CHAPITRE XLli
LE LONG DE LA SEINE. (Suite.)
se trouve la fameuse pompe à feu qui élève l’eau de la Seine dans des réservoirs d’où cette eau se répand ensuite dans les quartiers neufs de Leaujon, de François Ier, des Champs-Elysées, et dans l’ancien village de Chaillot. Je dis fameuse, à cause d’une certaine renommée qui, de tout temps, a fait mention de cette machine, ou, du moins, de celle qui l’a précédée. Avant l’application de la vapeur aux diverses combinaisons de la mécanique, la nécessité de faire monter à un niveau assez élevé une masse d’eau considérable avait obligé l’édilité parisienne et les architectes royaux à construire ces lourdes machines, coîiteuses, compliquées, qu’on nommait pompe à feu de Marly, pompe
à feu de Chaillot. Aujourd’hui, une machine à vapeur, construite par MM. Perrier frères, aspire l’eau au moyen de tuyaux à embouchure recourbée, qui se prolongent jusqu’au milieu de la Seine, et la fait monter jusqu’au sommet de la hauteur de Chaillot, à trente-sept mètres environ au-dessus du niveau de la rivière.
Presque en face du pont d’Iéna, s’élève une butte d’une certaine hauteur, à laquelle on peut monter par une double rampe assez ardue, et dont l'accès est plus facile du côté de Chaillot. Sur cette éminence, l’on distingue encore quelques pans de murs, utilisés ou englobés par des constructions particulières : c’est ce qui reste d’un palais que Napoléon avait commencé à
faire bâtir pour le roi de Rome. A la suite de la guerre d’Espagne, soutenue par les Bourbons de France au profit des Bourbons de l’autre côté des Pyrénées, cette éminence prit le nom de butte du Trocadèro, en souvenir de la prise du fort de Trocadèro par le duc d’Angoulême. La position élevée du Trocadèro l’a fait choisir plusieurs fois pour établir les grands feux d’artifice sans lesquels toute réjouissance paraîtrait incomplète.
Les diverses localités que je viens d’énumérer, c’està-dire le quai de Lilly et le quai de la Conférence, qui le rattache à la place de la Concorde, le pont d’Iéna, la Seine et le Trocadèro, ont été le champ de
bataille accidenté sur lequel une armée française a donné aux exposants de Londres, en 1850, le spectacle d’une petite guerre. Trente mille hommes environ , infanterie, cavalerie, artillerie et génie, furent divisés en deux armées, dont l’une occupait le Champ de Mars et l’autre le Trocadèro. Il s’agissait, pour la division postée au Champ de Mars, de passer la rivière au moyen d’un pont de bateaux, sous le feu des défenseurs du Trocadèro, et de débusquer ces derniers de leur position. La compagnie des pontonniers, protégée par deux batteries, a, malgré un feu vif, jeté, dans un intervalle d’une demi-heure à peine, son pont composé de vingt-quatre bateaux; sur le-champ la fusillade s’est rapprochée du Trocadèro, qui pourtant a repoussé les assaillants, et les a forcés de re¬
passer leur pont. L’armée naguère assiégée est devenue assaillante à son tour ; elle a débouché, cavalerie et infanterie, par toutes les issues et dans le plus bel ordre sur la rive de la Seine, et, après plu sieurs alternatives, ses cavaliers ont enfin refoulé les tirailleurs et les postes avancés de l’armée ennemie. Alors l’infanterie a emporté le pont à la baïonnette et s’est, élancé au pas de charge dans l’intérieur du Champ de Mars. C’en aurait été fait des vaincus, sans une brillante charge exécutée par les carabiniers, qui a de nouveau rendu la victoire incertaine. Le programme s’arrêtait ici : Français combattant contre Français, il ne peut y avoir que des vainqueurs.
Il reste bien peu de chose à signaler, pour en finir
avec les alentours du Champ de Mars et avec cette partie distincte de Paris que délimitent la Seine et les Champs-Elysées, avec leurs différentes ramifications. Entre le quai de Lilly, le quai de la Conférence, l’allée des Veuves et Chaillot, existe un quartier tout nouveau, et où ne s’élèvent qu’un petit nombre de constructions, le quartier dit de François Ier- La fondation de ce quartier date déjà de 1823 : il se compose d’une place circulaire de 40 mètres de diamètre, la place François Ier, et de deux principales rues , les seules habitées, la rue de Bayard et la rue Jean-Goujon. Dans ce quartier, on remarque la maison dite de François Ie1', dont nous parlerons au chapitre des habitations privées. Quant à Chaillot, il jouit d’une tout autre illustration.