‹ Tableau de ParisChapitre 214 sur 257 · CHAPITRE LXXIV. — LES CHEMINS DE FER · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIV. — LES CHEMINS DE FER

planade séparent le monument de lame; un corps avancé occupe le centre; là se trouve le bureau des bagages ; à droite et à gauche sont les entrées des salles des voyageurs , ouvrant egalement sur l’esplanade; à la droite, en continuant, on rencontre l’entrée destinée aux différentes voitures transportéespar le chemin de fer. Si nous examinons ce monument en artiste, nous nous plaisons à en louer la bonne ordonnance. Cependant nous eussions préféré de larges bandeaux aux stores un peu maigres qui entourent les fenêtres.

De vastes salles d’attente, convenablement distribuées, confortablement chauffées l’hiver, offrent aux voyageurs leur abri; celle des premières places, ornée déglacés, de meubles confortables, ressemble même à un salon de bonne compagnie; mais c’est lorsque l'on pénètre dans l’intérieur de la gare que l’on peut se fair e une idée de l’importance de cet établissement; et l’on peut justement appliquer à ce savant échafaudage de charpentes le nom de forêt, que l on donne à la toiture de nos églises gothiques.

Les ateliers et les magasins qui en dépendent ont été établis en dehors des fortifications : à droite sont

les vastes chantiers où se fabrique l’immense matériel employé sur la voie de fer; tous les arts, tous les métiers, nous allions dire toutes les sciences, y sont réu-

Chemin de fer d’Orléans. — Vue extérieure de l’embarcadère^

nis; toutes y trouvent une utile application. Là, le fer, le cuivre, le bois y entrent en nature, et en sortent convertis en puissantes machines, en élégantes

diligences, en utiles wagons ; un peuple entier remplit ces vastes salles; toutes les professions y ont des représentants; d’énormes remises servent à loger lo nombre infini de machines, de tenders, de voitures de toutes classes, de toute forme, qui servent à l’exploitation ; là, comme dans tout cet établissement modèle, règne un ordre parfait.

La gauche du chemin est occupée par les gares de marchandises, où se chargent et se déchargent à couvert celles venant des départements du Midi et de l’Ouest, ou celles qui sont destinées à y être expédiées.

L’abondance toujours croissante de leur transport vient d’obliger l’administration à faire construire de nouveaux magasins, véritables docks, où ne font que passer les produits du monde entier. D immenses approvisionnements en coke et charbon de terre occupent un vaste espace immédiatement après ces diverses constructions; puis enfin on commence à voir la campagne, au milieu de laquelle, semblable à un énorme serpent qui enroule Paris dans ses replis, on aperçoit l’enceinte continue; avant d’y arriver, l’œil se repose avec plaisir sur les massifs d’arbres séculaires qui baignent leurs pieds dans la

Vue intérieure de l’embarcadère du chemin’ de 1er d’Orléans.

Seine, entourent le château presque inhabité de Rercv. Hâtez-vous, Parisiens, si vous voulez encore les voir; sous peu, grâce aux fortifications, ces arbres

vénérables seront abattus par la hache, non du vandalisme, mais de l’industrie; un quartier populeux s’élèvera là où régnent encore de frais ombrages, et

le commerce envahissant formera de nouveaux établissements destinés à la consommation toujours croissante de Paris.

Gare du chemin de fer d’Orléans.

Jusqu’à présent, pourtant, le grand espace, sans maisons, qu’occupe le Jardin des plantes isole suffisamment la gare et ses dépendances; elle ne pourra

faire partie intégrante de Paris que par un vaste accroissement vers le bord de la Seine, et ce n’est pas de ce côté que se porte la falaise de pierres et d’ardoises

où habite la grande ville. Aussi ne voit-on s’établir sur le boulevard de l’Hôpital et dans les alentours que les quelques industriels attirés par la grande af fluence

fait grand honneur à M. Dulong, fils du regrettable savant de ce nom, qui l’a dirigé.

L’embarcadère a un aspect de noble simplicité qui convient parfaitement à un che- ^ ' min de fer de banlieue. C’eût

été un véritable contre-sens de donner au petit chemin de fer de Sceaux une de ces gares colossales oii l’on prodigue la pierre et les ornements. Du côté du boulevard, il forme une courbe qui prépare déjà le voyageur à l’aspect intérieur de l’édifice. On peut déjà lire la destination du monument et le système auquel il donne asile.

Si nous trouvons cependant quelque chose à critiquer, c’est que les jours de ce côté ne nous paraissent pas assez nombreux : cette façade est composée de vastes panneaux en maçonnerie séparés par de simples pilastres. Au sommet et au milieu est un cartouche

destiné à recevoir l’horloge.

L’ordonnance intérieure est convenable, les salles spa- , eieuses et bien disposées ; ces

salles s’ouvrent sur la gare circulaire ; un vaste trottoir courbe s’avance jusqu’à la voie de fer : au dessus du trottoir et de la voie s’avance une marquise soutenue par d’élégantes colonnettes. Tout le train est à couvert , et les voyageurs ne sont pas exposés, comme dans certaine gare qu’il est superflu de nommer, à toutes les intempéries des saisons. C’est un singulier aspect que celui de

toutes ces voitures rangées sur

une courbe, et dont les caisses forment des rectangles rigides, tandis que tous les essieux convergent vers un point de la gare signalé par un drapeau. Dans les autres chemins , on est habitué à voir dans une gare une foule de rails se croisant en tous

sens, des aiguilles, des plaques tournantes, enfin tout un attirail compliqué et coûteux : ces gares

des voyageurs et par les besoins du chemin de fer.

Le chemin de fer de Sceaux , qui se trouve du même côté de la Seine, n’offre pas une grande importance commerciale , mais il - -

est des plus curieux, en ce que la voie, au lieu de suivre le plus possible la ligne droite, forme les courbes les plus capricieuses, et se replie en maints détours. On y emploie des wagons articulés, dont les doubles trains sont susceptibles de se plier et de se redresser, suivant les exigences des rails sur lesquels ils roulent. La description de l’appareil qui donne ce résultat sortirait de notre cadre.

Quant à la gare, outre son élégance et sa valeur architecturale , elle offre le mérite de 1 1 difficulté vaincue. Le chemin de Sceaux, forcé de respecter les rues du Petit-Montrouge, du Petit-Gentilly et d’autres passages intéressants, de traverser les fortifications sans tomber dans le fossé, dut arriver en remblai au point oû est situé l’embarcadère. Le remblai du chemin de fer obligeait donc à sel tenir de l’autre côté à une certaine hauteur au-dessus du boulevard. Les salles, qui sont de plain pied avec la gare, n’ont accès sur la voie • çpublique que par des escaliers et une rampe. Il fallait donc asseoir la construction sur un remblai considérable. La solution qu’on a trouvée est à la fois ingénieuse, élégante, et d’une haute utilité. On a fondé des piliers sur lesquels viennent s’appuyer des voûtes, et entre ces piliers l’espace est ménagé pour de vastes magasins de mar¬

chandises. On entre sous ces voûtes de plain pied du côté du boulevard, et les voitures peuvent y venir à couvert charger et décharger la marchandise, qu’un treuil enlève pour la confier aux

wagons. Rien n’est gracieux comme ces voûtes surbaissées ; rien n’est hardi comme ces piliers , qui unissent la force à une apparence de légèreté. Au-

Chemin de 1er de Sceaux. — Vue intérieure de l’embarcadère.

dessous de l’embarcadère passe l’aqueduc d'Arcueil, dont nous aurons occasion de parler plus loin : on

Courbes du chemin de fer de Sceaux en regardant^ Paris.

a été obligé d’en entourer la voûte d’une autre voûte, sur laquelle sont fondées d’autres piles. Ce travail

d’ailleurs affectent une forme rectangulaire. Ici rien de semblable : la gare est ovale, la forme est celle d’une raquette. Une seule voie fait le tour de la gare,

parcours rien qu’en continuant à avancer devant lui.

Lu face de 1 embarcadère, et de l’autre côté de la raquette, s'élève un bâtiment dont la charpente est

en en suivant les sinuosités; de sorte que le convoi, arrivantsous la marquise pour descendre les voyageurs, se trouve tout disposé pour entreprendre un second

Page 1