CHAPITRE LXXIII. —PARIS, VILLE DE GARNISON
Chasse au chapitre des églises de Paris : il a été également question de l’École militaire. La caserne de Babylone n’est remarquable que pour avoir longtemps servi de résidence aux Suisses sous la Restauration. Elle a été le théâtre d’un des épisodes les plus sanglants de la révolution de Juillet. La caserne d’Orsay a été bâtie sous l’Empire.
Le couvent des Célestins, situé sur le quai du même nom, a servi à caserner la garde municipale. Le couvent occupait cet emplacement depuis 13G2 : le roi Charles IV l'avait donné aux religieux de cet ordre, fondé par six religieux du mont Carmel, que l’on surnommait les Barrés, à cause de leurs manteaux rayés de noir et de blanc. Le cloître des Célestins, construit en 1339, était un des plus beaux de Paris. Le plafond de l’escalier, peint par Bon Boulogne, représentait l’apothéose du fondateur de l’ordre, Pierre Maron, enlevé dans les deux par un groupe d’anges. Supprimée en 1790, cette maison devint propriété nationale, et les objets d’art que renfermait l’église furent transportés au Musée des monuments français.
La garde municipale occupe également, rue des Grès, l’ancien couvent de ces belliqueux jacobins qui, en 1302, aidés par douze cents écoliers de l’Université, soutinrent un siège en règle contre le cardinal d’Amboise, qui voulait réformer leur ordre. Leur établissement datait de 1220. Après la Révolution, il servit d’abord de caserne aux sapeurs-pompiers, puis à des écoles communales, avant de recevoir sa destination actuelle. Les sapeurs-pompiers ont été transférés rue du Vieux-Colombier, dans le couvent des Orphelins de Saint-Sulpice, fondé en 1G78.
Il nous reste à signaler deux autres casernes : celle de la rue Mouffetard, élevée et rebâtie à neuf sur l’emplacement occupé par le couvent des hospitaliers, et celle de la rue de Tournon, qui a remplacé un hôtel dont les maîtres furent tour à tour le maréchal d’Ancre et le duc de Nivernais.
Ajoutons, pour compléter ces détails, que le siège du conseil de guerre permanent est rue de Sèvres, et que la manutention se trouve sur le quai de la Conférence.
La garde nationale, cette parodie perpétuelle de
l’armée, ridicule quand elle n’est pas héroïque, et malheureusement plus souvent ridicule qu’héroïque, rentrerait dansla description du Paris militaire. Cependant on ne trouvera pas mauvais que nous ne répétions pas ici toutes les vieilles lamentations et les non moins vieilles plaisanteries qui circulent au sujet des ennuis du corps de garde, des vexations du sergent fourrier, et des rigueurs inouïes du conseil de discipline. L’article relatif à Y Hôtel des Haricots suffit pour la partie bouffonne du sujet : nous avons aussi indiqué l’influence du billet de garde sur la vie privée. Nous ne voyons donc pas ce qu’il y aurait de nouveau à dire sur le tambour, qui accumule la double charge de porter à domicile les ordres de service et de nettoyer les buffleteries : n’a-t-on pas imprimé cent fois la formule de compliment: « Ce sont vos tambours, Monsieur, qui ont celui de vous la souhaiter bonne et heureuse'?» Contentons-nous de dire que, dans l’état actuel, la garde nationale rend de très-grands services... à monsieur un tel ou un tel , que l’on voudrait bien décorer, mais qui n’a aucun prétexte pour mériter la
Uniforme de la garde nationale à pied et à cheval.
croix, si ce n’est sa qualité de parfait garde national.
D’ailleurs le privilège de porter les épaulettes et le sabre-poignard de garde national n’appartient qu’a un petit nombre de citoyens ; il faut être maintenant pur entre les purs pour avoir droit au billet de garde et aux nuits blanches , passées à défendre l’ordre public. Sur plus de deux cent mille appelés, on ne compte guère que vingt mille élus, ayant droit de se vêtir, à leurs frais, de l’uniforme renouvelé qui se compose d’une tunique et d’un pantalon de drap gros bleu avec bandes rouges; d’un shako orné d’une plaque à l’aigle avec galon rouge, et d’épaulettes en laine blanche. Un ceinturon à boucle, en peau blanche, retient la giberne, le sabre-poignard et le fourreau de baïonnette. Le fusil à percussion, un sac en cuir noir, complètent cet uniforme.
Pour la garde nationale à cheval de Paris, voici quelle est la nouvelle tenue : un schabska, orné d’une aigle sur le devant; une tunique à jupe très-courte, avec parements et passe-poils écarlates; le pantalon
15 Cent. LA LIVRAISON. — 181' ET 182- Livr
est en drap gros bleu avec une bande écarlate; la fourragère se compose d’un cordon en laine blanche attachant le schabska au collet de la tunique et d’une tresse en guirlande sur la poitrine , allant d une épaule à l’autre; les épaulettes sont blanches. La huffleterie retenant la giberne, dont le coffret est garni d’une aigle, et le ceinturon, sont en peau de buffle blanc, le sabre est droit, avec poignée en fer poli; la schabraque est garnie d’un galon blanc.
Depuis sa nouvelle organisation, la garde nationale parisienne est divisée non plus par légions, mais par bataillons.
Les officiers sont nommés par l’Empereur, sur la présentation du ministre de 1 intérieur, d’après la proposition du commandant supérieur.
Le chef de bataillon nomme les sous-officiers et caporaux, sur la présentation des capitaines.
Parmi les officiers, les majors et adjudants-majors sont seuls payés; ils le sont aux frais des gardes nationaux, auxquels sont imposées certaines dépenses
Aux bureaux de l’Illustration , rue de Richelieu , €0
obligatoires, telles que l’achat des tambours, drapeaux et trompettes; l’entretien des corps de garde, la solde des majors, adjudants-majors et tambours.
Terminons en citant un dernier corps spécial à l’arniée de Paris, la gendarmerie mobile. La création de ce corps remonte à l’année 1819; formé à l’origine d’un bataillon seulement, composé d’hommes sortis de la garde municipale licenciée en février 1848, il est arrivé à comprendre aujourd’hui quatre bataillons.
La gendarmerie mobile, qui n’est composée que de fantassins, est en quelque sorte un corps militaire officiel : c’est elle qui fait le service aux palais des Tuileries, du Sénat et du Corps législatif.
Son uniforme consiste en un habit gros bleu, avec plastron en drap rouge dans la grande tenue ; un pentalon bleu clair; des trèfles en laine blanche pour épaulettes, avec aiguillettes à gauche ; buffleteries jaunes croisées, avec liseré blanc retenant le sabre-briquet et la giberne; un bonnet à poil orné d’un plumet rouge; et dansla petite tenue un simple tricorne.
PARIS. TVP. DR FIRM1N DIDOT, 66, RUE JACOB. "0 C. par la poste.
Cliagiltre LXXIV.