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L’HOTEL UES VENTES. — LE TIMBRE

seurs situé place de la Bourse tellement insuffisants que des salles de vente particulières avaient dû s’élever sur divers points, et notamment rue des Jeûneurs, en concurrence avec l’établissement principal.

Émue à juste titre d’un état de choses aussi préjudiciable à ses intérêts, la compagnie des commissaires-priseurs-vendeurs de Paris se décida à mettre au concours la construction d’un hôtel assez vaste pour satisfaire à toutes les exigences du service, et une commission spéciale choisit et adopta, parmi ceux de trente concurrents, le projet présenté par deux jeunes architectes, M. Lejeune, qui est mort pendant l’exécution des travaux, et M. Levasseur, qui a dû seul pourvoir à leur achèvement.

Construit dans un style qui participe à la fois de la renaissance et du roman, le nouvel hôtel des ventes mobilières ne manque pas d’un certain caractère monumental, auquel nous reprocherons cependant un aspect de sévérité (pii n’annonce en rien un grand bazar de vente.

A part ce reproche, bien moins adressé aux archi- j tec.tes qu’à la ville de Paris, qui a exigé sur toutes les façades la substitution de la pierre de taille à la fonte de fer, dont l’emploi se serait prêté à des combinaisons variées de jours et de légèreté, la conception extérieure et la distribution intérieure du nouvel hôtel paraissent de nature à satisfaire au service spécial qui est sa destination.

L’hôtel, qui mesure 60 mètres de long sur 27 mètres de large, n’est élevé, sur rez-de-chaussée, que d’un seul étage de 16 mètres 80 centimètres de hauteur, à pans coupés sur ses quatre angles. On y parvient par quatre entrées dont la principale, faisant malheureusement face aux hideux bâtiments de l’Opéra, s'ouvre sur la rue Rossini par une double grille desservant deux cours séparées au moyen d’un hangar en forme de passage oui les relie au pavillon destiné au logement du concierge; les autres entrées sont pratiquées rue Drouot, rue Chauehat et rue Grange -Batelière prolongée jusqu a cette dernière rue.

Au-dessus de vastes caves, construites en contrebas, largement éclairées et consacrées aux ventes de vins , boiseries et autres objets encombrants, quelques marches, conduisant de la cour au rezde-chaussée, donnent accès à un promenoir ou galerie sur laquelle s’ouvrent, sept salles destinées a la vente des objets mobiliers usuels courants et communs, et dont la surface varie de 40 à 110 mètres carrés; une ornementation simple de ton et de dessin décore ce promenoir et ces salles, derrière lesquelles se trouvent les magasins desservis par un couloir éclairé sur la rue Grange-Batelière. C’est aussi sur cette rue que sont situés les hangars de dépôts , avec passage couvert pour l’arrivée des voitures et les bureaux d’enregistrement.

Des logements pour les employés ont été ménagés dans les parties entresolées qui séparent le rez-dechaussée du premier étage.

Laporte pratiquée sur la rue Drouot conduit, par un grand escalier, au premier étage , dans une gale-

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rie semblable à celle du rez-de-chaussée, et sur laquelle s’ouvrent quatre salles de vente plus grandes que celles précédemment décrites, et desservies comme elles : ces salles sont destinées aux ventes de tableaux, d’objets d’art et de curiosité; au moyen de cette affectation spéciale et de l’entrée particulière qui lui a été ainsi ménagée, le public, distingué qui se porte aux expositions et se presse aux adjudications purement artistiques, se trouvera sans contact avec la population bruyante et marchande qui encombre ordinairement les salles des ventes mobilières.

A l’extrémité de cette galerie, dont la décoration a été mise plus en harmonie avec les visiteurs qu’elle est appelée à recevoir , se trouvent les bureaux de l’administration, qui comprennent une salle de séance pouvant aisément contenir cent personnes.

Les combles enfin, qui ne sont pas accusés dans la décoration extérieure du bâtiment , sont disposés en vastes magasins supplémentaires.

En résumé, cette construction dénote chez les ar¬

(ialeriu ou | romcnoir dos salles de vente.

chitectes qui l’ont conçue et exécutée une étude habile de l'ensemble et des détails de leur œuvre, un goût sobre et distingué dans l'emploi de l’ornementation dont ils l’ont décorée, et une activité d’autant plus remarquable, qu’un délai de neuf mois seulement a suffi à l’achèvement de ee monument, dont la dépense dépasse un demi-million.

Quant, à l’ancien hôtel des commissaires-priseurs, il est maintenant affecté à la Chambre de commerce de Paris.

11 nous reste à parler des ventes a domicile : le mécanisme en est à peu près le même, ainsi que les acheteurs, du moins pour tout ce qui en vaut la peine. Seulement le fourré y prend des proportions plus considérables. Dans les ventes de meubles, pour quelque armoire ou quelque fauteuil réellement vieux, on trouve une foule de pièces qui en ont la prétention, mais qui sont toutes fraîches écloses dans quelque atelier spécial de la rue Chapon ou du faubourg Saint- Antoine. Il existe bon nombre d’ouvriers qui ne travaillent que dans le nouveau vieux, et qu on est véhémentement tenté d’assimiler aux faussaires, qui cou-

Aui bureaux de l’Illustration, rue de Richelieu, 60

lent des monnaies antiques ou tiennent manufacture d’antiquités. Autre friponnerie : s’il se vend à la criée quelque approvisionnement d’épicerie, par exemple, nombre de spéculateurs du dernier étage vont se munir au quartier des Lombards de marchandises avariées, achetées à vil prix, et les insèrent adroitement, ou bien encore les revendent comme provenant de l’enchère.

Quelle moralité à tirer de tout ceci? C’est que les anciens avaient raison de confier à une même divinité le patronage des voleurs et des marchands : nous voudrions ne parler que des marchands qui hantent et circonviennent les ventes à la criée. La chose ne serait pas si déshonorante pour le commerce français. Mais est-ce notre faute à nous, si les types célèbres de Robert Macaire et de son fidèle Bertrand ont fait si grande et si rapide fortune?

Revenons maintenant quelques instants dans le quartier de l’hôtel Bullion, pour donner une description succincte de l’hôtel et de l'administration du timbre, de l’enregistrement et des domaines.

Après avoir séjourné depuis l’Empire, dans les bâtiments formant les derniers restes du couvent des Capucines , vieilles constructions , masquées sur la rue de la Paix par un grand mur dont le sombre aspect aurait fai t présumer la clôture d’une prison, sans les deux basreliefs imitatifs des empreintes du timbre qui accompagnaient la porte d’entrée, la direction du timbre , de l’enregistrement et des domaines vient enfin de prendre possession de l’hôtel qui a été construit dans la rue de la Banque pour réunir ce triple service.

Les plans généraux de cette construction entraînaient un travail de détail d’autant plus difficile que les données du programme étaient plus coin plexes ; il s’agissait en effet, sur un terrain de 110 mètres de longueur, mais dont la largeur était aussi restreinte qu’irrégulière , de réunir la direction du timbre et celles de l’enregistrement et des domaines dans un seul édifice, mais avec des corps de logis entièrement séparés, et 11e devant avoir qu’un seul point de contact, celui où le public, après avoir payé au bureau de recette le prix du timbre qui doit être apposé sur le papier, présente ce papier au guichet correspondant aux ateliers d’application du timbre. Il (allait , près des logements réservés aux directeurs , établir de nombreux bureaux pour les diverses divisions de leur triple administration. Le timbre notamment exigeait des magasins assez vastes pour renfermer de quatrevingt à cent mille kilogrammes de papier, soit blanc, soit timbré, et des ateliers assez larges pour contenir un personnel de manutention 11c s élevant pas a moins de deux cents personnes, hommes et femmes, il était enfin indispensable de réserver au service cinq entrées distinctes , desservies par autant d’escaliers correspondants.

Au point de vue des dispositions intérieures, M. Ballard, l’architecte, à force d’ingénieuses combinaisons, paraît avoir victorieusement résolu les difficultés du programme compliqué qui lui avait été transmis.

PARIS. TYP. DE F1RMTN DÎDOT, 56, RUE JACOB. C. par la poste.

Quant à l’ensemble extérieur, son édifice emprunte I de la république romaine, un aspect sérieux et ferme, Cette construction, en raison des difficultés que l’araux formes qui caractérisent l’architecture de la fin | bien en harmonie avec sa destination. chitecte a rencontrées dans l’établissement des fon-

Nouveaux bâtiments de la direction du timbre, de l’enregistrement et des domaines, vue de la Banque.

dations, et de la nécessité oit il s’est trouvé de couvrir et vitrer, pour les besoins du service , une partie des cours intérieures, a coûté la somme de 1, 600,000 fr.,

dans laquelle se trouvent compris, il est vrai, les frais d’un mobilier entièrement neuf. On ne pouvait faire moins pour deux administrations qui font entrer an¬

nuellement dans les caisses de l’État une somme dépassant 80 millions de francs. Il faut cependant ajouter que le prix de la vente des terrains de l’ancien

Atelier du timbre à la presse.

hôtel du timbre, rue de la l'aix, a couvert en grande partie les dépenses des nouvelles constructions.

L impôt du timbre estl’un des plus anciennement et des plus généralement établis. < )n voit parla novelle 44

qu’il existait sous Justinien. En Angleterre, en Espagne, en Hollande, et dans d’autres États encore, il

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