CHAPITRE XLII. — LE LONG DE LA SEINE (Suite
leur brevet de beauté et de vertu du gouvernement provisoire, rien n’était en réalité plus moderne et plus beau que le défilé des diverses corporations avec un trophée spécial, formé des produits de leur industrie. Les métaux, lés tissus, l’article Paris, la mécanique, tout ce qui constitue cette prodigieuse machine qu’on appelle l'industrie, étaient là, représentés par leurs chefsd’œuvre.
Parmi ces pacifiques trophées, on a remarqué la machine à défricher, toute couronnée et enguirlandée de fleurs, avec son attelage de chevaux de labour ; le divan, œuvre des passementiers , fleuristes et doreurs; et Parc de triomphe, que le bazar du
voyage avait élevé en employant pour matériaux les havresacs, les pantoufles, les filets de pêche, et tous les articles nécessaires aux besoins et au luxe des voyageurs élégants. Les ouvriers de la manufacture des tabacs promenaient une botte énorme de cigares entrelacés ; les maçons avaient figuré leur industrie par un temple en plâtre ; les tourneurs, par un escalier en bois. Enfin , et ceci n’eût pas été le plus inutile , je citerai encore la pyramide de petits pains, portée en triomphe par l’honorable corporation des boulangers, et offrant à la convoitise des spectateurs ses assises croustillantes et dorées.
Ce dernier trophée a dû, dans un moment donné, obtenir un
Fête du 21 mai. — Trophée des corporations des tapissiers, passementiers, doreurs et fleuristes
succès d’enthousiasme : les ordonnateurs de la fête avaient totalement oublié les soins relatifs à l’approvisionnement du buffet. Bon nombre de personnages éminents , que leur grandeur entraînait sur l’estrade officielle, ont failli périr de faim et de soif.
Il y avait une certaine originalité dans cette exhibition des produits de l’industrie au milieu d’une fête nationale ; on a moins approuvé les députations de jeunes filles vêtues de blanc, avec leurs mamans en costumes et en cabas de fantaisie , qui ne se fiaient pas au gouvernement pour la surveillance de leurs enfants, et qui venaient, grâce aux droits maternels, leur servir de chaperons] au milieu
même du cortège. L'illumination chinoise de la soirée n’a pas, non plus, conquis tous les suffrages. Ce qui a produit, en somme , le meilleur effet, ce ne sont ni les réminiscences antiques, ni les souvenirs par trop allégoriques du Directoire : c’est le ciel radieux qui faisait briller les mille bannières, les drapeaux, les étendards, les oriflammes, les banderoles tricolores; c’est le soleil qui éclairait une foule immense , qui reluisait sur les fusils de deux cent mille gardes nationaux, et sur les broderies d’un état-major proportionné à cette armée. Je ne puis , en terminant ces descriptions, m’empêcher de faire une remarque sur les augures trompeurs que peut fournir la
de la ville 'de Paris.
La passion du cheal , et surtout du ;heval de course .
l’existe en France qu’à l’état de mode;
3t, comme toutes les modes qui se sont succédé dans notre heureux pays , elle est destinée à n’avoir qu’un temps. Son apparition sur l’horizon parisien marque une nouvelle phase de ce qu’on nomme l’anglomanie : avant la chute de l’Empire, le Français montait à cheval d’après les vieux principes, et se livrait à l’équitation selon les errements et la routine du temps passé.
La tin du blocus continental fut , à peu de chose près, l’inauguration du sport, du turf, du steeple-chase:
le gentleman rider franchit le détroit , poussé par le même vent qui entraînait à Sainte-Hélène le Beltèrophon et son illustre captif. Malgré les faveurs de la mode , malgré la fondation d’un club fameux , dont l’origine et l’appellation sont spécialement hippiques, malgré l’institution plus sérieuse de la Société d'encouragement pour l’amélioration de la race chevaline , le sport n’a guère plus pénétré dans nos mœurs que le mot dans notre langue.
Et d’abord , à défaut d’une interprétation complète qui ne se
sérénité de l’atmosphère : il se trouve dans tous les comptes rendus une phrase stéréotypée : « Le temps le plus beau a favorisé la fête. » Hélas! celte phrase ne signifie rien; souvent le ciel accueille avec toutes ses splendeurs les réjouissances qui servent a inaugurer le règne le plus éphémère ; et souvent aussi c’est avec de la pluie, de Forage, du vent, qu’il se plaît à contrarier les fondations les plus durables.
Le Champ de Mars n’est pas exclusivement consacré aux cérémonies et aux réjouissances officielles : souvent la ville, moyennant un loyer assez fort , autorise les particuliers à s’en servir pour certaines fêtes privées , telles que le camp du Drapd’ Or , une fête organisée par 1 Hippodrome , les fantasias des Arabes , ou encore les ascensions aérostatiques, spectacle toujours nouveau, auquel accourt chaque dimanche d’été le badaud parisien. Ne faut-il pas voir madame Poitevin s’élever dans les airs avec les attributs mythologiques d’Europe ou de Danaé, et en compagnie de son poney his torique , ou d’un tau reau qui joue biei malgré lui le rôle d< Jupiter? C’est encori au Champ de Mars qu’ont lieu les courses
Vsceasion de H. Po.tcviu au Lh mp de Mars.
Grande iautasia exécutée par vingt-
Vrabes a l’Hippodrome du champ de Mars.