TREIZIÈME GROUPE. — IMPRIMERIE, GRAVURE, PAPETERIE
Ce groupe comprend 27 industries, dont 9 confectionnent les articles de bureau, y compris la papeterie
Atelier des graveurs du Tableau de Pai is.
de luxe; les papiers courants se fabriquant hors Paris. 7 concourent à la publication des imprimés, 5 à celle des gravures sur bois ou sur métaux, lithographies, estampes et images; 2 gravent les cachets, timbres et les planches ou rouleaux pour étoffes et papiers peints. On a rattaché à cette classification le triage et le lavage des chiffons, la fabrique des cartes à jouer, celle des papiers à polir et sacs en papier.
Le nombre des entrepreneurs est de 2,235,- dont 350 occupent plus de 10 ouvriers, 1,1 16 de 2 à 10; 769 travaillent seuls ou avec un auxiliaire.
Le chiffre total des affaires, en 1847, a été de 51,171,873 fr., réduites en 1848 à 27,467,484 fr.; de 16,705 ouvriers, 7,755 ont été congédiés.
En 1822, d’après les recherches statistiques, il y avait à Paris 80 imprimeries, employant 3,010 personnes et mettant en œuvre 280,800 rames de papier. Le montant des affaires faites par les 80 patrons était de 8,749,329 f. Les 87 imprimeurs recensés en 1847 occupent 4, 536 personnes, avec un mouvement d’af-
15 Cent. LA LIVRAISON. — ISS1, Livr
faires qui s'est élevé dans cette année à 15,247,2 1 1 fr.
Deux causes ont empêché cette industrie d’acquérir un développement plus en rapport avec le mouvement intellectuel opéré depuis 30 ans. D’abord, la limitation du nombre des imprimeurs, qui n’a pas permis l’établissement de nouvelles maisons; ensuite létaux éevé des salaires dans Paris. Pour beaucoup de livres, le bon marché est la première condition de succès : aussi les éditeurs de certaines catégories d’ouvrages ont-ils été amenés à confier leurs impressions à des typographies situées dans les environs ou même à une certaine distance de Paris. Les ouvriers peuvent, dans ces localités, être moins exigeants sur le taux des salaires, et dans une de ces villes les femmes, qui ne seraient pas admises ici au travail de la composition, s’y livrent sans inconvénient, et à des prix inférieurs à ceux que demandent les hommes.
La lithographie, qui, en 1827, s’effectuait dans 24 établissements occupant 417 personnes, pour un chiffre d’affaires de 2,045,000 fr., comptait, en 1847,
Aux bureaux de l’Illustration, rue de Richelieu, 60.
305 imprimeries, dont 58 occupant plus de 10 ou vriers. Le personnel employé par elles était de 2,388 — et la somme des affaires s’élevait à 7,798,864 fr.
Les relieurs, au nombre de 378, avec 1,895 ouvriers, font pour 4,21 1,300 fr.
Les éditeurs d’images et d’estampes, qui concentrent le travail de plusieurs industries accessoires, vendent pour 2,859,200 fr. Ici encore la division du travail a produit, comme économie et comme supériorité d’exécution, des résultats bien marqués. Une des industries qui concourent à cette fabrication, celle des coloristes et enlumineuses, comprend 232 patrons, 725 ouvriers, et reçoit en salaires et bénéfices une somme de 637,845 fr.
U se confectionne pour 3,070,079 fr. de papiers de luxe, colorés ou blancs ; 552,000 fr. de pains et cire à cacheter; 583,900 fr. d’encriers à pompes et autres menus articles de bureau.
Les fabricants de cartes à jouer n’en font qu’une partie. L'impression des figures en noir et celle des
PARIS. TYP. DE FIRMIN DJDOT, 56, RUE JACOB. 20 C. par la poste.
as de trèfle s’opère à l’imprimerie nationale. Ces entrepreneurs sont, de plus, obligés d’acheter à l’administration le papier fdigrané qu'ils emploient. 11 se fabrique dans Paris pour 916,500 fr. de cartes, valeur de 1 million 337,678 jeux sur 5,555,807 fr. qui se confectionnent dans toute la France.
Le triage et le lavage des chiffons ramassés dans Paris se fait par 71 ouvriers. Les 21 patrons font pour 1,670,000 fr. d’affaires. L’on n’a pas recensé les chiffonniers.
Le 11e arrondissement occupe seul -4,632 ouvriers et entre dans le chiffre des affaires pour 1 1,804,607. Sur les 16,705 salariés, il y a 4,410 femmes et 1,409 jeunes gens ou tilles.
Les articles de ce groupe sont l’objet d’une exportation assez considérable.
La question la plus importante et la plus difficile soulevée par l’enquête est sans contredit celle des salaires. La rétribution du travail dans Paris suffit-elle à la satisfaction des besoins raisonnables de l’ouvrier ? ou bien, au contraire, les plaintes si vives de quelques hommes appartenant aux classes qu’ils disent déshéritées sont-elleslégitimes'? Dans cette dernière hypothèse, quelles seraient les modifications possibles à une organisation industrielle qui ne permettrait pas à l’artisan honnête et laborieux de vivre en travaillant? Tels sont les redoutables problèmes qui ontbouleversé la France depuis cinq années, et dont la solution est préparée par le rapport de la commission. Disons d’abord, avant de nous engager dans cet examen, que la question des salaires doit être traitée distinctement pour les hommes et pour les femmes.
Comme point de départ, nous devons rappeler que, sur 204,925 travailleurs du sexe masculin, 9,863 parents de patrons ou payés au mois et à l’année , presque tous nourris et logés, sont au-dessus du besoin ; que, des 195,062 recevant un salaire appréciable par journée, 457,216 gagnent de 3 à 5 francs, et 10,393 plus de 5 francs. Nous ajouterons, d après les chiffres de l’enquête, que des 27, 453 recevant moins de 3 francs, on peut évaluer aux deux tiers ceux qui sont payés à raison de 2 fr. 50 c. ou 2 fr. 75 c. ; au quart ceux qui reçoivent de 2 fr. à 2 fr. 25 c., et que les salaires inférieurs à 2 fr. sont le partage d’un trèspetit nombre d’individus placés dans des positions exceptionnelles.
Si ces gains étaient réguliers et assurés pendant les 300 jours qui composent l’année active, la question nous paraîtrait décidée. 11 ne resterait avec des ressources insuffisantes que des jeunes gens récemment sortis d’apprentissage, et le complétant avec des salaires inférieurs; des individus trop faibles ou trop âgés pour rentrer dans la loi commune; enfin, les travailleurs ayant une autre occupation qui ne leur laisse pas la disposition de tout leur temps, ou d’autres ressources qui font de leur gain un simple accessoire. Or il n’y aurait, dans cette hypothèse, à se préoccuper que des seconds, qui rentrent dans la catégorie pour laquelle l’assistance publique est organisée.
Malheureusement il n’en est pas ainsi : la question du chômage vient compliquer celle des salaires, en diminuant le prix de la journée de la somme proportionnelle nécessaire à la satisfaction des besoins de l’artisan pendant ses repos forcés. Aussi, en opposition aux chiffres si concluants des diverses rétributions dans Paris, c’est le chômage que l’on a toujours mis en avant. Il serait donc aussi utile que curieux de constater le rapport existant entre les journées lucrativement employées et celles forcément perdues pour le travailleur.
Nous devons faire observer d’abord que ce mot chômage est pris par la plupart de ceux qui l’emploient dans un sens trop général, trop absolu. Souvent en outre l’on confond deux choses bien différentes, le chômage et la morte-saison. Or, cette dernière, époque périodique où les ventes et les commandes sont moins actives, n’entraîne pas nécessairement une cessation de travail ; elle ne fait le plus
souvent que déterminer un ralentissement de la production : dans beaucoup d’établissements, le même personnel est conservé; seulement il est moins activement occupé.
Mais si la morte-saison n’a pas d’effets bien marqué sur les industries pourvoyant à des besoins réels; sur celles organisées sur une grande échelle, dont les entrepreneurs, certains d’une vente à peu près régulière et pourvus de capitaux suffisants, n’attendent pas les commandes pour produire ; dans toutes celles, au contraire, qui confectionnent des objets de luxe et de fantaisie, dont l’écoulement est subordonné aux caprices de la mode ; dans celles qui sont fractionnées à l’infini, exercées par de petits patrons sans capitaux, ne fabriquant que sur demandes; dans ces industries, disons-nous, et elles sont très-nombreuses, la production est irrégulière et intermittente : elle impose par moments une activité fiévreuse en assurant des gains considérables, puis elle s’arrête brusquement, en laissant ses agents dans une inaction plus ou moins complète, plus ou moins prolongée.
Enfin, certaines fabrications éprouvent des interruptions périodiques imposées par les saisons et l’état de la température.
Pour établir exactement le budget des travailleurs, il faudrait donc préciser dans chaque spécialité la durée du chômage réel, c’est-à-dire le nombre de jours pendant lesquels les entrepreneurs congédient habituellement une partie de leur personnel, le nombre des ouvriers ainsi renvoyés et celui des hommes conservés. Car, dans les professions même oii le travail est le plus irrégulier, une partie des artisans ne reste jamais inoccupée. Ce sont d’abord les ouvriers de choix sous le rapport de l’habileté et de la conduite, que le patron s’attache en les rétribuant au mois et à l’année ; puis les meilleurs travailleurs à la tâche ou à la journée, que l’on conserve autant que possible, sauf à diminuer la quantité de travail effectué par chacun d’eux. De sorte qu’à quelques exceptions près, les chômages ordinaires n’atteignent que les hommes plus ou moins turbulents, dérangés, et qui changent fréquemment d’ateliers. Or, ce sont justement ceux qui, ayant dissipé le gain quelquefois considérable fait dans les moments d’activité, ont moins de ressources pour traverser les temps d’inaction : ils se plaignent avec d’autant plus d’amertume, qu’ils sentent le mal présent, et ne se dissimulent pas, sans en vouloir convenir, qu’il a dépendu d’eux d’en atténuer les effets.
L’enquête n’a pas établi ce rapport des journées occupées aux journées perdues. Nous le regrettons d’autant plus, que ce travail n’offrait aucune difficulté sérieuse. Chaque entrepreneur en possède les éléments, en ce qui le concerne : aucun n’aurait hésité à les communiquer. En établissant ainsi le gain annuel de l’ouvrier dans chaque fabrication, la commission aurait résolu la question. Elle eût victorieusement répondu a des plaintes , à des récriminations bien amères ; elle eût rendu un immense service. Ses chiffres en effet auraient été, nous en sommes convaincus, la démonstration de l’assertion consignée dans son rapport, qu’après avoir fait la part d’un certain nombre de gênes, de misères imméritées, des accidents dont personne ne peut affranchir l’humanité, en temps ordinaire et normal, la population ouvrière de Paris est dans des conditions d’existence satisfaisante. En se bornant, au contraire, à donner la durée des mortes-saisons par industrie, sans indiquer la nature et 1 intensité de leurs effets, elle a fourni involontairement des armes à la légèreté ou à la mauvaise foi.
Ce que la commission n’a pas exécuté, nous ne le tenterons pas, la tâche serait au-dessus des forces d’un individu ; il n’aurait pas d’ailleurs l’autorité nécessaire pour faire accepter ses conclusions. Mais, pour justifier 1 assertion de la commission, nous mettrons sous les yeux des lecteurs quelques rapprochements dont les éléments se trouvent dans les recherches statistiques sur la ville de Paris ou dans l’enquête actuelle.
Ces recherches, publiées de 1823 à 1829, donnent les salaires de près de 40,000 travailleurs de tout sexe et de tout âge, avec le nombre moyen de jours de travail par année et par industrie. Sur ce chiffre, 593 hommes, presque tous contre-maîtres, graveurs ou dessinateurs de fabriques, étaient engagés à l’année ou au mois, et recevaient de 900 à 4,000 fr.; 13,531 travailleurs faisaient de 300 à 365 journées, en y comprenant les nuits passées alternativement dans quelques établissements. Les salaires les plus faibles pour le sexe masculin, de 2 f., 2 f. 50à2f.25 c.,ne s’appliquaient qu’à des jeunes garçons, des hommes de peine, garçons de magasin, enfin à des individus ne donnant que leur force et sans aucun talent acquis. Les salaires des ouvriers, proprement dits, variaient de 3 fr. à 40 fr. D’après la combinaison du taux et du nombre des journées, 274 hommes à 2 fr. gagnaient annuellement de 600 à 660 fr., 85 à2fr. 25 de 675 à 742 fr., 452 à 2 fr. 50 et 2 fr. 70 de 750 à 825 fr., 2,594 à 3 fr. et3fr. 50,de 900à 4,425 fr.,3, 320 payés sur le pied de 4 à 40 fr. de 4,500 à 3,000 fr. Le surplus de ces 13,000 individus se composait de .femmes, d’enfants ou d’hommes dont les salaires n’avaient pas été relevés à part, mais confondus dans une moyenne formée des rétributions de toutes les classes de travailleurs.
6,580 ouvriers faisaient de 260 à 275 journées. Sur ce nombre 1,800 gagnaient de 810 à 1,080 fr., 4,900 touchaient 1,170 fr., 830 de 960 à 1,500. Total, 4,530. Les 2,050 restants étaient des femmes et des enfants.
12,596 n’étaient occupés que pendant 240 jours. 300 ne gagnaient que 600 fr. , 2,652 touchaient 960 fr . , et 840 1,440 fr. Total des hommes dans cette catégorie, 3,792, le nombre des femmes et enfants attachés aux filatures étant très-considérable.
1,000 individus, dont 334 hommes, employés à la fabrication des éventails, n’étaient occupés que pendant 208 jours, en ne gagnant, que 550 fr. chacun. Une note annexée au tableau dit que, pendant les quatre mois de morte-saison , une partie de ces ouvriers s’employaient à peindre sur porcelaine ou sur tôle et à enluminer, d’autres à confectionner divers articles de tabletterie.
Enfin, 3,904 travailleurs sont indiqués comme ne faisant annuellement que 400 à 165 journées; ce qui impliquait nécessairement, pour cette classe d’ouvriers attachés à des établissements ne fonctionnant qu’une partie de l’année, une occupation principale ou accessoire autre que l’industrie sur laquelle ces renseignements étaient fournis.
Or, depuis la publication de ces documents, les seuls authentiques que l’on possède, d’une part la vie n’est pas renchérie dans Paris ; de l’autre, les salaires ont plutôt augmenté que diminué.
Ainsi, en 1827, les employés à la manufacture des tabacs, au nombre de 804 hommes et 250 femmes, touchaient un salaire moyen de 2 fr. 08; en 1847, la moyenne, pour un nombre égal à celui de 1827, était de 2 fr. 53.
En 1827, dans les fabriques de papiers peints, les hommes recevaient un salaire de 3 à 4 fr., les femmes de 1 fr. 50 à 2 fr., les enfants de 80 c. à 1 fr.; en 1847, les moyennes sont de 4 fr. 10,1 fr. 94, 4 fr. 20.
Dans les usines à gaz pour l’éclairage, le salaire des hommes était de 2 fr. 75; en 4847 la moyenne s’était élevée à 3 fr. 03.
Dans la fabrication des éventails, les hommes gagnaient 2 fr. 50; les femmes 1 fr. 25; en 1847, la moyenne a été de 3 fr. 69 pour les premiers, 2 fr. 42 pour les secondes. Pour la bijouterie et joaillerie fines on trouve, toujours en 1827, 4 fr. 50 et 2 fr.; en 1847
5 fr. 67 et 2 fr. 42.
Les tanneurs ne gagnaient en 1822, en moyenne, que 2 fr. 50; sur 895 employés, en 1847, 136 recevaient de 2 à 2 fr. 75, 746 de 3 à 5 fr., et 13 chacun
6 francs.
Les salaires semblent être restés stationnaires pour les fabriques de laine et de coton, comme dans presque