I.o magasin
viennent réclamer. A deux époques, il est vrai , il s’est trouvé amené par une sage prévoyance à discontinuer les avances qu’il fait habituellement au commerce; mais, même avec un capital fixe plus considérable que celui dont il disposait en 1848, il eût été réduit à adopter la même mesure. En effet, dans les moments difficiles, lorsque la Banque et les autres institutions de crédit resserrent plus ou moins leur escompte, si le mont-de-piété continuait de prêter au commerce sur nantissement, l’aftluence de cette classe d’emprunteurs, dans les premiers moments d’une crise commerciale, augmenterait en proportion des difficultés qu’éprouverait la négociation du papier, et cet établissement serait promptement hors d’état de remplir sa destination véritable, qui est de prêter aux pauvres. En examinant avec attention les diverses phases parcourues par cette institution , on doit reconnaître que l’élasticité de son capital, loin d’être un inconvénient, est parfaitement propre à faciliter ses opérations en même temps qu’à lui per¬
mettre toute l’économie désirable, puisqu’il lui suffît d’abaisser ou d’élever le taux de l’intérêt qu’elle offre à ses prêteurs, pour augmenter ou modérer leur affluence et proportionner ses ressources à ses besoins. Donnons maintenant les chiffres exprimant les opérations effectuées avec les capitaux qui ont été à la disposition du mont-de-piété depuis son origine :
De 4785 à 1789, cet établissement prêtait, en moyenne, 18,205,104 livres sur 488,288 nantissements; en 1790, le nombre des prêts atteignit le chiffre de 534,451 pour 18,477,355 livres; en 1791 , il se réduisit à 431,476 pour 12,691,606 livres ; et en 1792, dernière année sur laquelle nous possédions des renseignements , à 349,391 articles pour 10,564,317 livres.
Les dégagements s’opèrent de trois manières : 1° par le retrait effectif du gage, la moyenne des cinq années précitées est de 364,196; 2° par le renouvellement, la moyenne était de 85,817 ; 3° par la vente des effets non retirés, moyenne 24,995 pour une
somme de 1,551,832 liv . ; le total des dégagement, était donc de 475,008 pour la somme de 17,605,197 livres.
La différence assez forte existant entre le chiffre des engagements et celui des dégagements doit provenir d’une louable facilité à différer la vente des effets non dégagés au delà des délais accordés au moment du dépôt; faculté qui a dû cesser plus ou moins complètement de 1790 à 1792, par suite de la diminution des ressources du mont-de-piété et de la nécessité où il se trouvait de rentrer dans ses avances. Ainsi, dès la première de ces trois années, l’ensemble du dégainent s’élève à 530,292 pour 18,720,602, somme supérieure à celle prêtée dans le cours de la même année. En 1791, les dégagements de toute espèce atteignent le chiffre de 494,845 pour 16,111,218 liv., dont 106,040 renouvellements et 27,755 ventes; et en 1792 ces totaux sont de 107,766, dont 69,402 renouvellements et 23,379 ventes, pour une somme totale de 12,281 ,524 livres.
Ainsi, à mesure que les engagements diminuaient, les renouvellements et les ventes augmentaient d une manière sensible. C’était la liquidation des années de prospérité qui s’opérait par le renouvellement, de la part des débiteurs ayant encore quelques ressources, et par la vente des gages de ceux qui n’avaient pas ou la précaution ou les moyens de proroger leurs échéances.
Pour les cinq années de 4783 à 4789, les engagements et renouvellements faits par les commissionnaires s’élevaient en moyenne à 183,391 ; soit 38 p. 400 de la totalité des engagements. En 1791, le chiffre de ces opérations était de 157,794, et en 1792, de 125,725; soit 32 à 36 p. 100.
A cette dernière époque, le nombre de ces agents était réduit à 12 pour Paris, 2 pour Versailles, 1 pour chacune des villes de Saint-Germain , Saint-Denis et Fontainebleau. Il n’en est pas indiqué pour Compiègne.
Il est probable que le relâchement de l’autorité, bien sensible dès la fin de 1789, avait facilité 1 ouverture de maisons de prêts plus ou moins clandestines, faisant au mont-de-piété une concurrence désastreuse.
Avant 1790, le taux moyen des prêts, faits directement, était de 37 liv. 12 sols, et de ceux faits par l'intermédiaire des commissionnaires, de 35 liv. 12 sols. En 1791 et 92, le taux moyen général tomba à 29 et 30; mais celui des prêts faits par les commissionnaires se maintenait encore à 32 et 33 liv.
La moyenne en nombre des prêts au-dessus de 200 liv. était annuellement, jusqu’à la fin de 1789, de 10,637 pour 5,876,803 liv.; ils absorbaient donc près du tiers des sommes avancées. En 1792, ce chiffre n’était plus que de 5,027 pour 2,783,323 sur un total que nous avons indiqué de 10,564,000; c’est encore plus du quart.
L’élévation de ces chiffres et de la moyenne des prêts prouvent que la bourgeoisie et les petits fabricants, à défaut d’autres établissements de crédit, avaient, plus généralement qu’au jourd’hui, recours à la caisse du mont-de-piété, qui était presque autant une banque à l’usage du commerce qu’une institution de charité au profit des pauvres.
A défaut des documents nécessaires, nous sommes obligés de passer sous silence la période si curieuse de 1798 à 1815.
D’après M. Biaise, dont l’ouvrage nous a été si utile, de 1 8 1 5 à 1 833, la moyenne des engagements aurait été , en articles, de 1,114,044; en valeurs, de 19,809,076 f. 47 c. Le taux moyen des prêts, de 17 fr. 78 c., inférieur de moitié à ce qu’il était avant 1790, témoigne du changement survenu dans la nature des nantissements et la condition des emprunteurs. La moyenne des dégagements de toute espèce a été de 1,106,000 articles pour 49,671,544 fr.; la valeur moyenne des retraits effectifs est de 16 f. 40 c.; celle des renouvellements, de 24 f. 89 c. ; celle des ventes, de 17 f. 76 c. La proportion de ces trois natures d’opérations est de 79 p. 100 pour les retraits effect ifs, 16 p. 100 pour les renouvellements, et 5 p. 100 pour les ventes.
L’importance des opérations effectuées par le montde-piété s’est progressivement accrue depuis 1833, sauf une diminution momentanée en 1841 et 42 jusqu’en 1 847, année où les engagements et renouvellements réunis ont porté sur 1 ,578,348 articles et sur une valeur de prêt de 28,408,810, se décomposant en 1,264,442 engagements effectifs pour 20,699,328 fr. et 313,906 renouvellements pour 7,409,482 fr. La moyenne'des prêts était, pour cette année calamiteuse, de 16 fr. 37 c., celle des renouvellements, de 23 fr. 60; la moyenne générale, de 17 fr. 80 c.
Les retraits effectifs ont été de 1,115,125 articles pour 17,618,852 : les ventes se sont élevées à U 4,309 pour 1,918,266 fr.; avec les renouvellements dont le chitfreest à la fois compris dans les entrées et les sorbes, et que nous avons donné ci-dessus, le total des dégagements est de 1,543,340 pour 26,946,600 fr. La différence considérable que l’on peut remarquer
entre les engagements et les dégagements, résulte à la fois de la lenteur apportée à retirer les effets déposés et des sursis accordés par l’administration à ses débiteurs avant de procéder à la vente.
Cette supériorité des dégagements sur les retraits se trouve à toutes les époques de tranquillité et de prospérité. Les nantissements non retirés n’étant vendus qu’au bout de 13 mois et plus, il se forme chaque année un arriéré qui va toujours grossissant, jusqu’au moment oii les difficultés de la situation obligent l’administration à un déblayement général, qui rétablit l’équilibre.
La moyenne des dégagements effectifs a été de 15 fr. 79 c.; celle des ventes, de 16 fr. 77, taux dont la faiblesse doit tenir en partie à la dépréciation des objets mobiliers, conséquence infaillible de toute crise financière.
En 1848, l’ensemble des engagements fut réduit à 1,213,116 articles pour une valeur de prêt de 19 millions 731 ,872 fr., dans lesquels les renouvellements figurent pour 326,519 articles et 7,300,702 fr.; la moyenne générale n’est plus que 46 fr. 26 c.; pour les engagements effectifs, elle tombe à 14 fr. 02 c. Taux dont la faiblesse comparative est en partie le résultat de la fixation d’un maximum, et ensuite de la timidité apportée dans l’appréciation des objets offerts en nantissement. Pour les renouvellements, cette moyenne s’est soutenue à 22 fr. 95 c. Ainsi, d’une année à l’autre, la différence entre les engagements effectifs est de 377,845 en moins, tandis que le chiffre des renouvellements augmentait.
Nous donnerons plus loin l’explication de ce fait, si singulier en apparence, d’une diminution des engagements coïncidant avec l’accroissement de la misère publique.
Les dégagements par retrait n’ont été que de 869,494 pour 12,602,159 fr., et les ventes au nombre de 73,150 pour 1,363,867 fr. A la fin de cet exercice, il restait en magasin 896,883 articles, dont 158,281 déposés en 1847. L’élévation de ces chiffres, combinée avec le peu d’importance comparative des ventes, prouve les ménagements apportés par l’administration dans l'expropriation des retardataires. La conservation en magasin des effets non retirés à l’échéance du prêt, bien au delà des délais habituels, est du reste autant dans l’intérêt du mont-de-piété que dans celui des propriétaires : car cet établissement, par des ventes trop multipliées, trop considérables dans les moments difficiles, contribuerait à précipiter la dépréciation déjà trop générale qui pourrait entraîner pour elle des pertes plus ou moins sensibles. En 1849, les engagements étaient tombés à 1,134,985 articles pour 19,382,371 fr., dont 305,241 renouvellements. La moyenne des prêts, grâce à la cessation du maximum, s’était relevée à 14 fr. 48 c.; celle des renouvellements était de 23 fr. 47 c.; la moyenne générale de 17 fr. 06 c. Pendant le cours de cet exercice, les retraits effectifs, au nombre de 853,248, dépassèrent les engagements de 23,000; les ventes s’élevèrent à 91,637 pour une valeur de prêt totale de 2,088,559 fr., et une valeur moyenne de 22 fr. 06 c., chiffres de beaucoup supérieurs à ceux des ventes effectuées depuis 1831.
C’était la liquidation des mauvaises affaires de 1847 et 48 qui s’opérait par l’expropriation des déposants. Aussi nous retrouvons en 1849, comme en 1791 et 92, une supériorité marquée des dégagements sur les engagements de toute espèce ; pour 1849 , elle est de 418,141 art. et 2,538,994 fr. La même supériorité, mais moins prononcée , se retrouve en 1850, où le chiffre des ventes s’est encore élevé à 80,159. Enfin, en 1851, les engagements se sont relevés à 1,295,398 articles pour 22,242,507 fr.,avec accroissement comparativement à 1850 pour les engagements effectifs de 120,220 articles à réduction dans les renouvellements de 7,97 1 articles. Si l’on veut comparer 1851 à 1849, on trouve que l’accroissement est de 179,906 articles.
La moyenne des engagements effectifs est remontée
à 15 fr. 43 c.; celle du renouvellement n’est que de 22 fr. 67 c.; la moyenne générale de 17 fr. 17 c. L’ensemble des dégagements s’élève à 1,289,384 pour 20,976,640, dans lesquels les retraits effectifs figurent pour 874,158 articles, et les ventes seulement pour 49,478.
De la comparaison avec l’exercice précédent, il résulte que les dégagements par retrait ont augmenté de 19,177 articles, tandis que les ventes ont diminué de 30,681 articles pour 461,820 fr. Si l’on se reporte à 1849, on trouve que le chiffre des ventes a baissé de 45,159 articles, près de moitié. L’on rentrait alors dans l’état normal, où la proportion entre la valeur des ventes etdes engagements varie de 3 1/2 à 6 p. 100. Elle était effectivement en 1851 de 3,73 p. 100; tandis qu’elle avait été en 1849 déplus de 10p. 100.
Le rapprochement, par années, des opérations du mont-de-piété permet de constater un fait en opposition avec les idées généralement admises, fait que nous avons indiqué en en promettant l’explication ; c’est la diminution des engagements dans les époques calamiteuses.
Cette infériorité comparative est bien caractérisée dans les années 1791 et 92, de 1832 à 34, en 1841, enfin de 1848 à 1850; mais il est à remarquer que ce n’est pas au moment même où la crise, soit politique, soit commerciale, se déclare, que le ralentissement est le plus marqué : ce n’est ordinairement qu’au bout de quelques mois, souvent même la seconde année, que cet effet est bien sensible.
Lorsque les transactions ont une certaine activité, la fréquence des prêts commerciaux est provoquée par les besoins d’argent que le mouvement des affaires détermine inopinément chez les petits industriels. Ceux-ci se résolvent d’autant plus volontiers à payer des intérêts assez élevés qu’ils ont l’espoir d’une large compensation dans les bénéfices que procurera l’opération pour laquelle ils empruntent, et que tout retard ferait manquer. Enfin ils hésitent d’autant moins à se dessaisir des marchandises qu’ils mettent en nantissement, que les rentrées attendues donnent la certitude d’un dégagement plus rapproché. Quelquefois cette succession de dépôt et de retrait se répète plusieurs fois dans la même année pour le même individu. Le mont-de-piété a ainsi une clientèle en compte ouvert avec lui, dont il est le banquier à des conditions relativement moins onéreuses qu’elles ne le paraissent au premier aspect, comme il est facile de s’en convaincre en calculant le taux réel auquel revient au petit commerce, tous droits compris, la négociation de son papier effectuée par l’intermédiaire des escompteurs, et le comparant au 9 1/2 pour 100 que lui coûte net l’argent du mont-de-piété.
Quand le travail est abondant et bien rétribué, il y a dans les classes ouvrières une déplorable tendance à se livrer à des distractions coûteuses, à des dépenses hors de proportion avec ses ressources disponibles. L’artisan qui gagne veut briller; il achète pour lui, sa femme, ses enfants, des vêtements élégants, des bijoux, des objets de fantaisie; il est alors ce qu’on appelle bien nippé. S’il a projeté, pour un jour de fête, une partie de spectacle, de bal, une promenade à la campagne, et qu’il soit sans argent; s’il a dépensé, le dimanche et le lundi, tout le salaire de sa semaine, et qu’il ne sache comment attendre le jour de paye, il engage des effets qu’il retire bientôt après, pour les remettre quelques mois, quelques semaines plus tard. Chaque bureau a ainsi ses habitués, d’autant plus précieux qu’ils laissent moins longtemps leurs effets en gage.
Cette manie dépensière, aussi souvent destinée à satisfaire la vanité qu'à répondre au besoin de distraction si naturel à l’homme, n’est pas uniquement le partage des classes inférieures : aux jours de prospérité, stimulée par les richesses faciles que procurent les spéculations de toute espèce, la haute société donne 1 exemple de la dissipation et d’un luxe éblouissant : le goût de la dépense se propage alors de haut en bas ; c’est un besoin général d’amusements