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Chapitre LWV

Les différentes limites de Paris. — La barrière de Bercy. — Les dégustateurs-gourmets. — Le château de Bercy. — Barrière de Charenton Le pont de Charenton. — Barrières de Reuilly et Saint-Mandé.

— La barrière du Trône. — Les fêtes publiques à la barrière du Trône. — La foire au pain d’épices. — Barrière des Amandiers. — Le Père-la-Chaise. — Barrière des Trois-Couronnes. — Le Jardin des Montagnes françaises. — Ramponneau. — Barrière et guinguettes de Belleville. — Les buttes Saint-Chaumont. — La barrière du Combat. — La barrière de Pantin. — La rotonde Saint-

Martin. Le cabaret du Petit Jardinet. — La barrière Saint-Denis. — Le clos Saint-Lazare. — L’hôpital Napoléon. — Le quartier de la Nouvelle France. — La barrière de Rochechouart.

Le petit Ramponneau. — La barrière Blanche. — La barrière Clichy. — Moncey et le père Latbuille Les Batignolles. — Les habitants des Batignolles. — Monceaux et son parc. — Le

nouveau Tivoli. — Le tir aux pigeons. — Barrières de Passy et de Grenelle. — Le puits de Grenelle. — Barrière d’F.nfer. — L’Observatoire. — Les cinq abattoirs de Paris.

Six grandes époques déterminent les différentes limites devant lesquelles Paris s’est arrêté successivement depuis sa fondation jusqu’à notre temps.

On ne fixe point d’une manière précise l’époque de la première enceinte; tout ce qu’on peut dire, c’est qu’elle fut contemporaine de la guerre des Gaules, ainsi que le démontrent plusieurs paragraphes des Commentaires de Jules César. En traversant le territoire des Parisienses, la Seine formait, au point oii se trouve aujourd’hui Paris, cinq îles, dont la plus étendue fut choisie par les chefs gaulois pour place de guerre; c’est ce même emplacement qui reçut le nom de Lutèce, et, plus tard, celui de la Cité. La superficie de cette île était alors moins grande d’un cinquième environ quelle ne l’est aujourd’hui. Elle s’étendait en longueur depuis le chevet de l’église de Notre-Dame jusqu'aux environs de la rue du Harlay. Dépourvue de murailles de clôture, elle n’avait pour fortification (lue le cours de la Seine, qui suffisait, dans ce tempslà du moins, pour repousser les attaques de l’invasion romaine. — Sous Julien l’Apostat, Lutèce s’agrandit un peu du coté de l’ouest, et l’on jeta des ponts en bois sur les rives de son fleuve.

On voit se dessiner la deuxième enceinte de Paris sous le règne de Louis VI, dit le Gros. Ce roi, qui eut le premier à se défendre contre les attaques incessantes des grands vassaux de la couronne, entreprit de protéger par des murailles les faubourgs du nord et du midi. Le mur partait de la rive droite de la Seine, dans le voisinage de Saint-Germain l’Auxerrois; l'église de ce nom ayant beaucoup souffert des ravages des Normands, il avait paru urgent de la mettre à l’abri de nouveaux coups de main. La clôture enserrait l’église, ses dépendances, et se terminait par des fossés, ainsi que l’atteste le nom de la rue des Fossés- Saint-Germain l’Auxerrois.

Trois autres enceintes, qu’il serait superflu de suivre dans leurs divers développements, furent exécutées à des intervalles assez éloignés : la première fut faite en vertu d’un édit de Philippe-Auguste; Louis XIII construisit la seconde; et, peu de temps après, Louis XIV, à son tour, recula les limites de la capitale. On sait que la sixième et dernière enceinte fut tracée sous le gouvernement de Louis XVI.

Envisagées seulement sous le rapport monumental, les barrières de Paris mériteraient à peine de fixer l’attention. En revanche, éloignées du centre de la capitale, à laquelle pourtant elles servent de frontières, elles fournissent de curieux sujets d’études à l’observateur et au peintre de mœurs.

En décrivant les barrières, la plume rencontre naturellement les édifices publics ou particuliers qui se trouvent dans le voisinage de chacune d’elles; et ces divers épisodes suffiront pour donner au récit une variété qu'on ne pourrait mettre dans l’énumération pure et simple. Après cette précaution, commençons hardiment notre pèlerinage circomparisien ; partons de la Bastille, en nous dirigeant vers l’hémicycle nord, pour revenir ensuite au midi par la route occidentale, par les Champs-Elysées et le pont d’Iéna. Nous pasjurons, en premier lieu, Bercy et la Râpée, et la première barrière est celle de Bercy. Ce sont là les capitales des marchands de vins et des canotiers, dont nous avons déjà esquissé la physionomie. Bercy et la Râpée sont célèbres comme entrepôt général pour l’approvisionnement des vins que boit Paris : ils s’y fabriquent aussi dans une proportion fabuleuse; et, pour empêcher que la fraude n’eût des résultats fu¬

nestes pour la santé, il a été nécessaire d’y établir des postes de dégustateurs- gourmets.

A quelques centaines de pas de la barrière, on aperçoit le château de Bercy, curieux morceau d’architecture, bâti sur les dessins et sous la direction de François Mansard. Dans l’origine, un parc d’environ neuf cents arpents était annexé à ce château. On n’avait rien épargné pour lui donner le luxe des résidences seigneuriales. Le jardin avait été planté par le Nôtre; on l’avait orné de statues, et il se terminait, du côté de la rivière, par une terrasse immense dont la vue était admirable. L’habitation est restée intacte, mais le parc a été entamé en plusieurs endroits.

En continuant le parcours, la première barrière qu’on rencontre est celle de Charenton. Le bourg du même nom est agréablement situé en amphithéâtre, sur la rive droite de la Marne, que l’on traverse sur un magnifique pont de pierre.

On sait que ce pont est l'un des plus anciennement bâtis pour faciliter, par terre, les arrivages de Paris. Son importance est telle, qu’il a toujours été regardé comme une des clefs de la capitale. Pris et repris bien des fois depuis l’invasion des Normands jusqu’aux troubles de la Fronde, il a été restauré bien souvent. Il est assis sur dix arches, tant grandes que petites, en pierres, à l’exception des quatre arcades du milieu, qui sont en bois. A l’existence de ce pontse rattache une page intéressante de notre histoire nationale. Au moment de la première invasion, en février 1811, quand déjà l’ennemi inondait les plaines de la Champagne et menaçait d’arriver aux portes de Paris, on fortifiait les approches du pont, et il fut établi aux deux extrémités des palissades à l’instar de celles que l’on construisait aux barrières. Cette fortification improvisée fut défendue avec un courage héroïque par les élèves de l’école d’Alfort; mais chacun sait qu’ils ne tardèrent pas à être écrasés par le nombre , et que, le 30 mars, l’ennemi pénétra dans la capitale.

Non loin de Charenton-le-Pont se trouve Gharenton-Saint- Maurice autre charmant village, qui devient, pendant la belle saison, un lieu de résidence fort aimé des Parisiens. De nombreux enclos, pleins d’ombrages et entrecoupés de sources vives, justifient complètement ces prédilections; Henri IV avait luimême reconnu ces avantages. Nul n’ignore, en effet, qu’il avait fait bâtir pour Gabrielle d’Estrées une petite maison à Charenton- Saint -Maurice. Cette maison existe encore; c’est un bâtiment en briques que l’on remarque à gauche de la route , en entrant dans le village du côté de Paris. Par un reste d’habitude, on continue à l’appeler le château.

Les deux barrières qui viennent ensuite sont celles de Reuilly et de Saint-Mandé. Elles ne se signalent à l’attention que par leur voisinage du couvent et du cimetière de Picpus, et par la proximité de l’hôpital Boulard , fondé par feu Boulard , ancien tapissier de la cour, pour servir d’asile aux tapissiers infirmes ou indigents. Quant au village de Saint-Mandé, il possède abondamment tout ce qui peut charmer les amis de la villégiature : bouquets de bois, charmilles, prairies, eaux murmurantes, sentiers toujours verts. De fort jolies maisons sortent çà et là du milieu de ses massifs de trembles et de peupliers. On appréciait cette heureuse situation au temps même du surintendant Fouquet, qui y avait une maison de plaisance.

Quand on a dit adieu à Saint-Mandé, à ses bois, à ses groupes de maisonnettes et à son champ du re¬

pos (où sont les restes d’Armand Carrel), le premier édifice qui s’oflre aux regards est celui de la barrière de Vincennes. On l’appelait autrefois barrière du Trône, parce que la ville de Paris avait fait élever à cette place, en 1000, une estrade magnifique sur laquelle Louis XIV et Marie-Thérèse montèrent, le 26 août de la même année, pour recevoir, dit un historien, l’hommage et le serment de fidélité de leurs sujets. Les deux hautes et minces colonnes qui décorent cette barrière sont les seuls débris d’un arc de triomphe immense qu’on avait commencé de construire en cet endroit, mais dont les plans, d’une exécution d’ailleurs fort coûteuse, furent jugés si mauvais, que le grand roi, difficile même en fait de flatteries, témoigna son désir de voir cesser les travaux, désir qu’on s’empressa de satisfaire.

L’entrée dans Paris par la barrière du Trône est fort imposante ; et la large et longue rue du faubourg Saint-Antoine commence déjà à donner une idée de la splendeur de la cité dans laquelle le voyageur pénètre. Aussi, sous l’ancien régime, avant que l’avenue des Champs-Elysées eût atteint ce haut degré de splendeur auquel elle est parvenue, les ambassadeurs faisaient-ils par cette porte leur entrée solennelle; et, en attendant, il y avait des appartements disposés pour eux au monastère de Picpus. De nos jours, la place et la barrière du Trône ont encore une assez grande animation ; car c’est par là que l’on arrive dans ce faubourg actif, laborieux, tourbillonnant comme une ruche sans cesse en travail, et que les Parisiens appellent simplement le Faubourg, comme étant le faubourg par excellence, quelles que soient les prétentions des autres, tels que le faubourg Saint- Germain ou le faubourg Saint-Honoré.

Chaque fête publique accorde à cet autre centre de Paris, à ce rendez-vous du Paris ouvrier, quelques fusées et quelques pièces d’artifices particulières, afin de dispenser les habitants d’un trop long voyage vers le pont de la Concorde et le Champ de Mars. Là, comme aux Champs-Elysées, se réunissent, lors de nos mémorables anniversaires, les phénomènes vivants, les phoques érudits, les femmes géantes, les marionnettes articulées, et tout le fretin de saltimbanques et de montreurs de prodiges qui spécule sur la badauderie du Parisien en fête. N’oublions pas M. Loyal, ce rival ambulant de Franconi et de l’Hippodrome, qui vient établir régulièrement, deux ou trois fois chaque année, son cirque de toile et son arène transitoire à l’ombre des deux colonnes du grand roi. M. Loyal saute des tonneaux, franchit des bannières, polke et mazurke à cheval tout aussi bien que ses grands confrères; seulement tout cela se passe en famille. M. Loyal père tient la chambrière et surveille sa troupe, laquelle se compose de MM. Loyal fils, qui sont, suivant le besoin, écuyers, clowns, paladins, bouffons, etc.; et mesdemoiselles Loyal remplissent, d’après l’exigence du moment, les rôles tenus avec tant de distinction par mademoiselle X. ou mademoiselle V., une des illustrations du carré de l’Elysée ou de la barrière de l’Étoile.

La foire au pain d’épices, contemporaine de la foire aux jambons, se tient annuellement au rondpoint de la barrière du Trône. Ce qui se consomme de cette marchandise, d’une utilité gastronomique ou hygiénique suspecte, et d’un goût, d’un aspect assez peu engageants, tient vraiment du prodige. Les bonshommes, subdivisés en Bolivars, en diables, en Napoléons, en Duguay-Trouins, en Proudhons, etc.; les

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