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CHAPITRE XLII

LE LONG DE LA SEINE (Suite)

dictionnaire, il faut dire ce que signifie le mot de sport On nomme ainsi tout ce qui concerne cette sorte d’industrie, dont le but est de dresser un cheval de course, à Y entraîner, à le lancer sur l’arène : le sportsman est l’homme qui vit moitié dans son écurie , moitié sur le turf , c’est-à-dire sur l’hippodrome ; qui dévore une

fortune considérable en poursuivant des succès rares et insignifiants , et dont la carrière se termine soit à Clichy, soit dans un secrétariat d’ambassade. Heureux , trois fois heureux le sporstman qui sort de l’arène équestre assez à temps pour rentrer dans l’hippodrome moins brillant du mariage ! En un mot, sport

et son dérivé- sportsman ont quelque analogie avec ce fameux Bel men , du Bourgeois gentilhomme , qui, à lui seul , veut dire toute une phrase. La belle langue que l’anglais !

Le sujet qui se présente ici, le sport, est un des plus riches que nous offre l’univers parisien; pour le

Un cheval de course.

traiter avec méthode il faut , dès l’abord , poser une division essentielle. Les courses sont de deux sortes: elles ont lieu sur un terrain uni, et alors il s’agit uniquement de vitesse, ou bien chevaux et écuyers, traversant un terrain accidenté, coupé de fossés, de haies, de flaques d’eau, ont à vaincre divers obstacles

qui exigent autant de prudence et d'adresse que d’agilité. Cette dernière manière appartient plus proprement à l’état de nature : les Arabes et les peuples pour qui l’équitation est d’une nécessité absolue, ne connaissent que ce genre de course. Quant à la lutte dans une plaine parfaitement unie et pendant un

temps limité, elle offre quelque chose d’artificiel, et peut faire supposer que l’éleveur sacrifie à la vitesse de son cheval d’autres qualités plus utiles. Une anecdote, très-authentique d’ailleurs, fera comprendre cette différence.

Des Anglais possesseurs de chevaux pur sang, et

Courses au Champ de Mars.

fiers d’avoir, à ce qu’ils disaient , les premiers coureurs du monde, se trouvaient en Égypte du temps de Méhémet-Ali : ils défièrent un chef de tribu du désert, et des coursiers , pur sang aussi , qui appartenaient à la race des Nejdis ; on sait que chaque étalon de cette race a une généalogie commençant à Barak , la fameuse jument que montait le prophète. Le défi

fut accepté : les insulaires demandèrent alors un délai de quarante jours pour préparer leurs chevaux, pour les entraîner , c’est l’expression technique. Grand étonnement des Arabes, dont les chevaux sont toujours prêts à courir. Le terme passé, les enfants du désert demandent à leur tour combien de jours on courra. « Combien de jours? Nor s courrons une heure.

disent les Anglais. — Et c’est pour courir une heure que vous nous demandez quarante jours de préparation? — Oui ; tel est l’usage de notre pays. Grâce à cette préparation, nos pur sang battront vos chevaux, comme ils battent ceux de toute l’Europe. » Enfin, il est décidé que l’on courra deux heures. L’Arabe arrive, drapé dans son burnous, tenant en main son

Pesage (les jockeys.

arme favorite, et monté sur son fidèle compagnon, qui , malgré le poids de son cavalier, d’un harnais chargé d’or, de massifs éperons, et en un mot d’un équipement lourd, incommode, d’une splendeur barbare , hennit, piaffe et semble prêt a dévorer l’espace. Les jockeys paraissent à leur tour: qu’on juge de l’étonnement des Arabes à la vue de deux grandes bêtes, encapuchonnées jusqu'aux yeux , sans forme de cheval et montées par des avortons en casquette ronde et en veste collante.

Ils refusent d’abord de reconnaître dans ces monstres des hommes et des chevaux, et de courir avec des créatures qu’ils désignent par le terme de mascara. Enfin la lutte commence après bien des difficultés : les Anglais, pendant la première demiheure , prennent l’avance:

mais bientôt ils sont atteints, dépassés , et ils arrivent longtemps après les autres.

Joyeux de leur victoire, les

Les coureurs au départ.

spectateurs indigènes accourent : quelle est leur surprise! Les pur sang épuisés, haletants, gisent pai terre ; autour d’eux s’empressent les maîtres et les jockeys pour les frotter, les remettre sur leurs jambes et les réconforter avec quelque liqueur généreuse. Quant aux coursiers Nejdis, leur robe n a pas laissé perler une seule goutte de sueur: ils sont dispos, impatients, et semblent regretter d’avoir triomphé en si peu de temps.

La course à l’orientale a lieu surtout aux environs de Paris : à la Croix de llerny, à la Marche, à Chantilly ; le Champ de Mars s’ouvre pour ces courses plus civilisées, dont les héros sont des coursiers entraînes, et des jokeys dressés , c’est-à-dire maigris, à 1 anglaise.

Les courses delà Société d’encouragement ont lieu d’ordinaire sur le Champ de Mars : les vainqueurs s y partagent un certain nombre de prix , dont les uns sont fondés par la Société elle-même, les autres sont dus à la magnificence de la ville, de 1 État ou de quelques particuliers. Ces prix varient de 3,000 fr. à 300 fr. Le prix d’entrée est de 50 fr. par cheval, pour le concours bien entendu. Un programme, publié d avance, désigne les conditions requises des chevaux et des jokeys pour être admis à se disputer le prix. Ces conditions comprennent 1 âge du cheval , sa na-

Traitement «lu cheval après la course.

tionalité, sa qualité d’étalon ou de cheval hongre, le poids du jokey; elles établissent des différences entre les coureurs entraînés ou non entraînés, etc. Le programme indique en outre le nom des propriétaires, le nom et la livrée des jokeys , et enfin les noms, si bizarres et si fantasques, des coursiers engagés. On voit bien que l’imagination des sportsmen se donne libre carrière dans le choix des appellations, et qu’elle préfère , comme de juste, les plus excentriques et les moins significatives.

Parmi une foule de prénoms habillés à l’anglaise, vous distinguerez des Karagheuze et des Miserere; Pantalon et Nautilus s’élancent de front avec un homme politique représenté par quelque autre coureur, et la littéraure avec la cuisine, le règne animal et le règne minéral , la géographie et la botanique se mêlent de la façon la plus imprévue dans les listes officielles et sur le champ de ba-

( '.ourses de haies au Champ de Mars

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