CHAPITRE CXXII. - LES VOITURES A PARIS
vie. Quel provincial ne se souvient pas avec plaisir et avec émotion de son premier départ pour Paris?
Quel Parisien a oublié les joies et les fatigues d'une excursion lointaine dans les régions à demi sauvages de la France départementale? Il est cependant un certain nombre d’individualités pour lesquelles le déplacement, la locomotion sont la vie ordinaire, et dont une diligence est la patrie véritable. Cette race mérite quelques mots de description, car elle ne se rencontrerait nulle part ailleurs si à propos, pour poser devant notre daguerréotype.
Le conducteur occupe naturellement le premier rang. C’est un homme ordinairement entre deux âges, plus souvent gras que maigre, à cause de son long séjour dans la boite où il trône durant le voyage ; il porte avec une certaine dignité la veste galonnée, le képi et la plaque d’étain estampée, emblèmes de ses fonctions. Il a sur tout l’attelage la haute main, l’autorité suprême; les voyageurs, les bagages, souvent même des valeurs considérables sont confiées à sa responsabilité. Poli plus que ne le sont d’ordinaire les employés de tout rang, il tient à satisfaire les gens qu’il conduit, et il s’efforce de combler les vides de sa voilure en recrutant sur sa roule; pour cela, l aide des postillons, des aubergistes, et des détaillants de toute sorte qu’il rencontre sur sa route, ne lui est jamais inutile; aussi se montre-t-il plein d'affabilité pour tout ce monde-là, et accable-t-il de ses prévenances la femme de tel et l'enfant de tel autre. Heureux le passager qui a su , au moyen de quelques cigares délicatement offerts, ou d’un coup de vieux kirsch bu au café avant le départ, se concilier l’estime de son conducteur ! Cette gracieuseté est. reconnue par maint petit service, par un peu de tolérance sur le chapitre des déjeuners et dîners aux tables d’hôte de la route, et même, si l’on a laissé entendre que l’on contribuerait aux dépenses du voyage, le conducteur donnera double pourboire aux postillons pour aller plus vite.
Après lui, le commis-voyageur fait aussi partie inhérente d’une voiture des Générales ou des Nationales.
Type intéressant en lui-même, le commis-voyageur a été fort étudié, fort souvent mis en scène ou décrit ;
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Pour la fête de sa femme.
De Bordeaux
Cours des Messageries
lies arrivants
15 Cent. LA LIVRAISON — 180' Livr.
Aux bureaux de l'Illustration, rue de RJchebeu f>0.
p ARIS — TVP. DE FIRMTN DIDOT, Rl’E JXCOB, 'fi. 20 C par la poste.
Par le coupé.
nous nous bornerons à rappeler (pie nul mieux que lui n’entend l’art de se mettre à son aise, de rouler con¬
fortablement. En hiver, tandis que le commun des martyrs grelotte sous l’abri insuffisant d’un manteau, et cherche la chaleur sous la paille prodiguée dans chaque compartiment, le commis-voyageur se barricade au fond d’une houppelande fourrée, et rabaisse sur ses oreilles une épaisse casquette de loutre. A la table d ’hôte, il s’entend très-bien à faire réformer les vins hasardeux, et les plats inviolables que servent les aubergistes, pour faire nombre, et en comptant sur la précipitation des convives; il connaît par leursnoms les garçons et les filles d’hôtellerie, prend la tailleou le menton à celles-ci, adresse une grosse plaisanterie à ceux-là, et, en tous temps, s’efforce de faire poser (le terme est consacré) ses compagnons en leur contant les historiettes les plus impossibles et les bourdes les plus gasconnes.
Autour de ces types fondamentaux et de quelques autres encore s’agite la plébicule des voyageurs : voyageurs par extraordinaire, voyageurs par hasard, voyageurs pour affaires, pour leurs plaisirs, pour fuir ou pour poursuivre quelqu’un ou quelque chose; en un mot, toutes les variétés de la vie sociale réunies par mille causes diverses sur les banquettes de la diligence. Les uns, ceux pour qui le déplacement est une grosse affaire, prennent les précautions les plus ridicules, s’entourent des bagages les plus volumineux ; on les entend, à chaque station, crier et vociférer avec les porteurs, car ils veulent tout voir, tout contrôler : ce sont les rentiers, suivant un procès en appel, les parents, se dirigeant incognito sur Paris pour y surprendre les fredaines de leur fils, les bourgeois de toute espèce déclassés et ahuris de leur vie nouvelle. Les autres, bacheliers, se dirigent vers l’éden de la Faculté de droit ou de médecine, peintres expédiés vers la métropole on en route pour Rome, surnuméraires allant remplir un poste de 1,200 fr. à l’autre bout de la France, affectent l’aisance du commis voyayeur émérite : ils laissent leurs effets sous le toit protecteur que leur offre la bâche, et descendent légers, lestes, dans les hôtelleries, où ils se font les
Pour les vacances.
séides des loustics de profession, juchés d’ordinaire sur l’impériale.
Pour ne rien donner à ses créanciers.
Pour recueillir des roubles en Russie.
A la poursuite d’un débiteur.
Pour raison de santé.
■'es partant*. — Cours tirs niessngeries.