‹ Tableau de ParisChapitre 21 sur 257 · CHAPITRE XLII. — LE LONG DE LA SEINE. (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII. — LE LONG DE LA SEINE. (Suite

taille. Il y a sans doute quelque honneur à remporter le prix, fût-ce sous les traits d’un cheval; mais peu de gens aimeraient à donner leur nom au cheval qui arrive le dernier. Arabian Godolphin, l’aïeul des pur sanp anglais, et Éclipse, le vainqueur des vainqueurs, qui furent connus de leur vivant par l’Europe entière, conservent aujourd’hui encore un nom presque historique.

L’histoire de Arabian Godolphin, est célèbre dans les annales du lurf. Elle prouve qu'il en est quelquefois des chevaux comme des hommes : la fortune va chercher ses favoris indifféremment dans les positions les plus élevées et dans l’abjection la plus complète. Le cardinal Dubois passa ses premières années chez un pauvre prêtre, moitié secrétaire, moitié laquais; Sixte-Quint gardait les troupeaux dans son enfance ,• et le vainqueur des vainqueurs dans les lices d’Epsom et de New-Market, le héros des turfs du dix-huitième siècle, l’aïeul d’une postérité chevaline qui, de génération en génération, se transmet les palmes les plus lucratives, Godolphin Arabian, a commencé par traîner à Paris la charrette d’un maraîcher. Son nouveau maître, lord Godolphin, méconnut longtemps sa valeur réelle, et ne l’apprécia qu’après de longues années passées dans l’obscurité du haras. On remarque une singularité dans la vie de ce noble animal : c’est son attachement extraordinaire pour un chat. Celui-ci se tenait toujours sur son dos, quand il était à l’écurie, ou s’arrangeait de manière à se coucher le plus près possible de lui. A la mort de Godolphin , arrivée en 1733, dans la trentième année de l’âge de ce noble animal, le chat refusa toute espèce de nourriture, et mourut après avoir langui quelque temps. Quant à Éclipse , on raconte que son possesseur , le colonel O’Kelly, ayant déjà gagné par son cheval la somme de 600,000 francs, refusa de le vendre, à moins d’une nouvelle somme de 600,000 francs, et d’une rente viagère de 12,000 francs. Éclipse fut père de trois cent trente-quatre chevaux. Il mourut en 1789, à l’âge de vingt-cinq ans.

Quelle que soit la valeur des chevaux réputés bons coureurs, je doute qu’elle puisse jamais s’élever si haut de nos jours. Autrefois les éleveurs visaient surtout à faire un bon cheval : les bêtes sortant des haras les plus renommés conservaient non-seulement toute leur vitesse , mais aussi toute leur force et leur vigueur : ils étaient capables de courir pendant plusieurs milles, et de recommencer plusieurs fois ces fatigants exercices. Aujourd’hui, au contraire, comme les courses sont moins longues, on a sacrifié la force à une célérité passagère et factice. Grâce aux combinaisons les plus savantes dans les croisements , à la plus austère hygiène, aux exercices préparatoires lès mieux combinés, l’on arrive à produire des ombres de chevaux, de vrais fantômes, allongés comme un cutter anglais, légers, maigres, n’offrant à l’œil qu’un puissant développement de quelques muscles sur une charpente osseuse élancée, qui semble devoir traverser la peau. Ces coursiers ainsi obtenus acquièrent, en effet, une rapidité prestigieuse 7 la course a lieu , et le propriétaire du cheval remporte le prix; les paris sont gagnés, mais l’animal est perdu. Le fouet, les éperons ont déchiré ses flancs qui ruissellent; il est tout à fait énervé, et a besoin d’un long séjour dans les parcs et les haras, d’une longue oisiveté pour pouvoir reparaître dans l’arène.

Il faut aussi élever les jockeys pour ces courses où l’on n’obtient que des couronnes qui coûtent bien cher et une gloire bien fugitive. L’éducation théorique du jockey n’est pas facile : il doit s’habituer à la bête sur laquelle il espère triompher; se faire une idée juste de ses forces, prendre confiance en elle, et lui en inspirer. Dans un moment décisif, lorsque deux concurrents touchent presqu’au but, la victoire appartient à l’animal dont le cavalier possède le plus de sang-froid, de coup d'œil, à celui qui s’est le mieux identifié avec sa monture. Les mauvais traitements et les coups, dans cet instant suprême, ne servent qu’à décourager le cheval : heureux alors le jockey qui a

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su inspirer une certaine émulation à son pur sang, et en quelque sorte l’intéresser directement au succès. On a vu des coursiers saisir par la jambe un rival qui menaçait de les dépasser. Mais, indépendamment de ces qualités morales, et aussi de la force physique, qui lui sont nécessaires, le jockey doit remplir une condition terrible, une condition sine quâ non ! le poids ! Les programmes des courses fixent le nombre de kilogrammes que doit porter tout cheval qui concourt : aussi , une des opérations préliminaires de toutes ces courses, c’est le pesage des jockeys. A cet effet, on dispose, dans les écuries, une sorte de balance dans le plateau de laquelle s’assied le jockey, avec le harnais, la selle et tous les accessoires. Si, par extraordinaire, il ne fait pas contre-poids aux kilogrammes réglementaires, on le complète par l’addition de quelques morceaux de plomb dans ses poches. Le poids fixé varie selon l’âge et la provenance des chevaux. A une course fameuse du Champ de Mars, un jockey des plus maigres se présenta pour recevoir son complément de poids : il montait un coursier habitué à vaincre en Angleterre. Le cheval arrive un des derniers au but : grand désespoir du cavalier qui avait franchi le détroit exprès pour vaincre les Frenchmenl 11 met pied à terre, et disparaît pour cacher sa honte; mais une pesanteur inaccoutumée ralentit sa fuite. Il se débarrasse du plomb : l’excédant de poids persiste. Enfin, il met machinalement la main dans la poche de sa veste : hélas! il y avait remis, sans y penser, la grosse clef de son écurie ! Si le cheval n’avait pas son ancienne gloire, la faute en était à cette irréparable distraction. On assure que le jockey n’a pu survivre à un accident dont il était la cause involontaire.

L’aspect d’une course au Champ de Mars montre fort bien ce que j’ai déjà dit, que le sport ne s’acclimate guère en Erance. De l’autre côté de la Manche, une foule immense se précipite de tous les points de Londres et du Royaume-Uni, pour accourir à Epsom et à New-Market. Les plus hauts personnages ne dédaignent pas de présider au turf, et le vainqueur reçoit de la part des lords un honneur qui n’est accordé qu'à lui et à la reine. Quand il rentre triomphalement à son palais, on sé découvre devant lui. L’enthousiasme le plus frénétique accueille chaque épisode, chaque incident de la course. L’attention de cent mille spectateurs, est. enchaînée aux jambes des coureurs. Des millions sont hasardés sur une tête ou sur une demi-tête, qui séparera le vainqueur du vaincu. Mais en France qui donc suit les courses? La Société d’encouragement peut-être, ou les membres du Jockeys-Club. Nous reparlerons de ce cercle fameux, fondé par de fins gastronomes, sous prétexte de sport. A ces spectateurs obligés se joignent les propriétaires des chevaux et quelques invités, qui remplissent deux mesquines tribunes; puis, si le temps est beau, et s'il n’y a nulle part une expérience aérostatique, deux ou trois milliers de curieux viennent former un pacifique cordon autour de l’arène. On entend encore çà et là quelques parieurs à la formule consacrée, et qui a prévalu en dépit du système décimal : « Je parie 25 louis;» mais de mauvais plaisants assurent que cette expression de 25 louis désigne, dans la langue du Jockeys-Club, un cigare de 5 sous. L’imperturbable sérénité des parieurs malheureux semble donner raison à la traduction.

Ordinairement, l’arène est déterminée par une barrière qui court circulairement autour du Champ de Mars; de telle sorte que le point de départ et le point d’arrivée sont les mêmes. Avant le signal, les jockeys, pesés et suffisamment alourdis , amènent les concurrents, couverts d’une ample couverture, dont ils ne les débarrassent qu’au dernier moment : ils se distinguent les uns des autres par la couleur de leurs vestes et de leurs casquettes, couleurs qui sont indiquées sur les programmes. Ces programmes indiquent de même le nombre de courses, le nom des chevaux, et la manière dont on courra. Ainsi, il y a des courses simples et des courses en partie liée. Le signal est

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donné , chacun part comme un trait. S’il s’agit d’une course de hacks , c’est-à-dire de chevaux non entraînés, il arrive parfois que ces animaux peu experts n’obéissent pas sur-le-champ , et perdent du temps avant de s’élancer; mais, en général, le départ a heu avec ensemble, et ce n’est qu’au bout de la première moitié du trajet qu’une inégalité marquée commence à se dessiner. Les cavaliers habiles et sûrs de leurs montures ménagent leurs forces et se réservent pour un instant plus décisif. Lorsqu’un cheval tient la tête, il a besoin de toute son ardeur pour la conserver, et il se laissera dépasser, si on lui a fait jeter d’avance tout son feu. Si , au contraire, il a un rival qui court de front avec lui, la victoire appartient à celui qui a été le moins fatigué dès le commencement. D’ailleurs, quand le but est en vue, il faut que tous les jockeys qui peuvent avoir quelque chance déploient leurs dernières ressources. On voit quelquefois en ces cas un cheval faible, mais rapide et bien ménagé, qui était un peu resté en arrière, se précipiter tout d’un coup, et atteindre au but avant que ses adversaires, qui semblaient plus favorisés, aient eu le temps de se recueillir pour un dernier effort. C’est là le triomphe dû véritable jockey.

Le plus souvent , la victoire dépend d’une avance presque insensible. On désigne la différence entre les premiers arrivants par les expressions qè tète où demitête. Si les deux chevaux arrivent de front., le juge, qui ne veut pas avouer que sa perspicacité se trouve en défaut, prétexte qu’il a oublie son lorgnon. C’est trèsanglais.

Un spectacle bien plus fréquent, en été, sur le Champ de Mars que les courses de chevaux, et aussi bien plus goûté des curieux Parisiens, c’est l’enlèvement d’un ballon Rien de plus simple pourtant . Toute expérience aérostatique rentre dans un programme dont les moindres détails sont prévus d’avàncc. M. Poitevin, ou un autre de ses confrères jouissant d’une réputation moins européenne, arrive avec son ballon dégonflé, et l’ajuste à un ou plusieurs tuyaux qui communiquent avec l’appareil très-peu compliqué où se produit le gaz hydrogène. Peu à peu la partie supérieure de l’aérostat s’arrondit, s’élève, et l’on est obligé d’avoir recours à un certain nombre de soldats, qui le retiennent par des cordes jusqu’au moment du départ. Le globe est enfin entièrement plein et. capable fie s’envoler dans les airs ; on laisse un temps considérable à la curiosité des spectateurs pour contempler ses dimensions, pour admirer les douze signes du zodiaque ou toute autre peinture allégorique tracée sur la ceinture qui l’étreint à mi-corps. Ordinairement un ballon de forte dimension, comme YËole, l 'Univers, etc., est en soie gommée, et non en baudruche; un filet de mailles protège l'hémisphère supérieur, qui subit la tension du gaz, et le prolongement des cordes fines qui composent ce filet sert à attacher la nacelle.

Quand l’impatience du public est à son comble, alors un signal est donné : madame Poitevin , compagne aventureuse des excursions aériennes de son époux, arrive, soit dans une élégante voiture traînée par deux poneys, soit encore sur un animal quelconque, et en costume mythologique. Ce dernier article constitue à peu près toute la diversion que l’on imagine pour varier le spectacle. Madame Poitevin s’élèverat-elle dans les airs à cheval , en amazone, ou bien sur un taureau, et dans le simple appareil d’Europe ravie par Jupiter? Aurons-nous une ascension de la voiture et de son attelage, ou bien un train de plaisir aérien, moyennant 50 francs le billet d’ascension? Je n’ai pourtant jamais rien vu de fort pittoresque et de fort intéressant dans ces enlèvements d’animaux captifs et enchaînés, qui baissent la tête et laissent pendre leurs jambes de la façon la plus piteuse; mais ce spectacle offre, à ce qu’il parait, un attrait toujours nouveau, et que je ne saurais comprendre. Lorsque le ballon arrive à quelques centaines de mètres dans les airs, madame Poitevin regagne sa nacelle ; les navigateurs jettent quelques sacs de lest sur la tête des

paris, tvf. de FiRMiN didot, 56, rub JACOR. 20 C. par la poste.

badauds , et planent sur Paris ; puis , quand la brune arrive, le vent les pousse en dérive vers un des points cardinaux, et la descente s’opère dans quelque champ de Passy, de Bondy ou de Romainville. Le lendemain, on lit dans tous les journaux un fait divers ainsi conçu : « L’ascension de M. Poitevin a été favorisée par un temps magnifique; l'intrépide aéronaute et son intrépide épouse sont descendus sans danger à . . . , où les habitants du pays leur ont prêté aide et secours. Après avoir dégonflé leur ballon , les époux Poitevin ont trouvé chez monsieur le maire une généreuse hospitalité, et sont revenus le lendemain par le chemin de fer; » ou bien :

« Malgré le vent et le brouillard , qui n’avaient pas arrêté les curieux, les époux Poitevin ont opéie une nouvelle ascension; mais leur descente n’a pas etc heureuse : le ballon et eux-mêmes ont failli être victimes du vandalisme et de la brutalité des paysans de ...» Le reste comme ci-dessus. Tel est le récit exact de ce qui se passe entre le sacramentel Lat liez tout! par lequel commencent toutes les ascensions, et le fait Paris du lundi qui leur sert invariablement d’épilogue.

Plusieurs aérostiers ont essayé de diriger des ballons; ils ont compris que le problème ne consistait pas à enlever au hasard des choses plus ou moins

étranges, au grand ébahissement des badauds. Quand même on aurait réussi a enlever un omnibus complet , ou même une maison avec ses locataires, la navigation aérienne n’aurait pas fait un pas. Malheureusement la bonne volonté de ces novateurs est tout ce qu’ils offrent de louable. Jamais le Champ de Mars n’a été assez heureux pourvoir réussir une expérience de direction d’aérostat. D’ailleurs un bon nombre de ces inventeurs à venir sc bornent prudemment à la théorie : ils vous démontrent, plus ou moins clairement, lf possibilité et l’infaillibilité de leur découverte; mais, je le répète, on n’a vu encore naviguer dans les airs aucun ballon, ni avec des ailes, ni avec des hélices,

ni avec des nageoires, quoiqu’on ait essayé de tout.

Le Champ de Mars est relié à la rive droite de la Seine par le pont d’Iéna. Ce pont est une des créations de l’Empire : par deux décrets, datés, l’un de Varsovie en 1807, et 1 autre de Toulouse en 1808, l’empereur ordonna qu’un pont serait bâti en face de l'École militaire, qu’il serait appelé pont d’Iéna, et serait construit d après les plans du sieur Lamandé, ingénieur en chef des ponts et chaussées , sur un devis de 6,175,128 fr. 75 c. Il n’a été terminé qu’en 1813. Ce pont se compose de cinq arches égales, de 20 mètres d’ouverture : sa longueur totale est de 148 méfies. La largeur des piles au niveau des naissances est de 3 mètres : en avant de chaque culée, dont l’épaisseur est de 15 mètres, se trouvent des massifs carrés

sur lesquels s’élèvent des piédestaux destinés à \oii des slatues équestres. Lors de 1 invasion , les siens voulurent détruire ce pont, qu’ils considéi comme un monument de leurs défaites : on ce ie mot fameux de Louis XVIII à cette occas « Qu’on me dise l’heure , et j’irai m’asseoir s pont ! » Cette protestation arrêta les démolisseur pont d’Iéna devint pont des Invalides, et ne repri nom qu’en 1830.

Le quai auquel aboutit le pont d’Iéna est le qu Lilly. On commença à le construire en 1572, A époque, il prit le nom de quai des Bonshommt cause du couvent des Minimes, que le vulgaire nommait couvent des bonshommes. Plus tard i désigné sous les noms de quai de la Conférence

I fie 1

df Chailtol, ou encore quai de la Savonnerie, à cause •Unie manufacture de tapis qui portait ce nom. Par e meme deciet qui ordonnait la construction du pont dlena. Napoléon décida que le quai dit de Chaillot serait élargi et prendrait le nom de quai de Lilly, à cause du général Lilly, mort à Iéna. L’élargissement de ce qua. eut heu aux dépens du lit du fleuve, par un mur de terrasse qui vient se rattacher à la culée

du pont d’Iena, dont il facilite les abords.

rmohio Uat* p 6 tBiliyn’olire aucun monument remar- , J ’ et antiquaire n’y recueille qu’un petit nom-

dite 3a ]SOliven‘rh' L ancienne manufacture de tapis* t ' a ayonnerie, est devenue l’hôtel des subsis- - S mi ' aires ’ non de là, dans une des ruelles qui communiquent du quai avec la rue de Chaillot,

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