, que la commission n’ait pas eu la possibilité ou la volonté d’adopter pour son travail le cadre employé dans les recherches statistiques sur la ville de Paris; cadre présentant distinctement, pour chaque industrie dont on a donné la situation, les capitaux engagés, les salaires payés, le prix de la matière première et des matières accessoires, et le résumé des bénéfices réalisés, d’après la comparaison des frais de fabrication et des prix de ventes.
Dans cette même année 1847, les valeurs déclarées en douane à la sortie par le commerce de Paris, n’ont été que de 168,572, 187 fr., savoir: 90,1 67,778 fr. pour marchandises non sujettes à prime, et 78,404,409 fr. avec primes, c’est-à-dire fabriquées avec des matières premières importées après acquit des droits de douane.
Ces chiffres ne peuvent donner une idée exacte de l’importance des expéditions de la fabrication parisienne : d’abord, parce qu’une partie des marchandises exportées, telles que soieries, draps, batistes, etc., n’ayant pas été manufacturées dans Paris, devraient être retranchées de ce total; ensuite, parce que l’on n’a pas de données précises sur les envois des produits parisiens à destination des autres parties du territoire français: expéditions dont le chiffre est considérable et ne saurait être constaté que par une enquête commerciale venant contrôler et confirmer l’enquête industrielle.
La crise de 1848 a eu pour résultat de réduire à 677,524,1 17 fr. les 1 ,463 millions d’affaires effectuées en 1848. La diminution en masse a donc été de 54 pour 100. Dans quelques groupes elle a été beaucoup plus forte : ainsi, pour le bâtiment, elle s’est élevée à 66 pour 100, pour l’ameublement à 75.
Cette différence dans le chiffre des affaires a été augmentée, en apparence, par le meilleur marché, en 1848, du pain, de la viande et de la plupart des comestibles. Les mêmes quantités vendues ont donné, dans la seconde de ces deux années, des sommes beaucoup moins fortes. Le même effet a dû se produire dans d’autres industries dont les articles avilis se vendaient à perte. C’est même là une des causes qui ont soutenu nos expéditions à l’étranger, ou les commerçants ont profité du bas prix pour s’approvisionner. Ainsi les valeurs déclarées à la douane de Paris sont, en 1848, de 150 millions. Les exportations n’ont donc baissé que d’un neuvième, tandis que la masse des affaires était réduite de moitié. Par opposition, cette réduction a été atténuée dans quelques spécialités par
le mouvement qu’ont imprimé à la passementerie militaire, aux équipements, à la sellerie, aux vêtements, le développement donné à la garde nationale, l’organisation de la garde mobile et l’organisation de l’armée, dont les équipements se sont confectionnés principalement à Paris.
Les chiffres exprimant la diminution de la production paraissent confirmés par le nombre des ouvriers congédiés, faute d’ouvrage, qui a été de 186,405 sur 342,530 ; c’est-à-dire que la réduction des travailleurs a été de 54 pour 100, comme celle des affaires. Mais ces chiffres sont les moyennes de l’année entière; or, comme c’est principalement pendant les mois de mars, avril, mai et juin que s’est fait le plus cruellement sentir cette suspension de la vie industrielle, car les affaires, assez act ives en janvier et février, ont commencé à se ranimer à partir de juillet, la réduction pendant ces quatre mois peut être évaluée de 70 à 80 pour 100.
Les 325 industries exercées dans Paris ne sont pas également réparties dans les diverses parties de cette capitale. Celles qui préparent et débitent les aliments de première nécessité sont disséminées dans tous les quartiers proportionnellement à la population : pour 17 à 1,800 habitants il y a un boulanger et un boucher; les épiciers, les charcutiers rentrent dans cette catégorie. Les pâtissiers sont moins également espacés : ils affluent dans les quartiers riches, sur les boulevards, à portée des promeneurs. Les petits ateliers d’industrie du bâtiment, tels que les menuisiers, serruriers, peintres, etc., qui font les réparations et les menus travaux, sont répartis sur tous les points de la ville. Les grands ateliers se réfugient dans les quartiers excentriques oii ils trouvent de larges espaces à bon marché, notamment dans les 5e et 8e arrondissements. C’est dans le faubourg Saint-Antoine que s’effectuent presque exclusivement la fabrication des meubles, des papiers peints, de la grosse chaudronnerie.
Les articles de Paris se confectionnent dans la Darde de la ville comprise entre la rue des Francs-Bourgeois et Saint-Merry, au sud ; les rues Montorgueil et Poissonnière, à l’ouest; la place des Vosges et la rue Saint- Louis, à l’est; et au nord, les boulevards. C’est là qu’existent ces nombreux ateliers envahissant tous les étages de certaines maisons, et composés de l’entrepreneur, d’un ou deux apprentis ou ouvriers. Ces locaux resserrés, où le maître et les salariés concourent ensemble à des travaux (pii permettent la conversation, ont été autant de foyers de socialisme, et ont fourni un puissant contingent à toutes les émeutes avant et depuis 4848.
La carrosserie, la sellerie sont à portée des classes riches dans les Ier, 2e et 10e arrondissements. La fabrique des châles et tissus, la confection des vêtements, sont principalemem placées dans les 3e et 4e. La fabrication des bronzes est surtout posée dans les 6e et 7". L’imprimerie et ses accessoires dans le 10e et 11e. Le 12e, faubourg Saint-Marceau, est spécialement occupé de la préparation des peaux et cuirs, de la fabrication des couvertures de laine et coton.
Voici, au reste, un état indiquant, par arrondissement, le montant des transactions opérées, le nombre des entrepreneurs et ouvriers existants en 1847 :
Arrondis¬
Chiffre
Nombre des
sement.
des transactions.
patrons.
ouvriers.
1er
IIe
La rive gauche de la Seine, qui comprend trois arrondissements, 10e, il' et 12e, et une population fixe de 230,000 individus sur 945,000, n’entre dans