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CHAPITRE LXXIV. — LES CHEMINS DE FER

cité et de la concurrence, à la concession du chemin de fer de Paris à Lyon.

L'adjudication eut lieu le 20 décembre 1845, et la concession fut faite moyennant une durée de 41 ans et 90 jours.

Une loi du 9 août 1847, prenant en considération les augmentations sur l’estimation première des dépenses que paraissait devoir entraîner la construction du chemin de fer de Paris à Lyon, stipula que, pour chaque somme de I million que la compagnie dépenserait au delà de 200 millions, il lui serait accordé une année de prolongation dans la durée de sa concession, sans que, dans aucun cas, cette durée pût excéder 99 ans.

Les travaux commencèrent ; mais les événements de 1848 forcèrent la compagnie de demander la résiliation de la concession, et les travaux se poursuivirent aux frais du Trésor public.

Enfin, le 5 janvier 1852, le chemin de fer de Paris à Lyon fut concédé à la compagnie actuelle, avec clauses et conditions du cahier des charges, et, le 1er mars 1852, la compagnie est rentrée définitivement en possession de ce chemin, dont les dépenses totales se sont élevées à 200,318,828 fr. 19 c.

Les rapports ont constaté que les recettes de cette ligne s’étaient élevées, en 1852, à 12,108,000 fr. Sur cette somme, 5 pour 100 ont été payés aux actionnaires, plus un dividende pour la première année du quart du bénéfice net. Le capital de la Société est de 200 millions.

L’embarcadère du chemin de fer de Paris à Lyon se trouve boulevard Mazas, en face de la Nouvelle- Force; il est très-vaste et couvre une immense étendue de terrain. Cet embarcadère ressemble, du reste, à tous les autres par sa disposition intérieure. Son architecture extérieure est insignifiante et ne présente

d’original que le chemin en pente qui conduit à la salle des voyageurs.

Le chemin de fer de ceinture est destiné à relier entre elles les têtes des cinq grandes lignes :

De Paris à Rouen avec ses prolongements;

Du Nord;

De Paris à Strasbourg;

De Paris à Lyon;

Et de Paris à Orléans avec ses prolongements.

Les compagnies de ces différentes lignes s’engagent à exploiter le chemin de fer de ceinture en fournissant le matériel nécessaire à l’exploitation , tant pour le transport des voyageurs que pour celui des marchandises, et se constituent en société anonyme pour cette exploitation.

La première section du chemin de fer de ceinture qui réunit les trois gares des compagnies de Rouen, du Nord et de Strasbourg, a été ouverte à l’exploita-

Un train <le plaisir.

tion le 21 décembre 1852, et les résultats qui ont été obtenus jusqu’à ce jour font déjà pressentir l’utilité de ce chemin de ceinture qui sera achevé en 1854.

La physionomie intérieure des salles d’attente des divers chemins de fer diffère assez peu de la salle des messageries : les voyageurs, quel que soit le mode de locomotion qu’ils adoptent, présentent tous à l’observateur la même figure affairée, le même encombrement de paquets, le même costume bizarre et compliqué, le même air de sollicitude empressée et d'inquiétude impatiente. Seulement à l’embarcadère les échantillons de l’espèce, étant plus nombreux, offrent une variété plus grande. Quelqu’un qui passerait son temps à contempler tous ces gens-là, stationnant à la queue devant le guichet qui délivre les billets, se nourrissant de gâteaux douteux et de livraisons à quatre sous, puis trônant sur les banquettes, ou épiant l’arrivée

du convoi à travers la porte vitrée qui donne sur la voie, ce quelqu’un-là, disons-nous, pour peu qu’il sut voir, assisterait gratis à l’une des plus amusantes scènes de la comédie humaine.

Mais il est des moments où de véritables armées, légèrement pourvues de bagages, fringantes, pleines d’ardeur, livrent un siège en règle au bureau des billets, et déploient dans la conquête de petits cartons timbrés par l’administration une stratégie instinctive pleine de ruses et de ressources. Malgré la surveillance du facteur en casquette galonnée, assisté souvent d’un ou de plusieurs sergents de \ ille, la foule se rue, compacte et menaçante, autour des frêles barrières : on échange des bousculades et des coups de coude pour arriver en temps opportun près du distributeur, et, pendant la lutte qui a lieu entre les assaillants, appartenant d’ordinaire au sexe fort, les dames, non moins intrépides, gardent la place conquise à la

queue qui entre dans les salons d’attente. Le billet une fois délivré, le couple voyageur se réjouit, et avec peine, va tenter de nouveaux combats près la porte de sortie. Celle-ci s’ouvre enfin, car le sifflet s’est fait entendre, et vous voyez soudain les combattants s’abattre par volées sur toute la longueur du convoi et forcer l’accès de tous les wagons, bientôt bourrés de passagers. Vous venez d’assister au départ d’un train de plaisir. Sous le fallacieux prétexte que le train de plaisir les conduira, pour moitié prix, dans quelque ville enchantée des environs, ou sur les bords de l’Océan, les Parisiens s’exposent sans timidité aux bourrades, aux foulures, aux accidents de tout genre : ils se résignent à être empilés comme des harengs dans la caque pendant le voyage, que ralentissent d’innombrables stations; mais rien ne les arrête pour pouvoir dire au retour : « J’ai passé mon dimanche à la campagne; » ou bien : « J'ai vu la mer. »

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