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LES VOITURES A PARIS

Une découverte de la statistique. — Du mouvement des voitures dans les différents quartiers de Paris. — Les diverses formes de voitures Le cocher. — L’ancien serviteur. — Le domestique actuel. —

Le faible du cocher. — Le chasseur. — Les palefreniers. — Les laquais. — Les grooms. — La mode en fait de voitures. — Les voitures au bois de Boulogne. — Les voitures des gens riches. — Les voitures des demi-fortunes. — La voiture de remise. — Une ordonnance récente de la police. — Le cocher de remise. — L’omnibus. — Les lignes d’omnibus. —

Rôle de l’omnibus dans les révolutions. — Les traîneaux à Longchamp. — La voiture de Tom Pouce. — Les messageries. — Les voyageurs par les messageries.

Si l’on disposait en ligne droite tous les attelages de Paris, cette ligne, au dire des statisticiens, atteindrait à une longueur de soixante-quinze lieues. En portant à trois mètres et demi la longueur moyenne de chaque attelage, il est facile de se faire une idée du chiffre total, qui a servi de base à ce calcul.

Toutes ces voitures circulent dans Paris, en nombre inégal, suivant l'importance des quartiers et leur éloignement du centre. Ainsi, sur le boulevard drs Capucines, il passe, en vingt-quatre heures, 9,070 colliers; sur le boulevard des Italiens, 10,750; sur le boulevard Poissonnière, 7,720 ; sur le boulevard Saint- Denis, 9,009 ; sur le boulevard des Filles du Calvaire, 5,856; ce qui donne une moyenne générale pour ces cinq stations de 8,600 colliers. Quant au faubourg Saint-Antoine, on y compte 4,300 colliers en vingtquatre heures; et aux Champs-Elysées, 3,959.

La variété des formes et de destinations de tous ces véhicules n’est pas moins incroyable que leur nombre. Nous n’essayerons pas de les énumérer : voitures à bras, voitures de maraîchers, voitures de salubrité publique, camions, chars et charrettes, tapissières, diables et autres espèces roulantes destinées au transport; puis fiacres, remises, coupés, tilburys, cabs, calèches, tout cela défierait l’haleine de la mythologique Renommée elle-même, et la liste complète suffirait à époumoner les cent gosiers et les cent poitrines de l’infatigable déesse. Aussi est-ce avec raison que l’on a dit que Paris est l’enfer des chevaux; ce sont ces malheureux quadrupèdes qui souffrent le plus de la multiplication incalculable des moyens de transport. Leur sort mérite toutes nos larmes : à peine en faut-il réserver quelques-unes pour les individus qu’ils écrasent ou qu’ils mutilent de temps à J autre.

Commençons par le haut de l’échelle pour tracer quelques esquisses de tout ce peuple qui vit , qui s’agite, qui intrigue à l’entour des chevaux ; parlons du cocher, et, incidemment, du domestique de grande maison.

Le premier soin de tout moraliste consciencieux , de tout observateur impartial, c’est de détruire les erreurs qu’il rencontre sur son chemin. Ainsi, en débutant, nous devons nous efforcer de détruire la chimère de l’ancien serviteur, ce type répété dans tous I les romans et assuré du succès sur les théâtres dès qu’il se produit au milieu d’un imbroglio quelconque. Vous le connaissez tous, ce domestique vertueux, sensible et désintéressé, qui pleure des chagrins de son maître, qui pleure en embrassant l'enfant de la maison, qui pleure en conduisant le grand-père au cimetière, qui pleure en conduisant la petite-fille à l’autel ! Eh bien, il n’est plus, si toutefois il a jamais existé.

Cocher et laquais île grande maison.

d’ailleurs, que dans le domaine de la fantaisie. Aujourd'hui le domestique appartient à une race bohème, parcourant les hôtels et les grandes maisons des faubourgs opulents , sans songer à autre chose qu’aux gages et aux profits illicites, n’ayant aucune préférence sur le choix des mansardes ou des bas offices dans lesquels se passe la vie, loin des maîtres qu’il n’entrevoit que rarement , et formant avec le maître d’hôtel ou l’intendant une ligue scellée par de petites friponneries mutuelles ou par l’appât d’un gain qui ne devient sûr qu’à condition d’être partagé.

La figure du cocher se détache par des traits particuliers sur ce fond uniforme. Le véritable type du cocher, ce serait le cocher des lords anglais, qui monte sur son siège, paré et poudré, au moment de partir, en descend quand il est arrivé , abandonnant à des subalternes le soin d’atteler et de dételer les chevaux,

15 Cent. LA LIVRAISON. —179e Livr.

de sortir et de rentrer la voiture. Le cocher est fort et gros, sa figure doit être impasssible : sa voix grave ne se fait presque jamais entendre. Descendons a 1 automédon des moyennes fortunes et de la maison bourgeoise : celui-ci est un inflexible tyran ; il passe toute la journée dans la cour à laver une bride, la tête couverte d'un foulard et siffiant tous les airs qu il connaît; mais sa nonchalance apparente a un but qu’il ne perd jamais de vue; et ce but le préoccupe constamment. Si on le voyait inoccupé, on pourrait l’employer à tirer de l’eau, à faire des commissions, et sa dignité en souffrirait. En général, le cocher boit, et boit beaucoup. Du reste, le maître ne peut sortir que quand il plaît au serviteur : au moment de partir, l’alezan boite, le cheval bai est déferré d’un pied. 11 faut sortir à pied ou en fiacre.

Après le cocher, par ordre d’importance, vient le

Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60

chasseur. Le chasseur a cinq pieds huit pouces, des moustaches et un chapeau à plumes; on 1 habille de vert. Par son costume et son attitude, il tient le milieu entre le militaire et le marchand de vulnéraire suisse.

Puis les palefreniers, garçons d’écurie, et la valetaille en livrée, qui , sous prétexte de veiller aux voitures, à la santé des animaux, à la conservation du fourrage, trouvent moyen d’arrondir leurs revenus aux dépens de l’avoine, du foin et des chandelles. Puis les laquais, dont l’unique emploi consiste à annoncer les visiteurs le soir, à la porte de l’antichambre à s’occuper de la propreté des salons et des escaliers, et au dehors, à se tenir debout derrière l’équipage, étalant aux regards du piéton ébahi leurs formes d’Hercule, dessinées par la culotte courte et les bas collants.

PARIS typ. DE FIRM1N DIDOT, 66, RUE JACOB- 20 C. par la porte.

d’un spectacle assez curieux. Une foule de domestiques arrivent de toutes parts, montés sur de fort beaux chevaux; ils se saluent, se pressent la main, font piaffer les chevaux, comme leurs maîtres feront cinq ou six heures après, quand il y aura de la poussière; ils viennent boire le vin blanc, prendre le frais et fatiguer les chevaux, sous prétexte de leur faire faire une promenade salutaire.

Cet immense gaspillage n’est pas la seule source de dépense que cause l’entretien d’un ou de plu-

bits et de variétés de toilettes. Un homme riche doit avoir dans sa remise une calèche qu’on puisse atteler de quatre chevaux et conduire à la Daumont, avec des cavaliers tout harnachés d’or sur chaque bête, des laquais derrière, des coureurs devant : plus, un coupé pour monsieur et un coupé pour madame.

Enfin les grooms, race espiègle, moqueuse, trop souvent dépravée de bonne heure, vivant dans 1 oisiveté la plus parfaite, et s’initiant beaucoup trop tôt aux mystères assez peu avouables de la domesticité. Le groom est assez gentil avec sa culotte de peau, ses bottes à revers, sa ceinture de cuir, sa casquette ga-

Le charretier.

Le cocher de place.

Le groom.

onnée et son habit à boutons armoriés. Ordinairement le groom devient jockey, grâce à 1 éducation hygiénique à laquelle il est soumis pour conserver ses formes grêles et la légèreté de son corps.

Si vous êtes allé quelquefois vous promener le matin au bois de Boulogne, vous avez joui sans doute

sieurs équipages : la mode exerce ses caprices sur la forme, le choix, l’appellation des véhicules, un peu plus encore que sur les qualités des chevaux, et presque autant (pie sur les parures et les vêtements. En réalité, il n’existe peut-être pas beaucoup moins de coupes différentes de voitures que de coupes d’ha-

avec attelage distinct. Item, s'il tient à se donner un air un peu original, un peu anglomane, nulle voiture n’est plus excentrique qu’un cab, un jlie, ou autre, à la dénomination impossible à prononcer. Cela ne dispense ni des voitures de campagne ou de chasse, ni des fourgons, ni d’une foule d’autres véhicules utiles

Calèche à la Daumont.

sans doute par eux-mêmes, mais dont les maîtres ne font pas un usage direct. Aussi faut -il avoir une grande fortune pour se permettre le iuxe d’une voiture à soi, au bois de Boulogne, les jours privilégiés, où une imposante réunion aristocratique éloigne les visiteurs équivoques et les locataires de coursiers de manège. Les voitures de maître font alors queue aux portes de cette forêt, si fort civilisée qu’elle ressemble presque aux boulevards; et, certes, le luxe des livrées, l’éclat des armoiries, la splendeur des housses

et des caparaçons, rivalisent aussi bien, avec autant d'émulation, que les superbes amazones et les fringants cavaliers qui circulent dans les allées.

Les fortunes médiocres ne se permettent guère la voiture de maître, qui suppose un train de maison au grand complet. Pour les employés supérieurs, pour les fractions d’agents de change, pour les banquiers en demi-raison sociale, pour les médecins et les avocats en réputation, il est bien plus commode et bien plus économique de louer à l’année une voiture

de remise, chevaux, cochers et laquais compris.

Outre cet usage, la voiture de remise sert à flatter l’orgueil des provinciaux et des voyageurs qui aiment à se carrer sur les coussins, moyennant tant par heure, et qui espèrent (pie le flâneur, ne voyant pas le numéro peint en rouge, les prendra pour des gens d’importance, des gens à équipage. Les amoureux l’emploient aussi de prédilection. Quel moyen plus triomphant, aux yeux d’une de ces faciles sirènes qui peuplent les bals publics, (pie l’offre d’un petit souper

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