CHAPITRE LX1X. — LES SPECTACLES ET LES CONCERTS
mont, en 1793, ce que semblerait attester de primeabord et sa chevelure un peu grisonnante et son accent italien; mais des gens qu’on dit bien informés prétendent qu’il a toujours vécu sous divers noms célèbres et qu’il change seulement de forme, pour varier ses prestiges et ses plaisirs, tous les soixante-dix ou quinze ans.
Quoi qu’il en soit, le Bosco actuel vit le jour à Turin, et, dès ses jeunes années, manifesta le génie inné , d’autres disent préexistant, qu’il a si bien développé dans sa merveilleuse et déjà longue carrière. Nouveau Tantale, tout ce qu’il effleurait du bout du doigt s’évaporait subitement. Sa famille, sur ces étonnantes dispositions, le destinait à suivre la carrière des armes en qualité de maître d’escrime; et, en effet, dès ce temps-là, il boutonnait, comme je crois qu’il ferait encore malgré ses cinquante-huit ans sonnés, son homme, les yeux fermés, juste à la place du cœur ou à tout autre point marqué d’avance. Son étoile en avait décidé autrement. Il fut escamoté par Bellone, lui qui en eût remontré à Mercure, et l’on n’apprendra pas sans intérêt que ce digne et excellent artiste a courageusement servi notre pays sous les aigles impériales.
Dans un engagement contre un parti de Cosaques, Bosco, fusilier au 13e de ligne, reçoit un coup de lance dans le flanc. Il fait le mort: l’enfant du Don, qui venait de l’accommoder de cette sorte, vient sur lui et le dépouille de son argent et de sa montre. Bosco n’a garde de souffler; mais, songeant qu’il va se trouver sans le sou, position par tous pays peu agréable, il explore délicatement , pendant que son Cosaque le détrousse, les poches de son ennemi et lui prend de quoi rétablir la balance.
Ramassé parmi les blessés et tombé au pouvoir des Russes, il fut conduit en Sibérie, où il séjourna dix-huit mois, et interné, lui cinq centième, dans une petite ville située à peu de distance de Tobolsk. Là,
Bosco déclare gravement qu’il est prestidigitateur, et que, si
l’on veut lui fournir de quoi échanger ses haillons contre des vêtements décents, il se fait fort de divertir le gouverneur et toute la haute société de la
ville. La proposition est acceptée avec empressement; Bosco donne sa grande représentation devant
M. Charles, dompteur d’animaux, dans la cage du tigre royal.
le gouverneur et obtient un succès fou. C’est à qui l'aura désormais. Il est choyé, fêté, accueilli et payé.